La bande dessinée franco-belge a vu naître de nombreux héros, mais peu ont su traverser les époques avec autant de succès que Ric Hochet. Créé par Tibet et André-Paul Duchâteau, ce détective reporter est connu pour ses enquêtes palpitantes et ses gadgets high-tech. Parmi ses nombreux ennemis, le Caméléon est sans doute l'un des plus emblématiques. Un nouvel album de Ric Hochet revisite ce personnage classique, suscitant des questions sur sa valeur et son héritage.
Un Héritage Revisité
Au départ, je n'avais pas spécialement envie de me replonger dans du Ric Hochet, les derniers albums m'avaient tant déçu par leur niveau approximatif et la faiblesse des scénarios qui sous l'excuse de se moderniser, sombraient dans le ridicule, que je préférais rester sur mes bons souvenirs liés aux années fastes du journal Tintin, avec les 30-32 premiers albums qui sont les meilleurs (avec une nette qualité dans les 18 premiers). J'avais entendu dire que Le Lombard souhaitait un vent de fraîcheur pour cette vénérable série abandonnée par le décès de Tibet en 2010.
À la différence d'autres héros repris par des auteurs modernes, ce Ric Hochet n'est pas un reboot, mais un rafraîchissement salutaire, puisque les auteurs réutilisent le Caméléon, l'un des ennemis les plus coriaces du héros et qui fit l'objet du tome 4 de la série, à ce jour l'un des 3 ou 4 meilleurs albums de la série. Zidrou, plus habitué aux séries humoristiques, s'en sort bien, en revoyant un peu la définition du personnage, mais sans le dénaturer.
Le Caméléon : Un Ennemi Redoutable
Le Caméléon est un maître du déguisement, capable de prendre l'apparence de n'importe qui. Cette capacité en fait un adversaire particulièrement dangereux pour Ric Hochet. Dans l'album "Signé Caméléon", publié initialement dans le journal Tintin, le Caméléon met à rude épreuve les talents de détective de Ric Hochet en se faisant passer pour lui.
Le thème du double, du sosie, est un classique de la bande dessinée. C'est le cas ici. Ric Hochet est aux prises avec le Caméléon, personnage déjà rencontré dans la série, qui, comme le suggère son surnom, est capable de revêtir plusieurs apparences, y compris celle de Ric. Et ce n'est rien de dire que dans cet album, il ne s'en prive pas. Il parvient même à prendre sa place dans presque toutes les planches, et son entourage n'y voit que du feu. Même sa petite amie Nadine tombe dans le panneau, et semble métamorphosée sous son charme.
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Il était logique que Zidrou choisisse le Caméléon comme source d'inspiration pour un premier scénario dans la continuité de l'oeuvre de Tibet, décédé en 2010. Signé Caméléon inclus dans l'album Traquenard au Havre était le premier épisode de la série publié en 1964. La scène finale où l'on voit Ric Hochet récupérer un avion sur le toit d'un immeuble est la scène d'introduction du quatrième album de la série "L'Ombre de Caméléon". L'histoire présentée ici s'intègre donc chronologiquement dans la série d'origine, et nous sommes au tout début du parcours de Ric Hochet, précisément en mai 1968, comme le prouvent de nombreux indices disséminés dans la BD. A ces indices s'ajoutent les meubles, les costumes, les véhicules typiques de l'époque des sixties et montrant une réelle volonté des auteurs Zidrou et van Liemt de peaufiner leur reconstitution.
Modernisation et Fidélité à l'Esprit Original
Ce nouvel album de Ric Hochet tente de moderniser la série tout en restant fidèle à son esprit original. Les auteurs ont conservé certains éléments clés, comme le veston en tweed de Ric Hochet et l'ambiance des années 1960. Cependant, ils ont également introduit des éléments nouveaux, comme un ton plus sombre et des scènes plus adultes.
En résumé, on a de bonnes innovations, un respect de l'essentiel qui a fait le succès de la série, un scénario bien ficelé, de l'érotisme soft, un dessin moderne pas désagréable mais qui devra s'améliorer un peu.
Passons maintenant en revue les grandes différences avec la série d'origine. J'occulte les détails afin de ne pas trop spoiler les sujets abordés.
- le changement de ton est manifeste.
- le héros de la série n'en mène pas large et semble être totalement dépassé par les événements.
