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Le toucher vaginal pendant l'accouchement : informations, alternatives et consentement éclairé

Je souhaite aborder un sujet important et souvent méconnu : les touchers vaginaux pendant l’accouchement. Les touchers vaginaux sont des examens réalisés par les professionnels de santé pour évaluer la progression du travail et la dilatation du col de l’utérus pendant l’accouchement. En France, comme dans de nombreux pays, ces examens sont fréquemment pratiqués par les sages-femmes ou gynécologues pour évaluer l’évolution de la grossesse et du travail. Mais sont-ils vraiment ou toujours nécessaires ?

Qu'est-ce qu'un toucher vaginal ?

Un toucher vaginal (TV) est un examen effectué par un professionnel de santé, tel qu’un gynécologue ou une sage-femme. Le toucher vaginal est un examen gynécologique qui consiste à ausculter l’intérieur du vagin afin de s’assurer du bon état des organes génitaux. Il consiste à insérer un ou deux doigts dans le vagin pour examiner l’état du col de l’utérus. Cela permet d’évaluer plusieurs éléments essentiels comme la dilatation du col, la position du bébé et la souplesse du col utérin.

Pour l’effectuer le professionnel te demande de t’allonger sur un lit. Ce qui est généralement très inconfortable pendant les contractions. Il va introduire ses doigts dans ton vagin pour évaluer si le col est mature, s’il a commencé à s’effacer, puis à s’ouvrir et à combien est la dilatation.

En pratique, la future maman est allongée sur le dos sur une table d’examen, les cuisses fléchies et les pieds reposant sur les étriers. Après avoir enfilé un doigtier stérile et lubrifié, le médecin ou la sage-femme, introduit deux doigts à l’intérieur du vagin. Il est important de se détendre, car si les muscles sont contractés, l’examen est un peu désagréable. Le toucher vaginal est (et doit être !) pratiqué avec douceur. Il n’est pas spécialement agréable, mais il ne DOIT PAS être douloureux. Si lors de l’examen, vous ressentez une douleur, c’est parfois le signe d’une infection ou d’une complication qui imposera alors d’autres examens.

Bien qu’il soit souvent pratiqué pendant la grossesse et au moment de l’accouchement, le toucher vaginal peut parfois être une source d’inconfort et de questions pour les futures mamans.

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Pourquoi pratique-t-on des touchers vaginaux ?

Les touchers vaginaux sont un sujet souvent évoqué et parfois controversé dans le cadre du suivi de la grossesse et de l’accouchement.

Pendant la grossesse

Durant la grossesse, les touchers vaginaux sont réalisés principalement pour surveiller l’évolution du col de l’utérus, en particulier dans les dernières semaines avant l’accouchement. L’un des principaux usages des touchers vaginaux en fin de grossesse est d’évaluer la dilatation du col de l’utérus. Cela permet de savoir si le travail a commencé et à quel stade il en est.

L’un des rôles essentiels du toucher vaginal durant le travail est de suivre l’évolution de la dilatation du col. Cela aide les professionnels de santé à déterminer si l’accouchement progresse correctement ou s’il est nécessaire d’intervenir (par exemple, avec une péridurale, un déclenchement ou une césarienne).

Dans certaines situations, comme un risque de prématurité, un toucher vaginal peut être utilisé pour évaluer la longueur du col et détecter tout signe d’accouchement prématuré (col raccourci, présence de contractions…). La Haute Autorité de Santé le préconise surtout chez les futures mamans à risque d’accouchement prématuré. À la palpation, le ventre peut être dur, ce qui témoigne de contractions utérines qu’elle ne perçoit pas forcément. La future maman peut ressentir des douleurs lombaires, ou avoir eu une petite infection. Tous ces signes nécessitent un examen attentif à la recherche de modifications du col de l’utérus. Normalement, il présente deux orifices (interne et externe) bien fermés, et une longueur d’environ 3,5 cm. Son raccourcissement (on parle d’effacement) ou son ouverture imposent le repos, voire un traitement, afin d’éviter une naissance prématurée.

Pendant l'accouchement

Au moment de l’accouchement, les touchers vaginaux sont souvent effectués pour surveiller l’avancement du travail, particulièrement pour évaluer la dilatation du col et la progression de l’accouchement.

