Introduction
Depuis des siècles, le phénomène des menstruations suscite l'intérêt des médecins et des sociétés. Cet article explore les discours médicaux et les perceptions sociales autour des menstruations, en mettant en lumière les croyances, les pratiques d'hygiène et les représentations de la femme indisposée à travers l'histoire.
Discours médicaux et préjugés populaires
À la fin du XIXe siècle, le discours médical sur les règles recoupait encore sur bien des points les préjugés populaires, notamment en ce qui concerne l’impureté du sang menstruel. Les médecins toutefois n’étaient pas unanimes : perçue par certains comme un garant de l’équilibre féminin, une « saignée naturelle » indispensable à la bonne santé de la femme, la menstruation était stigmatisée par d’autres comme un état pathologique induisant chez la femme indisposée des troubles aussi bien physiologiques que psychologiques. L'étude du flux menstruel renvoyait au mystère féminin et à la « mission spéciale » de la femme. Les médecins cherchaient un ordre scientifique et naturel à travers le sang, associé à la vie, à la mort, à l'impureté et au rachat.
Le tournant des XIXe et XXe siècles fut une période d'incertitudes et de contradictions, où les vieilles théories héritées de l'Antiquité craquaient sans être remplacées. Les savoirs médicaux ne s'opposaient pas toujours aux préjugés, et les croyances populaires étaient parfois intégrées et confirmées par les médecins. La science naturalisait le social et rationalisait les comportements selon les rôles sexués. Le cycle lunaire était mobilisé pour ancrer la femme et son cycle menstruel dans une cosmogonie.
Terminologie et superstitions
De nombreuses périphrases désignaient les menstruations, telles que « être indisposée », « avoir ses ours », ou « voir ». Depuis l'Antiquité, traditions et superstitions tentaient de canaliser ce phénomène. La femme indisposée faisait peur, et on lui attribuait des pouvoirs maléfiques ou une capacité de nuire. La médecine a longtemps ignoré les origines de la menstruation, énonçant des hypothèses erronées et peinant à donner une définition cohérente.
En 1926, Georges Houlnick reconnaissait que l’explication des phénomènes menstruels « a donné jour à des théories sans nombre ». De Graaf évoquait un ferment secrété par l'ovaire à l'origine de la menstruation, mais c'est seulement au milieu du XIXe siècle que l'on découvrit l'ovulation et son rôle dans l'apparition des règles. À la fin du XIXe siècle, les médecins définissaient la menstruation comme « un écoulement sanguin qui se produit périodiquement chaque mois sous l’influence de l’ovulation », sans que la nature de cette influence soit clairement définie. L'incertitude résidait dans le moment de l'ovulation, que l'on croyait avoir lieu pendant la menstruation jusqu'à la fin du XIXe siècle.
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Hygiène et religion
Face aux atermoiements médicaux, les préjugés populaires ont la vie dure, d'autant plus qu'ils sont relayés par le discours médical. Les thèses de médecine consacrées à la menstruation font une large part aux traditions, aux croyances superstitieuses, voire aux interdits religieux entourant la femme indisposée. Les préjugés médicaux rejoignent les préjugés sociaux, et les médecins entérinent les injonctions des théologiens.
Georges Houlnick énumère l’attitude des différentes religions face au problème de la menstruation, et note que toutes les prescriptions religieuses recouvrent en fait « des préoccupations d’hygiène ». Une femme qui a ses règles est impure, elle doit donc se purifier par une toilette quotidienne tandis que l’homme doit fuir à tout prix son contact. La femme qui a ses règles doit se laver localement, mais aussi prendre un bain complet ; pendant cette période, elle doit être isolée, et « il est interdit à l’homme de reposer avec elle dans le même lit ». À l’inverse, Houlnick déplore certains manquements à l’hygiène qui lui paraissent relever de « préjugés invétérés » et préconise, pendant les règles, une toilette locale pratiquée plusieurs fois par jour. Le docteur Pierre Duhazé quant à lui affirme que « les règles d’hygiène prescrites dans les textes les plus anciens s’accordent avec celles que peut prescrire la science moderne ».
