Le Trouble du Déficit de l'Attention/Hyperactivité (TDAH) est le trouble neurodéveloppemental le plus fréquent en population pédiatrique. Il est caractérisé par la présence et la persistance de trois symptômes principaux : l'inattention, l'hyperactivité et l'impulsivité. Au-delà de ces symptômes cliniques, le retentissement cognitif du TDAH est souvent au premier plan, entraînant des difficultés scolaires et d'apprentissage dès le plus jeune âge. Il est essentiel de considérer que toute évaluation clinique d’un trouble du neurodéveloppement doit conduire à rechercher des troubles du sommeil.
Lors du congrès du Sommeil 2023 à Lille, la Pre Stéphanie Bioulac a décrit les liens bidirectionnels qui unissent les troubles du neurodéveloppement, tels que le TDAH, aux troubles du sommeil. De nombreuses recherches ont étudié le lien entre TDAH et troubles du sommeil, et bien que la relation exacte ne soit pas complètement éclaircie, il est évident que le TDAH est fréquemment accompagné de troubles du sommeil. Jusqu’à 70% des enfants atteints de TDAH rapportent la présence de problèmes de sommeil d’intensité modérée ou sévère.
Liens Précoces entre Hyperactivité, Déficit de l'Attention et Troubles du Sommeil
Des études de cohorte ont mis en évidence différents profils d’évolutions du sommeil entre les âges de 2 à 8 ans. Certains enfants dorment d’emblée 10 ou 11 heures par nuit (profil long dormeur), tandis que d’autres sont des courts dormeurs persistants (temps de sommeil < 10 heures avant 6 ans) ou courts dormeurs dans leur premier âge puis rallongent leur temps de sommeil plus tard. Même si le diagnostic de TDAH ne peut être établi si tôt, le profil court dormeur est associé à des comportements externalisés (hyperactivité, impulsivité) et à de faibles performances cognitives. Chez les sujets qui ont une instabilité de la durée de sommeil, il existe une association avec l’hyperactivité et l’inattention, qui s’exprime différemment selon le sexe. Un lien entre troubles du comportement et difficulté de contrôle émotionnel d’une part et troubles du sommeil d’autre part est donc observé très tôt, même si tous les enfants qui présentent ces troubles ne développent pas forcément un trouble du neurodéveloppement par la suite. Cependant, chez les enfants diagnostiqués comme ayant un TDAH, les troubles du sommeil précoces sont fréquents.
Dès le plus jeune âge, le profil court dormeur est associé à des comportements externalisés (hyperactivité, impulsivité) et à de faibles performances cognitives. De même, il est observé un lien entre troubles du comportement et difficulté de contrôle émotionnel et troubles du sommeil, bien que ces enfants ne développent pas nécessairement un trouble du neurodéveloppement ultérieurement.
Association entre TDAH et Troubles du Sommeil durant l’Enfance et l’Adolescence
Différentes études ont analysé les paramètres du sommeil chez des adolescents avec TDAH et sans TDAH. À partir de questionnaires, elles mettent en évidence des troubles du sommeil chez les adolescents TDAH, même s’ils ne sont pas retrouvés sur les enregistrements de polysomnographie (PSG), et des temps de sommeil plus courts chez les adolescents et les enfants (10 ans d’âge moyen environ). La mesure des paramètres du sommeil en centre n’est probablement pas adaptée à ces enfants qui ont plus de mal à dormir hors de leur environnement habituel et qui souffrent aussi souvent de troubles anxieux ou d’autres comorbidités.
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Cinq phénotypes de sommeil ont pu être associés au TDAH :
- Profil de type narcolepsie (narcolepsie like)
- Difficultés d’endormissement
- SAHOS (Syndrome d'Apnées-Hypopnées Obstructives du Sommeil)
- Syndrome des jambes sans repos
- Présence d’anomalies à l’électro-encéphalogramme (décharges épileptiformes)
Les enquêtes menées auprès des parents montrent notamment qu’il existe un impact important de la somnolence chez certains patients. Celle-ci aggrave les symptômes du TDAH et altère le fonctionnement quotidien, les performances scolaires et la qualité de vie.
Qui de l’œuf ou la poule ? SAHOS associé à des symptômes TDAH like ou TDAH avec SAHOS comorbide ?
Les liens entre TDAH et SAHOS ne sont pas toujours évidents à démêler. Une étude réalisée chez des enfants de 4 à 11 ans a mis en évidence davantage de problèmes de sommeil, de dysrégulations émotionnelles, et de difficultés comportementales diurnes chez les enfants souffrant de TDAH et de SAHOS. Une autre, réalisée chez des adolescents, a montré que les sujets présentant à la fois un TDAH et un SAHOS avaient une latence d’endormissement plus longue et un temps de sommeil plus court, par rapport à des sujets n’ayant qu’une seule de ces pathologies. Ils avaient aussi des taux plus élevés de biomarqueurs inflammatoires, cardiométaboliques, et étaient plus souvent concernés par le surpoids ou l’obésité. Au vu de ces résultats, il apparaît donc essentiel de rechercher un TDAH chez les enfants ayant un SAHOS et inversement.
