La trisomie 18, également connue sous le nom de syndrome d'Edwards, est une anomalie chromosomique complexe qui affecte le développement du fœtus. Cette condition génétique, identifiée pour la première fois par John Hilton Edwards en 1960, résulte de la présence d'un chromosome 18 supplémentaire, bouleversant la vie des personnes concernées et de leurs familles. Bien que préoccupante, elle peut être détectée précocement grâce aux examens de suivi de grossesse.
Comprendre la Trisomie 18
La trisomie 18 est une anomalie chromosomique liée à la présence d'un chromosome 18 en plus. Une trisomie correspond à la présence d’un chromosome supplémentaire au niveau d’une paire de chromosomes. La trisomie 21 représente l’anomalie chromosomique la plus fréquente, mais d’autres trisomies sont décrites et affectent différentes paires de chromosomes, sexuels ou non. À l’inverse, la monosomie désigne la perte d’un des deux chromosomes d’une paire.
Il existe trois formes principales de trisomie 18 :
- Trisomie 18 complète: L'enfant possède trois copies complètes du chromosome 18 dans toutes ses cellules. La T18 libre est présente dans environ 95 % des cas.
- Trisomie 18 partielle: L'enfant possède un fragment supplémentaire du chromosome 18.
- Trisomie 18 en mosaïque: Certaines cellules de l'organisme possèdent un chromosome 18 supplémentaire, tandis que d'autres sont normales (coexistence de cellules trisomiques et normales). La T18 en mosaïque a été rapportée chez moins de 5 % des patients et le tableau clinique varie entre un phénotype normal et celui de la T18 classique en fonction du pourcentage de cellules trisomiques présentes dans les tissus.
La sévérité de la maladie dépend du nombre de cellules affectées.
Incidence et Dépistage
L'incidence annuelle estimée de la trisomie 18 est comprise entre 1 cas pour 6 000 naissances et 1 cas pour 8 000 naissances. La trisomie 18 est beaucoup plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.
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Le diagnostic du syndrome d'Edwards peut être suspecté dès la grossesse grâce à plusieurs méthodes de dépistage:
- Échographie obstétricale: Peut révéler un utérus anormalement grand, un excès de liquide amniotique (hydramnios), un retard de croissance intra-utérin et une augmentation de la clarté nucale. L'échographie est donc plus favorable pour poser le diagnostic de trisomie 18.
- Tests de dépistage sanguins: Incluent l'analyse des marqueurs sériques maternels et le dépistage prénatal non invasif (DPNI), qui examine l'ADN fœtal circulant dans le sang maternel. Depuis quelques années, ce dépistage consiste à regarder l'ADN circulant du fœtus à partir d'une prise de sang maternel. En analysant l'ADN du fœtus on peut détecter une trisomie 18. Cependant, le Dépistage Prénatal Non Invasif (DPNI) n'est pas fait pour dépister la trisomie 18 et il est moins fiable que pour la trisomie 21 : il est fiable à plus de 99% des cas pour la trisomie 21 et sa fiabilité est de 95% pour la trisomie 18.
- Caryotype fœtal: Réalisé par amniocentèse ou biopsie de villosités choriales, permet d'analyser les chromosomes du fœtus et de confirmer définitivement la présence du chromosome 18 surnuméraire. La réalisation du caryotype fœtal permet d’établir avec certitude l’existence ou l’absence de trisomie. Cependant, bien que courants, ces examens peuvent provoquer des complications, notamment la perte du fœtus. La trisomie 18 est confirmée par le caryotype fœtal.
Symptômes et Manifestations Cliniques
Les enfants atteints de trisomie 18 présentent une série de symptômes que l’on peut classer en anomalies physiques, retards de développement et problèmes de santé. À la naissance, le syndrome d'Edwards se caractérise par des signes cliniques spécifiques qui orientent immédiatement le diagnostic. L'examen physique révèle des empreintes digitales inhabituelles, un sternum court visible à la radiographie, et parfois une fente au niveau de l'iris de l'œil. Les nouveau-nés présentent une hypotonie marquée (diminution du tonus musculaire), un cri faible et une réaction diminuée aux stimuli sonores.
