Les tumeurs du côlon et du rectum partagent une nature similaire, justifiant leur étude conjointe. Les cancers colorectaux représentent un problème de santé publique majeur en raison de leur fréquence et de leur taux de survie global modeste, estimé à environ 35 % à cinq ans, tous stades confondus. Un diagnostic précoce est crucial pour améliorer les chances de survie, avec des taux de guérison atteignant 100 % lorsque le cancer est traité à un stade initial.
Origine et Développement des Tumeurs Colorectales
Ces tumeurs se développent à partir de la couche la plus superficielle de la muqueuse intestinale, l'épithélium. Elles prolifèrent dans la lumière intestinale, évoluant souvent à partir d'adénomes bénins. La relation entre adénome et cancer colorectal est bien établie, avec environ 80 % des cancers colorectaux issus d'adénomes. Ainsi, le dépistage et l'ablation complète des adénomes du rectum et du côlon constituent une stratégie de prévention efficace contre le cancer colorectal, réduisant son incidence de 85 à 90 % après l'exérèse des adénomes.
Prévalence des Adénomes et Cancers Colorectaux
Les adénomes sont fréquents, leur prévalence augmentant avec l'âge : environ 7 % entre 45 et 49 ans, 15 % entre 50 et 59 ans, et 20 % entre 65 et 69 ans. Bien que les cancers colorectaux soient moins fréquents que les adénomes, ils occupent le premier rang des cancers pour les deux sexes en France, avec environ 35 000 nouveaux cas et 17 000 décès recensés chaque année.
Progression des Polypes et Risque de Dégénérescence
Seule une petite proportion d'adénomes évolue en cancer, et il est difficile d'estimer le temps nécessaire à cette transformation maligne. La dégénérescence d'un polype commence par sa partie la plus superficielle, au niveau de l'épithélium de surface. Progressivement, elle envahit les couches plus profondes de la paroi intestinale, puis essaimer vers les ganglions voisins, le foie et les poumons. Un diagnostic précoce est essentiel pour un meilleur pronostic.
Facteurs de Risque et Prévention
Dans moins de 5 % des cas, les cancers colorectaux surviennent dans un contexte familial de maladie héréditaire avec un facteur génétique clairement établi. De nombreuses études suggèrent que les facteurs alimentaires jouent un rôle dans la survenue de ces tumeurs. Un apport calorique élevé, une vie sédentaire et un excès de poids sont des facteurs de risque. La consommation d'alcool et de tabac pourrait également favoriser leur développement. Les légumes semblent jouer un rôle protecteur. La consommation régulière d'aspirine et d'anti-inflammatoires non stéroïdiens est associée à une diminution du risque de polypes et de cancer colorectal.
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Dépistage et Diagnostic
Dans la plupart des cas, les adénomes sont asymptomatiques. Dans de rares cas, de gros adénomes situés bas peuvent provoquer un saignement visible. Le diagnostic des adénomes se fait généralement lors d'une coloscopie ou suite à une recherche positive de sang dans les selles lors d'un test de dépistage. Les cancers colorectaux peuvent être diagnostiqués suite à l'apparition de symptômes digestifs ou lors d'un dépistage systématique. Les symptômes évocateurs incluent la constipation, la diarrhée, l'alternance des deux, les douleurs abdominales, les ballonnements, les saignements, la fièvre, l'amaigrissement et l'anémie.
La coloscopie est un examen clé permettant d'examiner le rectum et le côlon, de visualiser la tumeur, de l'enlever si c'est un polype, et d'effectuer des biopsies en cas de cancer. L'examen histologique de ces prélèvements confirme le diagnostic de cancer. La coloscopie virtuelle, une nouvelle technique de scanner, permet une représentation spatiale des organes creux, mais ne permet pas de faire des prélèvements ni l'ablation des polypes.
Traitement des Polypes et Cancers Colorectaux
Le traitement des polypes consiste en leur ablation, suivie d'une étude histologique pour vérifier leur bénignité. L'ablation se fait généralement lors de la coloscopie de dépistage. Les modalités d'exérèse varient selon la configuration anatomique et la taille des polypes (pédiculés ou sessiles).
