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Nationale 7 : Histoire, Héritage et Mémoire d'une Route Mythique

La Nationale 7, plus qu'une simple route, est une légende vivante. Elle raconte la naissance du tourisme populaire, la passion automobile et le bonheur de la route partagée. Cet itinéraire mythique, reliant Paris à Menton, incarne une civilisation routière que l'on peut considérer comme un patrimoine vivant.

Un Itinéraire Poétique : De Notre-Dame à Menton

« De toutes les routes de France d'Europe celle que j'préfère est celle qui conduit en auto ou en auto-stop vers les rivages du Midi, Nationale Sept, il faut la prendre qu'on aille à Rome à Sète, que l'on soit deux trois quatre cinq six ou sept, c'est une route qui fait recette… Route des vacances, qui traverse la Bourgogne et la Provence, qui fait d'Paris un p'tit faubourg d'Valence, et la banlieue d'Saint-Paul de Vence… ». Ces paroles de Charles Trenet, écrites en 1955, résument parfaitement l’esprit de la Nationale 7.

Le point zéro de la Nationale 7 se situe sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris. De là, elle traverse la forêt de Fontainebleau, puis se dirige vers Nevers, Moulins, Roanne et Lyon. Après Lyon, la route se rapproche de la mer, traversant Vienne, Valence, Montélimar et Avignon, avant de rejoindre Aix-en-Provence et Brignoles, pour finalement atteindre Fréjus en Méditerranée.

Parcourir la Nationale 7, c'est entreprendre un voyage à travers les terroirs de France, de la forêt de Fontainebleau aux paysages de la Bourgogne, de l'Auvergne, du Beaujolais, de la Provence et de la Côte d'Azur.

Une Route Millénaire au Service du Pouvoir

La Nationale 7 ne date pas du XXe siècle. Elle suit en grande partie le tracé d'anciennes voies romaines, notamment la via Agrippa, qui reliait Lyon à la Méditerranée. Ces voies romaines étaient conçues pour la régularité et la rapidité, avec des techniques de construction avancées pour l'époque.

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Sous Napoléon Ier, cette route devient un axe impérial, intégré au système des routes royales puis nationales. La Nationale 7 est ainsi bien plus qu'un simple axe routier : elle reflète les ambitions politiques et économiques de la France à travers les siècles.

L'Âge d'Or de la Nationale 7 : Vacances, Gastronomie et Convivialité Routière

Entre les années 1950 et 1970, la Nationale 7 devient la route emblématique des vacances en voiture, avec la démocratisation de l'automobile et des congés payés. C'est l'âge d'or de l'automobilisme populaire, où la route devient un mode de vie.

Au-delà de son usage, l'ambiance de la Nationale 7 devient légendaire. Motels, relais routiers, stations-service aux enseignes colorées, restaurants de bord de route et publicités peintes sur les murs créent une "convivialité du mobilisme". La route devient une expérience à part entière, jalonnée de découvertes gastronomiques, allant de la cuisine populaire aux établissements étoilés.

Dans les années 30, les hôteliers popularisent le terme de "Route Bleue" pour désigner la Nationale 7, en particulier le tronçon Roanne-Menton. En 1955, Charles Trenet compose sa célèbre chanson "Nationale 7", témoignant de l'importance de cette route dans l'imaginaire collectif.

Le Déclin Routier et la Mémoire Patrimoniale

À partir des années 1970, avec la construction des autoroutes A6 et A7, la Nationale 7 perd de son importance. Le trafic est progressivement détourné et des portions de la route sont déclassées en routes départementales.

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Cependant, l'imaginaire de la Nationale 7 demeure intact. Elle est célébrée pour ce qu'elle représente : la France des territoires, de la lenteur et de la mémoire populaire. La Nationale 7 est redécouverte et réinvestie symboliquement par des passionnés, des historiens et des antiquaires de la route.

Tourisme dans l'Allier grâce à la Nationale 7

Dans l'Allier, la « Route bleue » s’étale sur 4 voies. À Varennes-sur-Allier, la Nationale 7 permet d’atteindre via la RN 209 (déclassée), la célèbre station thermale de Vichy. Peu après Lapalisse, célèbre pour son château et son seigneur à la logique imparable, la route traverse les monts de la Madeleine.

