Une colique néphrétique est un motif très fréquent de consultation ou de recours en urgence. Elle est due, dans une très grande majorité des cas, à une obstruction urétérale provoquée par la migration d’un calcul urinaire. Cette affection résulte principalement d’un obstacle entravant le passage de l’urine entre le rein et la vessie. Dans la plupart des cas, un calcul se logeant dans l’uretère ou le bassinet est la cause de ce blocage. Pour traiter cette condition, la pose d'une sonde urinaire en « double J », également appelée « endoprothèse urétérale », est une intervention courante en urologie. Cet article explore en détail les indications, la procédure de pose, les symptômes post-opératoires, et le suivi de cette sonde.
Qu'est-ce qu'une Sonde Double J ?
Une sonde urinaire en « double J » est un tuyau fin et flexible de 2 à 3 mm de diamètre qui passe dans les uretères, canaux reliant les reins à la vessie. Les extrémités de la sonde forment une boucle pour assurer son maintien entre le rein et la vessie, permettant ainsi à l'urine de s'écouler librement. Elle est dite en « double J » à cause de la forme recourbée de ses deux extrémités. La sonde est faite en polyuréthane (plastique souple) ou en silicone. Ce type de sonde a pour objectif de faciliter le passage des urines en assurant la perméabilité de l'uretère.
Anatomie du Système Urinaire et Rôle de la Sonde Double J
Pour comprendre l’utilité de la sonde double J, il est essentiel de rappeler le fonctionnement du système urinaire et la manière dont il peut être affecté par un blocage.
Reins : Le Filtre Naturel de l’Organisme
Les reins sont situés de part et d’autre de la colonne vertébrale, juste en dessous des côtes. Leur principale fonction est de filtrer le sang pour éliminer les déchets et l’excès de fluides, formant ainsi l’urine. Lorsque l’urine ne peut pas s’écouler librement, une sonde double J peut être nécessaire pour éviter une accumulation de pression dans le rein.
Uretères : Le Lien Entre les Reins et la Vessie
Les uretères sont de fins conduits, mesurant environ 20 cm, qui relient chaque rein à la vessie. Ces tubes étroits sont particulièrement vulnérables aux blocages, notamment par des calculs rénaux. La sonde JJ est insérée dans l’uretère pour maintenir un passage libre, permettant à l’urine de s’écouler malgré un éventuel obstacle.
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Vessie : Le Réservoir de l’Urine
La vessie est un organe musculaire creux situé dans le bassin, qui stocke l’urine jusqu’à ce qu’elle soit éliminée du corps lors de la miction. Une sonde double J peut être utilisée pour assurer que l’urine continue d’atteindre la vessie même si un blocage est présent dans l’uretère.
Urètre : Le Canal d’Évacuation de l’Urine
L’urètre est le canal qui permet l’évacuation de l’urine hors de la vessie. La sonde JJ n’affecte pas directement l’urètre, mais elle garantit que l’urine arrive correctement dans la vessie, d’où elle peut être évacuée de manière naturelle.
Indications de la Pose d'une Sonde Double J
Son indication la plus fréquente est l’existence de calculs urétéraux compliqués. Elle est également posée en présence d'un obstacle au niveau de l'uretère du fait d'un rétrécissement de ce canal, d'une compression extérieure due à une tumeur ou d'une fibrose.
Colique Néphrétique et Calculs Bloquant l'Uretère
La colique néphrétique est une douleur intense causée par le blocage de l’uretère par un calcul rénal. Dans ce contexte, la pose d’une sonde double J permet de décomprimer le rein en facilitant l’écoulement des urines, réduisant ainsi la douleur et évitant les complications. Lorsque l’uretère est obstrué par un calcul, la pression dans le rein augmente, ce qui provoque la douleur caractéristique de la colique néphrétique. La sonde double J agit comme un conduit temporaire qui permet à l’urine de contourner le blocage, soulageant immédiatement la pression et facilitant l’évacuation des urines.
Préparation et Suivi d'une Urétéroscopie
Dans certains cas, la sonde double J est posée avant une intervention d’urétéroscopie, surtout lorsque l’uretère est trop étroit pour permettre le passage des instruments chirurgicaux. La présence de la sonde JJ dans l’uretère permet de le dilater progressivement, facilitant ainsi un accès plus aisé lors de l’intervention ultérieure pour retirer un calcul ou traiter un autre problème. Cela augmente les chances de succès de l’opération et diminue les risques de complications. Après une urétéroscopie, la sonde double J est souvent utilisée pour assurer un drainage optimal des voies urinaires. Elle permet d’évacuer les débris de calculs restants et favorise la cicatrisation des tissus, en réduisant le risque d’inflammation ou d’obstruction résiduelle.
