L'épidémie de COVID-19 a engendré des bouleversements considérables dans de nombreux aspects de la société, et le domaine de la procréation médicalement assistée (PMA) n'a pas été épargné. En Belgique, comme ailleurs, les couples et les femmes célibataires aspirant à fonder une famille par le biais de la PMA ont dû faire face à des défis inédits. Cet article se penche sur les différents impacts de la pandémie sur la PMA en Belgique, en mettant en lumière les difficultés rencontrées, les adaptations mises en place et les perspectives d'avenir.
Comprendre la COVID-19 et son impact potentiel sur la fertilité
La COVID-19, maladie causée par le virus SARS-CoV-2, se manifeste cliniquement par divers symptômes tels que fièvre persistante, toux et pneumonie. Le virus utilise une protéine de surface appelée protéine S ou « Spike » pour pénétrer dans les cellules hôtes, en se liant au récepteur ACE2 présent à leur surface.
Il est important de noter que la COVID-19 peut potentiellement affecter la fertilité masculine et féminine. Chez les hommes, des niveaux réduits de testostérone ont été observés chez les hommes infectés par rapport aux hommes non infectés. De plus, la maladie peut déclencher des processus inflammatoires, entraînant une réponse immunitaire produisant des cytokines pro-inflammatoires. Chez les femmes, une étude a révélé des différences dans la composition de certaines protéines et hormones présentes dans le liquide folliculaire contenant les ovocytes chez les femmes atteintes du Covid-19.
Les premières perturbations : suspension des traitements et inquiétudes
Au début de la pandémie, face à l'incertitude et à la nécessité de préserver les ressources hospitalières, de nombreux centres de PMA en Belgique ont été contraints de suspendre temporairement leurs activités. Cette interruption a engendré une vague d'inquiétudes et de déception chez les couples et les femmes célibataires engagés dans un parcours de PMA.
L'ESHRE (Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie) a pris l'apparition du Covid-19 très au sérieux et a réuni un panel d'experts pour aider ses membres et leurs patients à adapter le planning de leur construction familiale face à l'émergence du virus. Cependant, il fallait du temps pour trouver les meilleures informations sur lesquelles baser les recommandations.
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Certains couples ont pu mener à bien la stimulation ovarienne et la ponction, ce qui a permis d'obtenir des embryons, mais l'incertitude quant à la possibilité de réaliser le transfert a persisté. Chaque centre était libre de juger au cas par cas de la nécessité ou non de continuer un protocole.
Adaptation et reprise progressive des activités
Malgré les défis initiaux, les centres de PMA en Belgique ont progressivement adapté leurs protocoles et mis en place des mesures de sécurité renforcées pour permettre une reprise progressive des activités. Ces mesures comprenaient notamment le dépistage systématique des patients et du personnel, le port de masques, la distanciation sociale et la désinfection rigoureuse des locaux.
Impact sur les délais et l'accès aux traitements
La suspension temporaire des activités et les mesures de sécurité renforcées ont inévitablement entraîné une augmentation des délais d'attente pour les traitements de PMA. Les couples et les femmes célibataires ont dû faire preuve de patience et de flexibilité, en acceptant de reporter ou de modifier leurs projets de conception.
De plus, l'accès aux traitements a pu être inégal, certains centres ayant donné la priorité aux patients les plus âgés ou à ceux dont la fertilité était la plus compromise. Cette situation a suscité des frustrations et des interrogations quant à l'équité de l'accès aux soins de PMA en période de pandémie.
Les défis psychologiques et émotionnels
Outre les difficultés pratiques liées à l'accès aux traitements, la pandémie a également eu un impact significatif sur le bien-être psychologique et émotionnel des personnes engagées dans un parcours de PMA. L'incertitude, l'isolement social et la peur de contracter le virus ont pu exacerber le stress, l'anxiété et la déprime souvent associés à l'infertilité et aux traitements de PMA.
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Certaines patientes ont exprimé leur anéantissement, leur choc, leur bouleversement et leur frustration face au report de leur projet de conception. L'impossibilité de rendre visite à leur famille ou à leurs amis pour y trouver du réconfort a également été une source de détresse.
Face à ces défis, il est essentiel de mettre en place un soutien psychologique adapté aux besoins spécifiques des personnes en parcours de PMA, afin de les aider à surmonter les difficultés émotionnelles et à maintenir leur bien-être mental.
PMA et vaccination contre la COVID-19 : démystifier les craintes
La pandémie a également suscité des interrogations quant à l'impact potentiel des vaccins contre la COVID-19 sur la fertilité. Des rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux, affirmant que les vaccins à ARN messager pourraient nuire à la fertilité et même rendre stérile.
Cependant, les experts se sont montrés rassurants, soulignant qu'il n'existe aucune preuve scientifique valide suggérant que les vaccins contre la COVID-19 présentent un risque pour la fertilité des hommes et des femmes. Des études ont même montré que les vaccins n'induisent pas de modification de l'activité ovarienne ni des caractéristiques des embryons.
Il est donc important de se baser sur des informations scientifiques fiables et de consulter un médecin en cas de doute, afin de prendre des décisions éclairées concernant la vaccination et la PMA.
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L'impact indirect : la loi de bioéthique et l'ouverture de la PMA à toutes les femmes
Paradoxalement, la pandémie a indirectement contribué à une avancée majeure dans le domaine de la PMA en France, avec l'adoption de la loi de bioéthique en juin 2021. Cette loi a notamment ouvert l'accès à la PMA à toutes les femmes, y compris les femmes célibataires et les couples de femmes, ce qui a eu un impact indirect sur les pratiques en Belgique, pays voisin où la législation en matière de PMA est différente.
L'adoption de cette loi a suscité un afflux de demandes de PMA en France, ce qui a entraîné une augmentation des délais d'attente et une saturation des centres de PMA. Certaines femmes françaises ont alors choisi de se tourner vers des centres de PMA à l'étranger, notamment en Belgique, pour bénéficier de traitements plus rapides.
Cette situation a mis en évidence les inégalités d'accès à la PMA entre les pays européens et la nécessité d'harmoniser les législations et les pratiques en matière de reproduction médicalement assistée.
Témoignages de femmes en parcours de PMA pendant la pandémie
De nombreux témoignages de femmes ayant vécu un parcours de PMA pendant la pandémie mettent en lumière les difficultés rencontrées, mais aussi la résilience et l'espoir qui les ont animées.
Marie, maman solo, a dû justifier d'un "motif impérieux" en plein Covid pour se rendre au Danemark, où elle a réalisé une FIV. Elle a trouvé "une sororité de fou" via les réseaux sociaux, mais a également été confrontée à des témoignages faisant état de grossophobie, de discrimination d'âge ou encore de centres qui refusent les femmes au chômage.
Chloé et Charlotte, un couple de femmes, ont été découragées par les délais d'attente en France et ont finalement trouvé un centre de PMA qui a accepté leur dossier. Elles ont souligné l'importance du soutien de l'équipe médicale et leur positivité face à leur expérience.
Audrey, une femme célibataire, a dénoncé la régionalisation des banques de sperme et la discrimination géographique, se sentant jugée et infantilisée par certains professionnels de santé. Elle a finalement choisi de poursuivre son parcours à l'étranger.
Ces témoignages illustrent la diversité des parcours et des expériences en matière de PMA pendant la pandémie, ainsi que la nécessité d'une approche individualisée et d'un accompagnement adapté aux besoins de chaque personne.
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