Lapalisse célèbre tous les deux ans depuis 2006, l’embouteillage des années 50-60, en guise de nostalgie à l’époque des grands encombrements causés par les départs en vacances vers la Côte d’Azur. Un jeu de société a été lancé à l’occasion de la 3e édition de l’embouteillage de Lapalisse par la société Blackrock Éditions. Le principe est simple : chaque joueur doit traverser la ville prise dans les embouteillages, faire deux courses et ramener l'une des "vérités" si chères aux Lapalissois. Pas de dés à jeter, il faut simplement profiter de la circulation qui avance au gré de plaquettes qui coulissent astucieusement… Autre, inspiration, retrouvez le Pavé de la Nationale 7, il s'agit d'un mélange de chocolat, de praliné, de guanduja et d'un craquant de nougatine, le tout enrobé d'un chocolat bleuté…. Laissez-vous tenter également par les Vérités de Lapalisse, une confiserie historique de la cité de Lapalisse, la Vérité de Lapalisse est à base de caramel délicieusement fourré aux fruits.

La Nationale 7 et l'Histoire

Si on remonte aux origines de cet axe routier, on arrive à l’antiquité et aux voies romaines. Le tracé de la partie Sud est très ressemblant à ces dernières (qui reliaient alors Lugdunum, l’actuel Lyon, à Rome).

C’est sous Napoléon Bonaparte et le 1er Empire qu’est plus ou moins créé l’itinéraire de la N7. Sous le nom de RI8 (Route Impériale 8), il assemble le Grand Chemin de Paris à Lyon, la Route royale de Lyon à Marseille et la Route royale d’Aix à Nice. Ne manque plus que la portion Nice-Menton !

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Pendant la Restauration, le n°7 lui est finalement attribué. Louis Becquey ordonne un nouveau numérotage des routes royales en 1824 : la Route Impériale 8 sera désormais Route royale n°7, de Paris à Antibes, et en Italie, par Nice.

Mais au point de départ, la route est peu empruntée : le train est plus commode pour voyager. Et ce, même au début des congés payés en 1936. Toutefois, après la Première Guerre mondiale, les routes sont toutes goudronnées, permettant un accroissement du nombre d’automobilistes.

Itinéraire et Paysages de la Nationale 7

Parcourir la nationale 7 est un somptueux voyage à travers les terroirs de France et sa diversité de paysages, intimistes ou spectaculaires. C’est, de Paris à Menton, prendre le chemin de la forêt de Fontainebleau, un brin de pays de Loire avant la Bourgogne, l’Auvergne, puis le Beaujolais pour gagner ensuite la Provence et la Côte d’Azur.

Au pied du parvis de Notre-Dame de Paris, point zéro des routes de France, matérialisé par un médaillon de bronze octogonal serti dans un cercle de pierre, débute la nationale 7, près de la nationale 6, sa presque jumelle. Rue parisienne d’abord, elle file incognito par la place d’Italie vers la porte du même nom, passe sous les pistes de l’aéroport d’Orly pour gagner Fontainebleau dont le château fut si cher à François Ier. Là, elle traverse en ligne droite l’immense forêt de plus de 20 000 ha où, de nos jours encore, le cerf se chasse à courre comme sous les rois de France.

Direction Nemours, dont la superbe forteresse du XIIe siècle se reflète dans les eaux calmes du Loing. C’est le kilomètre 76 de la N 7, premier rendez-vous des nostalgiques, avant de gagner Montargis surnommée Venise du Gâtinais, avec ses ruelles d’eau, ses 131 ponts, ses rives et ses barques fleuries. Désormais route à deux voies aux allures campagnardes, la N 7 entre dans Briare, « Station verte » et « Village fleuri », célèbre pour ses précieux émaux, mais plus encore pour son pont-canal (XIXe siècle). Orné de chimères et de lampadaires de bronze sur toute sa longueur (662,69 m), il fait passer les eaux du canal de Briare au-dessus de celles de la Loire.

