Le langage joue un rôle crucial dans les études sur la parenté, particulièrement dans la création des nomenclatures utilisées pour catégoriser les relations existantes. Après la naissance d'un individu, le choix et l'enregistrement du prénom constituent une donnée identitaire fondamentale et un élément inaugural du droit à l'identité, l'intégrant dans une société, une culture ou un réseau de parenté, tout en le transformant en sujet. Cet article examine les conditions et les implications de la reconnaissance de paternité au Chili, en tenant compte des aspects légaux, sociaux et identitaires.
L'importance du nom et de la filiation
L'attribution d'un prénom est directement liée à la reconnaissance de l'existence et au début de la vie d'un sujet humain, car la nomination fait partie de la constitution de la personne. Pour Bourdieu (1986), le nom propre institutionnalise le moi et l'unifie, assignant et garantissant une identité sociale et durable à un individu biologique dans tous les domaines possibles où il intervient comme agent. Les processus de dénomination sont des symboles qui marquent et montrent des relations fondamentales, à forte valeur affective pour l'identité personnelle. Le nom propre procure une identité individuelle unique et inscrit simultanément chaque sujet dans une chaîne de lignage, remplissant ainsi une double fonction, distinctive et assimilatrice. Le nom fonctionne comme une marque familiale et est un acte de transmission.
Les relations de parenté sont analysées à partir des effets performatifs de la création de relations par l'utilisation du langage. La façon dont les gens se nomment eux-mêmes influence le type de relations qu'ils veulent forger ; le langage est un moyen d'accompagner le processus performatif de création de relations sociales. Le paradoxe singulier du nom propre est qu'il est « propre » et qu'en même temps, il est donné par un autre, ce qui implique des significations, conscientes et inconscientes, qui sont étrangères au sujet.
Contexte chilien : adoption et droit à l'identité
Au Chili, le crime d'enlèvement d'enfants pendant la période dictatoriale (1973-1990) a été observé dans une bien moindre mesure qu'en Argentine. Cependant, le phénomène connu localement sous le nom d'« adoptions irrégulières » est resté silencieux pendant des décennies et n'est devenu visible qu'en 2014, lorsque de nombreuses allégations ont été révélées. Actuellement, le Chili a un modèle d'adoption fermée et plénière, et sa législation en vigueur en matière d'adoption permet la recherche à partir de l'âge de 18 ans. En outre, une réforme juridique qui supprimerait l'âge minimum pour la recherche et inclurait l'adoption ouverte a fait l'objet d'un débat ces dernières années au Parlement chilien.
Dans le domaine de l'adoption, un consensus s'est peu à peu imposé au niveau mondial sur le droit des personnes adoptées à connaître leurs origines biologiques, droit également appelé droit à l'identité. Aujourd'hui, le droit pour l'enfant adopté de connaître ses parents et d'avoir accès aux renseignements sur ses origines est reconnu dans les conventions internationales et dans les législations de plusieurs pays.
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Reconnaissance de paternité hors mariage au Chili
Depuis le 1er juillet 2006, lorsque les parents ne sont pas mariés, la filiation s’établit différemment à l’égard du père et de la mère. La reconnaissance peut être faite avant ou au moment de la déclaration de naissance. Après la naissance, seul le père peut reconnaître l’enfant puisque le lien de filiation est établi automatiquement à l’égard de la mère, si celle-ci apparait dans l’acte de naissance.
Procédure de reconnaissance
La reconnaissance d'un enfant peut être effectuée avant la naissance, au moment de la déclaration de naissance ou après la naissance. La procédure varie légèrement selon le moment où elle est effectuée :
- Avant la naissance : Toute mairie est compétente pour recevoir une déclaration de reconnaissance.
- Au moment de la déclaration de naissance : La déclaration de naissance se fait auprès de la mairie de naissance.
- Après la naissance : La déclaration de naissance se fait auprès de la mairie de naissance.
Documents requis
Pour effectuer une reconnaissance de paternité, les documents suivants sont généralement requis :
- Une pièce d’identité du père.
- Un justificatif de domicile de moins de 3 mois du père.
Une fois la déclaration faite, un exemplaire de l’acte de reconnaissance est délivré, document qu’il conviendra de présenter lors de la déclaration de naissance.
Enjeux identitaires et sociaux
La reconnaissance de paternité est un acte juridique qui a des implications profondes sur l'identité de l'enfant et sur ses droits. Elle permet d'établir un lien de filiation entre le père et l'enfant, ce qui confère à l'enfant des droits en matière d'héritage, de succession et de pension alimentaire. Elle permet également au père d'exercer ses droits parentaux, tels que le droit de visite et le droit de garde.
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Le changement de nom ou prénom est l’une des pratiques paradigmatiques du clean break qui engendre la production de nouvelles identités. Il peut également être compris comme une technique de nettoyage ou une opération qui annule une partie clé de l’identité d’origine, éliminant ainsi certaines des traces de la vie avant l’adoption et remplaçant son identité en termes juridiques et pratiques.
Peu de travaux se sont penchés sur la question du nom dans les familles adoptives, et encore moins du point de vue des adoptés eux-mêmes. La question de savoir s’il faut ou non changer le prénom de naissance d’un enfant à adopter suscite depuis des années des débats et des désaccords entre les adoptés, les familles adoptives, les professionnels et les universitaires.
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