Pour beaucoup, le droit à l'avortement est une évidence. Cependant, ce droit a été acquis au prix d'un combat féministe acharné. De nombreux pays n'autorisent pas encore les femmes à avorter, ce qui suscite l'indignation. La solidarité se manifeste parfois par des actions symboliques, mais il est crucial de comprendre les enjeux et les méthodes liées à l'avortement pour mieux défendre ce droit.
Contexte historique et évolution des techniques d'avortement
L'évolution du taux de décès liés à l'avortement entre les années 1960 et 1970 est intrigante. L'hypothèse souvent avancée est que le procès de Bobigny en 1972, qui jugeait une jeune femme mineure ayant avorté et des femmes l'ayant aidée, aurait libéré les pratiques en milieu médical. Cependant, cette année a également été marquée par l'émergence de la méthode Karman.
La méthode Karman : une révolution dans les pratiques d'avortement
La méthode Karman, mise au point par des féministes américaines, repose sur l'utilisation de canules souples et non traumatisantes inventées par le psychologue américain Harvey Karman. Cette technique a rapidement supplanté les curetages, jugés plus barbares.
Selon les témoignages de l'époque, la méthode Karman était considérée comme une "arme révolutionnaire" permettant de défier les lois répressives. Elle présentait plusieurs avantages :
- Simplicité et sécurité : contrairement aux curetages qui nécessitaient une dilatation du col de l'utérus avec des instruments métalliques, la méthode Karman utilisait des canules souples, réduisant ainsi les risques de perforation et de béance du col.
- Réduction des complications : les femmes avaient moins de synéchies (adhérences cicatricielles des parois de l'utérus) et les infections étaient moins fréquentes.
- Rapidité et confort : l'intervention était rapide et relativement indolore, évitant ainsi l'anesthésie générale et, dans la plupart des cas, toute forme de prémédication.
En 1971, Stella Davis, une chirurgienne australienne exerçant à Londres, a expérimenté l'avortement par aspiration, venu des États-Unis sous le nom de «lunch-time abortion», soulignant sa sécurité et son confort. Ses résultats, publiés dans le British Medical Journal fin 1971, étaient très encourageants.
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Selon Davis, les avantages de la technique de Karman étaient considérables : l'hémorragie immédiate était rare, le risque d'hémorragie secondaire minime, et l'intervention rapide et indolore, évitant l'anesthésie générale et la prémédication. L'opération pouvait être envisagée en consultation externe, sans nécessité de jeûne préalable.
L'objectif de Karman : une gestion de l'avortement par des non-médecins
Harvey Karman défendait l'idée que les avortements soient gérés par des anciennes avortées non médecins, appartenant au secteur paramédical. Il prônait également une dédramatisation de l'avortement, rendu possible par la méthode par aspiration dans un cadre peu médicalisé.
Les féministes américaines qui travaillaient avec lui allaient encore plus loin, développant le concept de "self-help", un ensemble de pratiques autonomes de gynécologie effectuées par des non-médecins. Elles pratiquaient l'auto-examen avec un spéculum et un miroir pour observer le vagin et le col de l'utérus, se réunissant en petits collectifs pour reconstruire une image positive du corps des femmes. Elles ont également développé leurs propres thérapies pour soigner les affections gynécologiques.
Cette méthode d'avortement par aspiration présentait deux intérêts : avorter très précocement dès quelques jours de retard de règles, et évacuer potentiellement chaque mois les règles en quelques minutes.
L'implantation de la méthode Karman en France
Dès le retour d'Angleterre, les premiers avortements par aspiration ont été tentés en France. Les débuts étaient difficiles, avec des curetages nécessaires pour finir d'évacuer l'utérus, souvent dus au manque d'expérience et au dépassement de la limite de dix semaines. Cependant, au cours de l'été 1972, la technique s'est améliorée et les curetages secondaires sont devenus moins nombreux.
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Harvey Karman a fait un bref passage en France, contribuant à renforcer la confiance des militants et l'expertise de leur geste. Des paramédicaux, des médecins et des étudiants en médecine se sont formés à cette technique. Des militantes du MLAC (Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception) ont également été formées.
Malgré les conditions difficiles et la peur due à la clandestinité, les résultats étaient stupéfiants, avec peu de complications. En cas de problème, les femmes étaient orientées vers des maternités où des médecins complétaient l'avortement.