La Loire… fleuve sauvage et magnifique dont la N 7, de près ou de loin, ne quitte plus la rive gauche, suivant l’infini moutonnement des coteaux bourguignons couverts de vignobles… Neuvy-sur-Loire, Pouilly-sur-Loire, ancien grand port de batellerie dont le Relais des 200 bornes fut un haut lieu de la route, La Charité-sur-Loire… autant de vieux villages aux maisons anciennes lovées autour de châteaux, d’églises romanes et de prieurés célèbres, dont les noms sont aussi ceux de grands vins déjà servis au XVe siècle, aux festins des fastueux ducs de Bourgogne.

Prochaine étape : Nevers, opulente « Ville d’art et d’histoire », capitale de la faïence au bleu de cobalt inimitable et des délicates nougatines tendres et roses. Son palais ducal, du style pur Renaissance comme le château de Blois, sa cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte aux deux chevets, son imposant pont de pierre et ses rues anciennes méritent une halte.

Au sortir de la ville, la N 7 file plein sud à travers la Nièvre bourguignonne, où l’horizon s’élargit sur une campagne sillonnée de rivières entre Loire et Allier. De nombreux châteaux et des bourgades telles Magny-Cours au célèbre circuit automobile, Villeneuve-sur-Allier connu pour son arboretum de Balaine, jalonnent le paysage jusqu’à Moulins. La capitale des ducs de Bourbon est empreinte de charme, avec ses maisons à pans de bois, sa cathédrale gothique, son donjon de la Mal Coiffée et son Grand Café (1899), l’une des plus belles brasseries 1900 de France, où rôde l’ombre de Gabrielle de Chanel. Et voilà que se profile Lapalisse, célèbre pour son château, son seigneur à la logique imparable, et ses embouteillages mythiques. Le relief s’accentue, se couvre de forêts à la végétation plus sombre qui annoncent les monts de la Madeleine. Bientôt Roanne, où la Loire s’étale au sortir de ses gorges, puis Tarare et L’Arbesle, gros village médiéval où passait aussi la route royale. Enfin Lyon, où la N 7 côtoie la N 6 avant de franchir le Rhône et de longer la rive gauche en direction de Vienne, où l’on peut admirer un tronçon restauré de la voie gallo-romaine qui reliait Lyon, le plus important carrefour de la Gaule romaine, à Milan par les Alpes.

Entre Vienne et Valence s’annonce le Midi, avec ses lumières, ses maisons ocre et ses platanes. Bientôt aussi ses champs de lavande et de tournesol aux approches de Montélimar, ville du nougat où Charles Aznavour inaugura en 2011 le rond-point de la nationale 7 dédié à Charles Trenet, en l’honneur de sa célèbre chanson. Les encombrements de cet ancien goulet d’étranglement de la route des vacances comptèrent parmi les pires de l’Hexagone. Passé cet endroit, la route file plein sud entre le Rhône aux turbulents flots vert bouteille sur la droite et les lointains monts du Vercors sur la gauche, dans un enchaînement de garrigues et de vergers protégés par d’immenses haies coupe-vent qui marquent l’empire du mistral.

Le tronçon qui relie Malataverne à Donzère s’illustra dans les années 1780-1790 par les exactions diverses et attaques de malles-poste perpétrées par une centaine de brigands dont la grotte Mandrin, leur repaire sur la colline de la Roucoule, garde le souvenir. Peu avant Bollène, le barrage de Donzère-Mondragon, inauguré en 1952, et son panorama valent un coup d’œil, de même que les vestiges de la forteresse de Mornas et le musée mémoire de la Nationale 7 à Piolenc.

Orange, en revanche, vaut que l’on s’y attarde pour son arc de triomphe érigé vers le Ier siècle, et pour son théâtre antique de 10 000 places, l’un des mieux conservés du monde et qui accueille les célèbres Chorégies d’Orange. Encore 50 km environ, et voici que se profilent les hauts remparts de la cité des papes, Avignon (inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco), dont la cour d’honneur palatiale abrite tous les étés le festival des arts du spectacle contemporain, où se pressent des passionnés venus du monde entier. Il faut flâner dans les rues anciennes, admirer la sobre élégance des maisons et faire un tour sur le pont de Saint-Bénezet (XIIIe siècle) aux arches maintes fois emportées par les crues du Rhône et reconstruites.

