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Principes éthiques de la procréation médicalement assistée (PMA)

La procréation médicalement assistée (PMA), également appelée assistance médicale à la procréation (AMP), a connu une évolution remarquable depuis la naissance de Louise Brown en 1978, le premier enfant conçu par fécondation in vitro (FIV). Cette évolution a transformé les pratiques médicales et redéfini les contours de la parentalité. La PMA soulève des questions éthiques complexes, en particulier en ce qui concerne l'accès, l'anonymat des donneurs et l'utilisation des gamètes après le décès d'un partenaire. La loi de bioéthique de 2021 a apporté des modifications importantes à la législation française en matière de PMA, notamment en ouvrant l'accès aux données des donneurs aux personnes nées d'une AMP.

Cadre général de la PMA

Évolution historique et sociale

Depuis la naissance de Louise Brown en 1978, la PMA a profondément transformé les pratiques médicales et les perceptions sociales liées à la procréation. Cette révolution a permis de dissocier l'acte biologique de la sexualité, offrant ainsi de nouvelles possibilités aux couples et aux personnes seules désireuses de devenir parents. Des techniques telles que l'insémination intra-utérine, la FIV, l'injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) et l'utilisation de donneurs de gamètes ont permis à de nombreuses personnes de réaliser leur désir de parentalité.

Révision législative et accès à la PMA

Cette transformation scientifique et sociale a été accompagnée d'une révision législative d'envergure, notamment en France avec la modification de la loi de bioéthique en 2018. L'objectif principal était d'adapter le droit aux nouvelles pratiques médicales et de répondre aux revendications croissantes en faveur d'un accès plus équitable à la PMA. Parmi les réformes marquantes, on trouve la levée de l'anonymat des donneurs de gamètes et l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu'elles soient en couple ou seules, quelle que soit leur orientation sexuelle. Ces avancées ont redéfini l'accès à la parentalité, rendant plus transparente l'origine biologique des enfants conçus grâce à un don de gamètes.

Statistiques et impact social

Les statistiques témoignent de l'ampleur de la transformation sociale engendrée par la PMA. En 2020, 20 223 enfants sont nés grâce à une assistance médicale à la procréation (AMP) en France, représentant 2,7% de l'ensemble des naissances. D'après une étude réalisée en 2018, environ 4% des enfants en France sont conçus grâce à la PMA. Depuis les premières applications de la FIV en 1981, environ 300 000 enfants ont vu le jour grâce à ces techniques, témoignant de l'acceptation croissante de la PMA dans la société.

Principes éthiques fondamentaux

L’AMP se pratique dans des établissements autorisés et par des praticiens compétents pour ces activités. Les personnes bénéficiant d’une AMP doivent être en âge de procréer. L'anonymat, la gratuité et le volontariat sont les grands principes sur lesquels reposent le don de gamètes et l'accueil d'embryons.

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Anonymat et accès aux données des donneurs

La loi de bioéthique de 2021 a modifié les règles relatives à l'anonymat des donneurs. Ainsi, les personnes nées d'une AMP peuvent, à leur majorité et si elles le souhaitent, accéder aux données non identifiantes et à l'identité des donneurs en contactant la Commission d'Accès des Personnes nées d'une Assistance médicale à la procréation aux Données des tiers Donneurs (CAPADD). Depuis le 1er septembre 2022, tout donneur et/ou donneuse consent à ce que la ou les personnes nées de son don aient accès à ses données identifiantes (DI) et non identifiantes (DNI). Les DNI et les DI sont stockées dans le registre des donneurs de gamètes de l'Agence de la biomédecine et sont strictement personnelles.

Consentement et information

Le couple receveur ou la femme receveuse doit préalablement consentir à l'AMP avec don et réaliser une reconnaissance anticipée, devant notaire. À partir du 1er septembre 2022, les personnes qui souhaitent procéder à un don de gamètes ou proposer leurs embryons doivent consentir expressément à la communication de leur identité et de leurs données non-identifiantes. En cas de refus, ces personnes ne pourront procéder au don. Le consentement est recueilli par le médecin du centre de dons et conservé par ce centre. Les donneurs ayant effectué un don avant cette date peuvent contacter la CAPADD pour consentir à la transmission de leurs informations aux personnes nées de leur don.

Conservation des gamètes et fertilité

Avant un traitement susceptible d'altérer le fonctionnement des ovaires ou des testicules, il est possible de procéder au prélèvement des ovocytes dans le cadre de la préservation de la fertilité. La conservation de ses gamètes ne garantit aucunement le succès de l'AMP ni la naissance d'un enfant, particulièrement l'autoconservation des ovocytes. En l'absence de réponse aux relances pendant 10 ans, les gamètes conservés pourront être détruits.

Problématiques spécifiques et débats éthiques

PMA post-mortem

La PMA post-mortem, qui consiste à utiliser des gamètes cryoconservés après le décès d'un partenaire pour poursuivre un projet parental, suscite des débats éthiques importants. Les partisans de cette pratique mettent en avant le respect du projet parental du défunt, tandis que ses opposants estiment que la mort marque la fin de tout projet parental. Le cadre juridique français interdit formellement toute forme de procréation post-mortem, en vertu du principe selon lequel la parentalité doit être un acte commun des deux géniteurs vivants et consentants.

Jurisprudence européenne

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a été saisie de plusieurs affaires concernant la PMA post-mortem. Dans l'affaire Pejřilová c/ République tchèque (2022), la CEDH a conclu à la non-violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui protège le droit au respect de la vie privée et familiale. La Cour a considéré que le cadre légal tchèque, qui réservait la PMA aux couples vivants ayant donné leur consentement préalable et éclairé, poursuivait un but légitime, à savoir la protection de la dignité humaine, de la morale et des droits d'autrui.

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Dans l'affaire Baret et Caballero c/ France (2023), la CEDH a confirmé la non-violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La France, en interdisant la PMA post-mortem, se positionne sur une ligne de crête éthique, entre respect des valeurs sociétales et protection des droits des enfants à naître. Cette position a été jugée compatible avec la marge d'appréciation conférée aux États.

Ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules

L'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules est une question éthique qui a suscité de nombreux débats. Les partisans de cette ouverture mettent en avant le principe d'égalité et le droit de toutes les femmes à accéder à la parentalité. Les opposants soulignent les conséquences pour l'enfant d'une absence de père et les risques de marchandisation du corps humain. Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s'est prononcé en faveur de cette ouverture, tout en soulignant la nécessité de prendre en compte les conséquences pour l'enfant et de garantir le respect du principe de gratuité des dons.

Risques et limites de la PMA

Bien que la PMA offre de nouvelles perspectives aux personnes désireuses de devenir parents, elle comporte également des risques et des limites. La conservation des gamètes ne garantit pas le succès de l'AMP ni la naissance d'un enfant. Les traitements de PMA peuvent avoir des effets secondaires sur la santé des femmes, tels que des stimulations ovariennes répétées, des anesthésies et des risques infectieux et hémorragiques. Il est donc essentiel de fournir une information complète et transparente aux personnes qui envisagent de recourir à la PMA.

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tags: #principe #ethique #pma

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