Le cycle menstruel est un processus physiologique complexe qui joue un rôle essentiel dans la reproduction féminine. Ce cycle permet la libération de gamètes sexuels, communément appelés ovules, qui, s’ils sont fécondés, permettent d’obtenir une grossesse. Les menstruations, ou règles, correspondent à l’élimination de sang et de tissus utérins en l’absence de fécondation par un spermatozoïde. Elles se produisent en moyenne tous les 28 jours et durent de 2 à 5 jours, marquant le début du cycle menstruel. Les troubles menstruels sont des anomalies de fonctionnement de ce cycle et/ou de cette régulation hormonale qui se répercutent principalement sur les menstruations.
Ces troubles peuvent être handicapants et difficiles à supporter sur le long terme. En effet, ils se présentent sous différentes formes et peuvent être consécutifs à de nombreuses pathologies dont le diagnostic n’est pas toujours aisé. Un deuxième avis médical peut permettre d’identifier la cause de ces troubles et de mieux les prendre en charge, en limitant les symptômes et en proposant diverses thérapeutiques adaptées à la situation individuelle.
Les bases du cycle menstruel
Le cycle menstruel est un processus complexe régi par les hormones sexuelles féminines, principalement les œstrogènes et la progestérone. De la puberté à la ménopause, une femme connaît environ cinq cents cycles, interrompus par les grossesses.
Rôle des hormones
Les hormones sexuelles féminines sont de deux types : les œstrogènes (estradiol, estrone et estriol) et la progestérone. Elles sont sécrétées par les ovaires selon un cycle, dit cycle menstruel, dont les règles sont la manifestation.
- Œstrogènes : Ils sont responsables du développement des organes féminins au moment de la puberté : utérus, seins et épaississement de la paroi du vagin. Ils agissent également sur le cerveau, participent à la consolidation des os, féminisent la voix et jouent un rôle important dans la qualité de la peau et des cheveux.
- Progestérone : Elle est produite par les ovaires après l'ovulation (le moment où l'ovule est libéré par l'ovaire). Elle complète et contrôle les effets des œstrogènes. Elle permet l'implantation de l'œuf dans l'utérus et participe au bon déroulement de la grossesse.
Les phases du cycle menstruel
Le cycle menstruel se répète tous les 28 jours environ.
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- Phase folliculaire : Au premier jour des règles, le cerveau commence à sécréter de la FSH (hormone folliculo-stimulante), ce qui a pour effet de stimuler les ovaires. Selon la réserve ovarienne, plusieurs follicules (chacun contenant un ovocyte) vont être au stade antral. Ils vont au moment des règles être stimulés par une zone du cerveau appelée l’hypophyse. Cette stimulation aura pour effet de les faire évoluer, ils grossissent et synthétisent une hormone appelée œstradiol.
- Ovulation : Quelques jours avant l'ovulation, le cerveau commence à sécréter de la LH (hormone lutéinisante). Au 14e jour du cycle, les taux sanguins de LH sont élevés : l'ovulation a lieu et l'ovaire commence à sécréter de la progestérone.
- Phase lutéale : Après l’ovulation, le corps jaune (cicatrice de l’ovulation au niveau de l’ovaire) va synthétiser une hormone appelée progestérone. Sous l'effet de la progestérone, le cerveau cesse progressivement de sécréter la FSH et la LH : les ovaires diminuent leur production d'œstrogènes, puis de progestérone, jusqu'au prochain cycle.
Identification et types de troubles menstruels
Un trouble du cycle menstruel se manifeste par des troubles menstruels ou troubles des règles. Les menstruations arrivent de façon anarchique, avec un retard de règles ou même ne viennent plus du tout. Le cycle est détraqué et n’a plus aucune régularité. Ces cycles irréguliers peuvent se présenter sous plusieurs formes. Par exemple, votre cycle peut être très court puis très long le mois suivant. Idem pour la durée des règles qui peut varier du simple au triple.
Voici les principaux types de troubles menstruels :
- Polyménorrhée : Les règles reviennent à intervalle trop fréquent.
- Oligoménorrhée : Les règles sont espacées et peu fréquentes.
