Depuis le début des campagnes de vaccination contre la Covid-19, de nombreuses femmes ont signalé des perturbations de leurs cycles menstruels, incluant des retards de règles, des menstruations plus abondantes ou plus douloureuses. Ces signalements ont suscité un intérêt scientifique croissant et ont conduit à plusieurs études visant à évaluer le lien potentiel entre la vaccination contre la Covid-19 et les troubles menstruels.
Signalement Médiatique et Reconnaissance d'un Signal Potentiel
L'existence d'un signal potentiel entre la vaccination contre la Covid-19 et les troubles menstruels a été reconnue par les gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) et a fait l'objet d'une attention médiatique considérable. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a émis des consignes à l'attention des femmes présentant des troubles menstruels après la vaccination contre la COVID-19, ainsi qu'aux professionnels de santé. L'ANSM a mis à disposition un guide d'aide à la déclaration des effets indésirables, soulignant l'importance de fournir des renseignements détaillés lors du signalement de ces troubles afin de permettre une évaluation efficace des cas déclarés par les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV).
En octobre 2022, l'Agence européenne du médicament (EMA) a reconnu un lien de causalité potentiel entre la vaccination anti Covid et les troubles menstruels (retard ou absence de règles, saignements menstruels anormalement abondants). Ces troubles ont été ajoutés dans les résumés des caractéristiques du produit (RCP) et les notices des vaccins à ARNm.
Études Épidémiologiques et Données de Pharmacovigilance
Plusieurs études épidémiologiques ont été menées pour évaluer le lien entre la vaccination contre la Covid-19 et les troubles menstruels. Une étude française menée par Epi-Phare sur 4 610 femmes âgées de 15 à 50 ans a mis en évidence une augmentation de 20 % du risque de saignements menstruels abondants ayant nécessité une prise en charge à l'hôpital dans un délai de 1 à 3 mois suivant la primovaccination par vaccin à ARNm (Comirnaty ou Spikevax) en comparaison avec les femmes non vaccinées. Le nombre estimé de cas de saignements menstruels abondants ayant nécessité une prise en charge à l'hôpital attribuables à la primovaccination était de 103, soit un taux de 8 cas pour 1 000 000 femmes vaccinées sur l'ensemble des 13 millions de femmes de 15 à 50 ans vaccinées. En revanche, le risque n'apparaît pas augmenté au-delà de 3 mois après la primo-vaccination, ni après l'administration d'une dose de rappel.
Cette étude a été réalisée à partir des données du Système national des données de santé (SNDS) couplé au Système d'information vaccin Covid (VAC-SI). Elle a inclus les 4 610 femmes âgées de 15 à 50 ans non enceintes ou post-parturientes, sans antécédents d’hystérectomie ou de troubles de la coagulation, prises en charge à l’hôpital pour saignements menstruels abondants entre le 12 mai 2021 et le 31 août 2022 en France. Plus de 70 % d’entre elles ont été prises en charge en hôpital de jour. Ces cas ont été appariés à 89 375 femmes témoins avec les mêmes caractéristiques d’âge, de lieu de résidence et d’utilisation de la contraception.
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Au moment de l’étude, 71 % des cas et 70 % des témoins avaient reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, et parmi ces personnes vaccinées, la dernière dose reçue était une dose de primovaccination (première ou deuxième dose) pour 68 % et 66 %. Le dernier vaccin reçu était un vaccin à ARNm (Comirnaty ou Spikevax) pour 99,8 %.
Les données de pharmacovigilance ont également mis en évidence des signalements de troubles menstruels après la vaccination contre la Covid-19, tels que des retards de règles, l'absence de règles et des saignements menstruels anormalement abondants. L'ANSM a organisé une réunion avec des représentants d'associations de patients et de professionnels de santé pour renforcer l'information des femmes et rappeler l'importance de la déclaration de ces effets indésirables.
Résultats Contradictoires et Considérations Méthodologiques
Il est important de noter que certaines études n'ont pas trouvé de lien significatif entre la vaccination contre la Covid-19 et les troubles menstruels. Par exemple, une étude de vaste ampleur réalisée en Suède a estimé qu'aucun élément solide n'avérait un tel lien. Ces résultats contradictoires peuvent s'expliquer par des différences de méthodologie, notamment en ce qui concerne la période à risque prise en compte après la vaccination.
Les chercheurs français soulignent que l'étude suédoise prenait en compte une période à risque qui commençait à peine plus d'une semaine après la vaccination des patientes, ce qui « a pu conduire à masquer une éventuelle augmentation du risque survenant dans un délai un peu plus tardif ».
Types de Troubles Menstruels Signalés
Les troubles menstruels associés aux vaccins ARNm peuvent se manifester de différentes manières, notamment :
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- Saignements anormaux : Ils représentent une part importante des cas signalés avec le vaccin COMIRNATY.
- Retard de règles : Il s'agit d'un retard inhabituel dans l'apparition des règles.
- Aménorrhées : Il s'agit de l'absence de règles.
- Oligoménorrhées : Il s'agit de règles peu fréquentes.
- Menstruations plus abondantes : Il s'agit de saignements menstruels plus importants que d'habitude.
- Menstruations plus douloureuses : Il s'agit de douleurs menstruelles plus intenses que d'habitude.
Mécanismes Possibles et Facteurs de Risque
À ce jour, les données disponibles ne permettent pas de décrire précisément le mécanisme de survenue de ces troubles du cycle menstruel. Plusieurs hypothèses ont été avancées, notamment une interférence/interaction immunitaire, mais ces hypothèses ne sont pas confirmées. D'autres facteurs peuvent également jouer un rôle, tels que la réactogénicité (fièvre, maux de tête, nausées…) provoquée par la vaccination, ainsi qu'un stress ou une anxiété importante engendré par l'acte de vaccination et/ou le contexte de pandémie.
Il est également important de considérer la possibilité que la patiente développe une maladie gynécologique (syndrome des ovaires polykystiques, hyperprolactinémie, adénomyose, etc.) de manière concomitante à la vaccination.
L'étude EPI-PHARE a mis en évidence que le risque de troubles menstruels est particulièrement marqué chez les femmes les plus défavorisées et chez celles n'utilisant pas de contraception hormonale.
Prise en Charge et Recommandations
Face à des troubles menstruels persistants sur plusieurs cycles ou ayant un impact significatif sur la qualité de vie, il est recommandé aux femmes concernées de consulter leur médecin. Une évaluation médicale permettra d'écarter d'autres causes possibles de ces troubles, telles qu'une maladie gynécologique sous-jacente.
L'ANSM rappelle que les professionnels de santé ont constaté en pratique peu de cas graves de troubles menstruels et qu'il est souvent difficile de les analyser car ils sont peu documentés. Il est donc essentiel de fournir des informations détaillées lors de la déclaration de ces effets indésirables.
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