L'accouchement est une étape marquante dans la vie d'une femme. Après la naissance de votre bébé, votre corps et votre esprit ont besoin de temps pour se remettre. De retour chez vous avec bébé, vous espériez être libérée de tous les maux de la grossesse et des douleurs liées à l'accouchement… Mais tous les changements vécus par votre corps dans un sens vont devoir être traversés dans l'autre sens ! Il est essentiel de prendre le temps de récupérer et d'écouter vos besoins. Une récupération post-partum optimale passe par des soins adaptés, une alimentation saine, du repos et une reprise progressive de l’activité physique. Cet article aborde les différentes douleurs post-accouchement, leurs causes, et les solutions pour les soulager, afin de vous accompagner au mieux dans cette période de transition.
Les Douleurs Physiques Post-Accouchement
Après un accouchement par voie basse ou une césarienne, il est normal de ressentir des douleurs et des inconforts. Votre corps a accompli un immense travail et mérite du temps et des soins adaptés pour se rétablir. Les douleurs post-accouchement sont fréquentes. Néanmoins, de nombreux médicaments peuvent vous être proposés et ce, même si vous allaitez.
Contractions Utérines (Tranchées)
Très rapidement, que l’on ait vécu un accouchement par voie basse, ou par césarienne, des contractions ont lieu suite à la naissance. Après la naissance du bébé, l’utérus se contracte d’environ 1 à 2 centimètres toutes les 24 heures, dans le but de refermer les vaisseaux sanguins qu’il contient et de débarrasser progressivement l’utérus des éventuels derniers caillots de sang. Ces contractions utérines appelées tranchées sont le signe que l’utérus se remet en place. Si votre utérus a pu s’étendre à loisir au cours de la grossesse, cela implique ensuite un retour à sa taille d'origine… Entrent alors en action les tranchées. Dans le jargon médical, on parle ainsi « d’involution utérine » pour évoquer cette transformation de l’utérus occasionnant les tranchées. On estime que l’utérus retrouve sa taille en deux ou trois semaines, mais les lochies n'apparaissent généralement que durant les 2 à 10 jours suivant l’accouchement.
Ces contractions peuvent être très douloureuses et peuvent perdurer 3 - 4 jours. On appelle « tranchées » les contractions de l’utérus survenant de quelques heures à quelques jours après l’accouchement, qu’il s’agisse d’un accouchement par voie basse ou d’une césarienne. Elles sont le signe que l’utérus commence à rétrécir. Ces contractions permettent à l’utérus de redescendre au niveau pelvien plus facilement. Ces contractions apparaissent le plus souvent au moment de l’allaitement.
Les douleurs et contractions utérines qui suivent l’accouchement, ou tranchées, sont déclenchées, voire majorées par la sécrétion d’ocytocine, hormone de l’accouchement et de l’attachement, mais qui intervient aussi lors de l’allaitement au sein. La succion du bébé induit une sécrétion d’ocytocine chez la mère, ce qui envoie alors un signal de contraction au corps pour éjecter le lait. Il est possible que les tranchées soient un peu plus douloureuses après un accouchement par césarienne que par voie basse puisque la contraction va se faire sur une cicatrice, un endroit sanguinolent et inflammatoire.
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Solutions :
- Pour soulager la douleur des tranchées, sages-femmes et gynécologues prescrivent généralement des antispasmodiques ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) associés à du paracétamol.
- Il est conseillé de ne pas pratiquer d’automédication sans avis médical, même pour ce qui semble être de simples douleurs de tranchées. Des tranchées pourraient cacher une autre pathologie à la suite de l'accouchement, comme une infection de l'endomètre, une endométrite.
Douleurs de l'Épisiotomie ou Déchirures Périnéales
Après le passage de votre bébé, votre périnée (le muscle entre l’anus et le vagin) peut être douloureux, notamment s’il y a eu une déchirure ou une épisiotomie. Il arrive, durant l’accouchement, que certaines femmes subissent encore quoique de moins en moins nombreuses l’épisiotomie, un acte chirurgical qui consiste à inciser le périnée pour faciliter la sortie du bébé. Bien que ce soit un phénomène assez courant, la cicatrice de l’épisiotomie peut être douloureuse pendant 1 à 2 semaines après l’accouchement. Si les médecins n’ont pas pratiqué d’épisiotomie, mais que le corps a subi des déchirures périnéales, des douleurs peuvent également être importantes à ce niveau.
