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La Position Sociale des Femmes en Inde : Entre Traditions et Modernité

Décrire la position sociale des femmes dans un pays aussi vaste et complexe que l'Inde, où les évolutions sont en constante mutation, représente un défi majeur. Cette tentative révèle de nombreux paradoxes. Comment expliquer l'infériorité sociale persistante des femmes dans un pays qui a connu plusieurs dirigeantes féminines ? Pourquoi la modernité n'a-t-elle pas réduit les discriminations à la naissance et les a même amplifiées ? Pour une meilleure compréhension, nous nous concentrerons sur quelques grands axes.

La Préférence pour les Naissances Masculines et ses Conséquences Démographiques

Une tradition ancrée : la fierté d'avoir un fils

La fierté d'avoir un fils est une tradition ancienne et profondément ancrée en Asie. En Inde, la naissance des garçons est particulièrement favorisée, car ils perpétuent le nom du père, héritent du patrimoine familial, soutiennent les parents dans leur vieillesse et accomplissent les rites funéraires hindous, que les filles ne sont pas autorisées à effectuer. Par conséquent, engendrer une fille est considéré comme moins utile et moins honorable depuis des siècles.

La dot : un fardeau pour les familles

La dot demeure un élément inamovible du mariage, témoignant de la force des traditions en Inde. À l'origine, elle consistait simplement à offrir quelques cadeaux à la jeune mariée (bijoux, argent, petits meubles). Cependant, elle a évolué au fil des siècles pour devenir une transaction financière avec la future belle-famille, impliquant d'importantes sommes d'argent et, dans les zones rurales, le don d'une partie des terres familiales.

La dot a connu une inflation ces dernières décennies, en raison de l'émergence d'une classe moyenne aisée pratiquant des dots en rapport avec son statut social, mais aussi de l’appétit de consommation de la société indienne, nombre de belles-familles voyant dans la dot l'occasion de se faire offrir tous les biens qui la tentent (équipement ménager, télévision, téléphone portable, ordinateur, scooter, voiture…). Les festivités doivent refléter le statut social de la famille. Nombre d'invités, faste du cortège et de la réception, vêtements, bijoux, recours à un wedding planner : le montant des dépenses est élevé.

La dot a pourtant été prohibée dès 1961, parce que l'argent qu'elle nécessite empêche les parents de financer les études de leur fille. De nombreuses féministes s'insurgent pourtant contre cette coutume, qui fait de la jeune épouse un enjeu monétaire, dont la valeur varie en fonction de certains critères (beauté, niveau d'éducation, caste, revenus des parents…). Elles dénoncent surtout le fait que la dot soit devenue un motif d'extorsion et de meurtre. Après le mariage, il arrive en effet que des maris exigent encore plus d'argent, et quand les parents de la jeune épouse ne paient pas, celle-ci subit des violences qui se terminent fréquemment en crime, la jeune femme étant arrosée d'essence et brûlée vive par le mari. Chaque année, la police enregistre quelque 8 200 de ces meurtres (dowry deaths), soit un par heure en moyenne. Mais ces chiffres sous-estiment fortement la réalité, car un grand nombre de crimes sont dissimulés en accidents domestiques.

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L'élimination des filles : infanticide et avortement sélectif

Durant des siècles, cette dépréciation des filles au sein des familles s'est traduite par leur élimination physique après la naissance, soit par infanticide, soit par négligences volontaires en termes de soins et de nourriture. Dès leurs premiers recensements, les Britanniques avaient d'ailleurs déjà remarqué un surnombre anormal de garçons, surtout dans le Nord-Ouest de l'Inde, et avaient dû interdire l'infanticide en 1870.

Un tournant est intervenu dans les années 1970, avec la légalisation de l'IVG (1971) et l’arrivée des techniques de dépistage prénatal (amniocentèse en 1975, échographie en 1979) qui, en permettant de détecter le sexe des fœtus, ont entraîné un recours massif aux avortements de fœtus féminins. L'accès à ces techniques a été facilité par un fort accroissement de la production nationale d'appareils d'échographie dans les années 1980-90.

L'avortement sélectif a été prohibé en 1994, mais cette interdiction reste largement bafouée dans ces cliniques aux pratiques opaques et pourtant très peu sanctionnées. Elles proposent toujours des forfaits comprenant une échographie et un avortement à des prix accessibles, et la majorité (87 %) des quelque 6,4 millions d’avortements pratiqués chaque année en Inde ont lieu dans ces établissements, et non dans les hôpitaux publics qui, eux, respectent la loi.

La chute tendancielle de la fécondité depuis les années 1970 est venue accentuer cette sélection prénatale. Si l'apport des techniques médicales a permis à l'élimination des filles de changer de nature - elle est passée de postnatale à prénatale -, il lui a aussi certainement permis de changer d'échelle.

