Le désir d'avoir un enfant est une expérience humaine fondamentale, une source d'émerveillement profond et une responsabilité immense. Les traditions bibliques considèrent les enfants comme un don et une bénédiction de Dieu. Cependant, pour certains couples, l'infertilité fait obstacle à ce désir, les amenant à envisager la procréation médicalement assistée (PMA). En tant que pratiquants de la religion catholique, ces couples peuvent se demander si la PMA est compatible avec les valeurs de l'Église. Cet article explore en profondeur la position de l'Église catholique sur les embryons congelés dans le contexte de la PMA, en tenant compte des nuances et des complexités éthiques impliquées.
La dignité de la procréation humaine : Un principe fondamental
L'Église catholique valorise la dignité des enfants au regard de son affirmation de foi selon laquelle Dieu lui-même s'est fait homme dans la chair d'un embryon humain devenu l'enfant Jésus. Elle considère le désir d'enfant comme un signe que l'amour appelle au don libre de soi et au don de la vie. Elle se veut donc attentive à ce désir d'enfant ainsi qu'à la souffrance des personnes en attente d'enfant.
Le Conseil d'État rappelle que la « dignité » est placée « au frontispice » du cadre juridique de la bioéthique française et qu'elle a une « valeur constitutionnelle ». Il rappelle qu'« une conception particulière du corps humain » en « découle » et que « cette conception s'incarne dans les principes de respect, d'inviolabilité et d'extra‐patrimonialité du corps, qui visent à protéger l'individu indépendamment même de sa volonté.
Avec le pape François, l'Église catholique soutient que « la vision globale de la bioéthique » part « de la conviction profonde de la dignité irrévocable de la personne humaine, comme Dieu l’aime, de la dignité de chaque personne, à chaque phase et condition de son existence. Puisque le corps - qui est infiniment plus qu’un ensemble de cellules et d’organes - est considéré en référence et en lien à la dignité de la personne, cette dignité inclut la dignité de la procréation comprenant la fécondation et la gestation.
La procréation est l’acte permettant l’advenue d’un nouvel être humain en faveur de lui-même. Y compris en sa genèse, l’être humain doit être traité comme une fin et jamais comme un simple moyen. En cela réside sa pleine dignité. Cela confère à la conception et à la gestation de tous les êtres humains une dignité qui est garante de leur liberté avant même qu’elle ne s’exerce.
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La relation est constitutive de l’être humain dès le début de son existence. Elle lui est « essentielle. Il est donc essentiel de traduire dans le droit et dans l’utilisation des techniques l’exigence éthique et anthropologique suivante : seules deux personnes de sexe différent peuvent engendrer une personne dans un acte personnel qui est de soi corporel.
PMA : entre accueil et volonté
Le refus éthique de penser que la fabrication et l’instrumentalisation soient au fondement de la génération des êtres humains, conduit à distinguer, au sein même de l’expérience de l’attente de l’enfant, le désir et la volonté. Le désir respecte l’altérité et la surprise de l’autre. Désirer un enfant, ce n’est pas l’enrôler dès sa conception à la satisfaction d’un besoin ou d’un projet parental, mais c’est être prêt à le mettre au monde dans un espace d’attentes qui ne l’enferment pas. Le désir d’accueillir diffère de la volonté d’avoir ou d’obtenir à toute force ou à tout prix. Le désir sait attendre et recevoir l’autre comme un don gratuit. Il ne se laisse pas prendre par la nécessité impérative du « maintenant » manifestée par une volonté fascinée par la technique.
L’expérience des couples qui ont recours aux techniques d’AMP témoigne parfois de la transition progressive du « désir d’accueillir » à la « volonté d’avoir à tout prix » dans une sorte « d’acharnement procréatif ». Il est difficile de maintenir l’ouverture et le temps du désir quand les possibilités techniques le transforment en volonté déterminée d’obtenir. Pour continuer à signifier l’attente et l’accueil de la venue d’une personne, la procréation humaine doit rester le fruit d’un désir et non l’objet d’une volonté d’avoir, envers et contre tout, un enfant. Celui-ci doit être reçu et respecté comme une personne avec ses propres droits. Voilà un principe éthique « majeur !
La souffrance d’un désir d’enfant ne doit pas être minimisée et ne peut être abordée par le seul palliatif des remédiations techniques. Avec d’autres, nous souhaitons que se développe un accompagnement qui, premièrement, soit respectueux des personnes, deuxièmement, sache les informer loyalement pour que leur décision soit prise en conscience de façon éclairée, et, troisièmement, porte le souci de la dignité de la procréation humaine.
La position de l'Église sur la PMA et les embryons surnuméraires
La loi actuelle encadre les techniques d’AMP en cherchant à calquer certaines structures fondamentales de la procréation humaine naturelle, en particulier en établissant une double lignée paternelle et maternelle. C’est tout l’intérêt du modèle bioéthique français. Cependant, la mise en œuvre de ces techniques pose des problèmes éthiques dont la gravité diffère en fonction des types de dissociation qu’elles induisent : corporelle (fécondation hors corps), temporelle (congélation des embryons) et personnelle (intervention d’un tiers-donneur). Ces dissociations résultent de la dissociation première entre l’union des personnes et la procréation.