Parfois, la sage-femme doit réparer une déchirure qui s’est produite pendant l’accouchement. À ce stade, il se peut que la région génitale soit extrêmement sensible. Si la déchirure ne saigne pas, la suture attendra le moment où vous vous sentirez prête. À l’aide d’un spray anesthésiant ou d’un anesthésiant local, la sage-femme peut rendre la région moins sensible au moment de pratiquer la suture. Le type d’anesthésiant utilisé dépend de l’endroit de la déchirure. Même si ce n’est pas douloureux, la réparation de la déchirure n’en est pas moins désagréable pour la plupart des femmes. L’important est de vérifier qu’il n’y a pas d’infection.
L’Enquête périnatale de 2021 relevait que presque 25% des patientes interrogées (échantillon de 7000 patientes entre 55 et 65 jours post accouchement) avaient des douleurs périnéales, 13% estimaient la période du post partum compliquée… Là où elles étaient 90% à être plutôt satisfaites du moment de la naissance et du suivi de grossesse. Donc quasiment ¼ des femmes interrogées avaient des douleurs périnéales dans le post- partum. Et il y a 73% des femmes ayant eu une épisiotomie qui déclarent avoir des dyspareunies durant les 3 premiers mois après l’accouchement (étude de Barrett G. et al.). Alors oui, il y a moins d’épisiotomies grâce à une redéfinition des indications de celles-ci et une politique régressive de cette pratique, mais il ne faut pas négliger son impact dans le post-partum. Concernant les déchirures périnéales, il n’a pas été démontré de lien entre leur degré et la présence de dyspareunies dans le post-partum (étude Barrett G, Pendry E, Peacock J, Victor C, Thakar R, Manyonda I. Women’s sexual health after childbirth. BJOG An International Journal of Obstetrics and Gynaecology.
Solutions :
- Froid: Astuce : le froid peut être un vrai allié contre les douleurs périnéales et pour favoriser une bonne cicatrisation. L’application de froid sur le périnée après l’accouchement est une solution naturelle pour soulager les douleurs et diminuer les inflammations. Les maternités proposent parfois des solutions improvisées comme des serviettes hygiéniques congelées ou des préservatifs remplis d’eau congelée. Les compresses froides, comme celles de Sister Feel, sont particulièrement appréciées pour un usage post-partum. La cryothérapie périnéale peut soulager les douleurs liées à la cicatrisation des déchirures.
- Phytothérapie: Certaines plantes médicinales peuvent être utilisées sous forme de crème ou de tisane pour favoriser la guérison. L’arnica, par exemple, est reconnue pour ses propriétés anti-inflammatoires et analgésiques.
- Mobilisation précoce du périnée: L’intérêt de la connaissance prénatale de son périnée et d’exercices à mettre en place dans les jours qui suivent l’accouchement (sans examen vaginal) n’est plus à démontrer. La mobilisation précoce du périnée va favoriser la cicatrisation, le retour veineux et diminuer les problèmes de continence.
- Acide hyaluronique: Afin d’améliorer la trophicité vulvovaginale, l’apport d’acide hyaluronique peut être intéressant. En effet, son rôle dans la matrice cellulaire implique des propriétés cicatrisantes et anti-inflammatoires prouvées. Il existe sous forme de gel à appliquer sur le périnée et sous forme d’injections que seuls un dermatologue ou un gynécologue formé à cette technique, peuvent pratiquer.
- Rééducation périnéale: La rééducation périnéale pendant la grossesse diminue de 40% les problèmes urinaires après. Lors des séances de rééducation du périnée, le kinésithérapeute ou la sage- femme peut exercer des techniques à visée de relaxation musculaire telles que le biofeedback négatif, le contracter-relâcher, l’étirer-relâcher, la fascia thérapie ou l’ostéopathie. Ces méthodes doivent être systématiquement associées à la respiration et à la relaxation. De plus, l’électrostimulation a une valeur antalgique prouvée.