Généralement, les fœtus atteints sont généralement peu actifs. Un excès de liquide amniotique et un petit placenta sont aussi caractéristiques.
Les manifestations les plus fréquentes incluent :
- Malformations cardiaques: Communication interauriculaire et interventriculaire, persistance du canal artériel. Les malformations congénitales les plus fréquentes qui concernent 90 % des enfants nés vivants sont les malformations cardiaques.
- Malformations viscérales: Anomalies des voies urinaires (rein en fer à cheval, hydronéphrose, agénésie) et malformations gastro-intestinales (atrésie de l'œsophage, malformations anorectales). Les malformations viscérales sont présentes chez 60 % des patients et englobent les anomalies des voies urinaires et les malformations gastro-intestinales.
- Caractéristiques physiques: Faible poids corporel, microcéphalie et dolichocéphalie avec une protubérance occipitale, micrognathie, oreilles malformées d'implantation basse avec des pavillons pointus, les poings serrés et les doigts qui se chevauchent (les 2e et le 5e doigts sont rabattus sur le 3e et le 4e), un sternum court, un thorax « en bouclier » et un pied bot et/ou les pieds en piolet. Les caractéristiques physiques associées au syndrome T18 sont un faible poids corporel, une microcéphalie et une dolichocéphalie avec une protubérance occipitale, une micrognathie, des oreilles malformées d'implantation basse avec des pavillons pointus, les poings serrés et les doigts qui se chevauchent, un sternum court, un thorax « en bouclier » et un pied bot et/ou les pieds en piolet.
- Anomalies de la ligne médiane: Fente labiale/palatine, omphalocèle et myéloméningocèle. Des anomalies de la ligne médiane, à type de fente labiale/palatine, d'omphalocèle et de myéloméningocèle, peuvent être présentes, ainsi qu'une aplasie radiale et une arthrogrypose.
- Anomalies cérébrales: Hypoplasie cérébelleuse et agénésie du corps calleux, et, plus rarement, holoprosencéphalie. La T18 se caractérise également par une série d'anomalies cérébrales, à savoir hypoplasie cérébelleuse et agénésie du corps calleux, et, plus rarement, holoprosencéphalie.
Du fait de graves malformations cardiaques, neurologiques, digestives ou encore rénales, les nouveau-nés atteints de trisomie 18 décèdent généralement au cours de leur première année de vie. L’enfant peut aussi présenter une ou plusieurs hernies.
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Le syndrome d'Edwards entraîne également d'importants retards de développement. Les enfants nés avec cette maladie présentent souvent des déficiences intellectuelles qui peuvent avoir un impact sur leur capacité d'apprentissage et de fonctionnement par rapport aux enfants qui se développent normalement.
Au-delà des difficultés physiques et de développement, le syndrome d'Edwards entraîne une série de problèmes de santé. Les problèmes respiratoires fréquents vont des difficultés d'alimentation et de déglutition aux anomalies respiratoires, qui peuvent potentiellement conduire à une insuffisance respiratoire.
Espérance de Vie et Pronostic
La trisomie 18 est létale in utero (95 %) ou au cours de la première année de vie (< 90 %) dans la plupart des cas. La trisomie 18 est une trisomie sévère, en raison des symptômes qu’elle occasionne. Un retard de croissance intra-utérin et postnatal est généralement constaté, ainsi qu’une microcéphalie (faible périmètre crânien), une déficience intellectuelle et des problèmes moteurs.
L'espérance de vie est malheureusement limitée : environ 50% des nouveau-nés décèdent dans la première semaine et 90% avant leur premier anniversaire. Les décès précoces des enfants in utero (dans la majorité des cas) ou rapidement après la naissance (moins d'un an) sont liés aux malformations sévères cardiaques ou cérébrales.
Les taux de survie pour la T18 sont de 13,5 % à 1 an et de 12,3 % à 5 ans.
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Seuls 13,5% atteignent l'âge d'un an et 12,3% celui de cinq ans.
Une survie plus longue (dans certains cas jusqu'à l'âge adulte) a été rapportée principalement dans les cas de trisomie mosaïque ou partielle (résultant d'une translocation).
