La cryogénisation, et plus particulièrement la cryoconservation d'embryons dans l'azote liquide, suscite un intérêt croissant dans le domaine de la bioéthique et de la recherche médicale. Cette technique, qui consiste à conserver des embryons à très basse température, offre des perspectives prometteuses, mais soulève également des questions éthiques complexes. Cet article explore en profondeur les aspects scientifiques, juridiques et éthiques de la cryogénisation d'embryons, en s'appuyant sur les données disponibles et les débats actuels.
Introduction : La Recherche sur l'Embryon, un Débat Intense
La recherche sur l’embryon est une question qui a été âprement discutée lors de l’examen de la loi de bioéthique de juillet 2011. Fallait-il interdire toute recherche ou bien l’autoriser ? Le législateur a choisi une solution pour le moins ambiguë juridiquement et moralement : une interdiction assortie de dérogations pérennes. Ce compromis est peu satisfaisant, car il n’empêche pas l’autorisation de protocoles de recherches sur l’embryon par l’Agence de la biomédecine et stigmatise les chercheurs.
Cadre Législatif et Éthique de la Recherche sur l'Embryon
La législation française relative à la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires reflète la difficulté à concilier le respect dû à l’embryon et les perspectives offertes par la recherche. Les lois de 1994 et 2004 ont posé le principe de l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain, considérant qu’elle constituait une atteinte au respect de la vie humaine. Cependant, des dérogations ont été mises en place, permettant de mener des recherches sur les embryons ne faisant plus l’objet d’un projet parental, avec le consentement écrit préalable du couple.
L'Évolution de la Législation Française
Lors de l’examen de la première loi de bioéthique du 29 juillet 1994, l’idée avait prévalu que la recherche ou l’expérimentation sur l’embryon humain méconnaissant son intégrité constituait une atteinte au respect de la vie humaine, la vocation de l’embryon étant de former un être humain. La loi de 1994 s’était donc montrée plutôt restrictive en la matière. Le principe posé a été celui d’une interdiction absolue de la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires. En prévision de la révision des lois de bioéthique, le Comité national consultatif d’éthique, comme l’Académie nationale de médecine ainsi que l’Ordre national des médecins avaient recommandé d’assouplir la réglementation en vue de permettre des recherches médicales sur l’embryon humain en cas d’abandon du projet parental.
La loi du 7 juillet 2011 a maintenu le principe des dérogations à l’interdiction de la recherche sur l’embryon, sous conditions strictes. Les protocoles de recherche sont autorisés par l’Agence de la biomédecine après vérification du respect des principes éthiques et du consentement éclairé du couple.
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Comparaison Internationale
Le système mis en place en France est sans équivalent à l’étranger. Au Royaume-Uni, la recherche, encadrée, sur l’embryon a été autorisée dès 1990 et celle sur les lignées de cellules souches embryonnaires en 2001. En 2002, l’Allemagne, tout en maintenant l’interdiction de recherche sur les cellules souches, a autorisé, sous condition, la réalisation de recherches sur des lignées importées de l’étranger. Aux États-Unis, la recherche privée sur l’embryon et sur les cellules souches embryonnaires n’a jamais été encadrée.
Arguments pour un Régime d'Autorisation Encadrée
De nombreuses instances se sont prononcées en faveur d’un régime d’autorisation encadrée de la recherche sur l’embryon. Le Comité consultatif national d’éthique a reconnu l’embryon comme « une personne humaine potentielle, dont le respect s’impose à tous ». L’Académie nationale de médecine a estimé que « l’interdiction de principe de toute recherche sur l’embryon ne peut être justifiée par la protection d’embryons qui n’ont pas d’autre avenir que l’arrêt de leur vie.
Techniques de Cryoconservation Embryonnaire
La cryoconservation d'embryons est une technique couramment utilisée dans les cliniques de fécondation in vitro (FIV). Elle permet de conserver des embryons non-transférés lors d'une première tentative de FIV, au cas où celle-ci résulterait en un échec.
Le Processus de Cryoconservation
Pour la cryoconservation, on remplace l’eau des embryons par un cryoprotecteur, puis on abaisse lentement la température de ceux-ci jusqu’à la température de l’azote liquide, -196 °C. Lors de la décongélation, l’embryon est réhydraté et peut être implanté.
Succès et Limites de la Cryoconservation
Même si les embryons ne sont plus toujours viables après la cryoconservation, cette technique a fait ses preuves : le premier bébé à en être issu est né en 1984 en Australie. Toutefois, il faut préciser que les embryons choisis dans les cliniques pour la cryoconservation sont ceux jugés les plus solidement constitués, car ils ont de meilleures chances de survivre au processus.
