Introduction
La paternité, concept à la fois simple et complexe, a subi d'importantes transformations au fil des siècles. Définie comme l'état ou la qualité d'être père, elle englobe des dimensions biologiques, juridiques, sociales et spirituelles. Cet article explore l'évolution de la notion de paternité, en s'appuyant sur des données historiques et sociologiques, afin de mieux comprendre les enjeux contemporains liés à ce rôle fondamental.
Définition de la paternité
La paternité, au sens strict, est le lien biologique qui unit un homme à son enfant. Cependant, cette définition est réductrice, car la paternité englobe également des aspects sociaux, affectifs et juridiques. Elle peut se définir comme le fait d'assumer les responsabilités et les devoirs liés à l'éducation, au bien-être et au développement de l'enfant. Le Larousse la définit comme le « lien de filiation entre un père et son enfant ».
Paternité : Définition
La paternité, en substance, représente le fait d'être père, englobant l'état et la qualité qui y sont associés. Elle se manifeste à travers les joies et les soucis inhérents à ce rôle. Sur le plan juridique, elle désigne le lien qui unit un père à son enfant, qu'il s'agisse d'une paternité légitime ou naturelle, et peut être officiellement reconnue.
Métaphoriquement, la paternité peut également s'étendre au domaine de la création et de l'influence. Elle peut désigner la qualité d'auteur ou de créateur d'une œuvre, d'un projet ou d'un concept.
Dans un contexte théologique, la paternité prend une dimension spirituelle, évoquant la paternité divine de Dieu. Elle symbolise l'idée que l'esprit humain est conditionné par Dieu, affirmant ainsi la paternité divine.
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Sur le plan du droit canonique, la paternité spirituelle fait référence au lien de parenté spirituelle établi lors du baptême entre le parrain ou la marraine et leur filleul. Elle peut également désigner l'alliance spirituelle entre un prêtre et le bénéficiaire d'un sacrement.
Historiquement, le terme "paternité" pouvait également désigner la dignité d'un abbé.
L'évolution du concept de paternité souligne son inscription dans un vaste mouvement de redéfinition des rôles de genre.
Évolution Historique de la Paternité
L'Ère du Pater Familias (De la Révolution Française aux Années 1960)
De la Révolution française aux années 1960, l’histoire des pères est placée sous le signe de la complémentarité des sexes, fondée sur une séparation genrée des dimensions publique et privée et des responsabilités vis-à-vis de la production et reproduction. L’adoption du Code civil napoléonien dans plusieurs pays d’Europe à partir de 1804 rétablit la toute-puissance du pater familias, mais son autorité et, avec elle, les symboliques royales et religieuses, sont progressivement remises en question au XIXe siècle.
L’État intervient de plus en plus dans la sphère familiale, notamment depuis que le mariage est devenu un acte civil : en France à partir de la Révolution française, dans l’Empire allemand en 1875 et en Russie en 1917. Au XIXe siècle, l’enfant est l’objet d’une attention croissante, ce qui entraîne le vote d’importantes lois sur la protection de l’enfance dont certaines visent explicitement les pères « indignes », comme la loi française du 24 juillet 1889 sur la déchéance de la puissance paternelle ou les directives relatives à l’autorité parentale inscrites dans le code civil allemand [Bürgerliches Gesetzbuch] de 1896. L’intérêt de l’enfant prime également sur celui du père en mettant sur un pied d’égalité les enfants légitimes et les enfants naturel.le.s : en Norvège, avec les lois « Castberg » (1915), en Union soviétique en 1918 et en France bien plus tardivement avec la loi de 1972.
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Cette concurrence de l’État faite aux pères se manifeste également dans la scolarisation qui, devenant universelle et obligatoire au cours du XIXe siècle, réduit considérablement l’influence paternelle sur ses enfants en termes de transmission de savoir-faire et de choix d’orientation. Cependant, ces transformations de la paternité renvoient surtout à un idéal partagé par les classes moyennes en Europe. Cette représentation de relations familiales ne correspond que partiellement aux expériences des classes ouvrières, où les femmes et mères ont, au XIXe siècle, une activité extra-domestique et participent au revenu familial.
Les dynamiques au sein des familles paysannes restent également peu connues, alors que plusieurs facteurs permettent d’imaginer des relations père-enfants bien différentes de celles des classes moyennes en raison de la cohabitation de trois ou quatre générations, réalité paysanne observée jusqu’au XXe siècle. Après deux guerres mondiales, l’expérience des régimes autoritaires et celle des violences de masse, la figure du père devient un symbole des transitions démocratiques.