Les enfants qui vivent plus longtemps sont polyhandicapés : déficits cognitifs et moteurs importants. "Ce sont des enfants qui ont une déficience intellectuelle sévère à profonde, qui ne marchent pas et ne communiquent pas. Certains enfants peuvent cependant avoir une communication réduite à quelques mots et se déplacer un peu" informe-t-il. Toutefois, ces personnes ne sont pas en mesure de vivre de manière autonome et ont besoin de soins infirmiers 24 heures sur 24 et d’une assistance pour les activités de la vie quotidienne.
Prise en Charge et Traitement
Il n'existe pas de traitement spécifique pour guérir le syndrome d'Edwards, car c'est une maladie incurable. Les interventions chirurgicales des malformations majeures ne modifient pas le pronostic. La prise en charge consiste uniquement en un traitement de soutien/palliatif.
La trisomie 18 est prise en charge par des soins de support et de confort. Le but est d’améliorer autant que possible l’existence des bébés atteints, par de la kinésithérapie, par exemple. Une ventilation artificielle et une sonde gastrique peuvent être mises en place pour une meilleure alimentation et oxygénation. Les soins palliatifs et de confort constituent la base de l'accompagnement, avec une attention particulière portée aux difficultés respiratoires, aux problèmes cardiaques et aux troubles alimentaires.
L'accompagnement familial revêt une importance cruciale. Un conseil génétique est systématiquement proposé aux parents pour les aider à comprendre les implications de cette condition et les risques de récurrence. Le risque de récurrence de la trisomie (21, 13 ou 18) dans les familles d'un cas index est d'environ 1 %. Pour les familles ayant eu un enfant atteint du syndrome d'Edwards et souhaitant concevoir à nouveau, des tests génétiques préventifs sont vivement recommandés.
Aspects Génétiques et Prévention
Dans la plupart des cas, la trisomie 18 n'est pas héréditaire et résulte d'un accident chromosomique aléatoire lors de la formation des cellules reproductrices. Cela signifie que la trisomie 18, comme la trisomie 21, n'est pas héréditaire dans la plupart des cas, et est donc aléatoire. La forme complète de trisomie 18 n’est pas héréditaire, elle résulte d’une erreur dans la division cellulaire au moment de la conception de l’enfant : un ovule ou un spermatozoïde peut gagner une copie supplémentaire dès la conception de l’enfant. La trisomie 18 en mosaïque n’est pas non plus héréditaire, l’anomalie chromosomique se produit au cours du développement de l’embryon. La forme partielle de trisomie 18 est en revanche héréditaire : une personne non affectée peut porter une translocation du chromosome 18 sur un autre chromosome, nous parlons de translocation équilibrée (en raison de son caractère bénin).
Il n'existe pas de moyen de prévenir la survenue du syndrome d'Edwards, car il s'agit généralement d'un accident chromosomique imprévisible. Cependant, le risque augmente légèrement avec l'âge maternel, particulièrement après 35 ans. Le risque de syndrome d'Edwards augmente considérablement avec l'âge de la mère pendant la grossesse.
La loi prévoit que toutes les femmes soient informées de la possibilité de réaliser un dépistage de la trisomie 21 au cours de leur grossesse.
Soutien aux Familles
Plusieurs associations proposent un accompagnement aux familles touchées par les anomalies chromosomiques. Les ressources de soutien pour les familles confrontées au syndrome d'Edwards comprennent le conseil génétique, les groupes de soutien et les services communautaires.
Dilemmes Éthiques
Pour résoudre les dilemmes éthiques liés au syndrome d'Edwards, il faut prendre des décisions en connaissance de cause, mettre en balance la qualité de vie et les traitements médicaux, et comprendre le risque de récurrence. L'équilibre entre la qualité de vie et le traitement nécessite de peser les avantages et les risques des interventions médicales et des soins palliatifs. Le risque de récurrence et la planification familiale impliquent de comprendre les chances d'avoir un autre enfant atteint du syndrome d'Edwards et de prendre des décisions éclairées concernant les futures grossesses.
Recherche et Avenir
La recherche actuelle et les orientations futures comprennent l'exploration de nouvelles options de traitement, la compréhension des causes sous-jacentes du syndrome d'Edwards et l'amélioration de la qualité de vie des personnes touchées.
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