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Pré-éclampsie et Grossesse : Comprendre, Détecter et Gérer

La pré-éclampsie, anciennement connue sous le nom de « toxémie gravidique », est une complication de la grossesse qui peut survenir à partir de 20 semaines d'aménorrhée et jusqu'à 6 semaines après l'accouchement. Elle se caractérise par une hypertension artérielle et la présence anormale de protéines dans les urines (protéinurie). Bien que la plupart des grossesses se déroulent sans complications, il est essentiel de connaître les signes précurseurs de la pré-éclampsie, car elle peut entraîner de graves conséquences pour la mère et le fœtus si elle n'est pas traitée rapidement.

Qu'est-ce que la pré-éclampsie ?

La pré-éclampsie est une maladie spécifique de la grossesse qui touche environ 2 à 5 % des femmes enceintes. Elle est due à un dysfonctionnement du placenta, l'organe qui assure les échanges entre la mère et le fœtus. Dans les cas de pré-éclampsie, les vaisseaux sanguins du placenta ne se développent pas correctement, ce qui perturbe la circulation sanguine et peut entraîner la libération de substances toxiques dans le sang maternel.

Hypertension artérielle gravidique

L'hypertension artérielle gravidique, qui signifie « liée à la grossesse », se caractérise par une tension artérielle supérieure à 14/9 qui survient après vingt semaines d'aménorrhée chez une femme n'ayant jamais eu d'hypertension artérielle par le passé. Comme la pré-éclampsie, elle est causée par un défaut des vaisseaux sanguins du placenta. En revanche, dans le cas de l'hypertension artérielle gravidique, il n'y a pas ou peu de perte de protéines dans les urines.

Facteurs de risque

La pré-éclampsie peut survenir chez n'importe quelle femme enceinte, mais certains facteurs augmentent le risque :

  • Première grossesse (nulliparité) : Environ 70 à 75 % des cas de pré-éclampsie surviennent lors de la première grossesse.
  • Antécédents de pré-éclampsie : Une femme ayant déjà souffert de pré-éclampsie lors d'une grossesse précédente a un risque plus élevé de la développer à nouveau (risque multiplié par 7).
  • Antécédents familiaux : Des antécédents de pré-éclampsie dans la famille (mère, grand-mère) augmentent également le risque.
  • Hypertension chronique, maladie rénale ou diabète : Ces conditions médicales préexistantes peuvent accroître le risque de pré-éclampsie.
  • Obésité : Un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 est un facteur de risque.
  • Grossesse multiple : Les femmes enceintes de jumeaux ou de triplés ont un risque plus élevé.
  • Âge : Les femmes de plus de 40 ans ou de moins de 18 ans sont plus susceptibles de développer une pré-éclampsie.
  • Syndrome des ovaires polykystiques
  • Maladies auto-immunes
  • Changement de partenaire sexuel ou insuffisance à l’exposition au sperme de son partenaire (port prolongé du préservatif)

Symptômes de la pré-éclampsie

La pré-éclampsie peut être difficile à détecter car ses symptômes ne sont pas toujours évidents. Il est donc crucial d'être attentive aux signaux d'alerte et de consulter un médecin en cas de doute. Les symptômes les plus courants sont :

