Introduction
La dépression post-partum (DPP) est un enjeu majeur de santé publique, affectant les mères et ayant des répercussions sur l'enfant et le lien mère-enfant. Afin de lutter contre ce trouble, l'Entretien Postnatal Précoce (EPNP) a été inscrit dans le Code de la santé publique (CSP) en juillet 2022. L'EPNP vise à repérer les signes de DPP, les facteurs de risques, et à évaluer les besoins d'accompagnement de la femme ou du conjoint. Cet article explore l'importance de l'EPNP, son application, et les résultats d'une étude menée dans le département de l'Hérault en 2024.
L'Entretien Postnatal Précoce (EPNP) : Un Pilier du Parcours des 1000 Premiers Jours
L'EPNP s'inscrit dans le parcours des 1 000 premiers jours de l'enfant, une période cruciale pour le développement de l'enfant et le bien-être de la mère. Il complète l'entretien prénatal précoce (EPP), réalisé à partir du 4e mois de grossesse et rendu obligatoire en 2020. L'EPNP est un entretien réalisé par une sage-femme entre la 4e et la 8e semaine après l'accouchement. Il permet de :
- Dépister la DPP : L'EPNP permet d'identifier les manifestations de la dépression du post-partum (DPP). Pour ce faire, l'Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS) est utilisé. Il s'agit d'un questionnaire permettant d'évaluer le risque de DPP en interrogeant la patiente sur son état dépressif durant la semaine précédant sa passation.
- Identifier les facteurs de risque : L'EPNP permet de repérer les facteurs de risques qui exposent à la DPP.
- Evaluer les besoins d'accompagnement : L'EPNP permet d'évaluer les besoins de la femme ou du conjoint en termes d'accompagnement.
L'EPNP est un moment privilégié pour échanger sur les difficultés rencontrées pendant la grossesse et après l'accouchement. Il permet de mettre en place une prise en charge de qualité, tant d'un point de vue physique que psychique.
Mise en Place de l'EPNP dans l'Hérault : Une Étude en 2024
En 2024, une étude a été menée dans le département de l'Hérault pour évaluer la mise en place de l'EPNP par les sages-femmes de Protection maternelle et infantile (PMI).
Méthodologie
Toute patiente majeure ayant accouché d'un enfant vivant, pesant au moins 500 grammes ou âgé d'au moins 22 semaines d'aménorrhée, vue en consultation ou en visite à domicile par une sage-femme de PMI entre les 4e et 8e semaines après l'accouchement dans le cadre de l'EPNP, sur la période du 1er avril 2024 au 30 septembre 2024, sur le territoire du département de l'Hérault, était éligible. Les 24 sages-femmes de PMI ont été formées à la réalisation de l'EPNP sur l'année 2023, tout en débutant sa pratique. Elles ont utilisé une trame d'entretien commune et ont été formées à la réalisation de l'EPNP. Une réunion préparatoire a eu lieu trois semaines avant le lancement de l'étude. Un outil permettant de disposer de l’ensemble des éléments pertinents à la pratique de l’EPNP a été mis à leur disposition.
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Résultats
Sur la période de l'étude, 277 EPNP ont été proposés, parmi lesquels 263 ont été inclus après que 14 patientes ont refusé de participer. Les EPNP ont été majoritairement réalisés au domicile des patientes (65,9%). Les femmes de l'échantillon étaient pour la plupart âgées de 25 à 34 ans (49%) et vivaient en couple (85%), dont 33% maritalement. Près de 42% étaient primipares, et les trois quarts ont accouché par voie basse.
- Difficultés rencontrées : 40% des femmes ont vécu difficilement leur grossesse, 31% ont vécu difficilement l'accouchement, et près de 15% ont vécu l'accouchement comme traumatique. Près d'un quart des mères ont vécu difficilement le retour à domicile.
- Ressenti des mères : Bien que la majorité des mères se sentaient soutenues (80%), en sécurité (89%), et entourées (57%), la fatigue était fréquemment retrouvée (73%), tout comme l'isolement (39%) et l'anxiété (33%).
- Dépistage de la DPP : Plus de 94% des EPNP ont abouti à la réalisation du dépistage de la DPP par l'EPDS. Près de 3 femmes sur 10 (29,8%) présentaient des signes modérés à majeurs de DPP (EPDS≥10), et 1 femme sur 6 (16,1%) était fortement symptomatique (EPDS≥13).
- Violences conjugales : La question des violences conjugales a été abordée chez 66% des patientes.
- Orientations : Plus de 40% des EPNP ont abouti à au moins une orientation, principalement vers un psychologue (24%). Un 2e EPNP a été proposé chez 4 primipares sur 10 et près de 8 fois sur 10 en cas de score EPDS≥13.
Analyse des Résultats
Les résultats de cette étude départementale réalisée en 2024 à partir de l’EPNP sont cohérents avec ceux de l’Enquête Nationale Périnatale (ENP) 2021. La prévalence estimée de la DPP à partir de l'EPDS réalisé lors de l'EPNP entre les 4e et 8e semaines après l'accouchement confirme les résultats observés lors de l'Enquête nationale périnatale 2021, qui révélait une prévalence estimée de la DPP de 16,7% en France. De plus, l’étude met en évidence l’importance de la prise en compte de l’anxiété, plus fréquente que la DPP elle-même.
L'étude souligne également l'importance du dépistage des violences conjugales, bien que sa mise en œuvre puisse être difficile. La question des violences conjugales a été abordée chez 66% des patientes, ce qui est plus fréquent que ce qui est rapporté en médecine générale, où seulement 3% des femmes sont questionnées sur le sujet.
Limites de l'étude
L'étude présente plusieurs limites :
- La taille de l'échantillon de 263 EPNP représente seulement 5% des 4 989 naissances survenues sur la période et le territoire de l'étude.
- L'inclusion de mères vues exclusivement par les sages-femmes de PMI constitue un biais de sélection.
- Les résultats ne peuvent pas être extrapolés à la population générale.
- L'absence de données sur la pratique de terrain des sages-femmes constitue une limite.
Recommandations
Afin d'améliorer l'efficacité de l'EPNP, il est recommandé de :
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- Généraliser l'EPNP : Viser une couverture de 100% de l'EPNP au niveau départemental, régional et national. Cela rendrait l’EPNP et l’EPP plus homogènes, universellement accessibles et d’autant plus efficaces.
- Renforcer la formation des professionnels : S'assurer que tous les professionnels de santé impliqués dans le suivi périnatal sont formés à la réalisation de l'EPNP et à la prise en charge de la DPP.
- Améliorer le dépistage des violences conjugales : Développer des outils et des formations pour faciliter le dépistage des violences conjugales.
- Développer un réseau de prise en charge adapté : Mettre en place un réseau de prise en charge adapté pour répondre aux besoins des femmes souffrant de DPP.
- Intégrer le co-parent : Intégrer dans une approche globale des éléments plus précis concernant le co-parent.
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