Introduction
L'enseignement des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) joue un rôle crucial dans la formation des jeunes esprits, notamment en ce qui concerne la compréhension du corps humain, de la sexualité et de la reproduction. Or, des questions se posent quant à la manière dont l'égalité des genres est traitée dans ce cadre, en particulier à travers les schémas anatomiques et la narration de la fécondation. Il est impératif d'analyser ces représentations afin de garantir un enseignement équilibré, précis et respectueux de la diversité.
Représentation de l'Anatomie Féminine : Le Cas du Clitoris
La représentation du clitoris dans les manuels scolaires de SVT suscite des interrogations. Bien que la structure globale du clitoris apparaisse dans la majorité des manuels, elle est souvent incomplète, voire inexistante. Seule la partie externe est généralement représentée, laissant de côté la vulve et la partie interne. Cette omission est problématique, car selon le Haut Conseil à l'Égalité entre les Femmes et les Hommes (HCE), en 2016, un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu'elles possèdent un clitoris, alors que 53 % savent représenter le sexe masculin. La connaissance de son propre corps est pourtant fondamentale pour l'estime de soi et l'égalité entre les sexes.
Il est donc essentiel d'améliorer la connaissance de l'anatomie féminine, en intégrant une représentation complète du clitoris dans les manuels scolaires. Cela permettrait de corriger les inégalités de représentation et de garantir une meilleure compréhension du corps féminin par tous les élèves.
Liberté Pédagogique et Responsabilité des Acteurs
Il est important de souligner que le ministère de l'Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports (MENJS) n'exerce pas de labellisation ou d'agrément des manuels scolaires. Chaque éditeur privé est libre de ses choix dans la conception des manuels et ouvrages scolaires qu'il propose à la vente, et en est par conséquent responsable au titre de la liberté éditoriale. Les enseignants, quant à eux, sont libres et responsables du choix des manuels utilisés en classe au titre de la liberté pédagogique, mais doivent veiller à choisir des ouvrages conformes aux programmes scolaires. Les corps d'inspection s'assurent du respect des programmes et prennent les mesures nécessaires en cas de manquement.
Le ministre de l'Éducation Nationale a à cœur de garantir pour tous la connaissance de son propre corps, dès l'étude de l'anatomie humaine au collège. C'est pourquoi l'étude de l'anatomie et de la physiologie des appareils génitaux masculin et féminin est abordée à deux niveaux :
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- L'éducation à la sexualité en milieu scolaire : Cette action éducative, inscrite dans le code de l'éducation, est obligatoire aux trois niveaux de scolarité (école, collège et lycée), à raison d'au moins trois séances annuelles et par groupes d'âge homogène. Elle vise à promouvoir l'estime de soi, le respect mutuel, l'acceptation des différences, la connaissance et le respect de la loi, ainsi que la responsabilité individuelle et collective. L'approche est globale, positive et bienveillante, et aborde les champs biologique, psycho-affectif et social.
- Les programmes d'enseignement : L'étude de l'anatomie humaine est intégrée aux programmes d'enseignement, notamment au cycle 2 (mesure et observation de la croissance du corps), au cycle 3 (description du développement et de la reproduction des êtres vivants, modifications du corps à la puberté), au lycée (classe de seconde en SVT, thématique du corps humain et de la santé), et en voie professionnelle (module "La sexualité - la contraception" en CAP et baccalauréat professionnel).
Stéréotypes de Genre et Récit de la Fécondation
Le chapitre relatif à la description de la fécondation est souvent porteur de stéréotypes de genre. Une vision très stéréotypée, presque caricaturale, est souvent transmise, soit directement par la manière dont certain·es enseignant·es racontent la suite d’évènements conduisant à la fécondation, soit indirectement, par les documents utilisés.
