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La Trêve de Dieu et l'Interruption Volontaire de Grossesse : Un Débat Toujours Actuel

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) reste un sujet de discorde passionné en France et à travers le monde. Bien que la loi Veil de 1975 ait légalisé l'avortement, le droit à l'IVG est loin d'être universellement accepté. Des groupes militants, tels que "La Trêve de Dieu", continuent de s'opposer à l'IVG, souvent au nom de principes religieux ou moraux. Cet article explore les tensions entre les défenseurs et les détracteurs de l'IVG, en mettant en lumière les actions des commandos anti-IVG, les enjeux politiques et les obstacles auxquels les femmes sont confrontées lorsqu'elles cherchent à exercer leur droit à l'avortement.

Les Commandos Anti-IVG : Une Opposition Radicale

Au nom du « droit à la vie », des commandos anti-avortement continuent de mener des actions souvent radicales. Aux États-Unis, ces groupes ont même recours à des actes de violence, comme les attentats contre des cliniques pratiquant l’IVG à Atlanta, Tulsa et Washington. Ces actes témoignent d’une dérive et de l’isolement politique de ces groupes.

En France, le premier commando anti-IVG a sévi en janvier 1990, contre la maternité des Lilas, une clinique associative à l’avant-garde des techniques d’accouchement sans douleur et de contraception. Les adversaires de l’interruption volontaire de grossesse s’en prenaient clairement à la liberté des femmes de disposer de leur corps et de leur vie. Les mêmes individus ont récidivé à plusieurs reprises, ciblant également la maternité Antoine-Béclère à Clamart. Ces commandos s’attaquent aussi aux structures médicales les plus isolées et les plus faibles en moyens et en personnel.

Ces groupes, souvent qualifiés de « fous de Dieu », exaspèrent les apôtres de la soumission à l’« ordre divin » en raison de la qualité de leur information ou de la diffusion d’innovations médicales.

"La Trêve de Dieu" : Un Exemple de Militantisme Anti-IVG

"La Trêve de Dieu" est un exemple de ces organisations qui entendent combattre ce « meurtre à grande échelle des innocents ». Leurs actions, souvent illégales, visent à perturber le fonctionnement des centres pratiquant l'IVG et à dissuader les femmes d'y recourir.

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Au tribunal correctionnel de Bordeaux s'est ouvert le procès de dix-huit militants anti-avortement, membres d'un commando qui avait envahi le centre IVG de l'hôpital Saint-André de Bordeaux et occupé le bloc opératoire. L'audience avait une importance particulière pour le collectif de défense du droit à l'avortement, qui reprochait à la justice des lenteurs considérées comme inexplicables. L'audience avait une importance tout aussi symbolique pour les dix-huit militants appartenant à l'association La Trêve de Dieu ou aux comités de défense des Sauveteurs qui avaient participé à l'opération bordelaise.

La Loi Veil et l'Évolution du Droit à l'IVG en France

La loi Veil du 17 janvier 1975 a marqué une étape cruciale dans la reconnaissance du droit à l'IVG en France. Cette loi a été votée pour cinq ans, puis pérennisée et a permis de dépénaliser l'avortement. En 1982, la nouvelle majorité de gauche a décidé que l'interruption volontaire de grossesse devait être remboursée par la Sécurité sociale.

Simone Veil, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a joué un rôle déterminant dans l'adoption de cette loi. Elle a également annoncé qu'un projet de décret donnant « un vrai statut » aux praticiens pratiquant les IVG serait très prochainement soumis au Conseil d'Etat, afin de conforter la loi portant son nom et de mieux intégrer les médecins qui pratiquent les IVG dans leur environnement hospitalier.

Les Étapes de la Reconnaissance de l'IVG

La reconnaissance de l'IVG s'est faite en plusieurs étapes :

  1. Le « manifeste des 343 » en 1971, où des femmes comme Simone de Beauvoir et Marguerite Duras reconnaissent avoir avorté.
  2. Le procès de Bobigny en 1972 (relaxe d'une jeune fille inculpée pour s'être fait avortée).

Ces événements ont contribué à faire monter la pression dans l'opinion publique et ont préparé le terrain à la loi Veil.

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Les Obstacles Persistants à l'Accès à l'IVG

En dépit de l'optimisme de Simone Veil, le droit à l'avortement n'est pas encore totalement reconnu en France. L'hostilité de l'Eglise catholique, le retour des « valeurs » prônées par certains partis politiques et les contraintes économiques pesant sur le système de santé contribuent à rendre parfois difficiles les démarches des femmes qui demandent une IVG.

