La psychiatrie périnatale, une discipline relativement récente, émerge comme une réponse aux besoins spécifiques des femmes enceintes ou en post-partum. Elle se situe à la jonction de la psychiatrie adulte et de la pédopsychiatrie, reconnaissant l'importance cruciale de la santé mentale maternelle et de la qualité de la relation mère-enfant sur le développement infantile. Cette spécialité vise à croiser les savoirs et les compétences des obstétriciens, des sages-femmes, des pédiatres, des psychiatres et des pédopsychiatres.
Genèse et Évolution de la Psychiatrie Périnatale
Bien que la dépression du post-partum soit documentée depuis l'époque d'Hippocrate, la psychiatrie périnatale en tant que spécialité distincte est une innovation récente. Son essor a été motivé par la reconnaissance du rôle fondamental de la santé mentale maternelle et de la qualité du lien mère-enfant dans le développement infantile. Historiquement, les problématiques psychiatriques en période périnatale ont été sous-estimées ou mal prises en charge, en raison d'un manque de collaboration entre les disciplines obstétricales-pédiatriques et les structures de santé mentale. La prise de conscience des effets délétères des troubles psychiatriques sur les enfants à naître et les nourrissons a conduit à une mobilisation collective et à l'émergence de cette spécialité.
Définition de la Période Périnatale
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la période périnatale comme s'étendant de la vingt-huitième semaine de grossesse (environ six mois) au septième jour de vie après la naissance du bébé. Cette période est considérée comme une phase sensible pour le développement et la sécurisation de l'enfant, posant les bases de sa santé et de son bien-être tout au long de sa vie.
Troubles Mentaux en Période Périnatale : Un Enjeu Majeur
La période périnatale est une phase de vulnérabilité et de fragilité accrue, nécessitant une attention particulière et des soins adaptés. La santé mentale des parents en période périnatale est souvent négligée, malgré la fréquence des émotions intenses et des difficultés rencontrées durant cette période de transition. Devenir parent, même pour la deuxième fois, représente un bouleversement et un défi, source de joie, mais aussi de doutes, de questionnements, d'angoisse, de peurs et parfois de tristesse.
Types de Troubles et Complications Possibles
Il est crucial de reconnaître que les parents (en devenir) peuvent développer une réelle souffrance, voire une maladie mentale (dépression anténatale ou postnatale, troubles obsessionnels compulsifs périnataux, psychose puerpérale, traumatisme, etc.), ou rechuter si ils souffraient d’une maladie mentale chronique (trouble bipolaire, dépression récurrente, schizophrénie, stress post traumatique, etc.). La perte d'un enfant en période périnatale est une tragédie qui nécessite un accompagnement spécialisé.
Lire aussi: Adresses utiles en psychiatrie périnatale
Les troubles dépressifs sont les plus connus, mais les problèmes de santé mentale périnataux sont hétérogènes, incluant les troubles anxieux, les troubles de l'adaptation, le stress post-traumatique, etc. Ces troubles peuvent également concerner les personnes présentant un trouble préexistant, comme la bipolarité, la schizophrénie ou les troubles de la personnalité. Une part importante de ces troubles reste non diagnostiquée et non prise en charge.
Impact des Troubles Périnataux sur la Famille
Sans une prise en charge précoce et adaptée, les troubles mentaux périnataux peuvent avoir un impact significatif sur la santé mentale des parents et sur le développement de l'enfant. Les études mettent en lumière les conséquences potentielles d'une inflammation non traitée durant cette période, qui peut influer sur le système immunitaire du fœtus, augmenter le risque de complications obstétricales et néonatales (par exemple, la prématurité) et affecter la qualité des interactions précoces parent-bébé, cruciales pour le développement cognitif, psychomoteur, émotionnel, social et langagier de l'enfant. La dépression périnatale non traitée peut accroître la probabilité de troubles neurodéveloppementaux (autisme ou trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité) ou de problèmes de santé mentale pendant l'enfance ou l'adolescence.
Il est essentiel de reconnaître et d'accompagner ces difficultés, de promouvoir une vision positive des soins en santé mentale et d'encourager l'implication des sage-femmes ou des gynécologues-obstétriciens. L'offre de soins en période périnatale doit être centrée sur l'enfant, tout en prenant en compte l'expérience parentale. Les mères en post-partum expriment un fort besoin de soutien adapté, pour elles, pour leur partenaire et pour leur enfant.