L'Effacement de l'Ovule
L’ovule y a un rôle totalement secondaire, voire de figuration. Très souvent, raconter la fécondation aux élèves revient à n’évoquer que le devenir des spermatozoïdes. Le gamète femelle est en effet totalement absent de cet épisode. La fécondation ne serait ainsi que l’affaire des gamètes mâles… et cette simplification participe à nous mener droit à une autre : finalement, la fécondation ne serait-elle pas que l’affaire des hommes ? Il est en effet courant de voir illustrée l’idée que l’enfant à naître serait issu du spermatozoïde fécondant plus que de l’ovule, et qu’il existerait ainsi un lien privilégié, une sorte de filiation exclusive, entre le père et l’enfant à naître. Dans l’extrait vidéo, ce sont les spermatozoïdes qui sont ainsi « les messagers de la vie », tandis que l’ovule n’en serait que le réceptacle. Il s’agit là finalement de la vieille représentation du XVIIe siècle, celle du courant animalculiste de la théorie de la préformation, selon laquelle une version miniature du fœtus à naître, l’homonculus, se trouvait à l’intérieur du spermatozoïde. L’ovule servirait quant à lui à le recevoir et à le nourrir. Or la vérité est tout à fait différente : non seulement l’ovule a un rôle tout aussi actif et important que le spermatozoïde lors de la fécondation (rôle décrit dans la partie suivante), mais si on veut avoir une logique comptable, alors rappelons que la cellule-œuf issue de la fécondation porte en réalité davantage de gènes maternels que paternels : si le spermatozoïde fécondant apporte son bagage génétique nucléaire, tout comme l’ovule, ce dernier apporte également les ADN mitochondriaux que porteront les cellules de l’enfant à naître.
Acteurs et Passivité
Les spermatozoïdes seraient acteurs, actifs, tandis que les quelques propos relatifs à l’ovule le décrivent comme totalement passif. Ce sont les spermatozoïdes qui sont les acteurs de ces évènements. On leur prête même une volonté, une conscience, des capacités. Dans l’extrait vidéo, aucun verbe d’action n’est associé à l’ovule, par exemple. Il rejoue là finalement une version de l’éternel scénario raconté aux enfants dans un nombre incalculable d’histoires : l’ovule attendrait patiemment qu’un prince, en l’occurrence un spermatozoïde, vienne le délivrer de sa douce torpeur. Et quand un évènement concerne l’ovule, la description en est faite à la voie passive. La fécondation même ne serait l’œuvre que du spermatozoïde puisque c’est lui qui fusionne avec l’ovule, nous dit-on. Ainsi, il est dit qu’« il suffit qu’un seul spermatozoïde […] atteigne l’ovule, y pénètre et fusionne avec lui pour que naisse un espoir de vie ». L’ovule est quant à lui un « astre mystérieux ». Or la description de la fécondation est souvent, comme c’est le cas ici, réalisée de manière anthropomorphique : les représentations stéréotypées des femmes et des hommes servent de grille de lecture. En retour, par métonymie, la description faite des gamètes renforce ces représentations, leur donne une légitimité biologique et les inculque aux élèves de manière insidieuse. Si le spermatozoïde est doté visiblement d’une conscience bien humaine (dans un article de futura-sciences, il est même écrit que « les (spermatozoïdes) doivent […] faire preuve de volonté pour se faufiler »), l’ovule quant à lui est un « astre », c’est-à-dire une chose inanimée… Sans volonté, donc, sans humanité aucune. L’ovule, et à travers lui les femmes, est réduit à un objet, « mystérieux » qui plus est, comme le sont les femmes dans les stéréotypes éculés : compliquées, mystérieuses, insaisissables… Ces propos participent donc à l’objectivation des femmes dans notre société, conduisant entre autres facteurs à créer chez les hommes un sentiment de possession des femmes.
Compétition et Virilité
Par ailleurs, les termes et expressions utilisés pour décrire le parcours des spermatozoïdes dans les voies génitales de la femme empruntent au champ lexical de la compétition sportive, voire de la guerre, dans tous les cas il s'agit d’un véritable débordement de virilité. On peut entendre ainsi dans le documentaire de Nils Tavernier que la progression des gamètes mâles est une « course au trésor », un « sprint éperdu », « un véritable parcours du combattant », une « course effrénée ». Il est même précisé d’emblée, pour bien insister sur la violence de la situation que « tous vont mourir. Tous, sauf un ». Les spermatozoïdes sont qualifiés de « concurrents encore en lice » et celui participant à la fécondation de « vainqueur ». Cette description s’inscrit donc dans un registre généralement associé aux stéréotypes de genre masculins, qui sont ceux de la compétition, de la violence, du combat.
