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La Fécondation In Vitro au Cinéma et dans la Société : Entre Réalité, Fiction et Espoir

L'infertilité, un sujet délicat et souvent douloureux, trouve un écho particulier dans le monde du cinéma. Utilisée comme ressort dramatique, source de conflits au sein des couples ou simple toile de fond, la question de la difficulté à concevoir est abordée sous différents angles. Si certaines œuvres s'efforcent de refléter fidèlement les réalités de la procréation médicalement assistée (PMA), d'autres prennent des libertés avec la vérité, parfois au détriment de la compréhension du spectateur. Cet article explore la représentation de la fécondation in vitro (FIV) dans les documentaires et fictions, en confrontant ces images aux enjeux et aux réalités vécues par les couples et les femmes concernés.

Infertilité au cinéma : Décryptage des représentations

Le cinéma s'empare régulièrement du thème de l'infertilité, offrant un terrain fertile pour explorer les dynamiques complexes au sein des couples confrontés à ce défi. L'infertilité devient un catalyseur de drames, révélant les failles et les forces des relations amoureuses.

"Private Life" : Un regard réaliste sur le parcours PMA

Le film "Private Life" dépeint le parcours de Richard et Rachel, un couple d'intellectuels new-yorkais aspirant à fonder une famille. Le réalisme du film réside dans sa capacité à aborder les difficultés rencontrées par le couple, notamment l'âge, la qualité du sperme, l'insuffisance ovarienne et les contraintes financières. Le film explore également la complexité des relations familiales lorsque des proches acceptent de faire un don d'ovocytes, suscitant des tensions et des désaccords.

L'environnement étrange d'une clinique de PMA est particulièrement bien rendu, un lieu à la fois étranger et familier, porteur d'espoir et empreint de tragédie. La tension que ce parcours peut engendrer au sein du couple est également palpable, comme en témoigne la scène où Rachel et Richard se disputent lors du bref moment dont ils disposent pour fertiliser les ovocytes de Rachel.

Cependant, le film omet certains aspects importants, tels que le coût élevé des cycles de FIV aux États-Unis et la difficulté à obtenir une couverture d'assurance pour ces traitements. De plus, la décision de Sadie d'augmenter elle-même la dose de Gonal-F lorsque ses follicules ne se développent pas assez rapidement manque de réalisme.

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"Fiston" : L'humour au service du désir d'enfant

Le film "Fiston" aborde le désir d'enfant de Yann et Rose, un jeune couple prêt à tout pour concevoir. Le film retrace les différentes phases de leur parcours, de l'espoir aux doutes, en passant par les médecines parallèles. Le couple fait preuve d'une grande imagination et essaye tout, parfois n'importe quoi, pour réaliser leur rêve de devenir parents.

"Fonzy" : Un donneur de sperme face à sa paternité multiple

Le film "Fonzy" met en scène Diego Costa, un homme qui a donné son sperme à maintes reprises dans le cadre d'un protocole de recherche il y a 20 ans. Aujourd'hui, à 42 ans, il découvre qu'il est le père biologique de 533 enfants. Si le film souligne l'existence des CECOS (Centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains) en France et la possibilité de donner son sperme de manière anonyme à cette époque, il prend des libertés avec la réalité.

En effet, les CECOS limitent à 10 le nombre d'enfants issus des spermatozoïdes d'un même donneur. De plus, la motivation pécuniaire des dons de sperme de Fonzy dans la version originale du film est en contradiction avec le principe de gratuité du don en France. Enfin, à l'époque, il fallait déjà être père pour donner son sperme, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

"Baby Mama" : Comédie et simplification des enjeux financiers

"Baby Mama" raconte l'histoire de Kate, une célibataire obsédée par sa carrière qui décide d'avoir un bébé. Si le langage cru utilisé dans la comédie peut surprendre, il reflète parfois la manière dont les médecins s'adressent aux patients en matière d'infertilité. Le médecin de Kate n'hésite pas à lui expliquer impitoyablement ses faibles chances de porter elle-même son enfant et à évoquer le problème de "l'âge maternel avancé".

Cependant, le film minimise le fardeau financier que représente un traitement de PMA. Kate parle nonchalamment de neuf cycles sans en mentionner le coût. De plus, elle ne découvre qu'après ces neuf cycles que la forme de son utérus rend toute conception quasiment impossible. Dans la réalité, une femme (ou un couple) passe par toute une batterie d'examens et de tests pour découvrir tous les problèmes potentiels avant même de commencer tout traitement. Enfin, le film utilise le prétexte des traitements hormonaux pour justifier que le personnage devienne "fou", ce qui relève d'une simplification excessive.

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"Raising Arizona" : Une vision caricaturale des "pilules de fertilité"

Dans "Raising Arizona", H.I et Ed, un couple qui ne rêve que de fonder une famille, apprennent que Nathan et Florence ont eu des quintuplés grâce à des "pilules de fertilité". Cette représentation est erronée, car il n'existe pas de telles "pilules de fertilité" magiques. De plus, le film ne s'intéresse pas au défi émotionnel qu'implique le fait de ne pas pouvoir porter son propre enfant.

"Juno" : L'infertilité en filigrane de l'adoption

"Juno" abordeIndirectement la question de l'infertilité à travers le personnage de Vanessa, une femme qui ne peut pas concevoir et qui souhaite adopter l'enfant de Juno, une adolescente enceinte. Vanessa offre un aperçu poignant de l'isolement qui peut accompagner les problèmes d'infertilité. Elle exprime une dure vérité : les personnes confrontées à l'infertilité sont souvent entourées d'amis et de proches de la famille qui partagent leur expérience.