Tensions et divergences au sein des mouvements militants
La phrase du médecin autrichien Wilhelm Reich, "pourquoi attendre qu'on nous y autorise pour avorter par nous-mêmes, mieux qu'à l'hôpital ?", est devenue le slogan de la pratique clandestine des avortements Karman. Cette logique a accéléré la lutte pour l'avortement, mais a également suscité des tensions au sein des mouvements militants.
La parution en 1973 du livre Libérons l'avortement, rendant publiques ces pratiques, a révélé ces divergences. Certaines figures du mouvement, comme Gisèle Halimi, estimaient que toute action illégale serait contre-productive et que le combat devait rester sur le plan de la légalité.
La loi Veil et ses conséquences
L'embarras des pouvoirs publics face à cette pratique clandestine et performante a conduit à l'urgence d'une loi pour l'encadrer. La loi Veil, promulguée le 17 janvier 1975, a légalisé l'avortement en France.
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Cependant, l'action des militant-e-s de l'avortement ne s'est pas arrêtée avec la loi Veil. L'application de la loi a nécessité plusieurs années et la loi était incomplète : les femmes n'étaient pas remboursées, les mineures devaient avoir une autorisation parentale, les étrangères n'y avaient pas droit, et il y avait l'obligation de signer le fait d'être en situation de détresse. De plus, il y avait une résistance dans les services hospitaliers, notamment de la part des chefs de service de gynécologie.
Malgré les insuffisances, la plupart des militant-e-s ont arrêté les avortements clandestins, par respect pour la victoire. Une poignée d'entre elles a néanmoins poursuivi, avec la volonté de ne pas laisser l'avortement être dépossédé aux femmes par le monde médical.
Les différentes techniques d'avortement aujourd'hui
Aujourd'hui, l'avortement par aspiration est un acte médical, chirurgical même, que beaucoup redoutent. Pour éviter les maltraitances gynécologiques, les femmes se tournent vers l'avortement médicamenteux, une alternative légitime qui permet de rester chez soi mais qui implique d'assister aux saignements nécessaires à l'évacuation du contenu utérin.
Les cliniques spécialisées proposent différentes méthodes d'avortement, adaptées au stade de la grossesse et aux préférences de la patiente :
- IVG médicamenteuse : réalisée entre 5 et 9 semaines de grossesse, elle consiste en la prise de médicaments qui provoquent l'interruption de la grossesse et l'expulsion de l'embryon.
- IVG chirurgicale par aspiration : réalisée entre 5 et 12 semaines de grossesse, elle consiste à aspirer le contenu de l'utérus au moyen d'un petit tube.
- Avortement instrumental : réalisé entre 13 et 22 semaines de grossesse, il consiste en une intervention chirurgicale pour extraire le fœtus.
Risques et complications possibles
Comme toute intervention médicale, l'avortement, qu'il soit médicamenteux ou chirurgical, comporte des risques et des complications possibles :
- Infections : bien que rares, les infections peuvent survenir après un avortement. Elles se manifestent par de la fièvre, des douleurs abdominales et des pertes vaginales anormales.
- Hémorragies : des saignements abondants peuvent survenir après un avortement. Dans certains cas, une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour arrêter les saignements.
- Perforation utérine : lors d'un avortement chirurgical, il existe un risque de perforation de l'utérus. Cette complication est rare, mais elle peut nécessiter une intervention chirurgicale pour réparer la perforation.
- Rétention de produits de conception : il arrive que des fragments de l'œuf restent dans l'utérus après un avortement. Dans ce cas, un curetage peut être nécessaire pour retirer les fragments restants.
- Complications liées à l'anesthésie : si l'avortement est pratiqué sous anesthésie générale, il existe un risque de complications liées à l'anesthésie, telles que des réactions allergiques ou des problèmes respiratoires.
- Troubles psychologiques : bien que la majorité des femmes ne développent pas de troubles psychologiques après un avortement, certaines peuvent ressentir de la tristesse, de la culpabilité ou de l'anxiété. Il est important de bénéficier d'un soutien psychologique si nécessaire.
L'importance de l'accompagnement et de l'information
Il est essentiel que les femmes qui envisagent un avortement soient bien informées sur les différentes techniques, les risques et les complications possibles. Elles doivent également bénéficier d'un accompagnement médical et psychologique de qualité.
Le Planning familial et d'autres associations offrent des informations et un soutien aux femmes qui souhaitent avorter. Il est important de se renseigner auprès de ces organismes pour prendre une décision éclairée et bénéficier d'un accompagnement adapté.
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