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Le toucher vaginal permet également de vérifier si le bébé descend correctement dans le canal de naissance, et si sa tête s’engage dans le bassin. Il permet de vérifier à quelle hauteur se situe la présentation fœtale (la tête ou le siège) par rapport au bassin. Il peut aussi déceler la présence du bouchon muqueux. Ce mucus se situe entre les deux orifices du col. Dernière vérification : la présence du segment inférieur. Cette zone située entre le corps et le col de l’utérus apparaît en fin de grossesse.

Quand la poche des eaux nécessite d’être percée, cela se fait aussi lors d’un toucher vaginal, en utilisant une petite pince introduite dans l’orifice du col jusqu’aux membranes amniotiques. Mais rassurez-vous, ce geste n’est pas douloureux.

Le jour J, vous y échapperez difficilement, car il est (quasi) indispensable pour suivre la bonne marche du travail. Mais tout dépend des sages-femmes et du déroulement du travail. Dans la plupart des maternités, vous serez examinée, en moyenne, toutes les heures. La sage-femme notera la progression de la dilatation du col, sa position et sa longueur. Le type de présentation (tête, siège) et la position du bébé dans le bassin maternel seront aussi obligatoirement recherchés.

Les inconvénients potentiels des touchers vaginaux

Bien que cet examen puissent fournir des informations sur le déroulement du travail, il est important de savoir que son utilisation n’est pas systématiquement nécessaire. Tu peux très bien accoucher sans toucher vaginal. Ce n’est pas ça qui te fait accoucher, et ce n’est pas ça qui garantie la sécurité de ton accouchement.

Bien que les touchers vaginaux puissent avoir un rôle important, on vient de le voir, il n’en demeure pas moins qu’ils sont souvent source de stress et d’inconfort pour les femmes enceintes.

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  • Inconfort et douleur : Beaucoup de femmes trouvent les touchers vaginaux inconfortables, voire douloureux, surtout lorsqu’ils sont pratiqués de manière répétée. La zone est sensible, et l’examen peut devenir une source de stress supplémentaire durant une grossesse ou un accouchement déjà éprouvant.
  • Atteinte à l'intimité : Certaines femmes estiment que les touchers vaginaux répétés, surtout dans un contexte d’accouchement, peuvent empiéter sur leur intimité.
  • Risque d'infections : Les touchers vaginaux, s’ils sont effectués fréquemment ou de manière trop intrusive, peuvent également augmenter le risque d’infections. La barrière naturelle du col de l’utérus protège contre les bactéries, mais un toucher vaginal mal effectué ou trop fréquent peut compromettre cette défense naturelle, notamment en cas de rupture de la poche des eaux. Certaines situations impliquent de limiter les touchers vaginaux ou de s’en abstenir. C’est le cas si la maman perd les eaux prématurément. En effet, des touchers répétés augmentent le risque d’une infection materno-fœtale. On ne les pratiquera donc qu’avec prudence.
  • Impact sur la progression du travail : Le stress lié aux touchers vaginaux fréquents peut également avoir un impact négatif sur la progression du travail. Certaines études suggèrent que l’angoisse engendrée par ces examens peut ralentir l’évolution du travail et rendre l’accouchement plus difficile. Souvenez vous, on avait parlé dans un précédent article de l’ocytocine, l’hormone clé des contractions mais qui est hélas timide !
  • Traumatismes : Et crois moi, j’en ai entendu des récits d’accouchements où les touchers vaginaux étaient vécus comme des viols. 😭C’est parfois difficile d’oser poser le mot « viol » dessus, et pourtant c’est nécessaire pour entamer le processus de guérison de ce traumatisme.Oui en 2024 les femmes subissent des viols pendant leurs accouchements.

Alternatives aux touchers vaginaux

Si tu préféres éviter les touchers vaginaux ou si tu as des préoccupations à leur sujet, saches qu’il existe des alternatives pour surveiller le travail de manière non invasive.