Nocivité de la femme indisposée
À côté des principes d’hygiène, il est un domaine où les affirmations médicales viennent renforcer les préjugés populaires : il s’agit de tout ce qui se rattache à la nocivité de la femme indisposée, et à l’influence prétendument néfaste qu’elle exercerait, à ce moment particulier du mois, sur le monde qui l’entoure, notamment sur la nourriture, les animaux et les plantes. Certains médecins n’hésitent pas à justifier scientifiquement les superstitions concernant les règles, affirmant qu’» à les regarder de près, à les comparer aux données de la science moderne, on s’aperçoit […] que plusieurs d’entre elles suscitent des réflexions qui font revenir un peu des préjugés que l’on peut nourrir à leur égard, et on est bien forcé de leur accorder quelque valeur ».
Les effets délétères attribués à la femme indisposée étaient divers : « Aux approches d’une femme dans cet état, les liqueurs s’aigrissent, les grains qu’elle touche perdent leur fécondité, les essaims d’abeilles meurent, le cuivre et le fer rouillent sur-le-champ et prennent une odeur repoussante […] ». Dans bien des régions de la France contemporaine en effet, on pense que la femme, pendant la menstruation, possède le pouvoir de faire pourrir la viande, notamment la chair du cochon. Parfois, ce n’est pas seulement le contact mais le regard même de la femme indisposée qui peut provoquer la catastrophe. Ailleurs, ce sont les raffineries de sucre que l’on interdit aux femmes au moment de l’ébullition et du refroidissement du sucre, « car s’il s’en était trouvé une parmi elles ayant ses règles, le précieux produit aurait noirci » : en effet, « le sang menstruel est noir » et pourrait compromettre irrémédiablement l’opération de raffinage. Il arrive aussi a contrario que l’on utilise sciemment les propriétés néfastes de la femme indisposée, notamment quand il s’agit d’entreprendre une action de destruction à grande échelle.
En 1920 à Vienne, le docteur Bela Schick élabora la théorie des ménotoxines, qui venait donner une justification médicale au prétendu pouvoir néfaste de la femme indisposée. Schick posa le principe de l’existence de ménotoxines, substances nocives éliminées par la peau de la femme indisposée et qui seraient responsables des différents phénomènes de pourrissement et de fanaison.
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Menstruation et sexualité
Ce lien entre menstruation et sexualité, les médecins sont nombreux à le faire. Certains auteurs estiment que le climat joue un rôle dans la venue des premières règles : la première menstruation serait « d’autant plus précoce que l’on avance davantage dans le Midi » ; à l’inverse, « plus l’on s’éloigne de l’équateur, plus la première apparition des règles est tardive ». C’est donc la chaleur qui déterminerait la précocité de la puberté ; logiquement, les femmes qui sont pubères plus tôt sont, plus que les autres, disposées à l’union sexuelle : « Dans les pays chauds, les femmes, plus tôt et plus abondamment réglées, sont généralement plus tôt et plus enclines aux plaisirs de l’amour que dans les pays froids et tempérés ». De même, « les femmes voluptueuses ont des règles plus abondantes […] que celles qui sont naturellement froides et indifférentes pour les hommes » : on trouverait donc d’un côté les femmes du Sud, précocement et fortement réglées, ayant besoin de relations sexuelles fréquentes, de l’autre les femmes du Nord, à la puberté tardive, aux règles peu abondantes et aux besoins sexuels quasi inexistants.
D’autres médecins nuancent ce point de vue en faisant de la période des règles un moment de forte excitation érotique, quelle que soit par ailleurs la nature de la femme, voluptueuse ou plus froide ; la menstruation serait même, pour les femmes les moins ardentes, l’occasion d’un réveil périodique des sens : « Il y a des femmes naturellement froides, insensibles en tout autre temps aussi bien aux pensées, aux désirs qu’aux excitations génésiques, et qui, aux époques menstruelles, deviennent très fortement possédées d’inclination érotique ». Cette excitation génésique est comparable à celle des femelles animales, c’est un véritable rut.