- Aménorrhée : Arrêt des règles ou absence de règles de plus de 90 jours. Chez certaines jeunes filles, elle peut être primaire, c’est-à-dire que les premières règles n’arrivent pas, malgré l’âge de la puberté. On parle d’aménorrhée secondaire lorsqu’une femme qui a déjà été menstruée cesse soudainement d’avoir ses règles. Cette absence de règles peut être liée à une grossesse, mais il peut exister d'autres causes.
- Dysménorrhée : Menstruations anormalement douloureuses. Il ne s’agit pas ici de simples maux de règles, mais de très fortes douleurs susceptibles d’handicaper les femmes dans leur quotidien.
Symptômes associés aux troubles menstruels
Les troubles menstruels sont déjà des symptômes en soi de diverses pathologies. Il existe néanmoins des symptômes qui s’ajoutent à ces troubles, ils sont différents en fonction du trouble menstruel et peuvent aiguiller vers un diagnostic.
- Troubles hormonaux : Ils peuvent engendrer une hyperandrogénie (augmentation du taux d’hormones androgènes dans le sang), de l’acné ou encore un surpoids. Tous ces symptômes sont par exemple retrouvés dans le Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK).
- Troubles de la fertilité : Ils sont des symptômes secondaires aux troubles menstruels que l’on retrouve très fréquemment dans de nombreuses pathologies.
- Signes psychiques : Irritabilité ou l’anxiété.
En plus de ces symptômes généraux, il existe d'autres signes et symptômes qui peuvent accompagner les règles :
- Douleurs menstruelles : Les douleurs menstruelles sont l’un des symptômes des règles les plus courants. À un moment donné de leur vie, la plupart des femmes feront l’expérience de crampes pendant leurs règles ou autour de leur survenue. En général, les douleurs menstruelles se font ressentir au début des saignements. Pendant vos règles, l’utérus se contracte pour permettre à la muqueuse de se détacher. Cette contraction comprime les vaisseaux sanguins de la muqueuse, interrompant temporairement l’alimentation en sang et en oxygène à destination de votre utérus.
- Sensibilité ou douleur au niveau de la poitrine : Elle fait partie des symptômes couramment signalés pendant ou avant les règles. Les fluctuations hormonales se produisant au cours du cycle menstruel constituent la cause la plus probable de douleurs mammaires ou de gonflement des seins aux alentours de la survenue de vos règles. Le taux de progestérone grimpe après l’ovulation et culmine vers le 21e jour d’un cycle de 28 jours, avant de chuter à l’approche des règles. Une douleur mammaire ressentie à cette période pourrait être due à la croissance des glandes mammaires en raison d’un taux élevé de progestérone.
- Acné : Certaines femmes peuvent remarquer l’apparition de boutons ou une poussée d’acné aux alentours de la survenue leurs règles, généralement avant. Une étude a révélé que 44 % des femmes souffraient d’acné prémenstruelle. L’acné peut aussi être un symptôme du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).
- Fatigue menstruelle : Elle peut faire référence à un épisode de fatigue ressenti juste avant le début de vos règles ou pendant leur survenue. La fatigue est un symptôme du syndrome prémenstruel ; de nombreux experts l’associent aux fluctuations hormonales. La baisse des taux d’œstrogène et de progestérone pendant la phase lutéale peut également entraîner une diminution d’une autre hormone : il s’agit de la sérotonine, un neurotransmetteur stimulant la bonne humeur. Un faible taux de fer dans le sang et les modifications soudaines de la glycémie peuvent également contribuer à la fatigue.
- Ballonnements : Les ballonnements ou la rétention d’eau juste avant le début des règles font partie des symptômes courants de SPM. Comme pour de nombreux autres symptômes du syndrome prémenstruel, il est probable que la rétention d’eau soit causée par les fluctuations hormonales.
- Migraines menstruelles : Les règles peuvent déclencher ce que l’on appelle des « migraines menstruelles » ou « migraines cataméniales ».
- Sautes d’humeur : Les sautes d’humeur, l’anxiété, la dépression et l’irritabilité sont des signes courants de l’arrivée de vos règles. Les sautes d’humeur font partie des symptômes classiques du SPM. Certaines femmes souffrent également de ce qu’on appelle un trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). Dans le cas du trouble dysphorique prémenstruel, les émotions sont exacerbées et les sautes d’humeur sont plus importantes.
- Troubles digestifs : Vous pouvez présenter une constipation ou une diarrhée aux alentours de la survenue de vos règles. Lorsque le taux de prostaglandines est élevé, une partie de ces hormones peut intégrer la circulation sanguine et s’acheminer vers d’autres organes, comme les intestins.