La Remise en Question de l'Autorité Paternelle (Années 1960 à Aujourd'hui)
En effet, la remise en question de l’autorité paternelle et les idées d’une paternité « douce » font partie intégrante des tentatives de démocratiser les sociétés européennes : d’abord en Allemagne après 1945, puis dans les mouvements de jeunesse des années 1960. Dans la loi, l’autorité paternelle est remplacée par l’autorité parentale (en 1970, en France, mais déjà en 1949, en Tchécoslovaquie, ou en 1950, en Allemagne de l’Est).
À partir des années 1960 et 1970 en Europe, la deuxième vague du féminisme revendique l’égalité des sexes au sein de la famille. Des mesures concrètes sont adoptées pour partager les tâches domestiques : le congé de paternité est d’abord introduit en Suède (1974) et dans les autres pays nordiques, puis suit une diversification de modèles : entre droit au congé de paternité (en France et Belgique, depuis 2002), quotas de congés parentaux réservés aux pères (la Norvège est le premier pays, en 1993) ou système de « bonus » d’un ou plusieurs mois de congé bien rémunéré si les deux partenaires partagent le congé parental (Allemagne, 2007 ou Portugal, 2009). À partir des années 1970, les pères entrent aussi plus facilement dans les salles d’accouchement. De nouveaux manuels de puériculture incitent les pères à prendre part aux soins apportés aux nouveau-né.e.s avec l’objectif de créer, dès la naissance, un lien fort avec l’enfant.
Ce nouvel ordre familial (certain.e.s parlent même d’une révolution anthropologique) remet en cause la naturalisation des rôles genrés et prône davantage d’égalité entre les membres de la famille. Il doit, cependant, affronter des résistances multiples : l’inertie de la division inégalitaire des tâches domestiques entre hommes et femmes ; la réaffirmation d’un lien « naturellement » privilégié entre mère et enfant ; l’idée d’un retour à une autorité paternelle forte, fondée sur l’activité professionnelle et le statut de l’homme dans la sphère publique. En effet, l’on observe souvent la crainte pour les pères qui s’occupent de leurs enfants de la perte d’une prétendue virilité. Ces résistances sont d’autant plus virulentes quand il s’agit de phénomènes liés à la dissociation du mariage et de la parentalité - une évolution que l’on observe notamment depuis les années 1970, entraînant une pluralisation des formes familiales. La « monoparentalité » masculine, par exemple, est en progression depuis plusieurs décennies et se situe autour de 15 % de toutes les familles monoparentales, dans les pays de l’Union européenne. En Allemagne de l’Ouest, leur nombre a augmenté de 65 000, en 1961, à 150 000, en 2004. L’homoparentalité devient également un enjeu politique et médiatique à partir des années 1980. Question toujours fortement actuelle et sensible, avant tout s’il s’agit de l’adoption (en 2018, l’adoption par un couple homosexuel est légale dans dix-sept pays européens) quelques rares études historiques nous rappellent néanmoins que ces phénomènes ne sont pas neufs. En effet, se retrouver seul avec ses enfants est une expérience connue par de nombreux pères, veufs notamment aux XVIIIe et XIXe siècles.
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La diversification des modèles familiaux
L’évolution de la paternité depuis le XIXe siècle souligne combien celle-ci s’inscrit dans un large mouvement de redéfinition des rôles de genre. La famille nucléaire traditionnelle, composée d'un père, d'une mère et de leurs enfants, n'est plus le seul modèle dominant. On observe une diversification des structures familiales, avec l'augmentation des familles monoparentales, recomposées et homoparentales. Cette évolution a un impact direct sur la définition et l'exercice de la paternité.
L'importance de l'engagement paternel
Malgré les transformations sociales et les remises en question des modèles traditionnels, l'importance de l'engagement paternel reste indéniable. Les études montrent que l'implication active du père dans la vie de l'enfant a des effets positifs sur son développement cognitif, émotionnel et social. Un père présent et attentif contribue à renforcer l'estime de soi de l'enfant, à améliorer ses performances scolaires et à réduire les risques de comportements déviants.
La paternité à l'épreuve des nouvelles technologies
Les nouvelles technologies, telles que les applications de suivi de grossesse et les forums en ligne, offrent aux futurs pères de nouvelles possibilités de s'informer, de se préparer à l'arrivée de l'enfant et de partager leurs expériences avec d'autres pères. Cependant, elles peuvent également engendrer de nouvelles pressions et de nouvelles attentes, en particulier en ce qui concerne l'implication du père dès les premiers instants de la vie de l'enfant.
Les fonctions traditionnelles de la paternité
Traditionnellement, les pères assument trois grandes fonctions : la reproduction, l'éducation et la transmission du patrimoine. Cependant, avec l'évolution des sociétés et des modèles familiaux, ces fonctions sont de plus en plus partagées ou assumées par d'autres acteurs, tels que les mères, les beaux-parents ou les institutions éducatives.
