La question de l'ouverture de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) à toutes les femmes suscite de vifs débats en France. L'association "Marchons Enfants" et d'autres collectifs ont organisé des manifestations pour exprimer leur opposition au projet de loi bioéthique, notamment à la PMA sans père. Ces événements ont réuni des milliers de personnes à travers le pays, reflétant les profondes divisions de la société sur cette question. Cet article se propose d'examiner les arguments des différents acteurs et les enjeux de cette loi.
Une Mobilisation d'Avertissement contre la Marchandisation du Corps Humain
Selon Franck Meyer, président du collectif des Maires pour l’enfance, les manifestations sont un « premier avertissement au gouvernement ». Le collectif "Marchons Enfants", qui réunit 21 associations, a initié la manifestation parisienne du 6 octobre, rassemblant, selon les organisateurs, 600 000 personnes. Le cabinet Occurrence estime plutôt le nombre de manifestants à 74 500. Les participants ont défilé dans le calme, brandissant des slogans tels que « un vrai daron, pas des échantillons » et « GPA-PMA, stop aux apprentis sorciers ».
Opposition à la PMA pour Toutes : Un Enfant n'Est Pas un Droit
Les opposants au projet de loi de bioéthique dénoncent l'idée que la PMA pour toutes reviendrait à considérer l'enfant comme un droit. Pascale Morinière, présidente de la Confédération nationale des associations familiales catholiques, déplore un « grand bricolage » sur la filiation et sur l’éthique, soulignant que la question va au-delà de la PMA.
La GPA en Ligne de Mire
Le député LR Patrick Hetzel s'insurge contre l'amendement Touraine, qui prévoit de reconnaître la filiation des enfants nés de GPA à l’étranger, affirmant que « c’est la GPA qui pointe son nez. Les masques sont tombés ! ». Il insiste sur le fait que « C'est la GPA qui pointe le bout de son nez ».
Tant que la loi n’est pas promulguée, tout peut arriver, estime Hetzel. Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour tous, souligne que la ministre Agnès Buzyn a dit viser un vote définitif de la loi à l’été 2020, ce qui laisse du temps pour la mobilisation. Cinq autres dates de mobilisation sont annoncées, dont une le 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida. Le député LR Guillaume Larrivé conclut : « Peut-être qu’on est minoritaire dans l’opinion, mais on ne doit pas renoncer à nos convictions ».
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La Bataille des Chiffres : Une Question de Reconnaissance
Six ans après la mobilisation historique soulevée par la “Manif pour tous”, la Préfecture de police tente une fois de plus d'imposer des chiffres de participation officiels revus à la baisse, malgré les éléments tangibles présentés par les organisateurs et les spécialistes présents sur place. Selon les organisateurs, 600 000 personnes sont venues dire non à l’extension de la PMA. L’ampleur de la mobilisation a de quoi faire vaciller la majorité.
Des Estimations Divergentes
Une heure et demie plus tard, le chiffre établi par la Préfecture de police tombe pourtant comme un canular, que la foule dispersée ne peut plus démentir par l’évidence de sa présence. Selon la police, seulement 42 000 personnes auraient défilé dans les rues de Paris. C’est plus de quatre fois moins que les 200 000 manifestants prévus le matin même par le ministère de l’intérieur.
Simple erreur de comptage, due à la modification du parcours, ou déni pur et simple d’un mouvement dont l’ampleur embarrasse le gouvernement ? La question se pose. Selon les informations transmises à la presse le jour-même, le comptage effectué par la Préfecture de police aurait effectivement été retardé par la création du second cortège. Mais cela n’explique pas pourquoi cette même préfecture avait annoncé vers 18h15 ne pas vouloir transmettre de comptage officiel, avant de changer d’avis un quart d’heure plus tard, en transmettant un score… ridiculement bas, au mépris de l’évidence.