  1. La surveillance des contractions : Pendant le travail, les contractions utérines sont le principal indicateur de la progression du travail. En observant la fréquence, la durée et l’intensité des contractions, les professionnels de santé peuvent évaluer la phase du travail dans laquelle tu te trouves. La surveillance du rythme et de l’intensité des contractions de l’utérus est importante pour évaluer la bonne progression de l’accouchement. Au début de l’accouchement, les contractions sont brèves et espacées. Au fur et à mesure, elles deviennent plus fréquentes et plus intenses, pour atteindre une durée de 40 à 60 secondes, toutes les trois ou quatre minutes.
  2. Observation des signes physiques : La sage-femme peut également surveiller tes pertes vaginales (liquide amniotiques, bouchon muqueux, sang), la forme de ton ventre, ton comportement, les bruits que tu fais, l’endroit où tu sens la douleur, la ligne rouge sur tes fesses. Toutes ces indications l’aident à savoir où en est ton bébé dans la descente dans ton bassin.
  3. Monitoring : Si tu es sous péridurale, le monitoring du rythme cardiaque du bébé et des contractions utérines peut être utilisé pour suivre la santé de ton bébé pendant le travail et donner des indications sur l’avancée du travail (rythme et force des contractions, variation du rythme cardiaque du bébé et descente dans le bassin). Pendant l'accouchement, l'équipe médicale suit à la fois le déroulement de l'accouchement, l'état de santé de la mère et celui du fœtus. Par ailleurs, l’équipe médicale suit le rythme cardiaque, la pression artérielle et la température de la future maman. Le monitoring obstétrical est un dispositif qui suit à la fois les contractions de l’utérus et le rythme cardiaque du fœtus, à l’aide de capteurs posés sur le ventre de la mère (« cardiotocographie externe »). Pour l’équipe médicale, il est important de pouvoir suivre les réactions du cœur du fœtus pendant et entre les contractions pour s’assurer qu’il supporte bien la pression exercée par les muscles de l’utérus. En effet, les contractions ont tendance à réduire le flux du sang dans le placenta et à ainsi priver le fœtus d’oxygène. Habituellement, le fœtus s’adapte à cette pression en accélérant son rythme cardiaque. Grâce au monitoring (qui enregistre les données), l’équipe médicale suit à la fois le rythme cardiaque de base du fœtus, mais également ses variations, accélérations ou plus rarement ralentissement. Ces variations sont mises en relation avec d’autres données comme la température de la future maman (qui tend à accélérer le rythme cardiaque du fœtus) ou une baisse de sa pression artérielle (qui ralentit ce rythme). Lorsque le monitoring donne des résultats inquiétants ou difficiles à interpréter (ce qui est relativement fréquent), le médecin peut décider de mettre en place des outils de surveillance internes, directement dans l’utérus. Il s’agit de capteurs qui peuvent être glissés dans l’utérus ou fixés sur la tête du bébé.
  4. Autres méthodes de surveillance : En fonction de ta situation individuelle, d’autres méthodes de surveillance peuvent être utilisées, telles que la mesure de la pression sanguine, la position de ton bébé. Cela peut nécessiter une échographie. Les professionnels de santé peuvent surveiller la progression du travail en se basant sur des critères cliniques autres que les touchers vaginaux, comme la fréquence des contractions et l’évolution du col par échographie.

Le consentement éclairé : un droit fondamental

En tant que future maman, tu as le droit de donner ton consentement éclairé avant tout examen ou intervention médicale, y compris les touchers vaginaux. Tu as le droit de poser des questions, de discuter des alternatives et de prendre des décisions éclairées en fonction de tes besoins et préférences. Donc si tu dis non pour un toucher vaginal, c’est non ! Si tu demandes à un professionnel d’arrêter son toucher vaginal en cours de route, il doit arrêter. Car le consentement peut être enlevé à tout moment, et on doit te le redemander à chaque acte.

Avant de pratiquer un toucher vaginal, votre médecin-gynécologue ou la sage-femme doit impérativement vous demander votre consentement.

La loi Kouchner de 2002 met en avant le consentement du patient pour tout acte médical effectué. Pratiquer un toucher vaginal sans consentement de la patiente, c’est un viol.

Dans tous les cas, il est essentiel que les femmes donnent leur consentement éclairé pour chaque toucher vaginal. Les professionnels de santé doivent expliquer la raison de chaque examen et respecter les souhaits des patientes, en les informant des risques et des bénéfices.