- Troubles du sommeil : Que ce soient les crampes ou les sautes d’humeur qui vous empêchent de dormir la nuit, les femmes se plaignent souvent du manque de sommeil aux alentours de la survenue de leurs règles. Les fluctuations hormonales peuvent faire augmenter la température de votre corps d’environ un demi-degré après l’ovulation.
Causes des troubles menstruels
Le cycle menstruel est régi par les hormones sexuelles, en particulier les œstrogènes et la progestérone. Selon la période du cycle, ces hormones sont secrétées en plus ou moins grande quantité par les ovaires. Ce sont elles qui déclenchent l’arrivée des règles. Dans certains cas, ces hormones ovariennes sont produites en excès ou au contraire en trop petite quantité. Ce déséquilibre hormonal vient perturber le cycle menstruel et donne des règles irrégulières.
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Plusieurs facteurs peuvent perturber ce cycle hormonal et entraîner des troubles menstruels :
Retard pubertaire : Les ovaires de la jeune fille se mettent à produire des hormones sexuelles trop tardivement.
Anomalie génétique : Certaines femmes possèdent un taux d’hormones masculines, la testostérone, très élevé, ce qui dérègle le cycle menstruel.
Entraînement sportif excessif : Lorsque le corps est soumis à un entraînement physique trop intensif, cela peut bouleverser la production d’hormones sexuelles. On estime par exemple que 90 % des gymnastes de moins de 18 ans évoluant en compétition internationale ont une absence de règles. L'activité physique très intensive, à haut niveau notamment, peut entraîner ce que l'on appelle aménorrhée de la sportive.
Causes psychologiques : Le stress, l'anxiété et les troubles émotionnels peuvent affecter l'équilibre hormonal et perturber le cycle menstruel.
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L’arrivée de la ménopause : À l’approche de la ménopause, la production d’œstrogènes diminue peu à peu.
Prise ou arrêt d’une contraception : La pilule, l’implant ou le stérilet peuvent avoir un effet différent sur le corps de chaque femme.
Pathologies : Diverses pathologies peuvent être à l'origine de troubles menstruels, notamment :
- Le SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) : Il touche 10 % des femmes. C’est une pathologie hormonale avec un taux d’androgènes (hormones dites masculines) trop important dans le sang. Il est causé par un dérèglement ovarien qui entraîne une surproduction d’androgènes, en particulier de testostérone. Dans 30 % des cas, il n’est diagnostiqué que lorsque les femmes rencontrent des difficultés à concevoir un enfant. De fait, il représente la première cause d'infertilité féminine. Les principaux symptômes du SOPK sont l’absence d’un cycle menstruel régulier, une hyperpilosité dans les zones habituellement observées chez l’homme, de l’acné et une chute de cheveux.
- Aménorrhée : Diverses causes d’aménorrhée existent ; elles peuvent être marquées par une aménorrhée primaire avec ou sans impubérisme ou une aménorrhée secondaire. Les étiologies sont alors différentes, mais impliquent dans un cas comme dans l’autre soit une atteinte centrale (hypothalamus, hypophyse) soit une atteinte périphérique (ovaires, utérus).
- Fibromes utérins et polypes utérins : Ce sont des tumeurs bénignes qui peuvent causer des saignements anormaux.
- Endométriose : Elle concerne 10 % des femmes et peut être source de douleurs très importantes lors des règles. Il s’agit d’une pathologie dans laquelle les tissus qui tapissent l’utérus se développent à l’extérieur de cet organe, dans des endroits comme les trompes de Fallope et les ovaires.
- Adénomyose : Il s’agit d’une affection similaire à l’endométriose : le tissu qui tapisse normalement l’utérus se développe ailleurs ; dans ce cas, c’est au sein de la paroi musculaire de l’utérus.
- Maladie inflammatoire pelvienne.
Il est important de comprendre que les troubles menstruels peuvent aussi être secondaires à des pathologies ne touchant pas initialement le système endocrinien ni l'appareil reproducteur. De plus, il faudra toujours rechercher une grossesse qui reste une cause principale d’aménorrhée et qui peut également être responsable dans certains cas de saignements anormaux.