En quittant la ville, c’est la Durance, large rivière au cours capricieux encombré de levées de sable, que rejoint la N 7, contournant le parc naturel régional du Luberon par Orgon, Sénas, Lambesc et Aix-en-Provence. Ville d’art aux 40 fontaines, dominée par le massif de la Sainte-Victoire dont le peintre Paul Cézanne rendit les moindres nuances, Aix ouvre le chemin vers l’arrière-pays de la Côte d’Azur, que sillonne la N 7 dans un patchwork de garrigues trouées de roches blanches et de vignobles aux terres roses. Par Saint-Maximin et Brignoles, après le massif des Maures, la route va frôler le nord de l’Esterel au pied du mont Vinaigre (618 m), pour déboucher enfin sur la mer dans la baie de Cannes. En effet, contrairement à l’idée reçue, la route mythique ne passe pas à Saint-Tropez, que l’on atteint par la D 25, en traversant les Maures, plein sud sur 30 km.

Ce n’est ni par le vieux port ni par la Croisette, où trône le luxueux hôtel Carlton, que la N 7 traverse Cannes, mais elle coupe la ville par la rue principale avant de gagner le rivage, cette Côte d’Azur qu’elle ne quittera plus… ou presque.

Longeant le golfe Juan, entre le bleu de la Méditerranée et le vert des pins parasols, elle file vers Antibes dont les remparts et la forteresse dominent les vagues, et où Picasso avait un atelier. Et la voilà débouchant sur la spectaculaire baie des Anges d’où s’étire la ville de Nice, sa Promenade des Anglais avec le célèbre hôtel Negresco, puis le bassin portuaire que l’on contourne pour s’élancer vers les élégants ports de Villefranche et de Beaulieu. Plages de sable ou de galets, ports de rêve, villes touristiques aux cœurs anciens à flanc de montagne sur la mer et villas de luxe dissimulées dans l’exubérance d’une végétation fleurie s’enchaînent maintenant jusqu’aux hauteurs de la principauté de Monaco… et au-delà. Si le grand luxe attire milliardaires et célébrités dans le fief des Grimaldi, ses jardins exotiques, son casino construit par Charles Garnier, ses palais 1900 classés, ses musées et ses panoramas superbes sont à la portées de tous.

Que ce soit par la haute ou la moyenne corniche, où, selon les époques, on fit passer la N 7, la vue, éblouissante à perte d’horizon, englobe l’immense baie de Menton, harmonieuse ville fleurie aux immeubles Belle Époque, dont le vieux village aux maisons ocre serrées à flanc de falaise autour de l’église sert d’écrin au port de plaisance. Deux kilomètres encore, et la route mythique transformée en une large avenue plantée de hauts palmiers s’arrête net. C’est la frontière italienne, là où la via Aurelia prend le relais.

Conseils pour un Voyage sur la Nationale 7

Laisser la place au hasard des découvertes de sites, de villes, de villages, avec leurs petits cafés et restaurants de terroir. Lors des grands départs, éviter la tension de conduire sur l’autoroute et les désagréments de ses haltes bondées. À la sortie de Paris, porte de Charenton, emprunter les tronçons subsistants de la N 6 ou bien rejoignez-la à Fontainebleau ou à Sens pour ensuite traverser toute la Bourgogne, ses villages, ses vignobles, puis le Mâconnais. Regagner la N 7 à Lyon. À partir de Menton, aller randonner dans la vallée des Merveilles.

Périodes idéales : juin et septembre. Peu de circulation et douceur du climat ; superbe végétation et floraison du printemps au mois de juin. Douceur et couleurs d’automne très appréciables. Dans les deux cas, attention aux brouillards matinaux et nocturnes au nord de Valence. En été, la N 7 est aussi chargée que les autres. Eviter les mois d’hiver, période de verglas dont la N 7 n’est pas avare.

Compter 2 jours pour parcourir le kilométrage total et au moins un jour de plus pour profiter rapidement de quelques haltes. L’idéal étant de disposer de 4 à 8 jours. Prévoir un budget de base pour 4 jours de 240 à 330 € hors saison et de 315 à 390 € en saison pour l’essence et l’hébergement. Amateur d’histoire, d’art, de sport ou encore de gastronomie, chacun trouvera l’itinéraire qui lui convient, que ce soit pour un week-end, une semaine de vacances ou une plus longue découverte.

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