Contre-vérités Scientifiques
Pour commencer, le fait même d'évoquer le parcours des spermatozoïdes comme une course, c'est-à-dire laisser penser que le spermatozoïde fécondant serait le plus rapide, est une contre-vérité. Les premiers spermatozoïdes arrivant à proximité de l'ovule y parviennent une demi-heure après leur dépôt dans le vagin (Storey, 1995). Or, Chang et Austin ont montré dès 1951 (voir les articles) qu'après l'éjaculation, les spermatozoïdes étaient incapables de participer à la fécondation : des transformations, lesquelles nécessitent plusieurs heures passées dans les voies génitales féminines, sont nécessaires : c'est le processus de capacitation. Par ailleurs, l’idée que le spermatozoïde participant à la fécondation serait « le meilleur » (qu’elle soit explicite ou implicite dans la manière de raconter la suite d’évènements) est à nuancer pour le moins quand on prend en considération le nombre d’embryons dont le développement n'aboutit pas. Il s’agit des fausses couches ayant lieu dans les semaines ou les mois qui suivent la fécondation, mais aussi dans les heures ou les jours qui suivent la fécondation - échecs qui ne sont pas connus de la femme enceinte. Or ces échecs du développement embryonnaire sont très souvent le fait d'anomalies génétiques, éventuellement héritées du spermatozoïde, qui rendent l’embryon non viable. Par ailleurs, tous les spermatozoïdes possèdent un patrimoine génétique comportant un grand nombre de mutations qui ne s'exprimeront pas chez l'enfant à naître du fait d'être récessives (c'est pourquoi en augmentant la probabilité d’associer les mêmes mutations récessives, les cas de consanguinité se traduisent par un plus grand risque de malformations).
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La Sélection des Ovules
L'accent privilégié mis sur la sélection des spermatozoïdes masque enfin une autre sélection, très peu traitée en cours : celle des ovules. Le gamète féminin participant à la fécondation est systématiquement décrit comme émis lors de l’ovulation, sans que l’on sache finalement pourquoi ce gamète précis, et non un autre, est libéré. Or il est important de rappeler que ce n’est pas un gamète unique (au sein d’un follicule) qui participe à chaque cycle, mais une cohorte d’une dizaine de follicules qui reprennent leur croissance et subissent un processus de maturation. De cette cohorte, un seul follicule parviendra à maturité (stade dit follicule de Graaf), celui appelé « follicule dominant ». Et ce follicule dominant participe à inhiber les autres, qui dégénèrent. Or ce traitement différencié (traiter d’une sélection par compétition , contestable, pour les gamètes mâles, et ne pas l’aborder alors qu’elle a clairement lieu pour les gamètes femelles) n’est pas anodin et s’inscrit dans un traitement différencié et stéréotypé du masculin et du féminin : avec la notion de sélection est transmise au moins implicitement celle de légitimité (du fait d’être le « vainqueur » de cette sélection au niveau de difficulté incroyable) et celle de la compétence (puisque le gamète serait « le meilleur d’entre tous »). Compétences et légitimité sont donc, dans les propos relatifs à la fécondation, associés systématiquement aux spermatozoïdes (et par association, aux hommes) et non aux ovules (et donc aux femmes). Or cette répartition genrée se retrouve à l’échelle de notre société : être sûr de ses compétences et doté d’un fort sentiment de légitimité est un trait de caractère construit très tôt chez les garçons, et peu encouragé comparativement chez beaucoup de filles.
Les Voies Génitales Féminines : Un Milieu Hostile ?
Enfin, le vagin, l'utérus et les trompes utérines sont systématiquement décrites comme un milieu hostile, entravant la « bonne » progression des spermatozoïdes. Les propos relatifs aux voies génitales dans l’extrait vidéo de L’odyssée de la vie sont assez explicites en ce sens : « obstacle après obstacle », « le vagin et son acidité meurtrière », « de puissants courants freinent leur navigation » « des vagues […] contrarient leur progression », « long tunnel obscur ». Tous ces qualificatifs relatifs aux voies génitales dites féminines s’inscrivent largement dans le stéréotype des femmes empêchant le bon épanouissement des hommes, nuisant à leur tranquillité, celui de la mégère… À ce titre, la représentation fort peu sympathique de l’ovule dans l’image de Titeuf est assez évocatrice. Par ailleurs, couplés au registre tragique d’une guerre meurtrière et d’une compétition féroce, ces propos créent l’empathie avec les gamètes mâles. Dans une description métonymique où ce qui est associé au masculin et au féminin renvoie respectivement aux hommes et aux femmes, on demande ainsi à l’ensemble des élèves - quel que soit leur sexe - de s’identifier aux spermatozoïdes anthropomorphisés, donc aux hommes. On se situe là dans une représentation androcentriste classique où le masculin est considéré comme universel, prétendument neutre.
