Vincent Colonna, né en Algérie en 1958, est un sémiologue, philosophe et écrivain français dont le travail explore les liens entre la théorie littéraire, les séries télévisées et les phénomènes culturels populaires. Son parcours intellectuel l'a mené d'Alger à Paris, puis à travers l'Afrique et le monde, nourrissant une passion pour la fiction et la narration sous toutes ses formes.
Une jeunesse algérienne et une formation intellectuelle à Paris
Vincent Colonna a passé son enfance et son adolescence à Alger, avant de s'installer en France pour poursuivre des études supérieures. Il a réalisé une thèse remarquée sur l'autofiction, sous la direction de Gérard Genette à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. Cette première étude sur le genre a conduit à la publication de son essai en 2004, Autofictions et autres mythomanies littéraires. Ses parents, engagés dans la lutte anticoloniale, ont été naturalisés Algériens après l’Indépendance et sont demeurés en Algérie jusqu’à la guerre civile de 1993-2000. Il a quitté Alger en 1980 pour Paris.
L'Afrique au cœur de son inspiration littéraire
Après ses études, Vincent Colonna a vécu deux ans au Kenya, inaugurant ainsi une passion pour l’Afrique qu’il n’a cessé de sillonner. Ses deux romans, Yamaha d’Alger (1999) et Ma Vie transformiste (2001), prennent d’ailleurs place sur le continent, explorant des thèmes tels que l’identité, le voyage et la transformation. Yamaha d’Alger est une enquête sur l’assassinat d’un supporter de football dans son pays natal, tandis que Ma Vie transformiste évoque le périple romanesque de deux jeunes touristes au Bénin.
De la sémiologie à l'analyse des séries télévisées
Parallèlement à sa carrière d'écrivain, Vincent Colonna dirige actuellement un cabinet d’études spécialisé dans la sémiologie, qui intervient notamment dans le secteur de l’audiovisuel pour le compte de chaînes de télévision. De là, entre autres, son intérêt pour les séries. Cette expérience l'a amené à s'intéresser de près aux séries télévisées, un domaine souvent méprisé par les intellectuels mais qui, selon lui, constitue une forme moderne de narration populaire. En 2005, il a fondé un Observatoire de la série télé qui s’est donné comme objectif d’analyser toutes les séries innovantes, quelle que soit leur nationalité. En 2010, il crée pour les chaînes et les producteurs une méthodologie destinée à aider la conception et l'écriture des séries télévisuelles françaises.
L'Art des séries télé ou Comment surpasser les Américains ? : un essai remarqué
Vincent Colonna s'est fait connaître du grand public grâce à son ouvrage L’Art des séries télé ou Comment surpasser les Américains ?. Dans cet essai, il analyse les raisons du succès des séries américaines, telles que "Prison Break", "Desperate Housewives", "Grey’s Anatomy", "Heroes", "Lost", "Dr House" et "Dexter", et s'interroge sur les difficultés rencontrées par les créateurs français pour produire des séries populaires de qualité.
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Colonna soutient que les séries américaines puisent leur force dans une tradition narrative européenne oubliée et méprisée : l’art du « récit canonique ». Il propose de formuler les « règles » que les grands créateurs américains ont appliquées par tradition, de lier ces règles à quelques principes anciens, puis de trouver les concepts modernes qui les étayent et les rajeunissent. Il démontre ainsi que les secrets des grandes séries américaines se trouvent dans la vieille réflexion sur le récit et ses émotions qui existe en Europe depuis Aristote, mais qui a été discréditée par les avant-gardes artistiques et les théories formalistes de l’art depuis Flaubert. Une tradition à laquelle on doit pourtant l’Odyssée, le Roman de Renard, le Quichotte, Roméo et Juliette, La Nouvelle Héloïse, Werther, La Comédie Humaine, Mme Bovary, Guerre et paix, Le Déjeuner sur l’herbe et nos meilleurs cinéastes.
L'ouvrage a été salué par la critique pour son approche originale et sa capacité à éclairer les mécanismes narratifs des séries télévisées. Télérama soulignait son agilité à passer de la Poétique d’Aristote à l’étude séquentielle d’un épisode de Dexter, tandis que l’Humanité mettait en avant sa pertinence dans l’analyse des structures et des modèles communs à la littérature et à la télévision.
La Petite Culotte : une parenthèse musicale festive et engagée
Parallèlement à ses activités intellectuelles, Vincent Colonna s'est également lancé dans une carrière musicale sous le nom de "La Petite Culotte". Ce pseudonyme, hérité d'un bar-restaurant qu'il tenait à Bonifacio, est devenu un symbole de son approche festive et décalée de la musique.
En 2022, sa reprise de La Goffa Lolita, une vieille chanson paillarde corse, a enflammé les pistes de danse de toute la France. Colonna a réécrit les paroles de la chanson pour en faire un hymne à la femme moderne et indépendante, transformant ainsi un morceau autrefois moqueur en un symbole de revendications féminines. La Petite Culotte précise : "Elle était restée un peu dans la tête des gens, mais elle n’existait pas vraiment. Je ne la chantais pas entièrement parce qu’elle ne mettait pas en valeur cette Lolita, et les femmes en général". En corse, "goffa" signifie en effet laide. Le morceau d'origine rigolait donc de cette femme qui a réellement existé dans des paroles pas très subtiles. C'est pourquoi Vincent Colonna a réécrit entièrement les couplets, non sans avoir contacté les ayants droit bien sûr.
Le succès de La Goffa Lolita a conduit à la sortie de deux albums : Libertà Lolita en 2022 et In Festa en 2023. Ces albumsExplorent des thèmes chers à Colonna, tels que le respect des femmes, la famille et l'amour, tout en célébrant la culture corse et la musique populaire.
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"J’avais un restaurant de ce nom à Bonifacio. Je jouais tous les soirs là-bas", nous révélait-il. Car avant de chanter La Goffa Lolita, il a fait des études de sommellerie. Avant d'ouvrir un bar à vin à Bonifacio."Au début, les portes n'étaient pas toujours ouvertes", confie Vincent Colonna alias La Petite CulotteDepuis, ce nom colle à la peau du jeune homme : "Quand j’ai vendu le restaurant, je me l'étais tellement approprié et les gens venaient tellement m’écouter que je me suis dit que cela pouvait être assez unique de le garder", nous expliquait-il. Unique, et pas forcément idéal lorsqu'il a opéré ce changement de carrière : "Au début, les portes n’étaient pas toujours ouvertes. Quand les gens se sont aperçus que les textes étaient très engagés en faveur de l’égalité homme-femme, et que ce n’était pas quelque chose de lourd, cela a changé. C’est maintenant tout à mon avantage d’avoir un nom aussi unique".
Vincent Colonna a grandi à Bonifacio, initié aux polyphonies corses et au chant par son père et par Natale Luciani, dont il rejoint le groupe Canta U Populu Corsu durant plusieurs années, se produisant notamment à l’Olympia. Nombreux sont les chanteurs corses qui sont passés par U Populu Corsu.
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