Les Arguments des Organisateurs
Les organisateurs avancent des arguments pour contester ce comptage, notamment le stock de 50 000 drapeaux écoulés dès la première demi-heure. Selon les images retransmises, les manifestants étaient très loin de tous disposer d’un drapeau, ce qui exclut d’emblée l’hypothèse selon laquelle ils auraient été moins de 50 000. De même, les moyens de transports mis en place par les organisateurs laissent à penser que la barre des 42 000 a largement été franchie. Deux TGV, trois wagons et cent vingt-cinq bus ont été affrétés depuis la province pour amener des manifestants à Paris. « Soit l’équivalent de 9 500 participants, sans compter les 1 000 bénévoles, ce qui fait déjà un quart des manifestants les chiffres selon la police, alors que l’écrasante majorité des participants sont des parisiens, franciliens et provinciaux, venus par leurs propres moyens », explique Albéric Dumont, président de la Manif pour tous.
Le Scepticisme des Spécialistes
Ce scepticisme, voir cette défiance, envers les chiffres présentés par la police dimanche, les spécialistes la partagent, y compris ceux qui sont à l’origine de la troisième estimation publiée en fin d’après-midi pour plusieurs médias : le cabinet d’étude indépendant Occurrence. « Le chiffre de 42 000 participants est clairement faux et en dessous de nos estimations, indique son président, Assaël Adary. Pour ma part, je me demande si les autorités, prise de cours, n’ont pas comptabilisé qu’un seul des deux cortèges et évalué le second grossièrement ».
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La Méthodologie d'Occurrence
Le cabinet d’étude indépendant Occurence ne dispose d’aucune vidéo, mais reconnait une manifestation sans précédent. Pour Occurrence, le nombre de participants s’établirait donc à 74 500 participants, soit presque deux fois plus que ceux donnés par la préfecture de police. Seul bémol, la technologie utilisée par le cabinet, mainte fois testée, est techniquement basée sur la reconnaissance des silhouettes franchissant une ligne donnée. Toute silhouette non-visible, comme un enfant dans les jambes de ses parents, sur leurs épaules ou dans une poussette, a pu passer au travers du comptage. Or de très nombreuses familles s’étaient déplacées pour participer à cette mobilisation résolument familiale.
Un Turnover Important de Manifestants
Entre les cafouillages de la Préfecture de police et les limites technologiques d’Occurence, les organisateurs ont opté pour une approche plus large, basée sur l’étendue de la surface couverte par les manifestants au point de rendez-vous, avec une estimation de quatre personnes au m². « Nous avons également tenu compte du turnover entre les manifestants du début et ceux de la fin, qui ne sont pas les mêmes pour une partie d’entre eux, détaille Bruno Dary, responsable du comptage. Les participants qui sont venus de provinces sont arrivés très tôt mais ont dû repartir également plus tôt pour quitter Paris et rentrer chez eux. A l’inverse, les parisiens et franciliens, qui ont leurs habitudes dominicales, sont arrivés plus tard et sont restés plus tard. Ce qui expliquent qu’ils aient, pour une part, directement rejoint le lieu de rendez-vous, sans suivre le cortège ».
Une Question de Respect et de Reconnaissance
Alors que de nouvelles dates de manifestation ont été annoncées, dont la prochaine est fixée au 1er décembre, les responsables du mouvement cherchent aujourd’hui à rétablir la vérité des chiffres. « C’est une question de respect pour ceux qui se battent à nos côtés. Si tant de personnes ont fait le déplacement jusque Paris, c’est bien pour être comptées. On ne se laissera pas voler notre victoire ! » assure Albéric Dumont, bien décidé à aller « jusqu’au bout ». Car ce qui se joue derrière cette bataille de chiffres en apparence mesquine, c’est la reconnaissance d’une certaine France trop éperdument attachée à sa civilisation pour céder aux sirènes du progressisme, qui voudraient nier son existence.
Décryptage des Arguments Contre la PMA pour Toutes
Dans une vidéo, plusieurs responsables associatifs se prononcent contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, en employant des phrases chocs, des slogans alarmants et un vocabulaire violent.
Le Retour aux Bâtards du XIXe Siècle ?