Vers une Narration Équilibrée
Il est donc crucial de déconstruire ces stéréotypes et de proposer une narration de la fécondation plus équilibrée, qui mette en valeur le rôle actif de l'ovule et qui décrive les voies génitales féminines de manière neutre et précise. Il est important de rappeler que la progression des spermatozoïdes est, loin d'être contrariée par les voies génitales, au contraire en grande partie due aux contractions de la paroi utérine et au péristaltisme tubulaire de la trompe utérine.
Intersexuation et Diversité Anatomique
Il est important de souligner que les schémas des appareils génitaux mâle et femelle que nous construisons en cours de SVT correspondent à des schémas standards, et ne reflètent pas la grande diversité anatomique existante. On appelle « intersexes » l’ensemble des personnes ne possédant pas l’ensemble des caractéristiques associées habituellement aux sexes dits féminin et masculin. Il est donc essentiel d'intégrer la notion d'intersexuation dans les cours de SVT, afin de sensibiliser les élèves à la diversité des corps et des identités.
La Fécondation : Processus Biologique et Étapes Clés
La fécondation est un processus complexe qui se déroule en plusieurs étapes :
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- Rencontre des gamètes : Si le rapport sexuel a lieu au moment de la période de fécondité (quelques jours avant ou après une ovulation), la rencontre et la fusion d’un spermatozoïde avec un ovule peut se réaliser dans l'une des deux trompes quelques heures après le rapport sexuel. On parle de la fécondation interne car elle a lieu dans le corps de la femme.
- Formation de la cellule-œuf : La fécondation aboutit à la formation d’une cellule-œuf.
- Développement embryonnaire : Après la fécondation, pendant le trajet dans la trompe grâce à des cils vibratiles, la cellule-œuf va subir des divisions cellulaires successives et devenir un embryon à 2 cellules, puis 4 cellules, 8 cellules…
- Nidation : Puis, l’embryon s’accroche dans la couche superficielle de la paroi de l'utérus appelée endomètre : On parle de l'implantation ou nidation qui se produit 6 à 7 jours après la fécondation. A ce moment là, l'endomètre ne sera pas éliminé et les règles n'apparaissent pas. C'est le premier signe de la grossesse.
- Développement fœtal : Le développement du futur individu se déroule en plusieurs phases dans l’organisme maternel. Pendant la phase de développement embryonnaire, les trois premiers mois de grossesse, les organes se forment. Pendant la phase de développement fœtal, à partir du troisième mois de grossesse, l'embryon devient fœtus avec des organes en place qui se développent.
- Échanges materno-fœtaux : Le fœtus a besoin de s’alimenter en nutriments et en dioxygène et de se débarrasser du dioxyde de carbone qu’il produit. Les échanges entre le sang de la mère et celui du fœtus se réalisent à travers le placenta auquel le fœtus est relié par le cordon ombilical. Au niveau du placenta, le sang de la mère et celui du fœtus ne se mélangent pas mais d’autres substances peuvent traverser comme l’alcool, les médicaments, les drogues, les virus.
- Accouchement : Les neufs mois de grossesse se terminent par l'accouchement qui peut durer plus ou moins longtemps et au cours duquel le bébé peut sortir grâce aux contractions de l'utérus qui deviennent plus fréquentes et plus importantes. Pendant la phase de travail, la dilatation et l'effacement du col de l'utérus vont permettre l'expulsion du bébé. Le nouveau-né pousse alors son premier cri provoqué par l’entrée de l'air dans ses poumons. Ensuite, le cordon ombilical est ligaturé et coupé. Au bout de quelques minutes, le placenta est expulsé. C'est la délivrance.
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