Lire aussi: Traitement de l'éclampsie post-partum

  • Hypertension artérielle : Une tension artérielle supérieure ou égale à 140/90 mmHg, mesurée à deux reprises à un intervalle de temps. Il serait préférable que vous connaissiez votre tension artérielle avant la grossesse. Demandez « Quelle est ma tension artérielle ? » lors de chaque visite prénatale avec le médecin qui vous suit.
  • Protéinurie : La présence de protéines dans les urines, indiquant un dysfonctionnement rénal.
  • Œdèmes : Un gonflement important des mains, du visage ou des pieds. Il est normal de présenter des œdèmes pendant la grossesse, en particulier au niveau des pieds et chevilles, et surtout en fin de grossesse et en période de grosse chaleur. Mais si des œdèmes apparaissent au niveau de votre visage, autour de vos yeux ou sur vos mains, il faut y accorder une attention particulière. Si vous observez que votre visage, vos yeux (paupières) ou vos poignets sont gonflés, parlez-en rapidement à votre médecin. Votre entourage peut être plus à même de vous en faire la remarque, écoutez-les. Si le gonflement de vos mains et de vos pieds devient important, vous pouvez observer en appuyant avec votre doigt que l’empreinte reste pendant quelques secondes ou une décoloration de vos jambes.
  • Prise de poids rapide : Une prise de poids de plus d’un kilogramme par semaine peut être un indicateur de pré-éclampsie, car cela peut signifier un problème de rétention d’eau. Parlez-en à votre médecin. Pendant vos visites prénatales, n’essayez pas de minimiser ou dissimuler votre gain de poids. Un poids précis est essentiel pour un diagnostic correct.
  • Maux de tête persistants
  • Troubles de la vision : Vision floue, sensibilité à la lumière, apparition de taches ou de lumières clignotantes. Si vous ressentez l’un de ces troubles de la vision, vous devez vous rendre directement aux urgences de votre maternité.
  • Douleurs abdominales : Surtout dans la partie supérieure de l'abdomen, sous les côtes, du côté droit. La douleur abdominale, ressentie typiquement comme une « barre », se situe généralement sous les côtes plutôt du côté droit (quadrant supérieur droit en terme médical). Cette douleur peut être confondue avec des brûlures d’estomac, des problèmes de vésicule biliaire, la grippe, ou une indigestion. La douleur à l’épaule est souvent appelée « douleur projetée » parce qu’elle irradie du foie sous les côtes droites. Elle peut vous faire penser à un pincement le long de la sangle du soutien-gorge ou sur votre cou. La douleur dans le bas du dos peut aussi indiquer un problème en lien avec le foie, surtout si elles s’accompagnent d’autres symptômes de la pré-éclampsie. Toutes ces douleurs peuvent être un signe d’un syndrome HELLP ou d’un problème hépatique (au foie). Ces douleurs devraient être prises très au sérieux : ne les ignorez pas en allant vous coucher et en attendant qu’elles passent.
  • Nausées ou vomissements : S'ils surviennent soudainement au cours du troisième trimestre. Appelez votre médecin.
  • Diminution de la quantité d'urine
  • Essoufflement, pouls très rapide, confusion mentale, un sentiment accru d’anxiété et un sentiment de malheur imminent Contactez immédiatement votre médecin si ces symptômes sont récents.

Signes avant-coureurs et ce qu'il faut faire

Il est crucial de surveiller régulièrement sa tension artérielle et de signaler tout symptôme inhabituel à son médecin. Si vous êtes considérée comme faisant partie d’une population à risque, votre médecin peut vous conseiller de tenir un journal de votre tension artérielle, prise à la même heure et dans la même position. Partagez votre journal avec votre médecin à chaque visite et informez-le immédiatement si vous mesurez une augmentation significative entre les visites. Sachez prendre votre tension artérielle de temps en temps si vous devez le faire : la tension artérielle doit être mesurée au bras (éviter le poignet), en position assise ou semi-allongée, après au moins cinq minutes de repos. Le tensiomètre mesure deux paramètres, la pression artérielle systolique (chiffre le plus élevé) et la pression artérielle diastolique (chiffre le plus bas).

Diagnostic

Le diagnostic de la pré-éclampsie repose sur la mesure de la tension artérielle et la recherche de protéines dans les urines.

  • Tension artérielle : Une tension artérielle supérieure à 140/90 mmHg à deux reprises, après 20 semaines d'aménorrhée, est un signe d'alerte.
  • Protéinurie : La présence de plus de 300 mg de protéines dans les urines sur une période de 24 heures confirme le diagnostic.

D'autres examens peuvent être effectués pour évaluer la gravité de la pré-éclampsie et surveiller l'état de la mère et du fœtus :

  • Analyses sanguines : Pour évaluer la fonction hépatique et rénale, ainsi que le nombre de plaquettes.
  • Échographie : Pour surveiller la croissance du fœtus.
  • Monitoring fœtal : Pour vérifier l'activité cardiaque du bébé.
  • Dosage de biomarqueurs : Chez les femmes considérées comme à risque, un examen biologique peut être réalisé à partir de la 20e semaine de grossesse. Il s’agit du dosage de deux biomarqueurs : SFLT1, un récepteur soluble du facteur de croissance vasculaire VEGF, et PGF (Placenta Growth Factor), un facteur de croissance placentaire. Lorsque le rapport SFLT1/PGF est faible (inférieur à 38), le risque de survenue d’une pré-éclampsie peut être exclu avec une grande certitude (très bonne valeur prédictive négative du test). À l’inverse, un rapport SFLT1/PGF élevé (supérieur à 38) ne signifie pas que la patiente développera forcément le syndrome : autrement dit, la valeur prédictive positive du test est médiocre.