Un sex-ratio déséquilibré : une réalité persistante

Au recensement de 2011, le surnombre des hommes est passé à 37,2 millions, la population indienne affichant un sex-ratio de 940 femmes pour 1 000 hommes. Celui-ci a connu une baisse constante depuis le début du XXe siècle, à l'exception de deux légers redressements depuis 2001.

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Les discriminations à la naissance ne sont pas uniformes et montrent depuis longtemps de nettes disparités socio-géographiques. Elles sont par exemple assez faibles dans certains territoires comme le Kerala, où le sex-ratio est proche de la normale : 1 084 femmes pour 1 000 hommes. Cet État connaît en effet une tradition matriarcale spécifique (les terres et les biens sont transmis de mère en fille) qui donne aux femmes une position sociale plus affirmée qu'ailleurs. Le Kerala affiche également le niveau le plus élevé d'éducation des filles en Inde.

En revanche, les États du Nord-Ouest de l'Inde affichent les sex-ratios les plus défavorables. Celui du Punjab est de 893 femmes pour 1 000 hommes, sa capitale Chandigarh ne comptant même que 818 femmes pour 1 000 hommes. Le territoire de New Delhi compte 866 femmes pour 1 000 hommes, le Haryana 877, l'Uttar Pradesh 908, le Gujarat 918 et le Rajasthan 926. Dans cet ensemble, surnommé la "foeticide belt", plusieurs éléments expliquent une préférence de longue date pour les garçons : une forte densité de castes conservatrices (Rajputs, Jats…), une culture patriarcale renforcée par des siècles de domination moghole, une forte tradition d'héritage patrilinéaire et des dots élevées chez les hautes castes.

D'autres facteurs plus récents ont conforté ces discriminations. Durant la révolution verte à partir de 1965, la modernisation des pratiques agricoles dans le Punjab et le Haryana (mécanisation, irrigation, semences à rendement élevé et engrais chimiques) a rendu moins utile le travail manuel des femmes dans les champs. Dans la classe de fermiers aisés qui se constituait, les fils devenaient un « investissement » de plus en plus indispensable pour diriger les fermes et garder intact le patrimoine foncier familial alors que la dot des filles soustrayait une partie de ces terres au rendement croissant. La vieille préférence pour les garçons a donc trouvé de nouveaux arguments dans le récent essor économique, les groupes sociaux qui en ont le plus profité évitant maintenant de dilapider leur nouvelle aisance dans le paiement d'un dot.

Le sex-ratio le plus déséquilibré se retrouve ainsi dans les États les plus riches de l'Inde (Punjab, Haryana, Maharashtra, Gujarat, Maharashtra, région de New Delhi), ainsi que dans les villes, plus prospères que les zones rurales. A l'intérieur des villes, le déséquilibre est aussi plus marqué dans les zones de résidence de la classe moyenne que dans les quartiers populaires.

Les efforts pour combattre ces pratiques

Les moyens de combattre ces pratiques sont limités. Le gouvernement central et la plupart des États indiens ont mis en place des campagnes de sensibilisation, ainsi que des incitations financières visant à encourager la naissance de filles. Mais elles n'ont eu qu'un faible impact. Les effets de ce sex-ratio déséquilibré s'annoncent en tout cas durables, puisque le surplus d’hommes devrait rester supérieur à 15 % de la population adulte masculine d’ici 2040 (Guilmoto, 2007).

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Cette différence numérique entre hommes et femmes a d'ailleurs déjà des conséquences, la première étant de perturber le marché du mariage. Dans certains États (Punjab, Haryana, Maharashtra…), le déficit d'épouses a également favorisé l'apparition de trafics de jeunes femmes, achetées par des intermédiaires à des familles pauvres et revendues à des célibataires.

L'Éducation et le Marché du Travail : Des Inégalités Persistantes

L'éducation des filles : un enjeu primordial

La faible position sociale des filles dans le milieu familial a toujours été un frein à leur scolarisation. Les éduquer est traditionnellement considéré comme une dépense inutile, puisqu'elles partent vivre dans une autre famille en se mariant. Ce préjugé s'ajoute à d'autres facteurs qui entravent l'entrée des filles à l'école, comme les inégalités sociales (les deux tiers des fillettes non scolarisées proviennent de communautés défavorisées : basses castes, groupes tribaux, familles musulmanes), leur utilité pour les tâches domestiques et l'absence de toilettes pour filles dans les écoles.

Au sein de la population totale, le pourcentage de femmes alphabétisées reste donc inférieur à celui des hommes : 65,46 % au recensement de 2011, contre 82,14 % pour les hommes. Toutefois, les différences hommes-femmes en matière d'alphabétisation se sont considérablement réduites depuis l'Indépendance et l'inscription des filles a régulièrement progressé, notamment grâce à des incitations publiques : bourses et repas scolaires, distribution de vélos pour aller en classe. Les filles représentent aujourd'hui 48 % des effectifs scolaires.