Le rôle de pourvoyeur
Pendant longtemps, le rôle principal du père était d'assurer la subsistance de sa famille en travaillant et en fournissant un revenu stable. Bien que cette fonction reste importante, elle est de moins en moins exclusive, car de nombreuses mères travaillent également et contribuent aux revenus du foyer.
Le rôle d'éducateur
Le père joue également un rôle important dans l'éducation de ses enfants, en leur transmettant des valeurs, des connaissances et des compétences. Il peut également être un modèle de comportement et une figure d'autorité. Cependant, l'éducation des enfants est de plus en plus partagée entre les deux parents, ainsi qu'avec les institutions éducatives.
Le rôle de protecteur
Le père est souvent perçu comme le protecteur de sa famille, assurant sa sécurité et son bien-être. Il peut également être un soutien émotionnel pour ses enfants et sa partenaire. Cependant, ce rôle est de plus en plus partagé avec la mère, qui peut également être une source de protection et de soutien.
Les enjeux contemporains de la paternité
La conciliation travail-famille
L'un des principaux défis auxquels sont confrontés les pères aujourd'hui est la conciliation entre leur vie professionnelle et leur vie familiale. Les pères sont de plus en plus nombreux à souhaiter s'impliquer davantage dans l'éducation de leurs enfants et à partager les tâches domestiques, mais ils peuvent se heurter à des difficultés liées à leur emploi du temps, à la culture d'entreprise et aux stéréotypes de genre.
La place du père après une séparation
La séparation ou le divorce des parents peut avoir un impact important sur la relation entre le père et ses enfants. Il est essentiel de préserver le lien entre le père et ses enfants, en favorisant le dialogue, la coparentalité et le respect mutuel. Le père doit continuer à jouer un rôle actif dans la vie de ses enfants, en participant à leur éducation, à leurs activités et à leurs décisions.
La paternité et les nouvelles formes familiales
Les nouvelles formes familiales, telles que les familles monoparentales, recomposées et homoparentales, posent de nouvelles questions quant à la définition et à l'exercice de la paternité. Il est important de reconnaître et de valoriser la diversité des modèles familiaux, en tenant compte des besoins et des droits de tous les enfants, quel que soit leur environnement familial.
La paternité spirituelle
Dans la civilisation biblique, la Divinité est à plusieurs reprises interprétée comme paternité. Mais en devenant homme, le Verbe a révélé clairement le Père. Il s’est manifesté son Fils unique et il a enseigné aux hommes, à commencer par ses disciples et à tout le Peuple de Dieu, à prononcer le Nom divin de Père. La seule prière explicite qu’Il ait transmise est celle où l’homme apprend à dire « notre Père ! ». La paternité divine concerne, non seulement le Peuple, mais tous les hommes. Ceux-ci accèdent à l’invocation et à la connaissance du Père par leur foi dans le Fils et en étant, par le saint Esprit, affilié au Père par une naissance charismatique. La paternité définit d’une certaine façon l’Église parce que celle-ci est le Corps du Fils fait chair et fait homme. L’Église est principalement le milieu divino humain dans lequel l’homme accède à la révélation de la paternité divine.
La paternité de Dieu se manifeste dans l’Église par le ministère de ceux et celles qui ont acquis, par leur foi et la sainteté de leur vie, la grâce de parler comme parle le Fils, soit en citant explicitement celui-ci, soit par un discours conforme à l’Évangile. Ces personnes, pères ou mères spirituels, sont par le saint Baptême, membres du sacerdoce unique du Christ et Fils de Dieu. La paternité divine se révèle également par le fait que ces personnes, par leur sainteté, irradient la grâce du saint Esprit autour d’elles. Par leur foi en Jésus Christ, par leur obéissance à ses commandements et par toute leur vie, « des fleuves d’eau vive s’écoulent de leur sein », dit le Christ (Jean 7, 38). La paternité se montre ainsi en eux comme expression de la Parole et « communion du saint Esprit ». La paternité divine dans l’Église se manifeste par des personnes, les saints et saintes de tous les temps.
La vie sacramentelle de l’Église (Baptême, Onction, Eucharistie, Couronnement, Ordination, saintes Huiles, Absolution des fautes commises après le Baptême), est l’œuvre permanente du Fils par le saint Esprit. Chaque membre de l’Église cherche à se connecter ou à se maintenir en connexion avec le Père par le saint Esprit, c’est-à-dire à vivre dans la condition de fils ou de fille de Dieu. Et nous demandons au Seigneur de nous faire rencontrer des pères ou des mères spirituels en qui nous puissions reconnaître sa propre paternité. En effet, pour faire la volonté du Père et nous montrer ainsi ses fils, nous sommes aidés par le Fils en ses différentes manifestations et par l’Esprit en ses divers dons incréés.
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