NDLR : Si vous n'êtes pas à l'aise avec ce geste et que vous ne souhaitez pas de toucher vaginal, parlez-en avec l'équipe avant votre accouchement. Aucun acte ne doit être fait sans votre consentement.

Toucher vaginal : un examen de routine ?

Bien avant la vague du #Metoo et du #Payetonuterus, on a toutes été habituées à l’examen du toucher vaginal, pratiqué à chaque visite annuelle chez le gynécologue. Par ailleurs, le toucher vaginal systématique ne figure pas dans les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ni de la Haute Autorité de Santé (HAS).

Le toucher vaginal est aujourd’hui loin de faire l’unanimité chez les gynécologues. D’ailleurs depuis quelques années, il n’a plus la cote et est de moins en pratiqué en tant qu’examen gynécologique de routine. En 2014, une étude américaine réalisée par les scientifiques de l’American College of Physicians conclut à l’absence d’intérêt du toucher vaginal pour les femmes qui ne présentent aucun symptôme et ne sont pas enceintes.

D’autres pays l’ont bien compris. En Angleterre, aux Pays-Bas et en Espagne, le toucher vaginal n’est effectué que sur signes d’appel, pas de manière systématique.

Saviez-vous, qu’à chaque rendez-vous, tous les mois, pendant toute la grossesse, vous allez avoir droit à un toucher vaginal?« Vous allez avoir droit » n’est pas le terme approprié car il sous-entendrait que cela apporte un bénéfice, un droit. Or, quel est l’avantage à recevoir un toucher vaginal tous les mois? Aucun.

Dès qu’une jeune fille devient jeune adulte, elle est fortement incitée à se rendre chez un gynécologue, pour vérifier que « tout » va bien et éventuellement se faire prescrire une contraception.1er Rendez-vous, à peine informée, la jeune femme arrive dans un lieu qui lui est inconnu. Le médecin qu’elle voit pour la première fois lui demande de se déshabiller, parfois en entier, culotte comprise. Allongez-vous, écartez les jambes et c’est parti pour toucher vaginal, frottis, palpation des seins…Est-ce vraiment normal?Lors de la consultation gynécologique, il y a un accès au corps que je trouve intrusif, en particulier la banalisation du toucher vaginal. Le vagin est un organe sexuel, qui relève de l’intimité. Depuis qu’on est petite fille, on nous demande de cacher notre sexe par pudeur.

Responsabilité et choix éclairés

Le toucher vaginal n’est pas obligatoire pendant la grossesse. Cela implique que vous prenez la responsabilité de votre corps, de votre grossesse, de votre santé. Attention ! les réactions du professionnel de santé peuvent être plus ou moins agréables. Vous n’êtes pas responsable de ce qu’il va ressentir, lui aussi est conditionné depuis des années par ces procédures lors des consultations. Il n’en perçoit pas le côté anormal et abusif. Certains vont se mettre en colère, ils se sentent démunis en remis en cause profondément dans leur pratique. Certains vont insister, vous culpabiliser, pour que vous acceptiez et qu’ils soient rassurés d’avoir pu effectuer leur protocole. Certains vont accepter et simplement noter dans votre dossier que vous avez refusé le toucher vaginal pour se protéger. Certains d’emblée, ne font pas de toucher vaginal systématique. Ils le proposent à la femme à chaque rendez-vous, c’est elle qui décide.

Je ne veux pas me faire l’avocat du diable du toucher vaginal. Si cela vous rassure de recevoir un toucher vaginal tous les mois pour connaître l’état de votre col, ne vous privez pas. Les protocoles actuels en comprennent un lors de la consultation. Cela vous évitera de vous battre sur ce point avec le personnel médical. Si vous êtes mal à l’aise avec les touchers vaginaux tous les mois, vous avez le droit de refuser et nul ne peut vous l’imposer.

La femme est infantilisée. Si on apprenait à faire confiance aux femmes? Si on leur demandait comment elles se sentent pendant leur grossesse? Si on leur demandait si elles ont des signes qui indiqueraient une modification du col? Si on leur demandait si elles souhaitent un toucher vaginal? Si on leur apprenait, à toucher elle-même leur col?

tags: #toucher #vaginal #pendant #accouchement

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