Obtenir une IVG dans le délai des dix semaines de grossesse fixé par la loi relève encore du parcours d'obstacles. Colette Gallard, responsable nationale du Mouvement français pour le planning familial (MFPF), souligne qu'on considère toujours que « c'est mal d'avorter ».

Les Obstacles Concrets

  • Le mauvais accueil à l'hôpital public : Ce problème conduit actuellement de 3.000 à 5.000 femmes en dépassement de délais à aller avorter en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas.
  • Les tentatives de suppression du remboursement de l'IVG : Certains députés déposent régulièrement des propositions de loi visant à supprimer le remboursement de l'IVG, qui ont toujours été rejetées par les ministres de la Santé.
  • Le repli des mentalités sur des valeurs traditionnelles : La crise économique favorise ce repli, avec la culpabilisation des femmes désignées comme responsables de la dénatalité, le retour au foyer sous la montée du chômage, le resserrement des budgets hospitaliers et la remise en cause de la protection sociale.

La Menace des Groupes Anti-IVG et la Réponse Légale

La France doit-elle redouter les excès des « pro-life » américains, dont certains ont récemment assassiné des médecins et des employés de cliniques où l'on pratique l'avortement ? Si Simone Veil ne le pense pas, le Dr Béatrice Fougeyrollas, du Centre d'IVG de l'hôpital Louis-Mourier à Colombes, estime au contraire que la France « n'a pas à craindre un tel fanatisme » tout en recevant des « lettres d'intimidation et d'accusation ».

Face à ces menaces, la loi a été renforcée pour protéger le droit à l'IVG.

Le Délit d'Entrave à l'IVG

La notion de délit d’entrave est apparue en 1993 dans le code de santé publique. Elle sanctionne de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende toute personne qui tenterait de s’opposer, physiquement, à un IVG, en gênant l’accès aux établissements pratiquant l’avortement, ou en exerçant des "pressions morales et psychologiques" sur les femmes qui souhaiteraient avorter.

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Cette notion est apparue à l’époque après les interventions répétées des "commandos anti-IVG", à l’initiative de deux associations, SOS Tout-Petit et la Trêve de Dieu, dont les membres avaient menées des actions visant à s’enchaîner à l’intérieur des blocs opératoires d’établissements pratiquant les IVG.

Récemment, la loi du 4 août 2014 avait déjà élargir cette notion aux actes d’intimidation à l’égard de femmes venues s’informer pour un avortement dans les centres de planning familial.

L'Élargissement du Délit d'Entrave aux Sites Internet

Le gouvernement a introduit un amendement au projet de loi égalité et citoyenneté visant à élargir le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), aux sites Internet véhiculant des informations "biaisées" sur l’avortement.

Laurence Rossignol, ministre des Droits des Femmes, explique que des sites ont pris le relais sur les pressions exercées physiquement, d’où cet amendement. Cette initiative a vivement fait réagir les Associations Familiales Catholiques, qui invoquent la "liberté d’expression" pour défendre les sites dans le collimateur de Laurence Rossignol.

Les "Survivants" : Une Nouvelle Génération de Militants Anti-IVG

Le mouvement des « Survivants » s’inscrit dans la lignée d’un militantisme « prolife » dur. Depuis la loi Veil de 1975, ils affirment que « nous sommes tous des survivants ». Avec environ 210 000 avortements par an en France pour 800 000 naissances, le mouvement estime que « chaque génération » voit un cinquième de ses membres sacrifiés.

Le site des « Survivants » témoigne d’une vraie maîtrise de la communication en ligne. Clips, charte graphique, utilisation des réseaux sociaux mais aussi vidéos très professionnelles diffusées sur YouTube : « Les Survivants » manient les codes à destination de la jeunesse.

Une Stratégie de Communication Moderne

Émile Duport, leur meneur, explique qu'il a fédéré autour de lui des créatifs et de designers, investis dans la cause, d’où cette qualité. Pour autant, le mouvement d’agit-prop - ni association, ni collectif - se veut « ouvert et multiconfessionnel ».

L’objectif des « Survivants » est de « réveiller les consciences » sur l’avortement. Ils affirment que l’IVG ne concerne pas que les femmes, mais aussi les futurs pères et chacun d’entre nous.

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