Introduction
La gestation chez les ânesses, comme chez d'autres mammifères, est un processus délicat et complexe, orchestré par un équilibre hormonal précis. Parmi les hormones clés, on retrouve les œstrogènes et la progestérone, dont les interactions régissent le maintien de la gestation et le déclenchement de la mise bas. Cet article se propose d'explorer le rôle spécifique des œstrogènes placentaires, la lyse du corps jaune et leur influence sur le déroulement de la parturition chez les ânesses. Il abordera également les causes d'avortement, les méthodes de diagnostic et les interventions possibles.
Le Corps Jaune et la Progestérone : Piliers de la Gestation
Après la fécondation, le corps jaune ovarien se forme rapidement et assume un rôle crucial dans le maintien de la gestation. Il sécrète de la progestérone, une hormone essentielle pour :
- Préparer la muqueuse utérine à la nidation de l'ovule fécondé.
- Assurer le maintien et le développement du fœtus tout au long de la gestation.
La progestérone est donc indispensable pour la survie du fœtus et le bon déroulement de la grossesse. Une déficience en progestérone, due à une disparition précoce du corps jaune par autolyse, entraîne inévitablement un avortement.
Œstrogènes Placentaires : Un Rôle Complémentaire
Bien que la progestérone soit l'hormone dominante au début de la gestation, les œstrogènes, notamment ceux produits par le placenta, jouent un rôle complémentaire important. Les œstrogènes placentaires contribuent à :
- Stimuler la croissance de l'utérus et des glandes mammaires.
- Augmenter le flux sanguin vers l'utérus, assurant ainsi un apport suffisant de nutriments et d'oxygène au fœtus.
- Préparer le tractus génital à la mise bas en ramollissant le col de l'utérus et en augmentant la contractilité utérine.
La Lyse du Corps Jaune et le Déclenchement de la Mise Bas
En fin de gestation, un événement crucial se produit : la lyse du corps jaune. Cette autolyse entraîne une chute brutale du taux de progestérone, signalant la fin de la phase de maintien de la gestation. Simultanément, la production d'œstrogènes placentaires atteint son apogée. Ce changement hormonal induit une cascade d'événements qui aboutissent au déclenchement de la mise bas :
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- Augmentation de la contractilité utérine, facilitant l'expulsion du fœtus.
- Sécrétion de prostaglandines, des hormones aux effets lutéolytiques (destruction du corps jaune) et spasmolytiques (contraction des fibres musculaires lisses de l'utérus).
- Ramollissement du col de l'utérus, permettant le passage du fœtus.
Avortements : Causes et Prévention
L'avortement chez les ânesses peut avoir de multiples causes, allant des facteurs nutritionnels aux infections, en passant par les traumatismes et les anomalies génétiques.
Causes Nutritionnelles
Malgré leur robustesse, les ânesses peuvent être sujettes à des avortements en cas de malnutrition sévère. Une carence en vitamines, en sels minéraux, en calories ou en éléments glucidiques peut entraîner la mortalité fœtale et, par conséquent, l'avortement. Il est donc essentiel de veiller à ce que les ânesses gestantes reçoivent une alimentation équilibrée et adaptée à leurs besoins. De même, des mises bas successives sans une alimentation compensatrice peuvent épuiser les ânesses et augmenter le risque d'avortement.
Causes Physiques
Plusieurs facteurs physiques peuvent également provoquer un avortement :
- Insuffisance placentaire: Un mauvais échange sanguin entre la mère et le fœtus, dû à une insuffisance placentaire, peut entraîner une asphyxie fœtale et un avortement.
- Torsion du cordon ombilical: La torsion du cordon ombilical peut également provoquer une asphyxie fœtale et un avortement en interrompant l'apport d'oxygène et de nutriments au fœtus.
- Traumatismes et stress: Les traumatismes physiques, tels que les chutes ou les coups, ainsi que le stress, peuvent également être des causes d'avortement. Il est donc important de manipuler les ânesses gestantes avec précaution et d'éviter les situations stressantes. Les déplacements mal maîtrisés et les bousculades entre animaux peuvent être des causes principales.