Cependant, le film commence avec la vieille représentation de la femme infertile comme une femme sèche, frigide et coincée, un cliché qui mériterait d'être dépassé.

"Là-haut" (Up) : La douleur silencieuse d'une fausse couche

Bien que complètement silencieuse et d'une durée de deux minutes, la scène d'ouverture de "Là-haut" est terriblement poignante. Elle montre le chemin parcouru au cours de toute une vie par un couple, de leur rencontre à la mort de la femme, en passant par l'expérience de la fausse couche. La scène de la fausse couche d'Ellie traduit la déchirante douleur de la fin prématurée d'une grossesse d'une manière différente de la plupart des films. Ce n'est pas une scène hautement dramatique, où l'on pleure et où l'on crie. On assiste simplement à l'effondrement silencieux d'Ellie et à la tentative de Carl de la réconforter en dépit de sa propre douleur.

Cependant, dans "Là-haut", Carl et Ellie ne réessayent jamais d'avoir un enfant après la fausse couche. Dans la vraie vie, les fausses couches, bien que dévastatrices, sont incroyablement répandues (elles ont lieu pour environ une grossesse sur quatre).

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"Nos œufs au congélo, le temps de la réflexion ?" : Un documentaire sur la congélation ovocytaire

Le documentaire "Nos œufs au congélo, le temps de la réflexion ?" réalisé par Delphine Dhilly, explore les motivations des femmes françaises qui choisissent de congeler leurs ovocytes depuis la loi de 2021. Cette loi a permis aux femmes âgées de 29 à 37 ans de congeler gratuitement leurs ovocytes, une avancée sociétale répondant à un vrai besoin. En France, l'âge du premier enfant ne cesse de reculer depuis cinquante ans, alors que l'horloge biologique, elle, reste immuable. Plus de 30 000 femmes ont déposé une demande dès la première année.

Le documentaire pulvérise le cliché des femmes qui congèlent leurs ovocytes et qui ne seraient que des "carriéristes se réveillant un peu tard". Pour le Pr Michaël Grynberg, gynécologue-obstétricien, la réalité est tout autre : « Il y a beaucoup de femmes qui n’ont pas trouvé le partenaire avec qui avoir des enfants. » Pour beaucoup d'entre elles, il s'agirait donc de gagner du temps et, surtout, de ne pas dépendre d'un éventuel partenaire.

La congélation n'est qu'un des droits ouverts par la loi de 2021, qui donne aussi accès à la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires. « En ouvrant ces possibilités, elle répond aux besoins des femmes, mais crée aussi de nouveaux désirs », précise le documentaire. La congélation refléterait ainsi de nouvelles attentes. « Congeler ses ovocytes, c’est comme se donner un moment pour réellement penser ce désir d’enfant, se l’approprier ou imaginer d’autres chemins, comme si toutes ces femmes interrogeaient leurs désirs au pluriel. »

"Des enfants faits main" : Un documentaire sur le don de gamètes

Le documentaire "Des enfants faits main" d'Ariane Poulantzas, réalisé après immersion au CECOS-TENON, explore le don de gamètes et d'embryons. Le film met en lumière les orientations éthiques qui guident le travail des blouses blanches et cerne les interrogations soulevées par le don, anonyme et gratuit en France, de cellules reproductrices. Des angoisses des parents aux hésitations des donneurs, ces réflexions se révèlent captivantes et démontrent que le don d'ovocytes et de spermatozoïdes suscite des dilemmes moraux propres à chacun.

La PMA : Un droit en constante évolution

La PMA est un domaine en constante évolution, tant sur le plan médical que sociétal. En France, la loi de 2021 a ouvert l'accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, répondant ainsi aux besoins et aux désirs de nombreuses personnes. Cependant, des inégalités persistent, notamment en ce qui concerne l'accès à la PMA pour les personnes homosexuelles et les célibataires qui souhaitent avoir recours à un don de gamètes.

Chaque année, plus de 25 000 enfants naissent grâce à la PMA en France. Ces techniques offrent de nouvelles possibilités aux personnes qui ne peuvent pas concevoir naturellement, mais elles soulèvent également des questions éthiques et sociétales importantes.

Parcours PMA : Un témoignage poignant

Le témoignage de Laura et Corentin, un couple ayant eu recours à la PMA, illustre les difficultés et les espoirs de ce parcours. Après plusieurs tentatives infructueuses de concevoir naturellement, Laura et Corentin se sont tournés vers la PMA. Ils ont traversé des moments difficiles, marqués par les rendez-vous médicaux, les prises de sang, les ponctions, les anesthésies et les résultats parfois décevants.

Corentin souligne que le parcours PMA n'est pas vécu de la même manière pour l'homme et pour la femme. L'homme n'a pas cette fameuse horloge biologique qui tourne et le presse, et ce qu'il doit faire et traverser médicalement est bien dérisoire au regard de ce que doit subir la femme.

Malgré les difficultés, Laura et Corentin ont gardé espoir et ont finalement réussi à avoir un enfant grâce à la PMA. Ils souhaitent partager leur histoire pour donner espoir à toutes les personnes qui se battent pour avoir un enfant.

tags: #documentaire #fiv

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