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Berceuses Russes: Histoire et Origines

Les berceuses russes, bien plus que de simples mélodies pour endormir les enfants, sont un reflet de l'histoire, de la culture et des émotions du peuple russe. Elles sont un héritage transmis de génération en génération, principalement par les femmes, et constituent une forme d'expression unique de leurs peines, de leurs espoirs et de leurs angoisses. Cet article explore l'histoire et les origines des berceuses russes, leur signification culturelle et leur évolution au fil du temps.

L'origine du mot "Berceuse"

Avant de plonger dans l'univers des berceuses russes, il est important de comprendre l'origine du mot "berceuse" lui-même. Le terme proviendrait du gaulois "berz", qui signifie l'action de bercer. Au XIIe siècle, il désignait l'objet utilisé pour bercer le bébé, tel que le berceau, la berçante, le bercelet ou la bercelonnette. Le berceau, souvent confectionné en osier ou en bois léger, était conçu pour faciliter le bercement grâce à des roulettes ou des lattes arrondies.

Dans d'autres cultures, le concept de bercement prend des formes différentes. En Inde, en Chine et au Japon, l'enfant est placé dans un hamac. En Afrique noire, la mère endort son bébé contre elle, sur ses genoux, ou le porte sur son dos pendant ses activités quotidiennes. En Afrique du Nord, la mère offre une dernière tétée avant de déposer délicatement l'enfant dans son lit.

Berceuses tsiganes et influences musicales

L'ouvrage "Comptines du monde" chez Didier Jeunesse, met en lumière la richesse des musiques tsiganes, dont les berceuses. Jean-Baptiste Hoarau et Nathalie Soussana ont collecté 24 comptines et berceuses tsiganes, interprétées par des artistes tels que Johnny Montreuil et Bielka. L'ouvrage débute par une introduction sur l'histoire du peuple Rom, ses origines et sa langue, enrichie par les pays traversés. La musique tsigane est un métissage de sons hongrois, russes, roumains, grecs et turcs, faisant de chaque comptine une invitation au voyage. Les illustrations de Nathalie Novi capturent la couleur, la vie et la mélancolie de cette musique.

Caractéristiques des berceuses russes

Les berceuses russes se distinguent par plusieurs caractéristiques :

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  • Transmission orale: La tradition orale est primordiale, les berceuses se transmettant de mère en fille.
  • Expression féminine: Les femmes sont les principales créatrices et interprètes de berceuses, y exprimant leurs émotions et leurs préoccupations.
  • Ritournelle: La berceuse est une ritournelle conçue pour conduire progressivement le bébé de l'état de veille vers le sommeil. Le rythme ralentit au fur et à mesure que l'enfant s'apaise.
  • Simplicité mélodique: La mélodie est simple, régulière et descendante, favorisant la détente. Les tonalités sont souvent mineures, exprimant le repos, la mélancolie ou la tristesse.
  • Absence d'instrumentation: La mélodie est généralement chantée a cappella.
  • Thèmes variés: Les paroles peuvent évoquer des promesses, des espoirs, des craintes ou des éléments de la vie quotidienne.

Thèmes et symboliques

Contrairement aux berceuses françaises, les berceuses du Maghreb et du Moyen-Orient évitent souvent les références à la nuit, qui est associée à l'inquiétude. Elles mettent plutôt en avant des marques d'attachement telles que "mon cœur, ma vie, mon foie, la lumière de mes yeux, mon souffle", ou des références à la nourriture et aux sucreries.

Dans les berceuses villageoises, les promesses faites à l'enfant sont différentes. Autrefois, les mères ne travaillaient pas à l'extérieur de la maison, et la berceuse était la première forme de littérature à laquelle l'enfant était exposé. Il profitait de sa forme, de son rythme et de sa musicalité avant même d'apprendre à parler ou à marcher.

Pour les filles, les berceuses promettent souvent du linge, des vêtements, une bonne dot, voire une robe de mariée. Leur vie future est décrite, avec le travail de la maison et des enfants.

Berceuses en temps de persécution

Les berceuses prennent une dimension particulière en période de persécution. Lorsque les communautés juives des pays de l'Est sont menacées, les berceuses deviennent un moyen d'exprimer l'attention, les soucis et la pitié de la mère envers son enfant. Elles chantent le danger et demandent à l'enfant de se taire pour ne pas être découvert.

La "Chanson de Ponar" de Mordchaï Gebirtig évoque l'assassinat de 70 000 juifs du ghetto de Vilnius dans la forêt de Ponar. Elle exhorte l'enfant à ne pas se réjouir, car son rire pourrait les trahir.