Le traitement des cancers colorectaux est chirurgical, consistant à réséquer la zone malade avec des marges de colon sain et à effectuer une anastomose. Pour les cancers du rectum, le type de traitement chirurgical dépend de la distance entre la tumeur et le canal anal. Une radiothérapie pré-opératoire peut être envisagée pour diminuer le risque de récidive locale et augmenter la survie. La chimiothérapie est indiquée en fonction du degré d'envahissement de la paroi et de l'atteinte ganglionnaire. Les métastases des cancers colorectaux se situent généralement au niveau du foie et, plus rarement, des poumons. Si les métastases sont uniques ou peu nombreuses, une exérèse chirurgicale peut être envisagée.
Pronostic et Suivi
La survie à cinq ans est un indicateur important, au-delà duquel le patient est considéré comme guéri. La survie globale, tous stades confondus, est d'environ 35 % à cinq ans. Le stade histologique est le facteur pronostique le plus important. Après l'ablation d'un adénome, une coloscopie de contrôle est indiquée trois ans plus tard.
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Dépistage Systématique et Facteurs de Risque
Le dépistage systématique, consistant en une recherche immunologique de sang dans les selles, est essentiel pour diagnostiquer le cancer à un stade précoce. Les principaux facteurs de risque du cancer colorectal sont la consommation excessive de viande rouge et de charcuterie, un régime alimentaire riche en graisses et en calories, pauvre en fibres, le surpoids, la sédentarité, la consommation d'alcool et de tabac, et l'appartenance à un groupe à risque (maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, syndrome de Lynch).
Symptômes et Prise en Charge
En dehors du dépistage, les symptômes devant faire suspecter un cancer du côlon ou du rectum sont la présence de sang dans les selles, une modification du transit intestinal, des douleurs abdominales anormales, une altération de l'état général avec fatigue persistante, anorexie ou perte de poids. Pour les cancers du rectum, des douleurs associées à la défécation, des selles anormalement étroites et une impression constante d'avoir envie d'aller à la selle peuvent être des signes d'alerte.
La prise en charge des cancers colorectaux est multidisciplinaire, impliquant oncologues, chirurgiens, radiothérapeutes, radiologues et autres spécialistes des cancers digestifs. La stratégie de prise en charge est adaptée à chaque situation, en fonction des caractéristiques de la tumeur, des antécédents et de l'état de santé global du patient.
Polyposes Rectocoliques: Formes et Traitements
Il existe de nombreuses formes de polypose rectocolique, chacune ayant des aspects cliniques, endoscopiques, histologiques et évolutifs différents. La poly-adénomatose rectocolique (PAF) est la plus fréquente et la plus grave.
Poly-adénomatose Rectocolique (PAF)
La PAF est une maladie à transmission autosomale dominante caractérisée par la présence de plus de 100 adénomes colorectaux. Elle est due à une mutation du gène APC. Des tests génétiques peuvent être réalisés chez les enfants nés dans des familles de PAF. Les PAF peuvent présenter des atteintes extra-digestives, telles que des tumeurs desmoïdes abdominales, des ostéomes mandibulaires, des exostoses et des kystes sébacés multiples.
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Le traitement idéal de la PAF est la colo-proctectomie totale avec anastomose iléo-anale. Des lésions gastriques et duodénales peuvent également être observées et nécessitent une surveillance endoscopique. Un traitement médical des adénomes extra-coliques peut être envisagé, notamment avec le célécoxib pour les lésions duodénales.
Syndrome de Peutz-Jeghers
Le syndrome de Peutz-Jeghers est la conséquence d'une mutation du gène STK1 et se manifeste par une polypose digestive et des manifestations cutanéo-muqueuses.
Syndrome de Lynch (HNPCC)
Le syndrome de Lynch, ou HNPCC (Hereditary Non Polyposis Colorectal Cancer), est une forme héréditaire non polyposique de cancers colorectaux. C'est une maladie génétique de transmission autosomique dominante.
Autres Polyposes
D'autres polyposes existent, telles que les polyposes lymphoïdes, la polypose juvénile, le syndrome de Cowden, et la polypose hyperplasique.
Diagnostic de la Polypose Adénomateuse Familiale (PAF)
Le diagnostic de la PAF repose sur les antécédents familiaux, l'examen clinique et les explorations par endoscopie. La coloscopie permet de mettre en évidence le grand nombre de polypes. Le diagnostic est confirmé par une analyse génétique.
Prise en Charge de la PAF
La prise en charge de la PAF a pour but de prévenir l'apparition d'un cancer colorectal et de permettre une bonne qualité de vie au patient. Un acte chirurgical est souvent réalisé pour prévenir le risque de cancer. Un dépistage régulier par colonoscopie est nécessaire pour surveiller un éventuel développement de cancer.
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