Diagnostic des troubles menstruels
Les troubles menstruels sont avant tout un symptôme qui s'intègre dans une pathologie qu’il faut diagnostiquer, plusieurs maladies peuvent en effet causer ces troubles. Différents diagnostics pourront être évoqués selon les caractéristiques du trouble menstruel et la présence de symptômes associés.
Si vous constatez l’un de ces symptômes, parlez-en à votre gynécologue. En premier lieu les analyses sanguines, qui sont faites au cours des règles. Communément, nous dosons des hormones appelées FSH, LH, œstradiol, progestérone, AMH.
En fonction des résultats, on peut distinguer différents types de troubles :
- Type I : Il est défini par une anomalie de la fonction hypothalamo-hypophysaire. Dans ce sous-type, la zone du cerveau dévolue à la stimulation ovarienne en phase folliculaire ne stimule pas assez les ovaires. Ainsi, le cycle ne va pas se faire normalement et la patiente est la plupart du temps en aménorrhée. Dans cette catégorie, on retrouvera sur les prélèvements sanguins que les niveaux de LH, FSH et œstradiol seront bas.
- Type 2 : Il est dans la grande majorité des cas défini par le syndrome des ovaires polykystiques. L’hypophyse stimulera normalement les ovaires, mais leur réponse ne se fera pas correctement. Les dosages biologiques retrouveront une LH augmentée, un œstradiol normal et une AMH élevée.
- Type 3 : Il est défini par une insuffisance ovarienne. Avoir ce diagnostic ne veut pas dire qu’il y a 0 chance de grossesse spontanée.
Traitements des troubles menstruels
Le traitement dépend de la cause et du mécanisme à l’origine du trouble menstruel, car il est en partie étiologique.
- Contraception orale : La contraception orale par pilule oestro-progestative est souvent efficace, car elle régule les taux d’hormones.
- Hormonothérapie : Un traitement à base d’œstrogènes et de progestérone, non-contraceptif, peut être proposé en cas d’insuffisance de sécrétion en œstrogènes (par exemple au cours de l’anorexie ou de l’insuffisance ovarienne). Un traitement séquentiel avec juste de la progestérone peut être proposé en cas de maintien d’une activité ovarienne et une fabrication d’œstrogènes (par exemple dans le cas du SOPK).
- Chirurgie : Une chirurgie peut s’avérer nécessaire en cas de fibrome par exemple ou d’endométriose étendue. Cela consistera à retirer les tissus anormaux qui se trouvent dans l’utérus ou ailleurs.
Prise en charge du Syndrome Prémenstruel (SPM)
Le syndrome prémenstruel désigne un ensemble de symptômes physiques et psychiques. Les symptômes que l’on retrouve le plus fréquemment sont : l’irritabilité, l’anxiété, l’agitation, la colère, l’insomnie, des difficultés de concentration, la dépression et la fatigue sévère. Présents à chaque cycle, ces derniers ont pourtant tendance à être banalisés. Or, le cycle menstruel n’est pas censé être douloureux. Actuellement, il n’existe pas de traitement pour soulager le SPM, mais l’adoption d’une hygiène de vie saine et de certaines bonnes pratiques peut s’avérer bénéfique. Des solutions telles que la pratique d’une activité physique adaptée, une alimentation équilibrée et un sommeil de qualité peuvent contribuer à vous soulager. L’important est de trouver les solutions qui vous conviennent personnellement car le SPM est une expérience propre à chacune.
Prise en charge du Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK)
De même que pour le syndrome prémenstruel, il n’existe actuellement aucun traitement contre le syndrome des ovaires polykystiques. La prise en charge de ce syndrome doit être réalisée par des spécialistes. Après confirmation du diagnostic, vous serez amenée à consulter un endocrinologue et un gynécologue.
Quand consulter ?
En cas de troubles du cycle menstruel, il est important d’en parler avec votre médecin généraliste, gynécologue ou sage-femme. S’ils sont souvent passagers et anodins, ils peuvent aussi être le symptôme de maladies plus graves, comme des kystes aux ovaires, des tumeurs ou un cancer de l’utérus. C'est pourquoi les visites régulières chez le gynécologue, pour un frottis notamment, sont nécessaires.
Spécialistes des troubles menstruels
En cas de troubles menstruels, il est utile de consulter un endocrinologue spécialiste de médecine de la reproduction ou un gynécologue.
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