L'association entre les requins et les menstruations est un sujet entouré de mythes et de légendes. D'où vient cette idée que les requins seraient attirés par le sang des règles ? L'humain, s'il est victime de rencontres tragiques avec ces animaux qui peuvent se montrer féroces, n'est pas une proie. Son sang ne devrait donc, en théorie, pas attirer les grosses bêtes.
Mythes et légendes autour du requin
Comme en écho au funeste requiem, le requin est associé dans un grand nombre de cultures à la mort et la terreur, que ce soit au Japon où les pilotes kamikazes de la Seconde Guerre Mondiale peignaient des mâchoires de requins sur les nez de leurs avions ou dans la pop culture occidentale où le film Les Dents de la Mer, réalisé en 1975 par Steven Spielberg, a si durablement marqué les esprits qu’il a presque fait du ‘film de requins’ un genre à part entière avec ses suites et dérivés tels Peur Bleue (1999), l’improbable Sharknado (2013) ou le récent En Eaux Troubles (2018) où Jason Statham affronte un requin géant préhistorique. Et si il n’est pas forcément le méchant principal du récit, le requin a toujours une place de choix dans les films de pirates ou les dessins animés, sorte de version aquatique du grand méchant loup.
Ce lien avec la mort est également présent dans les cultures du Pacifique qui connaissent et cohabitent avec ces animaux depuis bien longtemps. Le requin y est par contre davantage perçu comme un être bon et profondément respecté. Dans la symbolique Tahitienne il est associé à la sagesse ; chez les maoris, il est un guide bienfaiteur pour le marin perdu en mer ; et en Polynésie, il est symbole de fécondité et une incarnation de l’âme des défunts et des ancêtres. A Hawaï, il est 'Kamo hoa lii', le Dieu requin qui commande à tous les autres requins, peut prendre forme humaine et vient en aide aux marins en péril. Les pêcheurs de ces régions ont d’ailleurs pour tradition de relâcher un peu de leurs prises à la mer pour nourrir les squales et remercier l’océan.
Le sang menstruel attire-t-il les requins ?
Contrairement à une idée reçue, les requins n'utilisent pas tellement leur odorat pour chasser. Ils utilisent leur ouïe. Car alors qu'une goutte de sang va mettre des heures à arriver au nez d'un requin, le son, lui, voyage cinq fois plus vite dans l'eau que sur terre. C'est-à-dire que si vous nagez ou paniquez dans l'eau, ou si vous surfez, vous avez plus de chances d'attirer un squale affamé, et encore, s'il a une mauvaise vue ou s'il est aventureux.
Selon le spécialiste des requins Éric Clua, le sang humain n'est même pas excitant pour eux. "Le sang humain ne fait pas partie de leur référentiel olfactif, de la même façon que l’homme n’est pas une proie instinctive du requin (…) On a eu plus de succès à attirer des requins avec du sang de phoque ou de poisson qu'avec du sang de porc, par exemple", poursuit-il auprès du magazine. Le sang des règles, n'est de même, pas un facteur qui les rendra agressifs. La pression de l'eau diminue par ailleurs significativement l'écoulement du sang. De quoi rendre vos baignades et vos randonnées, on l'espère, plus sereines.
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Les requins insensibles au sang humain ?
“Le sang humain ne fait pas partie de leur référentiel olfactif, de la même façon que l’homme n’est pas une proie instinctive du requin", assure Eric Clua. Lui-même dit en avoir fait l’expérience lorsqu’il s’était blessé et avait saigné de la main dans un banc de requins. "Il ne s’est rien passé." Ainsi, le sang humain ne provoquerait pas de réaction d’agressivité chez les requins. Et pour cause, l'Homme est apparu sur Terre beaucoup plus tard que les requins, et la co-existence entre ces deux espèces a, de fait, été trop courte pour développer une véritable relation proie-prédateur. Par conséquent, l’idée que le sang provenant des règles puisse exciter les requins et rendre les femmes en période de menstruation plus vulnérables aux attaques de requins ne serait… qu’une légende ! "C’est l’une des plus grosses fumisteries à propos du risque requin", confirme Eric Clua.