Hémorroïdes et Constipation
Après les efforts de poussée, il est fréquent de voir apparaître des hémorroïdes. Il s’agit de veines autour de l’anus qui ressortent et peuvent être douloureuses. Après l’accouchement, l’organisme met du temps à se remettre en place. Bébé a pris beaucoup de place dans le ventre et les intestins sont écrasés. Aussi, après l’accouchement, le système digestif peut encore être en désordre. L’anus et le rectum ont, eux-aussi, été écrasés durant l’accouchement. Cela peut notamment provoquer des constipations. La femme post-accouchement et allaitante fait également fréquemment face à des problèmes de thromboses hémorroïdaires, ou hémorroïdes. En effet, la poussée de l’accouchement favorise l’extériorisation des hémorroïdes ordinaires. Il est impératif de combattre la constipation qui peut augmenter le risque d’avoir des hémorroïdes.
Solutions :
- Des crèmes et suppositoires peuvent vous être proposés pour vous soulager.
- Il est important de favoriser un bon retour veineux.
- Alimentation: Une alimentation riche en fibres et une hydratation adéquate peuvent aider à prévenir la constipation.
Douleurs Post-Césarienne
Les premiers jours après une césarienne peuvent être compliqués. Néanmoins, ces douleurs post-césarienne vont vite s’atténuer grâce aux médicaments. À partir de la sortie de la maternité, les douleurs doivent diminuer de jour en jour jusqu’à devenir inexistantes généralement au bout de 2-3 semaines.
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Solutions :
- Médicaments: Les antalgiques sont généralement donnés sous forme de comprimés, mais peuvent aussi être injectés en cas de fortes douleurs.
- Técarthérapie: La técarthérapie est un procédé non-douloureux et très prometteur qui, grâce à des ondes hautes fréquences, va stimuler la circulation sanguine et la cicatrisation. En quelques séances, les résultats peuvent être très positifs.
Autres Douleurs Physiques
- Douleurs mammaires: Les premiers jours d’allaitement peuvent être douloureux à cause de l’irritation ou des crevasses au niveau des mamelons. En effet, la première cause de douleurs lors de la mise au sein est un problème de positionnement de la mère, de l’enfant, ou de la prise en bouche du sein. La montée de lait peut aussi provoquer un inconfort transitoire qui peut être atténué par les médicaments, mais aussi par l’application de chaud, de froid ou par le massage de la poitrine.
- Fuites urinaires: Pendant la grossesse et l’accouchement, le plancher pelvien subit une forte pression, pouvant provoquer des fuites urinaires ou une sensation de lourdeur dans le bassin. Les séances de rééducation périnéale peuvent aider à régler ce problème de fuites. Il est conseillé de ne pas pratiquer l’interruption volontaire de la miction (le « stop-pipi»), censée renforcer le périnée.
Douleurs Émotionnelles et Psychologiques
Le corps n’est pas le seul à souffrir après l’accouchement. En effet, les douleurs psychologiques peuvent se réveiller après la naissance du bébé.
Baby Blues et Dépression Post-Partum
On peut tout à fait confondre le baby blues et la dépression post-partum, c’est d’ailleurs un enjeu pour les professionnels de la santé. Ces deux états partagent les mêmes symptômes :
- Les sautes d’humeur.
- Les pleurs.
- L’état dépressif.
- La perte de sens.
Cependant, il faut distinguer le baby blues et la dépression du post-partum. Le baby blues est un état dépressif passager qui concerne la plupart des femmes, soit 50 à 80 % selon l’Assurance Maladie, après l’accouchement. Cet état passager est provoqué par les douleurs physiques, les facteurs hormonaux, affectifs et émotionnels qui entrent en jeu lors de l’accouchement. Le baby blues dure seulement quelques jours. La dépression post-partum est une modification de l’humeur puisqu’il s’agit d’une dépression. C’est donc une maladie psychique qui touche 16 % des jeunes mamans, deux mois après l’accouchement. Elle peut durer plusieurs mois et doit être traitée avec un psychologue et un psychiatre. Toutefois, si cette tristesse persiste, qu’elle s’accompagne d’une grande fatigue, d’une perte d’intérêt ou d’un sentiment de détresse, il peut s’agir d’une dépression post-partum.