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Autres Obstacles Urétérales
En dehors des calculs rénaux, d’autres conditions peuvent entraîner un blocage des uretères, telles que des tumeurs, des fibroses, ou des compressions externes dues à des masses environnantes. La sonde double J est une solution temporaire ou permanente pour maintenir l’écoulement de l’urine et protéger la fonction rénale jusqu’à ce qu’un traitement définitif soit mis en place.
Déroulement de l'Intervention : Pose d'une Sonde Double J
La sonde est posée sous anesthésie générale par les voies naturelles : le chirurgien introduit la sonde par le méat urinaire jusque dans la vessie ; là, sous contrôle de la vue grâce à un cystoscope installé dès le début, il vise l’orifice de l’uretère et y insère la sonde qu’il monte jusque dans le rein.
Types d'Anesthésie
Pour la pose d’une sonde double J, plusieurs types d’anesthésie peuvent être utilisés en fonction de la situation du patient, de la complexité de la pose et des préférences médicales.
- Anesthésie Générale : Elle est la méthode la plus souvent utilisée, idéale pour les interventions complexes ou lorsque le patient est anxieux. Le patient est totalement endormi, ce qui permet à l’urologue de travailler avec précision sans gêne pour le patient.
- Anesthésie Locorégionale : Cette option anesthésie uniquement la partie inférieure du corps, rendant la pose de la sonde indolore tout en permettant au patient de rester conscient.
Étapes de l'Intervention
La pose de la sonde double J se fait par les voies naturelles, sans incision, à l’aide d’instruments spécialisés.
- Utilisation de la Caméra et Radiographies en Temps Réel : Une fine caméra, appelée cystoscope, est introduite par l’urètre jusqu’à la vessie. Grâce à cette caméra, l’urologue peut visualiser l’intérieur des voies urinaires et guider la pose de la sonde avec précision. Des radiographies en temps réel (fluoroscopie) sont également utilisées pour vérifier la position de la sonde et s’assurer qu’elle est bien en place.
- Contrôle du Bon Positionnement de la Sonde : Une fois la sonde insérée, l’urologue effectue des radiographies de contrôle pour vérifier que les deux extrémités en boucle sont correctement positionnées : une dans le rein et l’autre dans la vessie. Ce contrôle minutieux garantit que la sonde restera en place et assurera un drainage efficace de l’urine sans risque de déplacement.
Symptômes et Effets Secondaires Après la Pose de la Sonde
Après la pose d’une sonde double J, il est courant de ressentir certains symptômes, qui varient d’un patient à l’autre. La plupart de ces effets secondaires sont légers et temporaires.
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- Douleurs Lombaires Lors de la Miction : Certaines personnes peuvent ressentir des douleurs dans le bas du dos ou sur le côté lors de la miction. Ces douleurs sont souvent causées par un reflux d’urine vers le rein lorsque la vessie se contracte pour évacuer l’urine. Ce symptôme tend à diminuer avec le temps.
- Fréquence Urinaire Accrue et Mictions Pressantes : La présence de la sonde dans la vessie peut provoquer une augmentation de la fréquence urinaire et des mictions pressantes, ce qui peut créer une gêne dans la vie quotidienne. Ces symptômes sont généralement légers et diminuent progressivement au fil des jours.
- Saignements Légers : Il est possible de constater des saignements légers après la pose de la sonde, notamment lors des premières mictions. Ces saignements sont habituellement modérés et ne nécessitent pas d’intervention. D’autres effets secondaires peuvent inclure une sensation de brûlure légère à modérée en urinant ou une gêne au niveau de la vessie.
Parfois aucun symptôme n'est ressenti. Mais peuvent survenir des envies d'uriner plus fréquentes qu'à l'accoutumée, surtout au début, et une gêne remontant vers le rein au moment d'uriner (car l'urine peut remonter dans la sonde quand la pression vésicale augmente). Ils sont le plus souvent modérés et supportables. Mais s'ils sont plus sévères, ils peuvent être contrôlés par des traitements contre la douleur et l'irritation vésicale. Ces symptômes tendent à s'atténuer spontanément dans le temps et disparaissent après le retrait de la sonde. S'il y a du sang dans les urines en abondance, il faut boire davantage pour diluer les urines.
Quand les Douleurs Deviennent-elles Préoccupantes ?
Dans certains cas, les douleurs ou gênes peuvent être plus prononcées et nécessitent une attention particulière.
Conseils pour Soulager les Inconforts Post-Intervention
Pour soulager les inconforts après la pose de la sonde double J, plusieurs mesures peuvent être adoptées :
- Boire suffisamment d’eau pour maintenir un bon flux urinaire, ce qui aide à prévenir les irritations.
