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Les Tétines Noires: Une exploration du rock underground français inclassable

Les Tétines Noires, un groupe culte et déjanté, mené par un Emmanuel(le) Hubaut attachant et créatif, ont marqué la scène underground rock française par leur approche inclassable. À la fois indus, punk, gothique, glam et bruitiste, leur musique et leurs shows déjantés ont durablement marqué le public. Cet article explore l'histoire du groupe, son style musical unique et son impact sur la scène rock alternative.

Genèse et influences (1981-1990)

Les Tétines Noires sont nées en 1981 à Cherbourg-en-Cotentin (Manche). Emmanuel Hubaut et William Lamy, alors collégiens, ont fondé le groupe par dérision, en référence à leur jeune âge. Ils revendiquaient d’entrée de jeu leur baby rock. Leurs concerts détonnent par leur impertinence et leur esprit dadaïste, une marque de fabrique qu'ils conserveront. Influencés par Virgin Prunes, Bauhaus et Christian Death, leur style musical s’affirme rapidement.

En 1985, un nouveau membre rejoint le groupe. L'intégration s’est faite via William, le batteur avec lequel il avait des amis en commun. Il l'avait vu jouer de la basse à une fête de la musique. Il venaient de se séparer de leur bassiste et cherchaient quelqu’un. En septembre 1985 il faisait donc sa première répétition avec eux. Il s'est senti à l’aise avec eux tout de suite. Ils n’étaient pas trop portés sur le rock, même s’ils aimaient les Sex Pistols et d’autres trucs dans le genre. Ils déstructuraient totalement la musique et y ajoutaient d’autres ambiances provenant du Body Art, des happenings, etc. Ils brouillaient constamment les pistes et jouaient dans les réseaux d’art contemporains, en essayant pleins de trucs, musicalement et visuellement.

L'ère Boucherie Productions (1990-1995)

En 1990, le label Boucherie Productions, fer de lance du rock alternatif, les remarque et sort leur premier album, Fauvisme et pense-bêtes. Cet album est décrit comme « un mélange détonnant de démence et de noirceur » qui impressionne par « sa théâtralité délirante, ses textes et sa musique inquiétante ». Les Tétines Noires performent alors un peu partout en Europe, aux États-Unis et au Canada.

Plus tard, en 1995, sort Douze têtes mortes, un troisième et dernier album où s’entrechoquent « sonorités organiques et électroniques pour une musique à la fois dansante et agressive ».

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Style musical et performances scéniques

La musique des Tétines Noires est difficile à catégoriser. Elle oscille entre l'électro-rock gothique, la batcave, le death-rock, le glam-rock et l'indus. Le groupe touche à tout, mais en faisant du Tétines Noires, ce qui le rend unique et inclassable. Leurs performances scéniques sont tout aussi marquantes, avec un soin particulier apporté à l'esthétique et à la théâtralité.

Sur scène, un corps-objet sert de pied de micro au chanteur. Il s'agit de Made in Eric, artiste performeur qui demeure sur scène nu, les yeux fermés et stoïque durant les concerts des Tétines. Les musiciens ne se contentent pas d'user d'instruments "classiques", ainsi on apercevra à l'occasion des vuvuzelas, un sifflet à piston, un melodica (que l'on ne percevra pas toujours, au passage), un pipeau à tête de poupée. Il ne faut pas tourner la tête ou se risquer vers le bar, sous peine de manquer quelque chose d'incongru, comme ce jet de cotillons par le bassiste, ou de plumes par le claviériste arborant un masque de poulet.

LTNO et la suite (1997-2020)

En 1997, le groupe s’autodétruit pour laisser place à LTNO, une autre histoire musicale. En 2020, Icy Cold Records et Manic Depression proposent une sélection de leurs morceaux mémorables, tirés de Fauvisme et Pense Bête (1990), Brouettes (1991), Unreleased recording (1993) et 12 Têtes Mortes (1995), en format Vinyl 12″ .

Quelques albums de LTNO sont Global cut (1999) et Sea, sex & burn (2003).

Rééditions et reformation

Après plus de vingt ans de silence, Les Tétines noires rallument le son. Le groupe a réédité ses trois albums parus dans la première moitié des années 90, ainsi qu'un quatrième album contenant des lives. Une tournée a annoncé cette ressortie.

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Le groupe a débuté dès le début des années 80 et s'est en quelque sorte prolongé dans la seconde moitié des années 90 et début 2000 en LTNO, suite à un changement de line up. Les Tétines Noires ont un univers très marqué et très personnel qui n'est pas daté et qui s'écoute aussi bien en 2021 qu'en 1991, peut-être même mieux, car délivré aujourd'hui de ses liens avec le rock alternatif (les Tétines étaient signées chez Boucherie productions) et avec le rock industriel des années 90 (Treponem Pal, Young Gods, Ministry). Il reste aujourd'hui le principal de cette oeuvre, à savoir l'originalité d'un univers ultra créatif, à la fois monstrueux et enfantin, ainsi que son rapport aux arts plastiques et au théâtre.