Types de Troubles du Sommeil chez l'Enfant
Les troubles du sommeil chez l’enfant sont variés et peuvent avoir de forts impacts sur leur développement et leur bien-être. Il est essentiel de les reconnaître et de consulter des professionnels de santé pour les diagnostiquer et mettre en place des traitements appropriés.
- Insomnie: Il s’agit de difficultés à s’endormir ou à rester endormi. Ce trouble se traduit par des difficultés à s’endormir, des réveils nocturnes fréquents, et parfois une fatigue diurne. Elle affecte entre 10 et 30% des enfants et des adolescents.
- Apnée du sommeil: Il s’agit d’une obstruction intermittente des voies respiratoires supérieures pendant le sommeil. L’apnée se traduit par des ronflements forts, des pauses respiratoires, un sommeil agité, une somnolence diurne. Elle touche 1 à 5% des enfants.
- Syndrome d’hypopnée obstructive du sommeil (SAHOS): Ce syndrome est une forme moins sévère d’apnée du sommeil avec résistance accrue des voies respiratoires sans pauses respiratoires complètes.
- Parasomnies: Elles regroupent les comportements anormaux pendant le sommeil. Elles se divisent en trois principaux groupes.
- Le somnambulisme touche environ 15 % des enfants, notamment entre 4 et 8 ans. Ce trouble tend à diminuer à l’adolescence.
- Les terreurs nocturnes se manifestent par des épisodes de peur intense, des cris et une agitation pendant le sommeil.
- Les cauchemars, qui sont très courants, surtout chez les jeunes enfants. Nous connaissons tous ces rêves effrayants provoquant des éveils, de la peur intense, des difficultés à se rendormir.
- Troubles du rythme circadien: Ils sont liés à l’horloge interne du corps, qui régule les cycles de sommeil et d’éveil sur une période d’environ 24 heures. Cette horloge interne, située dans le cerveau, aide à déterminer quand vous vous sentez éveillé et quand vous avez envie de dormir. Une personne atteinte de troubles du rythme circadien éprouve des difficultés à s’endormir et à se réveiller à des heures souhaitées. Déterminer si le système circadien est mal synchronisé sur 24 heures. Déterminer si la sensibilité à la lumière est altérée dans le TDAH. La lumière est le synchroniseur le plus puissant du système circadien. Déterminer si le comportement est impliqué dans le retard de phase du sommeil. L’activité motrice et l’exposition à la lumière des participants seront enregistrées, en continu, pendant 3 semaines.
- Syndrome des jambes sans repos: Il s’agit de sensations désagréables dans les jambes et de mouvements involontaires des membres pendant le sommeil. Les patients présentant un syndrome des jambes sans repos ressentent un besoin irrésistible de bouger les jambes, subissent des mouvements jambiers pendant le sommeil, et ont de fait un sommeil fragmenté.
Facteurs Causant les Troubles du Sommeil
Les troubles du sommeil chez les enfants peuvent être causés par divers facteurs :
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- Des conditions de sommeil non optimales (bruits, lumière, chaleur …)
- Des allergies
- De l’asthme
- Des reflux gastro-œsophagiens
- De l’anxiété, du stress, des troubles émotionnels
- Un surpoids
- Des antécédents familiaux de troubles du sommeil
Impact des Troubles du Sommeil sur le Développement de l'Enfant
Les troubles du sommeil chez les enfants peuvent entraîner des conséquences profondes et variées sur leur santé et leur développement global.
- Impact sur la mémoire et les apprentissages: Le sommeil, en particulier le sommeil paradoxal, est essentiel pour la consolidation des souvenirs. Pendant cette phase, le cerveau organise et stocke les informations acquises pendant la journée. Les interruptions fréquentes du sommeil peuvent perturber ce processus, entraînant des difficultés à mémoriser et à rappeler des informations. Les enfants avec des troubles du sommeil sont plus susceptibles de présenter des difficultés scolaires. Les enfants TDAH présentent fréquemment des troubles des apprentissages, notamment en langage écrit. Une large proportion de ces enfants témoigne également d’une somnolence excessive en journée ou hypersomnolence. Cette étude vise à mesurer l’impact de cette somnolence sur les performances mnésiques et langagières de 22 enfants avec TDAH de 7 à 13 ans. Ce travail a pour objectif d’aider les orthophonistes à mieux évaluer et orienter les enfants présentant des symptômes TDAH vers des centres du sommeil, ce qui permettrait un traitement adapté et une mise en place d’aménagements scolaires plus précoces.
- Impact sur les fonctions exécutives: Les fonctions exécutives, telles que la planification, l’organisation, la prise de décision et la régulation émotionnelle, sont fortement influencées par la qualité du sommeil. Le sommeil est nécessaire pour le fonctionnement optimal du cortex préfrontal, une région du cerveau impliquée dans la prise de décision, la résolution de problèmes et le contrôle de l’attention. Il permet au cerveau de restaurer ses niveaux d’énergie et de se débarrasser des déchets métaboliques accumulés pendant l’éveil.