- La cible de cette BD est-elle finalement le jeune lecteur actuel ? Ou le vieux lecteur nostalgique de la série initiale, à la recherche d'anciennes émotions oubliées ? Ou bien les deux à la fois ? Peut-être fallait-il, pour mieux se les approprier, désacraliser ainsi les héros. Peut-être fallait-il humilier le trop parfait Ric Hochet et passer par perte et profit la pudeur de Nadine, pour rendre les personnages plus acceptables aux yeux des lecteurs d'aujourd'hui.
Un Vent de Fraîcheur
Ce nouvel album apporte un vent de fraîcheur à la série Ric Hochet. Les auteurs ont réussi à moderniser le personnage tout en restant fidèles à son esprit original. Le Caméléon est un ennemi redoutable qui met à rude épreuve les talents de détective de Ric Hochet. Les fans de la série seront ravis de retrouver leur héros dans une nouvelle aventure palpitante.
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Le lecteur se laisse entraîner dans une intrigue suffisamment complexe et haletante, au scénario ponctué de passages certes plus violents et adultes que ce qu'aurait permis la série d'origine, mais qui ajoutent un peu de piment à l'action. Le défi à relever était particulièrement ambitieux. Il n'était pas facile, en effet, d'endosser des habits vieux de cinquante ans (rappelons que la série a été lancée en 1964) et d'en faire une série plus moderne, plus violente, adaptée aux goûts actuels des jeunes lecteurs habitués aux émotions fortes.
Alors, R.I.P. Ric ? Non ! Visiblement, Ric n'est pas encore mort ! Si, comme tout le monde, j'ai succombé à la mode des romans graphiques, one shots violents et comics en tout genre depuis quelques années, je ne trouve rien de plus agréable que de replonger de temps en temps dans les séries de BD franco-belges que je lisais lorsque j'étais jeune. J'ai toujours eu un faible pour la ligne claire, les dessins colorés et les aventures souvent exotiques que nous proposaient les auteurs de cette école de BD. Je n'en garde pas un souvenir impérissable mais je me souviens que Ric Hochet faisait partie de ces BD que je lisais adolescent. Une série policière avec, comme toujours, le plus innocent des héros, un reporter qui combat le crime sans jamais sortir de pistolet. Un pitch à la Tintin avec néanmoins un ton beaucoup plus sombre que dans les aventures du célèbre reporter du Petit Vingtième. La série s'était arrêtée en 2010 suite à la mort du regretté Tibet. C'est donc avec joie que j'ai découvert la couverture rouge sang contenant de nouvelles aventures de Ric Hochet qui renaît avec ce tome sous la plume et les crayons de Zidrouet Van Liemt. La couverture est très belle et renferme quelques indices quant à l'intrigue.
L'importance de "Signé Caméléon" dans l'Œuvre de Ric Hochet
L'album "Signé Caméléon" occupe une place particulière dans la série Ric Hochet. Il s'agit de l'une des premières aventures du personnage, et il introduit l'un de ses ennemis les plus emblématiques. Cet album est également important car il met en évidence les talents de détective de Ric Hochet et son courage face à l'adversité.
L'intrigue justement. Sans trop en dévoiler disons qu'il s'agit d'une sombre histoire de vengeance initiée par un vieil ennemi de Ric Hochet -identifié dès les premières pages- bien décidé à lui prendre sa place pour mieux le faire tomber. L'action se passe dans les années 1960. Rien de follement renversant mais on suit l'intrigue avec grand plaisir. L'originalité de ce tome repose sur le fait que le narrateur du récit est le méchant en personne, ce dernier tenant d'ailleurs le rôle principal. Ce choix des auteurs est intéressant mais ne manquera pas d'en agacer certains. Quand on lit une aventure de Ric Hochet, c'est pour retrouver Ric Hochet et personne d'autre. Bien sûr, tout dans le récit nous rappelle à quel point le reporter est un détective hors pair et un garçon formidable. S'il a un rôle mineur, il occupe absolument tout l'espace, toutes les pensées. J'imagine que ce choix a été motivé par l'envie des auteurs et de la maison d'édition de rappeler à un plus jeune public qui est Ric Hochet, tout en jouant à chaque page avec les souvenirs des plus vieux lecteurs. C'est donc probablement un parfait récit de transition mais sans doute pas sa meilleure enquête. On ne doute cependant pas une seule seconde que les auteurs ne seront pas capables de proposer de grandes aventures à l'avenir. Il faudra simplement qu'ils oublient leur héros, qu'ils cessent de rappeler sa grandeur pour le mettre véritablement dans l'action.