- Prendre des antalgiques légers, comme le paracétamol, pour réduire la douleur.
- Éviter les efforts physiques intenses dans les premiers jours suivant la pose, pour permettre aux voies urinaires de s’adapter à la présence de la sonde.
- Consulter un médecin si les douleurs sont persistantes ou si d’autres symptômes inquiétants apparaissent, comme une fièvre ou des saignements abondants.
Durée de Port et Suivi de la Sonde Double J
La durée de maintien de la sonde dans l'uretère est variable selon l'indication. Elle peut aller de six mois à un an avec des sondes de longue durée. La durée pendant laquelle une sonde double J doit être maintenue dépend de la pathologie initiale et de la raison de la pose.
- Colique Néphrétique Aiguë : La sonde est souvent retirée après quelques semaines, une fois que le calcul est évacué ou traité.
- Préparation à une Intervention : Dans le cas d’une urétéroscopie prévue, la sonde peut être posée pendant quelques semaines pour dilater l’uretère.
- Traitement de Tumeurs ou d’Obstructions Chroniques : La sonde peut être maintenue plusieurs mois, voire remplacée régulièrement en cas de nécessité.
Retrait de la Sonde Double J
Le retrait de la sonde double J est une procédure rapide et relativement simple, qui se déroule généralement en ambulatoire, c’est-à-dire sans hospitalisation. Si le calcul a été traité et/ou qu’il s’agit d’une sonde JJ de cicatrisation, la sonde JJ peut être retiré en consultation sous anesthésie locale. Même si cela peut impressionner et générer de l’appréhension, il s’agit d’un geste très bien toléré, rapide et peu douloureux.
Retrait en Ambulatoire avec un Fibroscope
La méthode la plus courante pour retirer une sonde double J est l’utilisation d’un fibroscope, un instrument flexible muni d’une petite caméra. Cet appareil permet à l’urologue de visualiser la sonde et de la retirer en douceur. La procédure se fait par les voies naturelles, sans incision, et ne prend généralement que quelques minutes. Une fois la sonde localisée, l’urologue utilise une pince spéciale pour la retirer délicatement. La caméra introduite par les voies naturelles permet rapidement d’accéder à la boucle de la sonde JJ présente dans la vessie.
Anesthésie Locale pour un Retrait Sans Douleur
Pour minimiser toute gêne, le retrait de la sonde double J est souvent effectué sous anesthésie locale. Un gel anesthésiant est appliqué dans l’urètre pour insensibiliser la zone. Cela permet de réaliser la procédure sans douleur et de garantir le confort du patient tout au long de l’intervention.
Que Faire Après le Retrait de la Sonde ?
Après le retrait de la sonde double J, il est important de suivre certaines recommandations pour favoriser une récupération optimale.
- Boire Beaucoup d’Eau : Il est conseillé de boire au moins 2 litres d’eau par jour après le retrait pour favoriser un bon écoulement des urines et éliminer les éventuels débris présents dans les voies urinaires.
- Éviter les Efforts Physiques Intenses Pendant les Premiers Jours.
- Surveiller les Symptômes : Il est normal de ressentir une légère gêne ou des brûlures passagères lors des premières mictions après le retrait. Cependant, si des symptômes inhabituels persistent, comme des douleurs intenses, une fièvre ou des saignements abondants, il est important de consulter rapidement votre urologue.
Complications Potentielles et Prévention
Bien que la sonde-JJ soit généralement bien tolérée et efficace, elle peut entraîner quelques inconvénients et complications potentielles. Celles-ci incluent des saignements, une irritation de la vessie, des inconforts lors de la miction et, rarement, la migration de la sonde.
Étant donné que la sonde maintient en permanence l’uretère ouvert, il n’est pas exceptionnel de ressentir des douleurs pendant la miction. Cette douleur résulte de la transmission de la pression de la vessie, à travers la sonde, jusqu’au bassinet rénal, provoquant ainsi une douleur dans la région lombaire en regard du rein. Bien que cette douleur puisse être gênante, en particulier dans les premiers jours suivant l’insertion de la sonde, elle tend à s’atténuer progressivement avec le temps. Il est donc essentiel d’apprendre à uriner en se détendant, parfois en adoptant une position assise, sans attendre que la vessie soit trop pleine.
La calcification de la sonde JJ et les cas d’oubli de cette sonde sont des situations importantes à considérer. Il est crucial de comprendre que la sonde JJ est un dispositif temporaire, ne devant pas être maintenu en place au-delà de trois mois. Son retrait ou son remplacement est impératif à l’issue de cette période. Autrement, elle risque de se calcifier, entraînant une obstruction des voies urinaires, pouvant provoquer la dilatation des cavités rénales et, dans les cas les plus graves, la détérioration du rein. Ce processus peut se développer progressivement, souvent sans provoquer de douleur chez le patient.
