L'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe et controversé à travers le monde, et l'Asie ne fait pas exception. Bien que certains pays aient progressé vers la libéralisation de leurs lois sur l'avortement, de nombreux obstacles persistent, mettant en danger la vie et la santé des femmes. Cette article explore les risques associés à l'IVG en Asie, les disparités légales et les défis auxquels les femmes sont confrontées pour exercer leur droit à la santé reproductive.
Un Droit Fondamental en Question
Le droit à l'avortement est une composante essentielle des droits sexuels et reproductifs, reconnu comme un soin primaire par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il dépasse les enjeux de santé publique et se révèle déterminant pour l'éducation et l'emploi des femmes. Toutefois, l'accès à l'IVG n'est toujours pas pleinement effectif dans le monde, et l'Asie est un continent où les disparités sont particulièrement marquées.
Évolution Législative en Asie : Progrès et Reculs
Au cours des dernières décennies, certains pays asiatiques ont fait des progrès significatifs en matière de légalisation de l'avortement. En 2021, la Corée du Sud a jugé son interdiction contraire à la Constitution. La même année, la Thaïlande a autorisé l'IVG sans conditions jusqu'à 12 semaines, sur demande jusqu'à 20 semaines, et à tout moment dans certains cas, comme un risque pour la santé physique ou mentale de la personne enceinte.
Cependant, de sévères réserves sont maintenues dans d'autres pays d'Asie, à l'image du Laos et des Philippines. Même dans des contextes favorables, de nombreuses barrières sociales, économiques et culturelles subsistent.
L'IVG en Asie : Un Paysage Législatif Diversifié
En Asie, le droit à l'IVG est loin d'être uniforme. Voici un aperçu de la situation dans quelques pays :
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Inde : L'avortement est autorisé, mais souvent pratiqué dans des conditions sanitaires peu sûres, provoquant une forte mortalité. Le manque de médecins habilités et les préjugés sont un frein à un accès libre et dans de bonnes conditions à l'IVG. Les Indiennes peuvent avorter jusqu’à 20 semaines de grossesse, avec l’aval d’un médecin pendant les 12 premières semaines, puis de deux médecins au-delà. En 2021, la loi a été amendée pour allonger le délai de 4 semaines pour les victimes de viol, ou si une malformation congénitale est détectée chez le fœtus. Les victimes d’agression sexuelle, d’inceste, les mineures et les femmes en situation de handicap peuvent également bénéficier du délai de 24 semaines.
Corée du Sud : La plus haute juridiction du pays a ordonné en 2019 la levée de l’interdiction de l’avortement, jugée anticonstitutionnelle. Toutefois, aucune nouvelle législation n’est encore venue encadrer l’interruption de grossesse.
Thaïlande : L'avortement a été décriminalisé en février 2021 et peut désormais être pratiqué jusqu’à douze semaines d’aménorrhée. Les IVG ont été pleinement légalisées en 2022 jusqu'à 20 semaines de grossesse.
Turquie et Tunisie : Seules la Turquie et la Tunisie autorisent les avortements volontaires (sur demande de la mère). Bien qu’aucun de ces pays n’interdise totalement l’IVG, ces restrictions rendent plus difficile pour les femmes d’avorter en toute sécurité.
Philippines, Laos, Afghanistan, Yémen, Bangladesh, Birmanie, Sri Lanka : Dans ces pays, l’IVG est accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la femme.
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Les Risques de l'Avortement Clandestin
Dans les pays où l'avortement est illégal ou soumis à des restrictions sévères, les femmes sont souvent contraintes de recourir à des avortements clandestins, pratiqués dans des conditions dangereuses par du personnel non qualifié. Ces avortements à risque entraînent des complications graves, telles que des infections, des hémorragies, des lésions internes et même la mort.
Près de la moitié des IVG dans le monde sont pratiquées dans de telles circonstances. 7 millions de femmes sont ainsi hospitalisées chaque année et 39 000 en décèdent tragiquement. Les femmes précaires et marginalisées avec des ressources limitées sont parmi les plus affectées.
En Inde, au moins huit femmes meurent chaque jour des suites d’un avortement peu sûr, ce qui en fait la troisième cause de mortalité maternelle.
Obstacles et Défis Persistants
Même dans les pays où l'avortement est légal, de nombreux obstacles empêchent les femmes d'y accéder :
Barrières financières : Le coût de l'IVG peut être prohibitif pour les femmes à faible revenu. Au Japon, par exemple, le prix cumulé de la pilule abortive et de l’hospitalisation est à la charge intégrale de la patiente, et le coût total devrait dépasser les 1 000 euros.
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Manque d'information : Les femmes peuvent ne pas être informées de leurs droits et des services d'avortement disponibles.
Stigmatisation sociale : L'avortement est souvent stigmatisé, ce qui peut dissuader les femmes de rechercher des soins. En Tunisie, en dépit de la loi qui les y autorise, les femmes qui décident d’avorter doivent souvent faire face au jugement négatif du personnel médical et de la société.
Objection de conscience : Dans certains pays, les médecins peuvent refuser de pratiquer un avortement en raison de leurs convictions personnelles. En Italie, par exemple, 67 % des gynécologues refusaient, en 2019, de pratiquer un avortement.
Restrictions légales : Même lorsque l'avortement est légal, des restrictions peuvent limiter l'accès, comme l'obligation d'obtenir le consentement du conjoint ou des parents. Au Japon, il faut justifier ce choix par des difficultés réelles à élever un enfant, obtenir l’accord de son partenaire pour une femme mariée ou en concubinage.
Le Rôle des Mouvements Anti-IVG
Partout dans le monde, les acteurs anti-genre se professionnalisent, se transnationalisent, sont plus organisés, structurés et financés, sans compter leur influence croissante, y compris au sein des instances multilatérales. Ces mouvements exercent une pression politique et sociale pour restreindre l'accès à l'avortement, en diffusant des informations erronées et en stigmatisant les femmes qui choisissent d'avorter.
L'Impact des Crises et des Conflits
Lors des conflits, les femmes sont exposées à des ruptures contraceptives brutales, à des violences sexuelles accrues et à des services de santé limités. Les obstacles engendrent non pas une baisse mais une hausse des avortements à risque.
L'Avortement Médicamenteux et la Télémédecine : Une Lueur d'Espoir
Malgré les défis, de nouvelles approches offrent une lueur d'espoir pour améliorer l'accès à l'avortement en Asie. L'avortement médicamenteux, qui utilise des pilules pour interrompre la grossesse, est une méthode sûre et efficace qui peut être pratiquée en dehors d'un cadre médical. La télémédecine permet aux femmes d'accéder à des informations et à des conseils médicaux à distance, ce qui peut être particulièrement utile dans les zones rurales ou isolées.
Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ou dans d’autres pays qui limitent l’accès à l’avortement, consultent des services de médecine en ligne pour demander de l’aide et recevoir des informations sur la façon de s’auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais.
Women on Web (WoW), l’un de ces services en ligne, aide environ 60 000 femmes chaque année. Le contenu du site est traduit en 16 langues, dont l’arabe, le farsi et le turc.