Vous avez forcément déjà aperçu cette jeune judokate de 24 ans sur les podiums des compétitions les plus prestigieuses au monde. Romane Dicko, née le 30 septembre 1999 à Clamart, est rapidement devenue l'une des figures les plus prometteuses du judo français. Et pourtant, vous ne vous doutiez pas que cette championne était en parallèle étudiante en licence de mathématiques à Sorbonne Université. Romane Dicko vous présente son palmarès, ses ambitions et surtout son envie de prouver aux jeunes sportifs qu’être athlète olympique et étudiant de grandes écoles, c’est possible.
Une ascension fulgurante dans le monde du judo
Romane Dicko a commencé le judo à l'âge de 9 ans, inspirée par son frère aîné. Très vite, la judokate a démontré des aptitudes exceptionnelles pour ce sport. Son talent naturel et son engagement lui ont permis de progresser rapidement dans les catégories juniors. Elle débute le judo très jeune en intégrant le Randoris Club.
Championne de France de judo dans la catégorie des plus de 78 kg en 2016, alors qu'elle n'est que cadette et surtout pas encore ceinture noire, la Riner au féminin fait rapidement parler d’elle. À 17 ans, elle devient championne de France, marquant l'histoire de sa discipline si vite. « Je n’avais rien à prouver en senior, personne ne m’attendait. Je n’avais pas de pression. Jusqu’alors, je n’avais combattu que contre des personnes de mon âge et c’était l’occasion de pouvoir affronter des « grandes ». J’avais 17 ans et, en finale, je prends Eva Bisseni qui avait 36 ans. Sur le coup, je n’ai pas réalisé que j’avais gagné. »
En 2017, Romane Dicko participe aux championnats d'Europe junior, qu'elle remporte également en individuel et en équipe.
Précoce, Romane Dicko va voir sa carrière internationale a véritablement décollé en 2018 lorsqu'elle remporte la médaille d'or aux Championnats d'Europe à Tel Aviv. À seulement 18 ans, elle prouve qu'elle peut rivaliser avec les meilleures judokates du continent. De quoi lancer sérieusement un message à la concurrence. D’autant plus qu’elle récidive deux ans plus tard à Prague. En avril 2018, elle gagne son premier tournoi Grand Prix et rafle ainsi la médaille à la championne en titre Maryna Slutskaya. Elle remporte ensuite le Grand Prix de Tel Aviv et le Grand slam de Paris. Romane Dicko participe également aux championnats d'Europe à Prague et rentre en France avec la médaille d'or.
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Mais c’est en 2021 que Roman Dicko va écrire véritablement son histoire. À l'été 2021, elle est présente aux Jeux Olympiques de Tokyo mais elle est battue en demi-finale.
En 2022, Romane Dicko atteint l'apogée de sa carrière en devenant championne du monde dans sa catégorie à Tachkent (Ouzbékistan). Et de quelle manière, avec deux victoires significatives contre sa compatriote Julia Tolofua, puis la Brésilienne Beatriz Sousa par ippon. « Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir réussi. Je n'avais pas combattu aux Mondiaux avant, c'était ma première fois et je voulais vraiment revenir à la maison avec une médaille d'or, je suis fière de l'avoir fait » déclarait-elle quelques minutes après sa victoire. Au cours de l'automne de cette même année, elle devient championne du monde.
Sélectionnée pour les JO 2024, Dicko a réalisé un triplé en grands slams (Paris, Bakou, Astana) cette année, ce qui prouve qu'elle est actuellement au sommet de son art.
Malgré son jeune âge (24 ans), Romane Dicko dispose d’un palmarès déjà bien fourni, surtout qu’elle n’a commencé le judo qu’à 13 ans. Quadruple championne d’Europe (2018, 2020, 2022 et 2023), sans oublier ses titres en cadets (2016) et juniors (2017), la Française a connu la consécration avec un titre de championne du monde en 2022. Aux Jeux Olympiques de Tokyo, elle a glané une médaille de bronze en individuel et une médaille d’or par équipes. Aux championnats du monde, elle compte aussi avec l’équipe de France deux médailles d’argent (2022 et 2023) et une de bronze (2017).
L'importance des études en parallèle de sa carrière sportive
Après le Bac, la championne du Monde a choisi de continuer ses études à Sorbonne Université en parallèle de sa carrière sportive. « La question ne s’est même pas posée. C’était une évidence de continuer les études pour avoir le choix plus tard, car les carrières sportives sont relativement courtes » indique Romane. Elle est en licence 2 Maths à la Sorbonne et veut devenir ingénieure aéronautique. « J’ai toujours aimé les sciences, les maths et l’ingénieurerie. Ça coulait de source pour moi. »
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Grâce au partenariat de l’université avec l’INSEP, Romane bénéficie d’un cursus adapté. « Au lieu d’effectuer ma licence en trois ans, je peux l’étaler sur six ans et ainsi suivre deux entrainements de judo par jour à l’INSEP et faire des compétitions aux quatre coins du monde. » Malgré un emploi du temps chargé avec deux entrainements par jour à l’INSEP et des TP en présentiel, Romane parvient à un trouver un équilibre parfait.