La vidéo s'ouvre sur une intervention d'Aude Mirkovic, porte-parole de Juristes pour l'Enfance. « Les enfants interdits par la loi d'action en recherche de paternité, c'est le retour aux bâtards du XIXe siècle », déclare-t-elle face caméra. Le terme « bâtard » fait référence aux enfants dits « illégitimes », c'est-à-dire nés hors mariage ou sans père connu.
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Selon Mathilde Larrere, historienne spécialiste du XIXe siècle, le Code civil excluait le droit de succession des enfants illégitimes et interdisait la recherche de paternité, ce qui entraînait une situation catastrophique pour les filles mères et les enfants illégitimes.
Virginie Girod, historienne, spécialiste des femmes et de la sexualité, explique que la bâtardise, c'est le père qui ne reconnaît pas son enfant, ce qui n'a rien à voir avec la situation du donneur de sperme. Selon le projet de loi, le donneur de gamètes bénéficiera de l'anonymat au moment du don, mais l'enfant pourrait ensuite demander son identité à sa majorité. Il n'y aura pas de filiation paternelle biologique mais, dans le cas d'un couple de femmes, une filiation sociale sera assurée devant notaire par les deux mères.
Des Enfants Sans Père en Grande Souffrance ?
Très vite dans la vidéo revient l'argument, largement entendu pendant les débats autour du Mariage Pour Tous, de la nécessité pour un enfant d'avoir un père et une mère pour se développer correctement. Marie Danet, psychologue spécialiste de l'attachement, balaie cet argument en affirmant que ce qui est important pour un enfant, c'est la figure d'attachement, peu importe qu'il s'agisse d'un papa, ou d'une maman. Une étude publiée dans la revue de médecine New England Journal of Medecine en 2018 a conclu que « les fils et filles de 25 ans ont une bonne santé mentale, autant que d'autres adultes du même âge ».
Laurence Croix, psychanalyste autrice du livre Le Père dans tous ses états (2011), explique que les mères peuvent avoir des traits traditionnellement associés à la paternité (comme punir, faire respecter les règles etc.), et vice-versa.
Plus de Familles Monoparentales, Plus de Précarité ?
Didier Leprince-Ringuet, porte-parole de l'association Familles plumées, interroge : « Nous savons tous que les familles monoparentales sont plus touchées par la précarité. Et là, on va en créer de nouvelles? »
Gérard Neyrand, sociologue et professeur émérite à l'université Paul-Sabatier à Toulouse, explique que le problème de la précarité monoparentale est un problème social, qui n'a rien à voir avec la façon dont les enfants conçus. Les familles monoparentales les plus précarisées le sont souvent à la suite d'une rupture conflictuelle. Les femmes ayant recours à la PMA auront choisi cette situation et jugeront qu'elles ont des revenus suffisants pour subvenir aux besoins de leurs enfants.
PMA, Environnement : Même Combat ?
Plusieurs fois dans la vidéo, il est fait référence à la protection de l'environnement, comme si le combat contre la PMA était le même que celui contre les conséquences du réchauffement climatique. Béatrice Parguel, chercheuse en marketing au CNRS, explique que grâce à cette stratégie, ils vont chercher des gens qui ne sont pas acquis à leur discours.
Des Manifestations Pour et Contre la PMA pour Toutes
Le débat sur le projet de loi bioéthique s'est tenu dans les rues en France. Dans certaines villes, des militants pro PMA pour toutes sont également descendus dans la rue au même moment. Deux visions opposées de la société se sont ainsi confrontées dans la rue sans violences mais avec quelques provocations verbales. Au Havre, les échanges entre les deux camps ont été tendus. À Tours, les deux cortèges ont défilé dans le centre-ville un peu dans la cacophonie. À Valence, les forces de l'ordre ont tenu les deux groupes à distance pour éviter tout incident. Même scénario à Bordeaux où les manifestants anti-PMA ont été particulièrement nombreux.
Plusieurs milliers de personnes opposées à la PMA pour toutes se sont rassemblées à Versailles. D'autres rassemblements ont eu lieu en Ile-de-France, à Paris (limité à 1.000 personnes en raison du Covid-19) ou encore Bondy (Seine-Saint-Denis).
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