Les pathologies psychiatriques périnatales ne se limitent pas exclusivement aux mères, elles peuvent également affecter d’autres membres de la famille, comme le 2nd parent ou les autres enfants du couple. Il est crucial de considérer l’ensemble de la famille pour déployer des interventions adaptées et efficaces. Les proches, comme les grands-parents ou d’autres aidants, jouent un rôle de soutien très important dans le processus de rétablissement.
Facteurs de Risque et Prévention
La dépression périnatale est souvent multifactorielle, impliquant des facteurs de risque biologiques et psychosociaux (complications obstétricales et néonatales, événements de vie stressants, manque de soutien social, précarité socio-économique, antécédents de maltraitance pendant l'enfance). Des femmes sans antécédent ou facteur de risque identifiés peuvent également développer ces pathologies.
Lire aussi: L'Excellence des Hôpitaux Universitaires Paris Nord Val-de-Seine en Psychiatrie
Les inégalités de genre ont un impact majeur sur la survenue d'une dépression périnatale. Les écarts de revenus, l'accès difficile à l'emploi, voire l'impossibilité de travailler faute de mode de garde accessible, et la pression supplémentaire d'élever seule son enfant pèsent sur les mères. Sans un soutien adéquat, qui prenne en compte leurs besoins et non uniquement celui de leur enfant, les mères présentent un risque accru de développer une dépression périnatale.
Lorsque des antécédents de troubles psychiatriques sont présents, il existe une probabilité accrue de développer des problèmes de santé mentale périnataux, en particulier en postpartum. Les personnes ayant des antécédents de schizophrénie ou de trouble bipolaire ont un risque accru de présenter des complications psychiatriques, obstétricales et néonatales, et ce d’autant qu’elles peuvent parfois cumuler différents facteurs de risque psychosociaux (stigmatisation, manque de soutien social, isolement). Cette population nécessite un suivi particulier afin d’anticiper les risques et de proposer des solutions adaptées.
Pour prévenir l’apparition de problèmes de santé mentale en période périnatale, il faut intervenir sur plusieurs facteurs de risques. Premièrement, les aspects sociétaux, en déployant des initiatives de soutien aux jeunes parents et des politiques plus inclusives en matière de travail, et en facilitant l’accès aux places en crèches. Les soins de santé périnatals doivent également s’orienter vers une prévention précoce, comprenant par exemple une activité physique adaptée et une alimentation équilibrée, ce qui contribue au bien-être maternel. Enfin, le renforcement du réseau de soutien social joue un rôle clé dans cette démarche.
Importance du Soutien Familial et Social
Pendant les 1000 premiers jours de l’enfant, la disponibilité des deux parents pour des interactions précoces est essentielle. En effet, la qualité de ces interactions impacte directement le risque de développer des troubles pendant l’enfance ou l’adolescence. En soutenant l’ensemble de la famille, il est possible de faciliter la communication intrafamiliale et d’encourager une implication accrue du deuxième parent, au-delà du traitement médical.
Bien que le congé paternité ait été légèrement allongé en France depuis le 1er juillet 2021, passant de 14 à 28 jours, il demeure nettement plus court que celui des femmes, qui dure au minimum 16 semaines. Des études, telles que la cohorte ELFE, ont démontré l’impact positif de l’allongement de la durée du congé paternité sur la santé mentale des pères. Toutefois, les 1000 premiers jours de l’enfant nécessitent une implication équitable des deux parents pendant cette période cruciale, justifiant la nécessité d’une durée de congé équivalente pour les deux parents.
Lire aussi: L'Hôpital René Muret et la psychiatrie périnatale
Offre de Soins en Psychiatrie Périnatale en France
L’offre de psychiatrie périnatale en France est en cours de renforcement par les pouvoirs publics (par exemple, via la création en 2022 d’une autorisation d’activité en psychiatrie périnatale pour les hôpitaux). Cela vise à proposer un soutien aux familles pendant la grossesse et les premières années de vie de l’enfant. Diverses structures sont mises en place pour répondre à ces besoins, proposant des soins conjoints parents-bébé en ambulatoire (équipes mobiles, Centres Médico-Psychologiques (CMP), Centres d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP)), en hôpital de jour ou en unité parents-bébés (hospitalisation dédiée sur une période de 5-6 semaines jusqu’à la 1ère année postpartum).