Qui plus est, le sang humain n'est pas comparable à celui des autres mammifères. Autrement dit, nous ne faisons pas partie du régime alimentaire normal des requins. Son odeur, non plus, n’est pas la même. "On a eu plus de succès à attirer des requins avec du sang de phoque ou de poisson qu'avec du sang de porc, par exemple", poursuit le scientifique. Et contrairement à une énième idée reçue, les squales ne disposent pas d'un odorat plus développé que celui des autres poissons. Sur ce sujet, le spécialiste est formel : le requin n'aurait pas de capacités olfactives significativement supérieures à celles d’un poisson-clown ou d'une carpe.
Des poissons davantage attirés par les sons
"L’olfaction, c’est la captation par des récepteurs adaptés d’une molécule. Il y a donc toujours un temps de latence important entre le moment où la molécule se balade dans le milieu et son arrivée dans les narines du requin au contact des capteurs", détaille Eric Clua. Si l’on est blessé et que l’on nage dans l’eau, et qu'un requin se situe dans un rayon d’un kilomètre, il n'y a rien à craindre, car cela peut prendre des heures, voire des jours, avant qu’une particule de sang n’arrive dans les narines du requin. Et d'ajouter : "Le plus important pour la prédation, c’est l’audition et la mécano-réception. Sous l’eau, le son se déplace cinq fois plus vite que sur terre". Et c'est de cette façon que les requins sont avertis de ce qu'il se passe autour d'eux. À noter que ces poissons cartilagineux sont davantage attirés par les sons de basse fréquence.
Pourquoi les requins attaquent-ils l'Homme ?
Mais alors, si les Hommes ne sont pas des proies instinctives pour les requins, comment se fait-il qu’une poignée de nageurs se fasse, chaque année, attaquer ? "Ce ne sont que de rares individus qui ont des pré-requis comportementaux individuels (audace, prise de risque) et qui vont oser, à un moment donné, prendre le risque de mordre une proie inconnue. Ce sont des morsures d’investigation, d'exploration. Ils mordent, mais ils relâchent de suite, soit parce qu'ils craignent une contre-attaque, soit parce qu'ils n’aiment pas le goût. Mais ‘goûter’ (volontairement) ne veut pas dire ‘se tromper’ (involontairement)…", ajoute Eric Clua.
En effet, un requin ne se trompe pas. S’il mord un être humain, comme un surfeur, cela ne signifie pas qu'il l'a confondu avec une otarie ou une tortue. "Il s’agit d’une perception anthropomorphique. C’est tellement convaincant sur le plan intellectuel que tout le monde veut y croire. Si on pense que le requin se trompe, alors on peut penser que tous les requins peuvent se tromper et il y a un danger diffus important", soutient Eric Clua. Mais sur ce volet, les spécialistes semblent se diviser. Dans une étude parue dans PLos ONE le 6 janvier 2016, des chercheurs de l'Université Macquarie à Sydney, en Australie, avançaient, pour leur part, d’autres conclusions : le requin blanc, lorsqu'il attaque un humain, prendrait celui-ci pour l'une de ses proies habituelles, à cause de sa mauvaise vue.
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Les attaques de requins sont-elles fréquentes ?
Chaque fois qu’un requin est aperçu non loin d’une plage, il suscite inquiétude et curiosité. Pourtant, même si les requins tendent à s’aventurer de plus en plus près des côtes sous l’effet du changement climatique, les attaques demeurent extrêmement rares. En moyenne, 64 morsures de requins sont recensées chaque année dans le monde. Ces morsures s’avèrent mortelles dans 9 % des cas, ce qui correspond à six décès par an. Les humains ne font pas partie du régime alimentaire habituel des requins, qui préfèrent largement se nourrir de poissons et de mammifères marins. On sait que les requins ne s’approchent des humains que par curiosité ou par méprise, lorsqu’ils les confondent avec d’autres proies, ce qui explique qu’il y ait de rares attaques accidentelles.
Une multitude d’autres risques plus courants, tels que les accidents de la route, les attaques de chiens ou même la foudre, s’avèrent bien plus mortels que les attaques de requins. Ainsi, une personne a 75 fois plus de risque d’être tuée par la foudre que par un requin… Les feux d’artifice, qui font en moyenne 11 victimes par an, sont également plus dangereux que les requins.