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Alternatives à la Recherche sur les Cellules Souches Embryonnaires
D’autres cellules souches constituent une alternative aux recherches sur les cellules souches embryonnaires. Des cellules souches fœtales sont ainsi contenues dans les organes et tissus prélevés lors des interruptions volontaires de grossesse, même si ces cellules souches fœtales comprennent une moindre proportion de cellules pluripotentes qu’au stade embryonnaire. De même, le sang placentaire, dit « sang de cordon », provenant du placenta, est apparu comme une source de cellules souches multipotentes présentant des potentialités intermédiaires entre celles de l’embryon et celles de l’adulte. Il existe aussi dans les organes du corps humain adulte des cellules souches adultes qui permettent à ces derniers de se régénérer et de se réparer tout au long de la vie.
Potentiel Thérapeutique des Cellules Souches Embryonnaires
Dérivées chez l’homme pour la première fois en 1998 aux États-Unis, les cellules souches embryonnaires semblent conserver aujourd’hui des potentialités prometteuses. En 2011, des premiers essais cliniques utilisant des dérivés de cellules souches embryonnaires humaines ont été menés.
La Cryogénisation du Corps Entier : Une Perspective Distincte
La cryogénisation du corps entier est un procédé différent de la cryoconservation d'embryons. Elle consiste à conserver soigneusement un corps à une température extrêmement basse, dans l’espoir qu’un jour la science permettra de le décongeler sans abîmer les cellules qui le constituent. Cette pratique est actuellement interdite en France, mais permise aux États-Unis sous certaines conditions.
Le Processus de Cryogénisation
Un patient ne pouvant être préparé à la cryogénisation qu’à partir du moment où il est légalement déclaré mort, il est impératif que son corps soit préservé pour éviter sa dégradation. À cet effet, il faut, en priorité, refroidir la tête entière avec de la glace, puis tout le corps. Une fois le patient parvenu à destination, les préparatifs pour la cryogénisation se poursuivent. Tout d’abord, on insère des canules dans les artères carotides et vertébrales du corps du défunt afin d’aspirer le sang dans son intégralité. Cette opération, appelée « washout », comprend également une deuxième partie pendant laquelle on remplace l’eau du corps par une solution antigel qui empêche la formation de glace. L’étape suivante, la « perfusion », consiste en l’utilisation d’une solution de vitrification.
Défis et Espoirs
L’un des plus grands problèmes de la cryogénisation est que l’eau est plus dense sous forme solide que sous forme liquide. Pour s’assurer que la solution de vitrification est en concentration suffisante dans le cerveau du patient, deux trous de trépan sont percés dans le crâne. Les patients sont préservés dans d’immenses réservoirs appelés cryostats à une température de -196 °C, soit la température de l’azote liquide.
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Aspects Financiers
Pour devenir membre de la Cryonics Institute, le premier représentant d’une famille doit payer 1250 $ américains. La cryogénisation en tant que telle coûte 28 000 $ américains. Des frais de 7 000 $ américains seront aussi ajoutés si vous êtes mort au moment de votre adhésion. Ces montants excluent évidemment ceux liés au transport du corps et les soins apportés pour le conserver entre temps.
La Cryogénisation dans le Monde Animal
Plusieurs espèces animales ont déjà recours à la cryogénisation. Une espèce de grenouille comme la Rana Sylvatica a développé la capacité de congeler les deux-tiers de son corps pendant l’hiver pour survivre jusqu’au printemps. Dans son état congelé, le cœur de ces grenouilles ne bat plus, ce qui entraîne bien évidemment un arrêt presque complet de la circulation sanguine. Ces petits amphibiens ne sont pas vitrifiés avant la congélation ; leur sang, chargé de glucose qui agirait à titre de cryoprotecteur, leur permettrait de limiter les dégâts causés par la solidification de l’eau contenue dans leur corps.
Enjeux Éthiques et Perspectives d'Avenir
La cryogénisation nous laisse entrevoir des possibilités incroyables pour le futur. Néanmoins, pour certains, le problème que pose cette technologie ne se situe pas au niveau scientifique, mais bien au niveau éthique. En effet, l’être humain est-il fait pour défier la mort, une des seules choses qui ne lui a jamais fait défaut ? La nature de l’être humain n’est-elle pas intrinsèquement liée à sa mortalité ? Devons-nous savoir nous contenter d’une seule vie, ou devons-nous embrasser la possibilité d’avoir plus de temps devant nous ?
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