Pourtant, la plupart des médecins déconseillent formellement les rapports sexuels pendant les règles, rejoignant ainsi, à nouveau, les prescriptions des Anciens comme les préjugés populaires. Car l’interdiction des relations sexuelles au moment de la menstruation est universelle. Les médecins justifient l’interdiction de façon scientifique, en invoquant deux raisons au moins. D’abord, pendant cette période particulière du mois, la femme est plus nerveuse, plus irritable : « Il y a donc tout intérêt à accorder aux femmes dans cette situation le repos le plus complet ». D’autre part, faire l’amour à une femme indisposée ne serait pas sans danger pour l’homme : en effet, « la flore microbienne du vagin, voire de l’utérus, se trouve exaltée pendant les menstrues, aussi le danger de contamination par ces microbes […] est-il plus grand que pendant la période intermenstruelle ». Pour certains auteurs comme le docteur Pinard, les rapports sexuels ne sont pas contre-indiqués pendant la menstruation, mais s’il les recommande c’est en priorité « à certaines femmes qui paraissent n’avoir de désir que pendant cette période » : il faut assurer avant tout en effet le renouvellement des générations.
Perspectives féminines au Moyen Âge
Étudier les menstrues au Moyen Âge conduit à constater un paradoxe : alors que le phénomène concerne les femmes, les sources médiévales sont presque exclusivement des textes rédigés par des hommes. Quelques écrits médiévaux font cependant exception. Le genre d’un auteur ou d’un témoin n’implique pas forcément qu’il exprime une vision spécifiquement masculine ou féminine.
Les textes sur lesquels nous allons nous pencher sont de rares et précieuses sources féminines produites entre le XIIe et le XVe siècle en Europe, issus de domaines divers (écrits médicaux, correspondances, archives judiciaires) et émanant de femmes aux statuts différents (religieuses, aristocrates ou prostituées).
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Hildegarde de Bingen
L’abbesse allemande du XIIe siècle Hildegarde de Bingen a laissé une production écrite abondante et variée, dont plusieurs ouvrages médicaux au sein desquels elle consacre de nombreux passages aux menstrues.
La métaphore florale n’est pas nouvelle. Le terme de flores (« fleurs ») et ses équivalents dans les langues vernaculaires pour désigner les menstrues sont courants. On les trouve dans des écrits variés (textes médicaux, procès, etc.) et c’est le terme qui était utilisé couramment par la population non lettrée. Hildegarde fait preuve d’originalité en filant cette métaphore, comparant le corps féminin entier à un organisme végétal. Elle compare implicitement le sang menstruel à la sève de l’arbre, seul comparant mélioratif, à ma connaissance, du sang menstruel dans la littérature médiévale, face aux nombreux comparants péjoratifs tirés des champs lexicaux du poison, du venin, de la corruption, etc. Cette vision positive va à l’encontre de la position dominante à l’époque d’Hildegarde.
Depuis Hippocrate, on expliquait les affections du corps et de l’esprit par des déséquilibres entre quatre humeurs. Hildegarde en fait comme les autres le catalogue, en traitant le cas des femmes et celui des hommes indépendamment. Dans la description des types de femmes ayant telle ou telle complexion, la menstruation tient une grande place : l’abbesse passe en revue pour chacune le débit du flux menstruel, la probabilité de rétention menstruelle et la gravité qu’elle peut entraîner ou encore la ménopause et les risques sanitaires liés à une ménopause précoce. Une observation aussi détaillée est unique dans les sources médiévales. Unique aussi est sa conception anatomique du crâne des femmes. D’après elle, il est fendu et il s’entrouvre légèrement lors de la menstruation, permettant au sang en surabondance de s’échapper.