Complications possibles

Si elle n'est pas traitée, la pré-éclampsie peut entraîner de graves complications pour la mère et le fœtus :

Pour la mère :

  • Éclampsie : Crises convulsives potentiellement mortelles.
  • Syndrome HELLP : Une complication rare et grave caractérisée par une hémolyse (destruction des globules rouges), une élévation des enzymes hépatiques et une diminution du nombre de plaquettes.
  • Hémorragie cérébrale : Liée à une hypertension artérielle sévère.
  • Œdème pulmonaire : Accumulation de liquide dans les poumons.
  • Insuffisance rénale
  • Décollement placentaire qui provoque une hémorragie intra-utérine (hématome rétroplacentaire)

Pour le bébé :

  • Retard de croissance intra-utérin
  • Naissance prématurée : La pré-éclampsie est responsable d’un tiers des naissances de grands prématurés en France.
  • Souffrance fœtale aiguë
  • Décès in utero ou à la naissance (rare)

Traitement

Il n'existe pas de traitement curatif de la pré-éclampsie. La seule façon d'arrêter la progression de la maladie est d'accoucher. Cependant, le traitement vise à contrôler les symptômes, à prévenir les complications et à prolonger la grossesse autant que possible pour permettre au fœtus de se développer.

Lire aussi: Gestion de l'éclampsie après l'accouchement

Si l’état de la maman le permet, un traitement de l’hypertension est mis en place, ainsi qu’une surveillance médicale, pour s’assurer qu’aucune complication n’apparaisse (convulsions, HELLP), et attendre un terme plus propice au bébé. Dans les formes graves, un traitement par sulfate de magnésium est proposé pour diminuer les risques de crises d’éclampsie. Avant 34 semaines d’aménorrhée, une cure de corticoïdes est proposée pour activer la maturation des poumons du bébé et diminuer les risques de complications en cas d‘accouchement. Lorsque la pré-éclampsie survient très précocement, avant 30 SA, le sulfate de magnésium permet aussi de diminuer la survenue de complications neurologiques qui peuvent survenir quelques jours après la naissance.

Prise en charge hospitalière

L'hospitalisation est souvent nécessaire pour surveiller étroitement la mère et le fœtus. La surveillance comprend :

  • Mesure régulière de la tension artérielle
  • Analyse d'urine
  • Surveillance de la fonction hépatique et rénale
  • Surveillance de la croissance fœtale par échographie
  • Monitoring fœtal

Accouchement

La décision de déclencher l'accouchement dépend de la gravité de la pré-éclampsie, de l'âge gestationnel du fœtus et de l'état de la mère et du bébé. Dans certains cas, un accouchement par césarienne peut être nécessaire. L’enjeu de la prise en charge consiste donc à prolonger la grossesse le plus longtemps possible, afin de libérer l’enfant à une période acceptable de son développement.

Prévention

Bien qu'il n'existe pas de moyen sûr de prévenir la pré-éclampsie, certaines mesures peuvent réduire le risque, en particulier chez les femmes présentant des facteurs de risque :

  • Aspirine à faible dose : Chez les patientes qui ont un antécédent de pré-éclampsie, un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit. Il doit être commencé avant la 16e semaine d’aménorrhée.
  • Surveillance régulière de la tension artérielle
  • Alimentation saine et équilibrée : Évitez le sel excessif, mais ne supprimez pas le sel de votre alimentation. De manière générale, n’essayez pas de perdre du poids pendant la grossesse en limitant votre alimentation. Avoir une alimentation saine et équilibrée est important pour toutes les grossesses.
  • Activité physique modérée
  • Gestion du poids : Maintenir un poids santé avant et pendant la grossesse.

Recherche

Les recherches en cours visent à mieux comprendre les causes de la pré-éclampsie et à identifier des marqueurs précoces pour permettre une intervention précoce. Les pistes étudiées incluent :

Lire aussi: Comprendre le Syndrome HELLP

  • Facteurs génétiques : La pré-éclampsie est une maladie multifactorielle, mais le terrain génétique semble jouer un rôle important dans sa survenue avec une héritabilité estimée à 50 %.
  • Facteurs immunologiques : La réduction du risque de pré-éclampsie lors d’une deuxième grossesse et des grossesses suivantes, lorsqu’elles impliquent le même partenaire, serait liée à une adaptation du système immunitaire de la mère aux antigènes du père, notamment via des cellules nommées « T régulatrices ».
  • Modèles précliniques : Mis au point à l’Inserm, un modèle de souris transgéniques qui surexpriment le gène STOX1 dans leur placenta a permis de progresser dans la connaissance de la maladie et de tester des voies thérapeutiques.

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