- Impact sur la régulation émotionnelle: Le sommeil joue un rôle clé dans la régulation des émotions. Les enfants qui dorment suffisamment sont plus à même de gérer le stress, de réguler leurs humeurs et de faire face aux défis émotionnels. Le manque de sommeil peut exacerber les symptômes de l’anxiété et de la dépression chez les enfants. Les enfants qui ne dorment pas suffisamment peuvent devenir plus irritables et présenter des symptômes de dépression. Les enfants privés de sommeil peuvent rencontrer des difficultés à gérer leurs émotions, conduisant parfois à des réactions émotionnelles excessives et à une moindre tolérance au stress. Le sommeil aide à la gestion du stress en réduisant les niveaux de cortisol, l’hormone du stress. Les enfants avec une bonne hygiène de sommeil sont plus résilients face aux situations stressantes et ont une meilleure capacité à se calmer.
- Impact sur le comportement: Le manque de sommeil peut augmenter les comportements agressifs. Les enfants privés de sommeil peuvent montrer des signes d’hyperactivité et de comportement impulsif, souvent confondus avec les symptômes du TDAH.
- Impact sur les compétences sociales: Les troubles du sommeil peuvent affecter les compétences sociales des enfants, les rendant plus susceptibles de s’isoler ou d’avoir des interactions sociales négatives.
- Impact sur la croissance et le système immunitaire: Le sommeil profond (stade N3 du sommeil non-REM) est particulièrement important pour la libération de l’hormone de croissance. Cette hormone sert à la croissance des os et des tissus, ainsi que pour la réparation cellulaire. Le sommeil aide à renforcer le système immunitaire en permettant au corps de produire des cytokines, qui sont des protéines combattant les infections, les inflammations et le stress.
- Impact sur le métabolisme: Le sommeil régule les hormones impliquées dans la faim et la satiété, comme la leptine et la ghréline. Un sommeil insuffisant peut déséquilibrer ces hormones, augmentant le risque d’obésité chez les enfants.
Recommandations de Sommeil selon l'Âge
Les besoins en sommeil varient considérablement selon l’âge de l’enfant. Les besoins de sommeil sont individuels. Le sommeil de l’enfant est influencé par une variété de facteurs, incluant l’âge, l’environnement, les habitudes de sommeil, et les aspects émotionnels et physiques. À mesure qu’un enfant grandit, ses besoins en sommeil évoluent. Les nourrissons nécessitent plus de sommeil que les enfants plus âgés.
Pistes Thérapeutiques et Prise en Charge
Les régions corticales et du tronc cérébral impliquées dans la régulation des mécanismes d’éveil et de maintien de l’attention sont sensibles à la privation de sommeil et spécifiquement associées à la physiopathologie du TDAH. L’hypothèse d’un dysfonctionnement du locus cœruleus a été évoquée comme pouvant entrainer à la fois une altération du rythme circadien et des mécanismes de régulation de l’éveil, considérés comme anormaux chez les patients atteints de TDAH. Les études génétiques mettent l’accent sur l’implication des systèmes catécholaminergiques aussi bien chez les patients TDAH que dans la régulation des troubles du sommeil. Des altérations plus spécifiques, telles que celles du gène « CLOCK » ayant un rôle dans la régulation des rythmes veille-sommeil, ont été proposées comme pouvant être retrouvées chez les patients TDAH et dans les troubles du rythme du sommeil.
Un environnement de sommeil confortable et sécurisé, sans bruits excessifs ni lumières fortes, favorise un meilleur sommeil. Il faut éviter d’utiliser les écrans au moins deux heures avant d’aller dormir. Les repas lourds proches de l’heure du coucher peuvent nuire au sommeil.
Intérêt de la Mélatonine
Un intérêt de la mélatonine chez les enfants associant TDAH et troubles du sommeil a été observé. L’effet de la mélatonine a été évalué chez des enfants (11 ans d’âge moyen) souffrant de TDAH et de troubles du sommeil et sous traitement par méthylphénidate. Pour rappel, les enfants TDAH ont une résistance naturelle au coucher. Ce comportement d’opposition est amélioré par le méthylphénidate, même s’il peut occasionner des difficultés d’endormissement par son effet psychostimulant. Cependant, après 4 semaines de traitement par mélatonine à libération immédiate (1,85 mg/j), la latence d’endormissement a été diminuée et le temps de sommeil amélioré, et ceci quel que soient l’âge, le genre, et les comorbidités pouvant être très importantes chez ces enfants. Une revue de littérature sur la secrétion de la mélatonine rapporte que chez les enfants souffrant de TDAH, la sécrétion de la mélatonie était retardée. La mélatonine à libération immédiate semble avoir un intérêt dans le TDAH mais ne dispose pas encore d’AMM dans cette indication.
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