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Les techniques de fécondation in vitro (FIV) conduisent, dans la plupart des cas, à produire des embryons humains qualifiés de « surnuméraires » puisqu’ils ne pourront être implantés lors de la première tentative. En effet, ces techniques veillent à implanter un ou deux embryons dans l’utérus afin d’éviter les risques de grossesse multiple. L'Église catholique a déjà attiré l’attention sur les questions éthiques que soulève la production d’embryons humains « surnuméraires » qui sont congelés. Dans l’état actuel du droit, leur devenir est suspendu au « projet parental » de ceux qui pourront décider de les implanter ultérieurement dans l’espoir de voir naître des enfants, ou de les laisser détruire, ou de les remettre à des laboratoires de recherche, ou encore d’autoriser leur accueil par d’autres couples. Comment donner raison à un tel pouvoir du « projet parental » ? Comment en effet justifier que la dignité d’un embryon humain dépende arbitrairement du regard d’une ou de deux personnes ?
En 1994, le Conseil constitutionnel, en réponse aux interrogations des parlementaires, a estimé que, pour les embryons humains in vitro (non implantés), « le principe du respect de tout être humain dès le commencement de sa vie ne leur était pas applicable ». Cette décision a été jugée « décevante » par certains. Comment en effet est-il possible de légitimer éthiquement une telle exclusion quand la nature de l’embryon humain in vitro est identique à celle de l’embryon humain in utero, le même pouvant d’ailleurs passer immédiatement d’une situation à l’autre lors du transfert in utero ?
L'église catholique ne s'est jamais prononcée sur l'insémination artificielle, mais elle met en garde contre les risques de dérive eugéniste et de marchandisation liés à la PMA. Elle s'oppose également à la destruction d'embryons surnuméraires et à la recherche sur les cellules embryonnaires.
Les alternatives à la congélation d'embryons
Face aux dilemmes éthiques posés par la congélation d'embryons, certaines alternatives sont envisagées. L'Allemagne et l'Italie interdisent la congélation d'embryons, privilégiant le transfert d'un seul embryon à la fois. Cette approche réduit le nombre d'embryons surnuméraires et évite les questions liées à leur devenir.
D'autres pistes consistent à améliorer les techniques de vitrification pour augmenter les chances de survie des embryons décongelés, ou à développer des méthodes de culture in vitro qui permettent de suivre le développement embryonnaire et de sélectionner les embryons les plus viables avant le transfert.
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Le discernement éthique : Un appel à la réflexion
En tant qu’évêques de France, nous souhaitons apporter notre contribution en écoutant les diverses situations de vie et les aspirations portées par les femmes concernées par ces projets. Sans ignorer la complexité des questions qu’ils suscitent, nous intervenons dans un esprit de dialogue où les arguments sont présentés avec sérénité. Nous appelons au regard qui contemple la valeur insondable de chaque personne en sa dignité. Nous proposons un discernement éthique posé en raison en sachant que l’homme passe infiniment l’homme. Poser un discernement éthique, c’est chercher à comprendre cet homme, c’est-à-dire la personne, dans son amplitude et sa profondeur, pour mieux découvrir avec elle ce qui est son vrai bien et ce qui est juste pour elle. Nous pensons donc que la bioéthique est fondamentalement une éthique de la personne dans ses deux dimensions inséparables : singulière et relationnelle. Le discernement est ici posé en considérant la capacité de la personne d’engendrer un autre être humain, égal en dignité dans le mystère de son existence libre et sociale. Notre contribution vise à approfondir la réflexion éthique qui est plus que jamais nécessaire aux débats législatifs. En voulant respecter les personnes et sans mettre en doute leurs capacités et leur générosité pour accueillir un enfant et pour l’éduquer, nous attirons l’attention sur l’importance symbolique de la loi civile et sur les nouvelles discriminations qu’elle peut provoquer sous prétexte d’en supprimer. Nous le savons bien, la société régresse quand elle crée d’injustes discriminations, en particulier envers les plus faibles, et quand elle ne cherche pas la manière la plus juste d’accompagner les souffrances de ses membres dans le plein respect de leur dignité. La loi relative à la bioéthique ne peut être élaborée ou révisée sans une réflexion éthique sur la personne humaine qui est sexuée et dont la capacité d’engendrement fonde l’avenir de toute société.
