L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une décision importante pour une femme, et il est crucial d'être informée des différents aspects médicaux qui peuvent influencer cette décision, notamment la santé thyroïdienne. Cet article explore les risques associés à la thyroïde après une IVG, en mettant l'accent sur les complications potentielles et la prise en charge nécessaire.
Importance de la fonction thyroïdienne pendant la grossesse
La glande thyroïde joue un rôle essentiel pendant la grossesse. Les hormones thyroïdiennes sont indispensables au développement du cerveau du fœtus, surtout pendant le premier trimestre. Avant que la thyroïde du fœtus ne devienne pleinement fonctionnelle (entre le deuxième et le troisième mois de gestation), il dépend entièrement des hormones thyroïdiennes de la mère. Un déséquilibre thyroïdien chez la mère peut donc avoir des conséquences significatives sur le développement fœtal.
Hypothyroïdie et grossesse : Risques accrus
L'hypothyroïdie, une condition où la thyroïde ne produit pas suffisamment d'hormones, peut avoir des conséquences obstétricales sévères si elle n'est pas traitée. Ces conséquences comprennent :
- Fausses couches précoces ou avortements spontanés : Le risque est significativement plus élevé chez les femmes souffrant d'hypothyroïdie clinique (60 %) ou ayant un taux de TSH supérieur à 2,5 mU/L (plus de 6 %).
- Hypertension gravidique (pré-éclampsie et éclampsie) : L'hypothyroïdie clinique augmente le risque d'hypertension gravidique (22 %).
- Anomalies et décollements placentaires.
- Anémie.
- Accouchement prématuré : Les femmes atteintes d'hypothyroïdie clinique ont un risque accru d'accouchement prématuré (moins de 32 semaines de grossesse : 60 %).
- Retard de croissance in utero et hypotrophie fœtale.
- Détresse respiratoire chez le nouveau-né : Nécessitant une admission en réanimation néonatale.
- Anomalies congénitales.
- Mort fœtale : En cas d'hypothyroïdie clinique et sévère.
- Hémorragie du post-partum.
Les conséquences néonatales des dysthyroïdies gestationnelles peuvent également être graves, car les hormones thyroïdiennes interviennent de manière critique dans la maturation neuronale. Une diminution significative du quotient intellectuel (QI) a été observée chez les enfants nés de femmes hypothyroïdiennes.
Dépistage et prise en charge de l'hypothyroïdie pendant la grossesse
En France, le dépistage de l'hypothyroïdie pendant la grossesse est généralement ciblé sur les femmes présentant des facteurs de risque. Cependant, la tendance actuelle est d'aller vers un dépistage systématique ou universel. Les facteurs de risque incluent :
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- Âge supérieur à 35 ans.
- Indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 40 kg/m².
- Traitement par amiodarone ou lithium.
- Antécédents de diabète de type 1 ou de maladie auto-immune.
- Antécédents obstétricaux défavorables (accouchement prématuré, mort fœtale, fausses couches à répétition, infertilité).
- Antécédents personnels d'affections thyroïdiennes.
- Résidence dans une région de carence iodée modérée ou sévère.
- Antécédents familiaux de dysthyroïdies (au premier degré).
Le dépistage repose sur un dosage de la TSH (thyroStimuling Hormone) dès la première consultation suivant le diagnostic de grossesse. Si la TSH est supérieure à 4 mUI/L, un deuxième prélèvement est nécessaire pour confirmation. Si la TSH est supérieure à 2,5 mUI/L, le dosage des anticorps anti-TPO (anti-thyroperoxydase) est recommandé pour évaluer le risque d'évolution vers une hypothyroïdie.
La prise en charge de l'hypothyroïdie pendant la grossesse consiste en un traitement par lévothyroxine (LT4), une hormone thyroïdienne de synthèse. Chez les femmes déjà traitées avant la grossesse, la dose de LT4 est augmentée de 20 à 30 % dès la confirmation de la grossesse. Chez les femmes chez lesquelles une hypothyroïdie est dépistée pendant la grossesse, le traitement par lévothyroxine est indiqué dès que la TSH est supérieure à 4 mUI/L, ou dès 2,5 mUI/L si les anticorps anti-TPO sont positifs.
Un suivi régulier est essentiel pendant la grossesse. Les femmes traitées par lévothyroxine doivent subir un dosage de TSH toutes les 4 à 6 semaines jusqu'à 22 semaines d'aménorrhée, puis une fois entre 30 et 34 SA, et au moins une fois en post-partum. L'objectif est de maintenir la TSH sérique entre le seuil inférieur et 2,5 mUI/L.
Hyperthyroïdie et grossesse : Une situation délicate
L'hyperthyroïdie, une condition où la thyroïde produit trop d'hormones, est moins fréquente pendant la grossesse (0,1 à 0,5 % des femmes enceintes). Le diagnostic peut être difficile en raison des symptômes similaires à ceux de la grossesse (palpitations, thermophobie, hypersudation, tachycardie, vomissements, perte de poids). Les signes spécifiques de la maladie de Basedow (goitre vasculaire, exophtalmie, myxoedème prétibial) facilitent le diagnostic.