"Analog Anthomologies": Une anthologie complète

Il ne fallait pas moins de deux labels (Infrastition et Manic Depression) pour s'occuper de la réédition (largement augmentée, on le verra) des trois albums des Tétines Noires, qui avaient déjà revu le jour en 2004 sur un double CD, mais dont le livret riquiqui ne permettait pas de profiter de visuels intéressants, alors que le groupe a toujours mêlé sans exclusive musique et image. Pour le coup, si ceux qui vont découvrir les Tétines Noires vont être gâtés (un son impeccable, y compris sur les raretés, et de nombreux visuels sur un booklet de 36 pages), les fans de plus longue date ne devraient eux non plus guère hésiter avant de vider leur porte-monnaie (le rapport qualité-prix est largement positif !), tant l'objet semble indispensable, surtout en ces temps incertains où les dates des prochains concerts reculent semaine après semaine…

Au programme musical, 4 CDs remplis jusqu'à la gueule (presque 80 minutes à chaque fois !), avec des inédits à la pelle, et ceux-ci ne sont d'ailleurs pas forcément repoussés en bout de disque, puisque dès le premier CD "Botanus + Fauvisme et pense-bête", on a droit à des titres remontant à 1982 (l'album "Fauvisme et pense-bête" ne sera enregistré qu'en 1990). Sur ces morceaux historiques, sur lesquels on gage qu'Emmanuel Hubaut (Le Comte d'Eldorado, à l'époque) et ses acolytes n'avaient guère de poil aux pattes, on trouve à la fois des accointances variées (avec les Virgin Prunes, évidemment, comme sur okongo, mais aussi New Model Army sur maronium ou an immortal verse), avec déjà un goût prononcé pour associer sur un même titre parties douces et envolées bien plus énergiques (emil sinclair), ou encore des versions initiales de morceaux amenés à devenir des classiques du groupe (crazy horse ou streap teac). Les musiciens travaillent ici sur tout ce qui sera développé et abouti un peu plus tard, ce mélange batcave/punk teinté de cold à l'occasion, mais dans tous les cas toujours expérimental. Le tout accompagné d'une théâtralité volontaire qui ne laisse personne indifférent (positivement ou négativement, car certains ne supportent pas le groupe), et on ne parle même pas de la version live des choses… Chaque prestation est spectaculaire, dans le sens premier du terme, et c'est également l'intérêt de cette anthologie qui ne laisse pas de côté les aspects visuels (Le Comte d'Eldorado n'est pas le fils de Joël Hubaut pour rien…), en s'appuyant également sur Internet pour récupérer d'autres photos que celles sur le booklet, par exemple.

Sur le second CD de l'Anthomologie, baptisé "Brouettes + Botanus", on retrouve l'album "Brouettessouvent en version moins électro" en intégralité, suivi d'une floppée de démos de titres qui apparaîtront pour certains (d'autres resteront à l'état de démo), sur le troisième album, souvent en version plus électro. Pour les amateurs, c'est un moyen de voir comment un groupe peut partir d'une base (solide, déjà) pour aboutir à quelque chose de plus (teo tertem) ou moins (washing head) différent de l'idée initiale. Là encore, on n'est pas floués, chaque morceau vaut le coup d'oreille, et cette façon d'avancer chronologiquement apparaît finalement comme un vrai contrepied, pour un groupe qui ne s'est jamais contenté de rester dans d'improbables clous…

Pour être franc, si j'apprécie toujours l'écoute de la partie album du troisième CD "12 Têtes Mortes + Botanus", je suis bien moins transporté par les bonus, qui consistent ici en remixes de titres de l'album, un jeu qui ne m'enthousiasme quasiment jamais en général, et qui, à mon sens, n'apporte rien à cette Anthomologie. Cependant, dans le contexte d'un groupe qui penchait à l'époque de plus en plus vers l'électroclash, on peut prendre ces remixes comme des traces historiques, même si on ne se les inflige pas forcément tous les jours.

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Mais, soyons honnêtes, si les antiquités et les démos ont de l'intérêt (et même beaucoup), c'est bien le quatrième et dernier CD qui enfonce le clou, puisque ce "Luley By - Rare live recordings" est constitué d'un inaugural titre hommage, suivi d'une tripotée d'enregistrements captés live entre 1987 à 1997, et qui prouvent à quel point le groupe pouvait être impressionnant sur scène. On retrouve ici des versions impeccables (on est loin du son du bootleg enregistré depuis les toilettes de la salle de concert !) de classiques tels que o'dogo, crazy horses, freaks ou petite brouette sans allumette, des morceaux qui n'ont pas pris beaucoup de rides, ainsi qu'on a pu le constater lors de la reformation du groupe fin 2018, avec ses membres originaux. Et ce qui n'était au départ qu'une tournée d'accompagnement de la sortie de ce copieux coffret, s'est transformé en renaissance d'un groupe incontournable, qui pourrait perdurer et se remettre à composer - si les multiples activités d'Emmanuel lui laissent le temps et la volonté de s'y consacrer…

Héritage et influence

Les Tétines Noires ont marqué une époque et continuent d'influencer de nombreux artistes. Leur singularité et leur refus des conventions en font un groupe à part dans l'histoire du rock français. Outre le fait de remettre sur le devant de la scène un combo de haute volée, c'est tout un pan et toute une époque du rock de chez nous qu'elles font ressurgir. Un temps où tout était, de surcroît, plus facile et où la singularité giclait dans tous les sens.

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