Questions Fréquemment Posées
- Peut-on Mener une Vie Normale avec une Sonde Double J ? Oui, il est généralement possible de mener une vie normale avec une sonde double J. Cependant, certains patients peuvent ressentir une gêne occasionnelle, surtout lors de la miction ou en cas d’activité physique intense. Il est conseillé d’éviter les efforts violents et de rester attentif aux signaux de votre corps pour adapter vos activités en conséquence.
- Quelles Précautions Prendre Pendant la Période de Port de la Sonde ? Pendant la période de port de la sonde, certaines précautions doivent être observées pour éviter des complications : Maintenir une bonne hydratation en buvant régulièrement tout au long de la journée. Ne pas négliger les signes de douleur persistante ou de fièvre, qui peuvent indiquer une complication nécessitant une consultation.
- Comment Réduire les Inconforts Liés à la Présence de la Sonde ? Pour réduire les inconforts associés à la sonde double J, il existe plusieurs astuces : Prendre des antalgiques légers pour soulager la douleur en cas de gêne. Utiliser des médicaments antispasmodiques sur prescription médicale pour réduire les spasmes de la vessie. Adapter vos habitudes : Uriner dès que le besoin se fait sentir pour éviter la rétention et la douleur.
- Quand Consulter Votre Urologue en Cas de Complications ? Il est important de consulter votre urologue si vous présentez : Des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antalgiques. Une fièvre qui pourrait indiquer une infection. Des saignements abondants ou inhabituels.
Traitement Médical de la Douleur de Colique Néphrétique
Le traitement médical de la douleur de colique néphrétique repose essentiellement sur les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) dont le bénéfice contre placebo est établi par plusieurs essais. Les AINS diminuent globalement la fréquence des ondes de contraction du péristaltisme urétéral par antagonisme des prostaglandines. Compte tenu de leur bon profil de tolérance, les profènes sont devenus la classe de choix. Les AINS, en matière de sédation et de recours à une seconde ligne de traitement, ont une efficacité supérieure au paracétamol et même aux opioïdes, dont la morphine, avec, de plus, une meilleure tolérance. Les voies parentérale (intraveineuse, intramusculaire), sublinguale ou encore rectale permettent une plus grande rapidité d’action que la voie entérale. Outre les contre-indications habituelles (grossesse, maladie de Crohn et colites hémorragiques, ulcère digestif en cours ou infections cutanées), l’état de la fonction rénale est à prendre en compte dans le contexte de l’obstruction urinaire.
Il existe des récepteurs alpha-adrénergiques sur l’uretère et les agonistes adrénergiques augmentent l’amplitude des contractions péristaltiques urétérales. Aussi, les médicaments alphabloquants tels qu’utilisés contre les symptômes de l’hypertrophie prostatique, notamment le tamsulosine et le silodosine, ont fait l’objet d’essais contrôlés, sur deux critères essentiellement : réduction des épisodes douloureux après sédation initiale et augmentation de la probabilité d’expulsion spontanée (par relaxation de l’uretère distal), notamment pour les calculs de 5 à 10 mm de grand axe.
Alternatives à la Sonde JJ
Lorsque l’insertion d’une sonde double-J s’avère impossible à cause d’un obstacle infranchissable au niveau de l’uretère, la réalisation d’une néphrostomie percutanée peut être envisagée. Cette procédure consiste à accéder à la cavité rénale en utilisant la guidance d’un appareil d’échographie et d’un amplificateur d’image. Une fois le rein localisé, il est ponctionné délicatement. Le trajet percutané est ensuite dilaté pour faciliter l’introduction d’une sonde de néphrostomie, reconnaissable à son extrémité intérieure en forme de « queue de cochon ».
En l’absence de troubles de la coagulation et de grossesse, la lithotritie extracorporelle (LEC) par ondes de choc en urgence différée est une option pour les calculs urétéraux mesurant jusqu’à 1 cm de grand axe. C’est une méthode extra corporelle, donc non invasive, utilisant des ondes de choc ultrasonores produites par un générateur, et traversant la peau et les tissus mous sans les altérer. Le but est de réduire le calcul en une multitude de fragments qui seront ensuite éliminés avec les urines, par les voies naturelles dans les jours ou les semaines suivant le geste. La mise en place d’une sonde urétérale entre le rein et la vessie (dite sonde « JJ ou double J») peut être nécessaire dans le cadre du traitement. Un ballon rempli d’eau et couvert de gel d’échographie est alors mis au contact de la peau pour permettre aux ondes de chocs de se propager jusqu’au calcul pour le fragmenter.
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