Leur scolarisation représente un enjeu primordial pour ce pays émergent, car on connaît la corrélation entre leur niveau d'éducation et la maîtrise de la fécondité, ainsi que l'amélioration de la santé des enfants et la hausse des revenus familiaux. Une réduction des inégalités de genre dans l'accès à l'éducation et aux soins est donc aujourd'hui indispensable à l'Inde si elle veut rattraper son retard dans le domaine socio-sanitaire (Drèze et Sen, 2013).

L'activité professionnelle des femmes : un taux relativement faible

Avec quelque 112 millions d'actives, au moins à temps partiel, le taux d'activité professionnelle des femmes indiennes reste relativement faible : 29 %, soit deux fois moins que celui des Chinoises (64 %). Cette proportion avait pourtant augmenté de manière perceptible entre 1981 et 2005, passant de 19,7 % à 37 %, mais elle a régressé à 29 % en 2010, pour des raisons contradictoires.

Pour une part, ce recul est dû au nombre accru de jeunes femmes poursuivant leurs études, ce qui a pour effet de retarder leur entrée dans la vie active. Mais il repose aussi sur la résistance d'une partie de la société indienne à leur indépendance professionnelle. D'une manière générale, leur manque de qualification (seules 6,5 % des Indiennes d'âge actif ont un diplôme supérieur au collège) ouvre peu d'opportunités aux femmes. Elles sont ainsi peu nombreuses dans des secteurs comme l'éducation (3,8 % des actives), la santé (1,1 %) et la fonction publique (1 %).

Leurs domaines d'emplois sont révélateurs de la structure de l'économie indienne, en grande partie composée d'un vaste secteur informel. Une majorité de femmes y travaille, dans des activités peu qualifiées et mal rémunérées comme l'agriculture (68,5 % des actives). De même, 5,1 % d'entre elles sont employées comme travailleuses journalières dans la construction, 1,6 % dans la domesticité (domaines réservés aux basses castes), et 2,1 % dans le petit commerce alimentaire.

La représentation politique des femmes : des avancées limitées

L'Inde a donné aux femmes quelques rôles politiques de premier plan. Indira Gandhi a été Premier ministre de 1966 à 1977 puis de 1980 à 1984. Sa belle-fille, Sonia Gandhi, préside depuis 1998 le Parti du Congrès, qui a mené le pays à l'indépendance en 1947 et a exercé le pouvoir à plusieurs reprises, notamment de 2004 à 2014. L'Inde a aussi eu une Présidente de la République, Pratibha Patil, de 2007 à 2012, et une Présidente de la chambre basse du Parlement (Lok Sabha), Meira Kumar, de 2009 à 2014.

Au plan local, l'instauration de quotas a permis aux femmes de remporter 36,8 % des sièges des conseils municipaux de village, ce qui représente plus d'un million d’élues dans le pays. Mais leur place est bien plus réduite au plan national, puisqu'elles n’occupent que 11 % des sièges de députés (contre 10,8 % durant la législature précédente).

Cette présence relative des femmes en politique n'a en tout cas pas entraîné d'amélioration globale de leur sort à la base de la société. Si elles tendent à s'assouplir dans les villes, les normes patriarcales restent en effet dominantes dans le monde rural, où vivent 70 % des Indiennes, et où elles sont traditionnellement soumises à l'autorité du père puis à celle du mari. La force des pratiques sociales traditionnelles reste un frein puissant à leur émancipation, et elle explique en partie le faible respect des lois censées les aider. Près d'une femme sur deux (47 %) est toujours mariée avant l'âge minimum légal de 18 ans. De même, alors qu'une loi de 2005 leur accorde le droit d’hériter à l’égal des hommes, la plupart d'entre elles restent privées d’héritage et exclues de la propriété des terres.

L'Émancipation des Jeunes Diplômées Urbaines : Un Moteur de Changement Social

Pourtant, les jeunes femmes urbaines et diplômées constituent depuis peu une exception dans ce tableau général. Elles étudient en nombre égal avec les garçons à l'université et une partie d'entre elles a fait son entrée dans les pans les plus dynamiques de l'économie, comme par exemple les compagnies aériennes, ou les services technologiques et financiers aux entreprises (business process outsourcing, BPO).

Dans ce dernier secteur, les effectifs féminins ont augmenté de 60 % entre 2006 et 2008, et les femmes y sont aujourd'hui proportionnellement plus nombreuses (32 % des 2,8 millions de salariés directs) que dans l'ensemble des emplois urbains (13,8 % des effectifs). La nouvelle économie indienne se révèle donc être une chance pour les jeunes diplômées indiennes. Celles-ci participent aussi, avec les hommes, à l'essor de nouvelles habitudes urbaines : mode, sorties festives (bars branchés, restaurants, discothèques) et loisirs (voyages, clubs de gym). De même, au sein de cette jeunesse urbaine, les relations hors-mariage et l'union libre ont commencé à faire leur apparition, et les critères traditionnels du mariage se sont assouplis, avec davantage de liberté dans le choix du conjoint. Mais cette libéralisation des modes de vie, qui bouscule la culture patriarcale dominante, constitue aussi un point de friction avec les fractions les…

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