Solutions :
- Soutien psychologique: Quelle que soit la consultation, on n’hésite pas à dire aussi au médecin ou à la sage-femme comment on se sent, comment on vit la période. Ce qu’on ressent physiquement influe également sur notre moral. Et inversement, notre état d’esprit influe aussi la façon dont on vit les changements physiques. On n’hésite pas à en parler aussi à d’autres personnes, notamment des femmes qui ont déjà eu des enfants ou vont en avoir. Par exemple avec des amies ou voisines, ou même dans des groupes de paroles de mamans ou futures mamans.
- Repos: Profitez des moments où votre bébé dort pour vous accorder du repos.
Stress et Anxiété
Après l’accouchement, les jeunes parents peuvent ressentir beaucoup de stress et d’anxiété. En effet, bébé vient de naître et on ne sait pas toujours comment l’aborder. On peut avoir peur de lui faire mal, peur de ne pas être assez vigilant, etc. De fait, de nombreux parents deviennent alors hypervigilants. Cela peut entraîner du stress et de l’anxiété.
Solution :
- Il peut être intéressant de consulter un psychologue en présentiel ou en téléconsultation afin de mieux gérer ces émotions négatives.
Impact du Manque de Sommeil
Un autre ingrédient peut favoriser une mauvaise santé mentale, à savoir le manque de sommeil et les troubles du sommeil. En effet, le sommeil est un ingrédient indispensable pour être en bonne santé, physique comme mentale. Lorsque bébé arrive, les premières nuits sont agitées pour les jeunes parents qui doivent se réveiller toutes les 3 heures environ pour nourrir bébé, le rendormir, etc. Mais les répercussions du manque de sommeil peuvent être néfastes pour la santé :
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- Troubles de l’humeur : ce qui peut mener jusqu’à un état dépressif.
- Fatigue mentale : diminution de la concentration, troubles de la vigilance, manque d’énergie.
Conseils Généraux pour Soulager les Douleurs Post-Accouchement
- Communiquer: Quand on vient d’accoucher, on ne doit pas hésiter à partager avec son partenaire ce qu’on traverse. Pour les activités sexuelles aussi, le mieux est de s’en parler sans tabou. On n’hésite pas à parler en couple de ce qu’on ressent, de ce qu’on veut ou ne veut pas. Si on a des symptômes physiques, quels qu’ils soient, on en parle à un professionnel de santé, qui pourra nous aider et nous proposer des solutions dans la plupart des cas. Il ne doit y avoir aucun tabou autour de ce que vit le corps de la femme après l’accouchement.
- Repos: Après l’accouchement, on a tendance à mettre sa propre santé de côté, au profit de l’attention portée à bébé, et au risque de s’oublier un peu. Pourtant, dans les premiers temps après l’accouchement, le corps de la mère a besoin de repos et de récupération, et c’est mieux si les deux parents en tiennent compte ensemble.
- Récupération post-partum: Le post-partum, c’est la période de temps nécessaire aux organes pour revenir à leur fonctionnement physiologique hors période de grossesse. Ce temps de récupération est tout à fait normal et dure plus ou moins longtemps.
- Lochies: Ces pertes correspondent à l’élimination progressive de la muqueuse de l’utérus après la fin de la grossesse. Elles sont normales et peuvent durer quelques jours ou parfois plusieurs semaines. Les saignements vont durer environ 1 mois. Les premiers jours, ils sont l’équivalent de règles abondantes puis la quantité va diminuer assez rapidement. Les pertes vont s’éclaircir pour devenir rosées et fluides.
- Activité sexuelle: Si on reprend une activité sexuelle, on peut avoir des douleurs, ce qui est bien compréhensible après ce que le corps a vécu. Pour soulager les douleurs, mieux vaut en parler à la sage-femme ou au médecin pour avoir des conseils, voire des prescriptions, bien adaptés à notre cas. Aborder la reprise de la sexualité, ou si cela est déjà fait s’assurer de la non- douleur.
- Médicaments: En attendant la consultation, les médicaments antidouleurs habituels, comme le paracétamol ou les antispasmodiques, sont compatibles avec l’allaitement. Néanmoins, de nombreux médicaments peuvent vous être proposés et ce, même si vous allaitez.
- Rééducation périnéale: La rééducation périnéale pendant la grossesse diminue de 40% les problèmes urinaires après. Source : Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français, Recommandations pour la pratique Clinique - Diagnostic et prise en charge de l’incontinence urinaire de la femme adulte.
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