Inspirée par Audrey Tcheuméo
C’est en regardant à la télévision la victoire de la judokate Audrey Tcheuméo aux Jeux Olympiques de Londres 2012 que la jeune Romane a découvert ce sport. « Elle a commencé le judo à l’âge de 14 ans et huit ans plus tard, elle était médaille d’or Olympique à Londres » introduit Romane. Son père a tout de suite fait un parallèle avec les débuts tardifs de la judokate et sa fille alors âgée de 13 ans. C’est sur le ton de la rigolade que le père de famille ajoute « tu as 13 ans, tu vas commencer le judo ». Un mois après, Romane était inscrite en club et c’est ainsi que sa passion est née.
Tu as 13 ans, tu regardes le combat d’Audrey Tcheuméo avec ton père. Son histoire et son parcours t’inspirent et tu décides de te lancer. Qu’est-ce qui a fait résonnance en toi ? L’histoire d’Audrey a davantage touché mon père que moi, en réalité. C’est parti comme ça, un peu comme une blague.
Les blessures : une épreuve à surmonter
Ces blessures que tu évoques vont t’éloigner longtemps des tatamis. Après l’épaule, il va y avoir le genou. À cause de cela, tu vas manquer les Mondiaux de 2018 et de 2019. Tu disais alors que tu payais peut-être ton ascension fulgurante, que ton corps n’était peut-être pas assez puissant pour assumer le niveau sénior. Tu penses que tout ça a été trop vite ? Complètement. Je pense que mon corps n’était pas prêt. Tout est allé trop vite pour lui. Il m’a fait des appels, il m’a dit : « Là, ton épaule, ça ne va plus ». Puis, je me suis fait le genou dans la foulée. C’était peut-être un mal pour un bien. Il valait mieux que ça m’arrive à 18 ans que l’année des Jeux, par exemple. Si c’est arrivé, c’est qu’il le fallait.
Qu’est-ce que l’on ressent lorsque les autres filles de son âge continuent à faire leur chemin et que, toi, tu en es empêchée ? Teddy Tamgho, ton cousin, qui a dû faire face à de graves blessures au cours de sa carrière, t’a guidée ? Teddy, c’est vraiment un as et, pour ce qui est des blessures, il n’y avait pas meilleur exemple pour moi. Son expérience de la blessure et de la rééducation, son approche mentale, m’ont beaucoup aidée. Il m’a dit tout de suite : « Romane, tu as 18 ans, autant faire l’impasse cette année. Teddy, c’est quelqu’un de très sage. Il ne prend pas de risques inutiles. Il m’a beaucoup soutenue pendant les périodes difficiles. C’est difficile de voir tes adversaires aller en compétition, participer à des championnats auxquels tu aurais peut-être pu participer.
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Un entourage familial important
Romane Dicko n’est pas la première sportive de haut niveau dans sa famille. Elle n’est autre que la cousine de Teddy Tamgho, champion du monde de triple saut en 2013 et ancien recordman du monde de triple saut en salle. À ses débuts professionnels, Romane Dicko s’entoure donc de son cousin, notamment pour la partie médiatique. L’athlète français entraîne et conseille beaucoup de jeunes sportifs, de toute nationalité.
À quelques mois de Tokyo, si tu prends 5 minutes pour te retourner sur ton parcours, tu te dis quoi ? Je veux dire merci à ma famille. Toutes les histoires partent de quelque part et la mienne est partie d’une blague de mon père. Dès le départ, mes parents, mes frères et sœurs, étaient là sur les compétitions, mon cousin Teddy aussi quand il le pouvait. C’est aussi grâce à eux que j’en suis là aujourd’hui.
Objectif Paris 2024
Si Romane ambitionne de compléter sa licence avec un master, elle n’en oublie pas pour autant son objectif principal : les Jeux Olympiques de Paris. « J’ai vraiment hâte. Vivre des JO à la maison ça me donne des frissons rien que d’en parler » déclare-t-elle des étoiles plein les yeux. Bien que ce ne soit pas sa première participation olympique, Romane y voit justement l’opportunité de vivre une véritable une renaissance. « Avec le Covid, j’ai vécu des premiers JO à Tokyo très particuliers, sans public, sans proches dans les tribunes pour m’encourager.
Passé pas loin de la médaille d’or à Tokyo, Romane Dicko tentera de monter sur la plus haute marche du podium lors des JO Paris 2024.
Conseils aux jeunes sportifs
« Si vous souhaitez continuez vos études sans délaisser votre passion pour le sport de haut niveau ou pour votre art, ne lâchez pas ! Université. Il y a toujours un chemin parallèle qui, peut certes prendre plus de temps, mais qui vous mène finalement sur le bon chemin. »
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