Causes Infectieuses
Les infections bactériennes et virales sont des causes fréquentes d'avortement chez les ânesses. On distingue :
- Germes banals: Des germes comme les streptocoques ou les klebsiellas peuvent, dans le cadre d'une infection générale avec septicémie, atteindre le placenta et le fœtus, entraînant un avortement.
- Germes spécifiques: Certains germes, comme la salmonelle « salmonella abortus equi » (rare en France) ou les leptospires, ont pour conséquence de provoquer l'avortement en première intention. Les leptospires peuvent également provoquer une forme aiguë ictéro-hémorragique.
- Artérite virale: L'artérite virale, provoquée par un virus de la famille des artériviridae, peut se manifester sous une forme aiguë de type grippal, provoquer des avortements ou être asymptomatique.
- Rhino-pneumonie: La rhino-pneumonie, provoquée par un herpès virus, peut s'exprimer sous quatre formes, dont une abortive.
La prévention des avortements infectieux passe par des mesures sanitaires rigoureuses, telles que le nettoyage régulier des abreuvoirs et l'interdiction d'accès à des zones à risque (mares, prairies inondées). Les traitements antibiotiques peuvent être instaurés après un diagnostic précis établi par des analyses en laboratoire.
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Causes Génétiques
Des causes génétiques ont également été avancées dans certains cas d'avortements.
Causes Toxiques
De nombreux toxiques, en fonction de l’importance de leur ingestion ou de leur nature, peuvent provoquer des avortements. Cela peut être le cas lors d’ingestion de produits chimiques ou de plantes toxiques.
Diagnostic et Interventions
Le diagnostic précoce de la gestation est un élément primordial pour la prise en charge des ânesses gestantes. L'échographie est la méthode la plus couramment utilisée pour confirmer la gestation.
En cas de gestation non désirée ou de complications, il est possible d'intervenir pour provoquer un avortement. Les prostaglandines, notamment la PGF 2 alpha, sont les produits les plus utilisés aujourd'hui, car elles sont plus fiables que les œstrogènes ou la Dexaméthasone. La PGF 2 alpha agit dès que le corps jaune est formé, soit environ 7 jours après l'ovulation, et permet donc un avortement précoce. L'intervention est de loin la meilleure entre le 7ème et le 35ème jour, avec pratiquement pas d'échec et un retour rapide des chaleurs. Au-delà du 35ème jour, les réponses aux traitements sont moins garanties et les effets secondaires plus fréquents. L’utilisation des prostaglandines est en général possible jusqu’au 150ème jour. Plus tard il faut s’abstenir.
Très proche de la fin du terme, on peut être tenté de provoquer l’accouchement s’il y a une suspicion de risque de difficultés à la mise bas : ânon volumineux par rapport au bassin de la mère, connaissance de gémellité, connaissance de malformation du bassin accidentelle… Les prostaglandines sont utilisées et l’accouchement intervient dans les heures qui suivent l’injection.
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Complications Post-Avortement et Post-Partum
Les avortements, notamment ceux d'origine infectieuse, peuvent entraîner des complications telles que des métrites (inflammation de l'utérus) avec répercussion sur l'état général, risque de septicémie et d'intoxication bactérienne (intoxination). Dans de nombreux cas, une « fourbure de parturition » peut également apparaître. L'intervention du vétérinaire est alors indispensable.
Après la mise bas, la rétention placentaire (non-expulsion du placenta dans les deux ou trois heures suivant la naissance) est une complication fréquente, notamment en cas d'accouchement provoqué. Il est important de vérifier que le placenta est complet après l'expulsion, en l'étalant pour s'assurer qu'il ne manque aucun morceau.
Progestérone et Cycle de la Chienne : Parallèles et Différences
Bien que cet article se concentre sur la gestation chez les ânesses, il est intéressant de noter des parallèles avec le cycle de la chienne en ce qui concerne le rôle de la progestérone. Chez la chienne, comme chez l'ânesse, la progestérone est une hormone essentielle pour la nidation et le maintien de la gestation. Le dosage de la progestérone est un outil précieux pour déterminer la date d'ovulation, choisir le meilleur moment pour la saillie ou l'insémination, anticiper la date de la mise bas et programmer une césarienne en cas de risque de dystocie.
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