Selon les médecins antiques et médiévaux, le sang menstruel pouvait circuler dans tout le corps et y provoquer des dérèglements : rien d’étonnant donc à ce qu’un afflux de sang menstruel se propage au crâne. En revanche, la théorie du crâne fendu est propre à Hildegarde. Cela lui permet d’expliquer la concomitance qu’une femme menstruée peut constater entre l’écoulement sanguin et des douleurs corporelles, en particulier à la tête. Elle n’est pas la seule dans la littérature médicale à mentionner des douleurs liées aux règles. Elle est en revanche la seule à le faire avec autant de précision et de détails, allant jusqu’à qualifier l’intensité de la douleur avec une comparaison genrée : l’homme blessé par le fer d’une arme. On peut supposer que l’identité féminine de l’autrice et l’entourage féminin au sein de son couvent ont joué un rôle.
Les menstrues apparaissent enfin dans de nombreuses recettes du Cause et Cure ou de la Physica, comme affection à réguler, mais aussi comme ingrédient, dans une recette contre la lèpre. Ces mentions sont étonnantes, car au Moyen Âge la lèpre était couramment expliquée par une relation sexuelle avec une femme ayant ses règles. Hildegarde dit elle-même que le patient est devenu lépreux de libedine aut incontinentia (« à cause de son désir ou de son incontinence [sexuels] »), mais explique que « le sang menstruel comprime et détruit [la lèpre], comme un ennemi envers son ennemi, parce qu’elle est issue des diverses humeurs des femmes ».
Au-delà de ces célèbres ouvrages de médecine, nous avons les traces de cas où Hildegarde a été directement sollicitée par une femme ou une communauté de femmes pour un conseil.
Dans le Cause et Cure ainsi que dans la Physica, elle donne des conseils pratiques en cas de douleurs menstruelles, de flux bloqué ou au contraire - comme dans le cas de Sibylle - de flux excessif. Pour ce dernier, elle recommande de se couvrir les cuisses d’un linge imbibé d’eau froide et de se frotter d’ail cuit encore chaud, de boire du vin où aura infusé de la bétoine, de se masser les veines, de ne pas faire trop d’efforts, et de suivre un régime d’aliments mous et doux, sans amertume, ainsi que de vin et de cervoise.
Lors d’une autre consultation, c’est l’absence de mention des menstrues qui est intéressante. À la demande d’une communauté de bénédictines, Hildegarde a rédigé une Explanatio regulae sancti Benedicti. Ce texte comporte un passage sur les vêtements. Or rien de spécifique n’y est énoncé pour les femmes. Hildegarde n’y fait même pas allusion au fait que ses destinataires sont des femmes.
Héloïse
Héloïse, abbesse française du xiie siècle, a entretenu une correspondance avec Abélard, son ancien amant, après leur séparation. Dans la lettre VI, elle lui demande conseil sur la manière de diriger une communauté de femmes. Elle argue que la règle de saint Benoît, édictée à l’origine pour des hommes, n’est pas adaptée aux femmes. Elle reprend par exemple habilement les arguments séculaires des hommes sur la faible nature des femmes pour réclamer une ration supplémentaire de viande et de vin dans la semaine pour ses compagnes. La lettre avait commencé par des remarques concrètes concernant l’habillement. On y retrouve une description du vêtement religieux semblable à celle du texte d’Hildegarde, si ce n’est qu’Héloïse s’insurge contre l’incommodité de ces vêtements.
Pour désigner les règles, Héloïse emploie quatre mots : « les purgations menstruelles de leurs humeurs superflues » (humoris superflui menstruae purgationes). Aucun de ces quatre mots n’était employé avec réticence dans les textes médiévaux, au contraire ils y apparaissaient fréquemment ; mais jamais les quatre ensembles. Généralement, l’association de deux d’entre eux, voire la mention d’un seul, suffisait à exprimer l’idée des règles. Et encore plusieurs auteurs préféraient-ils recourir à une vague périphrase, comme « la nature des femmes », « ce dont les femmes souffrent », « la maladie secrète des femmes » ou une femme « mal disposée ». À ma connaissance, Héloïse est la seule des auteurs et autrices du Moyen Âge à être aussi explicite.
