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Le rôle de la sage-femme post-partum à Carbon Blanc : Éducation, culture et domination

Introduction

Cet article explore le rôle complexe de la sage-femme post-partum, en particulier dans le contexte de Carbon Blanc, en mettant l'accent sur les interactions avec les femmes étrangères. Il examine comment les professionnelles de santé, à travers leurs discours éducatifs, peuvent involontairement reproduire des rapports de domination de genre, de race et de classe. L'analyse s'appuie sur une enquête sociologique menée dans des dispositifs d'éducation pour la santé périnatale en France.

Contexte historique et évolution de l'éducation sanitaire

Dès la fin du XIXe siècle, les professionnels de santé français ont joué un rôle actif dans la lutte contre les pratiques maternelles jugées "mauvaises", en éduquant les mères aux "bonnes" pratiques de puériculture, validées par le savoir médical occidental. Cette démarche s'adressait en priorité aux femmes de classe populaire en métropole et aux femmes indigènes dans les colonies, considérées comme "inaptes à faire de bonnes mères" en raison de leurs "croyances". L'éducation sanitaire s'est ainsi imposée comme un dispositif biopolitique de promotion de la modernité médicale française, stigmatisant les pratiques des populations dominées en raison de leur position sociale, de genre, de classe et/ou de race.

Depuis les années 1970, le caractère prescriptif et normatif de l'éducation sanitaire a été critiqué, donnant lieu à de nouveaux modèles éducatifs privilégiant la liberté de choix et l'autonomie des personnes. Aujourd'hui, dans le domaine de la santé périnatale, l'éducation pour la santé en périnatalité (EPSP) prend la forme de séances collectives de préparation à la naissance et à la parentalité, intégrées aux parcours de soins des femmes enceintes. Bien que la plupart des dispositifs d'EPSP s'adressent à toutes les femmes enceintes, certaines professionnelles de santé ont mis en place des interventions éducatives ciblées pour les femmes étrangères, constatant leur sous-représentation dans les séances d'EPSP classiques.

Dispositifs d'EPSP dédiés aux femmes étrangères : un regard critique

Ces séances collectives dédiées aux femmes étrangères se déroulent dans divers lieux : structures de soin (maternités, centres de protection maternelle et infantile, centres de planification et d'éducation familiale), hôtels sociaux, accueils de jour pour les femmes sans-domicile, ou associations d'aide aux migrant·e·s. Compte tenu de l'histoire particulière de l'éducation sanitaire des futures mères de classe populaire et racisées, ces dispositifs d'EPSP dédiés soulèvent des questions importantes.

Les conseils et mises en garde donnés par les soignantes-éducatrices révèlent l'expression d'un système de valeurs sociales. Loin de transmettre un savoir neutre, les soignantes diffusent un "savoir situé", ancré dans un contexte socio-culturel spécifique. Les professionnel·le·s de la périnatalité sont imprégnées de représentations ethno-raciales qui influent sur leur manière d'interagir avec leurs patientes. Au nom de la différence culturelle présumée de patientes identifiées comme "Africaines", "Magrébines" ou "Roms", certain·e·s soignant·e·s opèrent des "traitements différentiels", dégradant la qualité du soin offerte à ces patientes.

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L'altérisation culturelle à l'œuvre dans ces interventions éducatives participe à (re)produire des frontières symboliques entre les sujets inclus et les sujets exclus de la "modernité nationale". Le renvoi systématique à l'altérité culturelle des immigré·e·s et de leurs descendant·e·s est le signe d'une nouvelle forme de "racisme sans races".

Méthodologie de l'enquête

Cet article s'appuie sur les données issues d'une enquête ethnographique multi-située menée entre 2013 et 2015 auprès de huit interventions d'éducation pour la santé périnatale à destination de femmes étrangères à Paris, en Seine-Saint-Denis et en Gironde. L'enquête ethnographique est composée d'observations participantes de séances collectives et d'entretiens semi-directifs avec les animatrices.

L'enquête a permis d'observer des groupes de préparation à la naissance dédiés aux femmes "africaines", des groupes de parole en PMI à destination des femmes enceintes "sans-papiers", des groupes dans des associations pour femmes "migrantes" et dans des centres d'hébergement. Le nombre de participantes variait d'une personne à trente personnes. La moitié de ces groupes était destinée explicitement aux femmes "migrantes", les autres groupes étaient destinés aux femmes "isolées" ou "sans-domicile". Au-delà de leur ciblage officiel, ces groupes étaient composés majoritairement voire exclusivement de femmes étrangères enceintes ou mères de jeunes enfants, originaires essentiellement de pays d'Afrique subsaharienne francophone.

Dix entretiens semi-directifs ont été menés avec les animatrices : deux gynécologues-obstétriciennes, un médecin PMI, cinq sages-femmes, une psychologue et une puéricultrice. Les animatrices étaient des femmes françaises et blanches. Certains groupes étaient co-animés par une interprète et/ou d'une médiatrice : en langue arabe et en chinois.

L'altérisation culturelle dans les discours éducatifs

Lors des interventions éducatives dédiées aux femmes enceintes étrangères, les professionnelles de santé transmettent un ensemble de normes médicales, conseillant des "bonnes" pratiques et mettant en garde contre les "mauvaises" pratiques à éviter. Un des procédés mobilisés par les animatrices pour convaincre les usagères est de se référer à leur différence culturelle présumée. Les soignantes établissent un lien de causalité entre les "mauvaises" pratiques des participantes et leur culture d'origine, considérée comme doublement archaïque : tant sur le plan médical qu'en matière de droit des femmes.

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En séance, les animatrices soulignent que les "mauvaises" pratiques des femmes étrangères lors de leur grossesse et suite à leur accouchement seraient liées à leur culture d'origine, pétrie de « fausses croyances ». Elles dévalorisent les pratiques maternelles des participantes, les renvoyant au registre de l'irrationnel, à des croyances sans fondement scientifique.

Par exemple, lors d'une séance dans un accueil de jour, l'animatrice choisit de focaliser son intervention éducative sur les comportements vis-à-vis de l'alcool pendant la grossesse et lors de l'allaitement. Elle intervient pour dire que malgré « ce qu’on nous dit », « ce n’est pas vrai » que la bière aide à l'allaitement. À l’encontre de ce que « l’on entend », la sage-femme entreprend alors d'expliquer aux participantes, en mobilisant un registre médical, comment la « bière passe dans le lait maternel » et peut s’avérer dangereuse pour la santé du nourrisson allaité. Lors de cet échange, la professionnelle de santé identifie à la fois les "mauvaises" pratiques tout en promouvant une "bonne" pratique : l'arrêt de l'alcool pendant la grossesse et l'allaitement.

Le rôle de la doula en complément de la sage-femme

Il est important de noter que l'accompagnement par une doula peut être un complément précieux aux soins prodigués par la sage-femme. La doula offre un soutien émotionnel, pratique et logistique pendant la période périnatale, sans se substituer aux professionnels de santé. Elle peut aider les femmes à se sentir écoutées, vues et soutenues, en leur offrant un espace où partager leurs joies, leurs peines et leurs questionnements. La doula peut également accompagner le futur papa/co-parent, en l'aidant à comprendre ce qui se joue pour sa partenaire et en lui donnant des outils pour la soutenir de manière utile.

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