Analyse du Style Graphique et Narratif
Le style graphique de ce nouvel album est fidèle à la ligne claire qui caractérise la série Ric Hochet. Les dessins sont précis et colorés, et ils rendent hommage à l'œuvre de Tibet. Le style narratif est également efficace, avec un scénario bien ficelé et des dialogues percutants.
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Une petite remarque au passage mais dites-moi si je me trompe : Je suis loin d'être choqué par l'apparition d'une femme nue dans les pages d'une bd, mais dans le cadre d'un aventure de Ric Hochet, de cette école de BD franco-belge, c'est très déstabilisant. Nous sommes certes à la fin des années 1960, en pleine libération sexuelle, mais cela m'a semblé un peu forcé. D'autant que les auteurs insistent quelques pages plus loin pour nous montrer la même jeune femme (Nadine) topless sur la plage. Plus généralement, le ton semble hésitant : on trouve quelques vieilles expressions comme "Nom d'une pipe" mais aussi quelques termes anachroniques comme "biopic" ainsi que des phrases qui n'auraient figuré dans aucun album antérieur à celui-ci: "Elle est à croquer cette petite ! Je me demande si Ric l'a déjà…" le fait de ne pas prononcer le mot clef n'empêche aucun lecteur de le faire. Rien de grave, mais j'ai l'impression que les auteurs ont hésité entre le ton sérieux des aventures précédentes et une modernisation légèrement ironique de ses aventures, comme s'il fallait se moquer un peu de lui et proposer par ailleurs des choses plus "adultes" pour pouvoir proposer, aujourd'hui, un récit avec Ric Hochet comme héros. Enfin, au delà de la couverture, le dessin, simple et coloré comme il se doit, est très beau. Mention particulière pour l'excellente -quoique rapide- séquence nocturne dans le jardin de Giverny.
Réception Critique et Impact sur les Fans
La réception critique de ce nouvel album a été mitigée. Certains critiques ont salué la modernisation de la série, tandis que d'autres ont regretté le ton plus sombre et les scènes plus adultes. Les fans de la série ont également été divisés, certains appréciant le vent de fraîcheur apporté par ce nouvel album, tandis que d'autres ont préféré les aventures plus classiques de Ric Hochet.
Puisque la série repart avec deux nouveaux auteurs à ses manettes (R.I.P. Verdict ? Les dessins sont bien réalisés, donnant un look rétro à Ric Hochet, comme dans ses premiers albums, lorsqu'il était jeune. Effectivement, si j'avais pris la peine de lire le résumé de l'album avant ma lecture, j'aurais compris qu'il se déroulait 2 ans après l'évasion du Caméléon. 1968. De même pour la voix : même en travaillant avec un imitateur professionnel, il est impossible d'avoir la même voix que la personne remplacée. Oui, je pinaille un peu, je tenais à souligner la chose en passant. Le risque devient donc grand que le pendu à l'envers ne décède ou n'ait des séquelles graves (dommages au cerveau et aux yeux en raison de l'afflux de sang à la tête) David Blain l'a fait, mais c'est un cascadeur. Durant tout l'album, la question qui se pose, c'est : comment tout cela va-t-il se terminer ? Quel coup foireux nous réserve le scénariste ? Ouf, pas d'eau de boudin, même si c'est un peu con de la part du Caméléon ce qu'il fait Finalement, le but d'une vengeance, ce n'est pas ensuite s'assoir et regarder la/les personnes visées se débattre dans les emmerdes ? Non ? Ce final est violent et plus sombre que dans les albums que l'on a connus, où les personnages importants ne souffraient pas de cette manière. Les nostalgiques des premières heures ne retrouveront pas le Ric Hochet qu'ils ont connu. Les atmosphères, les ambiances, le ton, tout cela est différent. Dans les années 60, jamais les auteurs d'origine n'auraient pu se permettre une certaine scène. À vous de voir ! Le tout est raconté avec un humour mordant qui lui aussi marque une évolution par rapport à la série d'origine, de même que la pointe d'autodérision concernant le personnage de Ric.
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