La réponse de ce dernier confirme, en creux, la volonté d’insistance d’Héloïse. Lui, en effet, ne mentionne même pas les règles par un seul mot ni une seule périphrase. Il faut une lecture attentive des lettres VII et VIII, dans lesquelles il répond longuement et point par point aux interrogations de la lettre VI d’Héloïse, pour retrouver le passage dans lequel il aborde la question des vêtements.
Bien que plus timoré dans l’emploi des mots, Abélard a entendu et pris en compte les plaintes d’Héloïse. Sa réponse nous informe aussi sur la tenue considérée comme commode au xiie siècle pour une femme en période menstruelle. Une chemise de dessous (interula) évite le contact direct des tuniques (tunicae) ou vêtements de laine (laneae) avec la chair, que dénonçait Héloïse. Rien qui ressemblerait à une serviette menstruelle n’est mentionné : il est possible qu’Abélard en ait ignoré l’usage ou n’ait pas voulu en parler, il est possible aussi que les femmes ou certaines femmes de cette époque n’en aient pas utilisé. Quoi qu’il en fût, en période de perte menstruelle, une chemise de dessous souple et légère, moins irritante qu’une tunique de laine, plus facile peut-être à replier ou rouler entre les cuisses, y compris la nuit (puisqu’elles les « garderont toujours même pour dormir »), plus facile à laver et à sécher, était un gain d’hygiène indéniable.
Béatrice de Planissoles
Nous connaissons Béatrice de Planissoles par le registre d’inquisition constitué sur ordre de l’évêque Jacques Fournier entre 1313 et 1325, pour enquêter sur des cas d’hérésie dans le petit village pyrénéen de Montaillou et dans ses environs. Béatrice de Planissoles était la châtelaine de Montaillou, une femme de petite noblesse, proche des paysans et bergers. Elle a eu plusieurs aventures amoureuses. C’est un des seuls témoignages au Moyen Âge de la persistance de la libido après la ménopause.
D’autre part, ce texte nous permet d’avancer un peu dans nos hypothèses sur la protection des débordements et taches de sang en période de menstrues. Lorsque Philippa a saigné pour la première fois, elle a taché sa chemise, mais pour la suite, sa mère lui confie un morceau de tissu. S’il s’agit certes d’un tissu destiné à recueillir le sang pour le garder, on peut supposer que Béatrice a spontanément eu l’idée d’utiliser l’objet qui lui servait de protection menstruelle. Cet objet est décrit précisément : pannum lineum blosetum et subtile. L’expression est si précise qu’elle contient même un mot occitan latinisé par Jacques Fournier ou par son scribe, qui ne connaissait visiblement pas d’équivalent latin. En effet, blosetum est un hapax en latin : il s’agit vraisemblablement de la latinisation de « bloset », mot occitan signifiant « d’une pureté agréable ». L’expression latine peut se traduire par « un tissu [ou “morceau de tissu”] en lin pur [ou “propre”] et fin ». Quoi qu’il en soit, il s’agit de la description la plus détaillée que nous ayons de ce qui pourrait s’apparenter à une protection menstruelle.
Enfin, Béatrice nous révèle une pratique attestée ailleurs : faire ingérer à un homme du sang menstruel pour provoquer ou conserver son amour.
Le registre criminel du Châtelet de Paris
À Paris, à la fin du XIVe siècle, le Registre criminel du Châtelet de Paris contient le compte-rendu d’un long procès qui s’est déroulé en 1390 contre plusieurs femmes accusées d’avoir ensorcelé des hommes.
La pratique est la même que celle évoquée par Béatrice, mais le contexte est bien différent : il ne s’agit pas de s’attirer l’amour d’un futur mari, mais d’un amant ; la femme concernée n’est pas une jeune vierge, mais une prostituée ; enfin, il est prévu que la femme boive aussi du breuvage, comme pour renforcer la magie, ou peut-être l’érotisation, de cette pratique. Dans le cas de Béatrice, la découverte de cette histoire était fortuite puisque liée à l’interrogation sur les tissus tachés de sang trouvés chez elle, et elle ne semble pas avoir pesé dans son accusation pour hérésie ; dans le cas de Marion, au contraire, c’est une circonstance aggravante dans…
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