Les risques d’instrumentalisation des enfants dès le processus de leur engendrement
Il est essentiel de traduire dans le droit et dans l’utilisation des techniques l’exigence éthique et anthropologique suivante : seules deux personnes de sexe différent peuvent engendrer une personne dans un acte personnel qui est de soi corporel. Le refus éthique de penser que la fabrication et l’instrumentalisation soient au fondement de la génération des êtres humains, conduit à distinguer, au sein même de l’expérience de l’attente de l’enfant, le désir et la volonté. Le désir respecte l’altérité et la surprise de l’autre. Désirer un enfant, ce n’est pas l’enrôler dès sa conception à la satisfaction d’un besoin ou d’un projet parental, mais c’est être prêt à le mettre au monde dans un espace d’attentes qui ne l’enferment pas. Le désir d’accueillir diffère de la volonté d’avoir ou d’obtenir à toute force ou à tout prix. Le désir sait attendre et recevoir l’autre comme un don gratuit. Il ne se laisse pas prendre par la nécessité impérative du « maintenant » manifestée par une volonté fascinée par la technique.
L’expérience des couples qui ont recours aux techniques d’AMP témoigne parfois de la transition progressive du « désir d’accueillir » à la « volonté d’avoir à tout prix » dans une sorte « d’acharnement procréatif ». Il est difficile de maintenir l’ouverture et le temps du désir quand les possibilités techniques le transforment en volonté déterminée d’obtenir. Pour continuer à signifier l’attente et l’accueil de la venue d’une personne, la procréation humaine doit rester le fruit d’un désir et non l’objet d’une volonté d’avoir, envers et contre tout, un enfant. Celui-ci doit être reçu et respecté comme une personne avec ses propres droits. Voilà un principe éthique « majeur !
La souffrance d’un désir d’enfant ne doit pas être minimisée et ne peut être abordée par le seul palliatif des remédiations techniques. Avec d’autres, nous souhaitons que se développe un accompagnement qui, premièrement, soit respectueux des personnes, deuxièmement, sache les informer loyalement pour que leur décision soit prise en conscience de façon éclairée, et, troisièmement, porte le souci de la dignité de la procréation humaine.
Les obstacles éthiques que rencontre le cas particulier de l’éventuelle ouverture juridique de l’AMP à toutes les femmes
En cas de stérilité due aux gamètes d’un des conjoints, certaines techniques d’AMP autorisées actuellement pour un couple homme-femme utilisent l’apport de gamètes venant d’une tierce personne qui en fait le don : le tiers-donneur. Elles ont été mises en œuvre selon le principe de l’anonymat, qui a été consacré par les lois de 1994 jusqu’à aujourd’hui. Le choix constant de ce principe est motivé par le souci de protéger les donneurs et de préserver l’intimité du couple de l’intrusion réelle ou symbolique du tiers-donneur et d’assurer ainsi, selon le Conseil d’État, un « juste équilibre » entre les différents intérêts. Ce principe a été aménagé en offrant la possibilité de révéler seulement des informations sur le donneur de gamètes sans que celles-ci permettent de l’identifier. Même avec cette possibilité, l’anonymat est aujourd’hui fragilisé : le désir de connaître son « origine biologique » est avivé par l’usage croissant des tests génétiques qui permettent de plus en plus facilement aux personnes issues de ces techniques d’AMP avec tiers-donneur de retrouver leur « géniteur anonyme ».
L’AMP avec tiers-donneur resté dans l’anonymat pose un problème éthique pour l’enfant. L’écoute des enfants et des adultes qui ont été conçus par AMP avec tiers-donneur et qui relatent leur souffrance de ne pas connaître la personne à l’origine de leur conception, conduit aujourd’hui à remettre en cause l’évidence initiale de ce principe. Il est de plus en plus question d’associer aux droits de la personne un droit à connaître ses « origines ». Ce droit n’est pas sans susciter des questionnements : quelles relations, avec tout ce qu’elles peuvent entraîner, sera-t-il possible d’instituer juridiquement entre ce tiers-donneur et l’enfant conçu grâce à ses gamètes ? Comment prévenir les conflits potentiels que ces nouvelles relations pourraient provoquer vis-à-vis de la famille de cet enfant ?
L’AMP avec tiers-donneur n’est pas non plus sans problème éthique du côté des couples. L’expérience d’une majorité de couples montre que le désir d’engendrer un enfant est intrinsèquement lié au désir de « donner de soi », de « donner de sa personne » au conjoint et, ensemble, à l’enfant, en créant ainsi entre eux du lien charnel par ses propres gamètes. Engendrer, c’est laisser advenir un autre dans le don corporel, psychique et spirituel du « nous deux ». Les couples perçoivent sans doute cette valeur anthropologique du désir de « donner de soi » en établissant une double lignée paternelle et maternelle.
Le diagnostic préimplantatoire : une forme d'injustice ?
Quant au diagnostic préimplantatoire, il permet de chercher chez les embryons d'éventuelles anomalies susceptibles de causer des fausses couches. Pour la conférence des évêques, ces techniques sont une forme d'injustice pour ces embryons et ne sont pas recommandées : "Comment est-il possible de légitimer éthiquement une telle exclusion quand la nature de l’embryon humain in vitro est identique à celle de l’embryon humain in utero, le même pouvant d’ailleurs passer immédiatement d’une situation à l’autre lors du transfert in utero ? Quelle logique juridique permet la suppression puis le recouvrement de la dignité du même embryon humain ?"
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