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Berceuses et figures effrayantes

Certaines berceuses mettent en scène des personnages effrayants comme le croquemitaine en France ou le Babaou en Tunisie. Ces figures servent à dissuader l'enfant de résister au sommeil.

Un exemple frappant est la berceuse du poète russe Mikhaïl Lermontov, qui met en scène un "méchant tchétchène" aiguisant son couteau.

Berceuses personnalisées dans les cultures circumpolaires

Dans les régions arctiques et subarctiques, de nombreuses cultures autochtones attribuent des chants individuels aux nouveau-nés et aux enfants. Ces chants, appelés yoik chez les Sámi, nyukubts chez les Nenets, shiishii chez les Yukaghir et chakchechang chez les Chukchi, servent non seulement à endormir les enfants, mais aussi à les consoler, les motiver, les protéger, consolider leur identité individuelle et exprimer l'amour parental.

Chez les Sámi, les enfants reçoivent un dovdna, un yoik simplifié et chanté avec tendresse. Ce dovdna est une berceuse personnalisée que l'enfant est réputé reconnaître. Il contribue à consolider son sentiment d'identité individuelle en lui assignant un modèle mélodique censé refléter son caractère et son comportement.

Les Nenets composent des nyukubts pour prédire l'avenir de l'enfant. Ces chants sont connus au sein de la communauté et chantés aux enfants pour leur souhaiter la bienvenue ou bonne chance. Les Yukaghir considèrent les shiishii comme une troisième forme de nom pour le jeune individu. Les Chukchi utilisent les chakchechang pour influencer l'avenir des enfants ou exprimer les souhaits des parents.

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De l'autre côté du Détroit de Béring, les communautés Yup'ik d'Alaska appellent inqum les chants personnels d'enfants. Ces chants mentionnent généralement le surnom de l'enfant, ses traits physiques ou psychologiques, ou des événements de sa vie. Au Nord de l'Alaska, les Iñupiat utilisent le nuniaq, une allitération rythmée de mots et de syllabes sans signification servant à articuler la relation de parenté entre l'interprète et l'enfant et à établir une connexion émotionnelle. Chez les Inuit du Canada, l'aqausiq est un ensemble de vers rythmés décrivant le caractère de l'enfant et la relation singulière qu'il entretient avec l'interprète.

La russité dans les berceuses

La notion de "russité", souvent définie comme une authenticité russe ou un caractère national diffus, peut également se retrouver dans les berceuses russes. Les berceuses peuvent refléter l'histoire, les traditions et les valeurs du peuple russe. Elles peuvent évoquer des paysages russes, des personnages historiques ou des éléments de la vie quotidienne.

Cependant, il est important de manipuler la notion de "russité" avec circonspection, car elle peut parfois masquer des questions scientifiques plus complexes et véhiculer des stéréotypes.

Berceuses et émotions

Comme le souligne Mireille Natanson, les berceuses sont une "littérature miraculeuse, apaisante et somnifère" qui profite à l'enfant bien avant qu'il n'apprenne à parler ou à marcher. Elles sont une source de réconfort et de sécurité, tant pour l'enfant que pour la personne qui le berce.

Laura Cirelli a constaté que chanter des berceuses diminuait le niveau de stress du bébé et de la mère. Samuel Mehr a observé que les gens identifiaient plus facilement les berceuses que d'autres types de chansons, même lorsqu'elles provenaient d'autres cultures.

Berceuses à travers le monde

Les berceuses sont un phénomène universel. Elles existent dans toutes les cultures et prennent des formes variées. Elles reflètent les préoccupations et les espoirs des parents du monde entier.

Khadija al-Mohammad, une réfugiée syrienne en Turquie, chante des berceuses à ses enfants pour les réconforter et leur parler de la guerre. Les Itsuki no Komoriuta, des berceuses japonaises, évoquent la solitude des jeunes nourrices à domicile. Patience Brooks, une mère libérienne, chante des lie-lies à sa fille, mélangeant chant, scat et beatbox. Zaijan Villaruel, un jeune pêcheur philippin, chante des airs de karaoké à sa petite sœur pour l'endormir.

Le projet Lullaby du Carnegie Hall a permis de créer des milliers de berceuses dans de nombreux pays, favorisant les collaborations entre musiciens professionnels et jeunes parents. Ces berceuses sont considérées comme des "sanctuaires portatifs" qui apportent réconfort et continuité aux familles migrantes.

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