Le titulaire de l'autorisation de la mention “ psychiatrie périnatale ” organise les soins conjoints parents-bébés. Ces soins conjoints portent notamment sur l'évaluation de la santé des parents, les interactions parents-bébé et le développement du bébé. Ils intègrent la période antéconceptionnelle et la période prénatale.
Pour être autorisé pour la mention “ psychiatrie périnatale ”, le titulaire doit être autorisé pour la mention “ psychiatrie de l'adulte ” et la mention “ psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent ”. Par dérogation, le titulaire d'une autorisation “ psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent ” peut établir une convention avec un titulaire de l'autorisation de la mention “ psychiatrie de l'adulte ”.
Le titulaire de l'autorisation de la mention assure en cas de besoin une activité d'évaluation, de conseil et d'expertise auprès d'autres titulaires d'autorisation en psychiatrie et auprès de titulaires d'autorisation de gynécologie-obstétrique, néonatologie, réanimation néonatale.
Orientation et Ressources Disponibles
En première ligne, les sage-femmes, les gynécologues, les médecins généralistes et les pédiatres sont des points de contact essentiels. Ils doivent être en mesure d’initier des discussions sur ces sujets avec tous les futurs parents, qu’ils aient des facteurs de risques identifiés ou non. Le dépistage systématique est fortement recommandé dans leurs pratiques pour détecter précocement les signes de ces troubles.
Les psychologues et les psychiatres spécialisés dans la périnatalité sont également des ressources importantes. Les services de psychiatrie périnatale offrent des traitements spécialisés et adaptés à cette phase de vie. Ils sont capables de fournir un soutien approprié aux femmes enceintes et aux jeunes parents confrontés à des problèmes de santé mentale périnatals en soutenant les interactions précoces parents-bébé.
Il existe des recommandations internationales sur la prévention et de traitement des problèmes de santé mentale périnataux (par ex, celles publiées en octobre 2023 par le consortium européen RISE UP PPD). Des recommandations nationales par la Haute Autorité de Santé sont en cours d’élaboration depuis 2021.
Initiatives et Ressources d'Auto-Aide
Dans le cadre du projet européen “PATH: Pathways to improving perinatal mental health”, plusieurs contenus pédagogiques ont été mis à disposition du public, notamment une brochure d’information, un livret BD « Devenir papa » pour accompagner les pères, un MOOC « Santé mentale périnatale au cours des 1000 premiers jours » destiné aux professionnels du champ sanitaire, médico-social ou social, mais ouvert à tout public et un podcast « PATH » sur le bien être des (futurs) parents au travail.
Les jeunes parents peuvent également se tourner vers des associations comme Maman Blues, qui prodigue écoute, conseils et soutien aux parents en difficulté. Ces associations jouent un rôle déterminant pour faciliter l’accès au soin.
Enfin, dans le cadre d’une Question d’Intérêt Majeur soutenue par la Région Ile-de-France, la Fondation FondaMental développe actuellement des outils numériques pour la prévention et le traitement des problèmes de santé mentale périnataux (projet de recherche participative LENA). Cela comprend une plateforme internet sur la santé mentale périnatale à destination des jeunes parents, de leurs proches, des employeurs et des professionnels de périnatalité et de psychiatrie mais aussi une application mobile dédiée. Ces outils pourront permettre la constitution d’une cohorte parents-bébé pendant les 1000 premiers jours dans le cadre d’un projet de recherche. La concrétisation de ce vaste projet est prévue pour 2024.
Rôle Crucial des Proches
Les proches jouent un rôle capital dans le parcours de soin, qu’il s’agisse de la famille proche ou au sens large. La famille, la belle-famille, mais aussi l’entourage proche des jeunes parents peut détecter des signaux d’alertes et faciliter (ou bloquer) l’accès au soin. C’est pourquoi il est très important d’informer le public sur ces enjeux et de libérer la parole sur la question de la santé mentale périnatale.
Ces aidants ont eux aussi besoin d’être soutenus. Il existe des associations de familles, comme l’Unafam, qui proposent des échanges entre pairs et des rencontres avec des professionnels de santé. L’Unafam a par exemple créé un réseau de grands-parents aidants.
tags: #psychiatrie #périnatale #définition