Le dépistage de l'hyperthyroïdie est également indiqué chez les femmes ayant un désir de grossesse ou chez les femmes enceintes présentant des facteurs de risque. Le dépistage repose sur un dosage de la TSH seule, suivi d'un dosage de la T4L (thyroxine libre) si la TSH est indétectable (< 0,1 mUI/L) ou basse (entre 0,1 et 0,4 mUI/L). Dans un troisième temps, un dosage de la T3L (triiodothyronine libre) peut être recommandé si la TSH est basse ou indétectable et la T4L est dans l'intervalle de référence.
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La maladie de Basedow est la cause la plus fréquente d'hyperthyroïdie pendant la grossesse (85 %). Les complications de l'hyperthyroïdie pendant la grossesse peuvent être maternelles, obstétricales, fœtales et néonatales.
- Complications maternelles : Anémie, infections, hypertension artérielle gravidique, pré-éclampsie, insuffisance cardiaque congestive, crise thyrotoxique, voire décès.
- Complications obstétricales : Fausse couche précoce, menace d'accouchement prématuré, retard de croissance intra-utérin, hypotrophie fœtale ou mort fœtale in utero.
- Complications fœtales et néonatales : Anomalies gastro-intestinales (atrésie œsophagienne, fistule trachéo-œsophagienne), atrésie des choanes ou mort fœtale.
Impact de l'IVG sur la thyroïde
Bien qu'il n'y ait pas de lien direct prouvé entre l'IVG et le développement de problèmes thyroïdiens, il est essentiel de comprendre que toute perturbation hormonale, y compris celle induite par une grossesse et son interruption, peut potentiellement affecter la fonction thyroïdienne, surtout chez les femmes ayant une prédisposition ou des antécédents de troubles thyroïdiens.
Après une IVG, le corps subit des changements hormonaux rapides. Les niveaux d'hormones de grossesse, tels que l'hCG, diminuent brusquement. Bien que la thyroïde ne soit pas directement ciblée par l'IVG, ces fluctuations hormonales peuvent potentiellement influencer sa fonction, en particulier chez les femmes ayant déjà des problèmes thyroïdiens sous-jacents ou une prédisposition génétique.
Il est donc recommandé aux femmes ayant des antécédents de troubles thyroïdiens ou présentant des symptômes de dysfonctionnement thyroïdien après une IVG de consulter un médecin pour un bilan thyroïdien.
Traitements de l'IVG et considérations thyroïdiennes
Il existe deux principales méthodes d'IVG : médicamenteuse et chirurgicale.
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IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse implique l'utilisation de médicaments pour interrompre la grossesse. Généralement, elle se déroule en deux étapes :
- Mifépristone : Ce médicament bloque l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse. Dans certains protocoles, seul le gemeprost par voie vaginale peut être utilisé après l'administration de mifépristone.
- Misoprostol ou Gemeprost : Administré 36 à 48 heures après la mifépristone, ce médicament provoque des contractions utérines pour expulser le contenu utérin.
Il n'y a pas de contre-indications directes connues entre ces médicaments et la fonction thyroïdienne. Cependant, il est toujours important d'informer votre médecin de tout problème thyroïdien préexistant avant de subir une IVG médicamenteuse.
IVG chirurgicale
L'IVG chirurgicale implique une intervention pour retirer le contenu utérin. Cette méthode est généralement utilisée plus tard dans la grossesse.
Comme pour l'IVG médicamenteuse, il n'y a pas de contre-indications directes connues entre l'IVG chirurgicale et la fonction thyroïdienne. Cependant, l'anesthésie utilisée pendant la procédure peut potentiellement affecter la fonction thyroïdienne chez les personnes ayant des problèmes thyroïdiens préexistants. Il est donc crucial d'informer votre médecin de tout problème thyroïdien avant de subir une IVG chirurgicale.
Maladie de Basedow et IVG
La maladie de Basedow est une maladie auto-immune qui provoque une hyperthyroïdie. Elle est caractérisée par la présence d'anticorps antirécepteurs de la TSH (TRAK) qui stimulent la glande thyroïde à produire trop d'hormones.
Les femmes atteintes de la maladie de Basedow doivent planifier leur grossesse en raison des risques potentiels pour la mère et le fœtus. Une consultation pré-conceptionnelle est essentielle pour évaluer et gérer la maladie avant la grossesse.
Pendant la grossesse, la maladie de Basedow peut s'aggraver au premier trimestre, puis s'améliorer au cours de la seconde moitié de la grossesse. Une rechute est fréquente en post-partum.
Les anti-thyroïdiens de synthèse (ATS) sont utilisés pour contrôler l'hyperthyroïdie pendant la grossesse. Cependant, ils traversent le placenta et peuvent avoir des effets secondaires sur le fœtus, tels que des réactions allergiques, des complications hématologiques, une toxicité hépatique et des effets tératogènes. Le propylthiouracile (PTU) est généralement préféré au premier trimestre en raison de son moindre risque de malformations congénitales.
Il est crucial de surveiller étroitement la fonction thyroïdienne de la mère et du fœtus pendant la grossesse et d'ajuster le traitement en conséquence.
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