Les humains sont les plus gros prédateurs des requins
Les requins représentent donc une menace minime pour les humains. Et si l’on regardait la situation dans l’autre sens ? Les humains tuent chaque année 100 millions de requins rien que dans le cadre de la pêche commerciale, ce qui correspond à environ 190 requins par minute. D’après les sociétés de pêche, ce total n’est pas entièrement intentionnel, puisque près des trois quarts des requins victimes de la pêche sont en réalité des prises accidentelles, également appelées captures accessoires. Toutefois, certains produits comme les ailerons de requins génèrent des profits si importants que l’on peut douter que les captures accessoires soient le véritable problème.
La surpêche, qui est la plus importante menace qui pèse sur les requins, est en partie motivée par la peur que les requins nous attaquent, mais aussi par la demande croissante de viande de requin et de raie, qui a doublé depuis 2005. Depuis les années 1970, les populations de requins et de raies ont chuté de plus de 70 %. La chasse aux requins alimente le commerce mondial de viande, de peau, d’ailerons et d’huile de foie de requins (utilisée en cosmétique). Dans certaines parties du monde, les petits requins sont même utilisés comme jouets à mâcher pour les animaux de compagnie. En outre, de nombreuses communautés rurales chassent des requins pour se nourrir ou pour en tirer des revenus de subsistance.
Mais la situation commence à évoluer. En 2019, la Chine a interdit la pratique de la pêche aux ailerons, qui consiste à capturer des requins pour leur couper les ailerons puis à les relâcher ainsi dans l’océan, voués à mourir de leurs blessures. La demande d’ailerons de requins a globalement baissé au cours des vingt dernières années. Aux États-Unis, la chasse au grand requin blanc est interdite depuis le début des années 1990. Grâce au plaidoyer d’IFAW et d’autres organisations de conservation, une avancée majeure a été obtenue en 2022, lorsqu’une protection accrue a été accordée à près d’une centaine d’espèces de requins et de raies dans le cadre de la CITES, la convention internationale sur le commerce des espèces sauvages.
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Mais notre combat ne doit pas s’arrêter là. En novembre prochain, les parties à la CITES se réuniront à nouveau à l’occasion de la COP20 pour examiner de nouvelles propositions visant à renforcer la protection accordée à plus de 70 espèces de requins et de raies. Parmi les nouvelles règles proposées figurent l’interdiction totale du commerce international de requins-baleines, de requins longimanes, de raies mantas et de raies aigles.
Comment se prémunir contre les attaques de requins
Les attaques de requins sont rares et ne sont quasiment jamais mortelles. De plus, la probabilité de rencontrer un requin en se baignant à la plage est extrêmement faible. Mais si vous êtes encore traumatisé(e) par les Dents de la mer, voici quelques conseils pour vous prémunir contre les attaques de requins :
- Ne vous baignez jamais seul(e) : un requin s’attaquera plus facilement à un baigneur isolé qu’à un groupe
- Ne vous éloignez pas trop du rivage, afin que les sauveteurs arrivent à vous le rapidement possible en cas de problème
- Évitez de vous baigner la nuit, car c’est là que les requins sont les plus actifs
- N’allez pas dans l’océan si vous saignez
- Ne portez aucun bijou qui brille : en reflétant la lumière, ils ressemblent à des écailles de poissons
- Évitez de vous baigner à proximité de sites de décharges, d’égouts et d’activités de pêche
- Soyez particulièrement prudent(e) en eaux troubles
- N’autorisez pas vos animaux de compagnie à aller dans l’eau
- N’essayez jamais d’approcher ou d’intimider un requin
Rendre les océans plus sûrs pour les requins
Steven Spielberg, le réalisateur des Dents de la mer, a révélé que s’il n’avait pas peur de se faire dévorer par un requin, il s’inquiétait en revanche de l’impact qu’avait eu son film sur les populations de requins et sur leur perception par le grand public. Cet impact ne concerne pas que les requins : il touche aussi les êtres humains et la planète entière. Car, tout comme les requins, nous avons besoin d’écosystèmes océaniques en bonne santé, qui nous apportent des sources de nourriture, produisent une grande partie de l’oxygène que nous respirons et contribuent à la régulation du climat.
Voilà pourquoi IFAW s’engage à rendre l’océan plus sûr pour tous les animaux qui y vivent, y compris les requins. Même si ce ne sont pas des animaux « mignons » à nos yeux, les requins méritent la même attention et la même protection que n’importe quel autre animal.
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