Chaque année, environ 300 000 femmes ont recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en France et dans le monde. Face à cet enjeu de santé publique et de droit des femmes, le gouvernement français a mis en place un plan d'action visant à renforcer l'accès à l'IVG, à garantir le libre choix des femmes et à lutter contre les inégalités territoriales et sociales. Cet article détaille les mesures phares de ce plan, les avancées législatives récentes et les défis persistants.
L'IVG en France : État des lieux
En 2023, la France a enregistré 243 623 IVG réalisées dans l'hexagone et dans les DROM. Les jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans sont particulièrement concernées, avec 28,2 % d'entre elles ayant eu recours à l'IVG, soit une augmentation de 1 point par rapport à 2022. Pour les femmes âgées de 25 à 29 ans, ce taux s'élève à 29,9 %, soit une hausse de 1,2 point depuis 2022.
Plus de 143 000 IVG ont été pratiquées au sein d'établissements de santé, dont 49 673 IVG instrumentales et 91 332 IVG médicamenteuses. Toutefois, des disparités territoriales importantes persistent, avec des taux de recours variant de 12,4 ‰ en Pays de la Loire à 23,3 ‰ en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Dans les DROM, ces taux oscillent entre 19,4 ‰ à Mayotte et 48,9 ‰ en Guyane.
L'IVG dans le Monde : Un Droit Fragile
En 2023, à l'échelle mondiale, 753 millions de femmes en âge de procréer, soit 40 % d'entre elles, n'ont toujours pas accès à l'IVG ou ne peuvent y recourir que sous certaines conditions, notamment lorsque leur vie est en danger ou pour des raisons de santé. Face aux tentatives de recul dans certains pays, la France réaffirme son engagement à défendre ce droit et à le promouvoir à l'échelle internationale.
Les Avancées Législatives Récentes
La loi du 2 mars 2022 a marqué une étape importante en matière de droit à l'avortement en France. Elle a notamment allongé le délai légal pour recourir à l'IVG, le faisant passer de 12 à 14 semaines de grossesse. Cette loi a également instauré plusieurs mesures significatives pour renforcer l'accès à ce droit fondamental :
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- Elle permet désormais aux sages-femmes de pratiquer des IVG chirurgicales dans les hôpitaux.
- Elle pérennise les mesures mises en place pendant la crise sanitaire, telles que l'allongement du délai pour l'IVG médicamenteuse en ville, qui passe de 5 à 7 semaines de grossesse.
- Elle consacre la possibilité pour les médecins et les sages-femmes de réaliser à distance les consultations liées à l'IVG.
- Elle supprime le délai de réflexion de deux jours imposé après l'entretien psychosocial pour confirmer une demande d'avortement.
- Elle précise dans le Code de la santé publique qu'un pharmacien refusant de délivrer une contraception d'urgence enfreint ses obligations professionnelles.
Le Plan Interministériel "Toutes et Tous Égaux 2023-2027"
Le Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes « Toutes et Tous Égaux 2023-2027 » a pour objectif de renforcer l'accès à l'IVG pour toutes les femmes et de leur garantir le libre choix de la méthode d'IVG qui leur convient. Pour ce faire, il prévoit de généraliser la pratique de l’IVG par les sages-femmes et d’améliorer la prise en charge des IVG dans les établissements de santé. En 2023, 1 208 sages-femmes ont réalisé une IVG soit une augmentation de 693 par rapport à 2022.
Accompagnement des Femmes et de Leur Partenaire
Les Espaces Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) sont des lieux d’information, d’écoute et de prévention dédiés à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Leur approche bienveillante garantit un service anonyme et gratuit, sans actes médicaux, accessible sur tout le territoire, y compris en outre-mer. Les EVARS jouent également un rôle essentiel dans l’accompagnement des femmes (et de leur partenaire) envisageant une interruption volontaire de grossesse (IVG) ou y ayant recours. Ils assurent les entretiens psychosociaux pré-IVG (obligatoires pour les mineures) ou post-IVG permettant d’apporter un soutien individualisé dans un cadre respectueux et sans jugement. Les EVARS sont essentiellement gérés par des associations. Plus de la moitié sont tenus par le Planning Familial.
Le Planning Familial a aussi mis en place des services d’écoute et d’accompagnement en santé sexuelle. Ses équipes, présentes sur l’ensemble du territoire, informent et conseillent les personnes sur des thématiques telles que l’éducation à la sexualité, la contraception, l’interruption volontaire de grossesse (IVG), le droit des femmes, ainsi que la lutte contre toutes les formes de violences et de discriminations.
Les Mesures du Gouvernement pour Renforcer l'Accès à l'IVG
La ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles et le ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins ont annoncé une série de mesures visant à renforcer l’accès à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en France. Malgré les avancées récentes, certaines inégalités persistent en matière d’accès à l’IVG, qu’il s’agisse de la prise en charge financière, de la disponibilité de l’offre de soins ou de la lutte contre la désinformation.
Parmi ces mesures, on retrouve :
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- Facilitation du conventionnement entre les établissements de santé et les professionnels libéraux : Assouplissement des procédures pour permettre aux professionnels de ville de pratiquer l’IVG en lien avec les établissements autorisés en gynécologie-obstétrique ou en chirurgie, afin d’élargir l’offre d’IVG en dehors des structures hospitalières.
Instruction n° DGOS/P1/DGS/SP2/2025/161 du 21 novembre 2025
Cette instruction précise les conditions de déploiement des mesures qui relèvent d’un pilotage régional et rappelle l’objectif plus large de mobilisation locale pour répondre aux enjeux persistants d’inégal accès à l’IVG, dans le cadre de plans régionaux d’action formalisés, tels que prévus par la loi.
Les Constats
L’offre hospitalière et libérale a répondu au cours des précédentes années à un nombre toujours croissant d’IVG : 251 270 ont été réalisées en 2024, contre 220 623 en 2018, soit une hausse de 13.9% sur la période (Drees, 2025). L’augmentation des IVG médicamenteuses a pu être absorbée grâce à la diversification des effecteurs et des lieux de prise en charge des IVG, mais l’offre hospitalière s’est fragilisée sur la période considérée, sous l’effet des tensions s’exerçant sur la démographie des professionnels de santé.
La dynamique d’activité des acteurs de ville (cabinets libéraux, centres de santé, centres de santé sexuelle) s’est encore accrue sur la période : en 2024, seules trois régions avaient encore une activité d’IVG réalisée en ville s’élevant à moins de 30 % de l’activité totale d’IVG, tandis que la part d’activité de ville atteignait voire dépassait 50 % dans huit régions. La part prise par les sages-femmes dans l’activité d’IVG médicamenteuse de ville y était par ailleurs majeure.
Cette disponibilité de l’offre a été soutenue également par de nouvelles possibilités, telles que l’ouverture de la pratique d’IVG instrumentales aux sages-femmes en établissement de santé. Cette pratique, qui permet de soutenir l’offre d’IVG instrumentale en particulier dans les zones marquées par un déficit de médecins formés ou désireux de réaliser cet acte, a pris de l’ampleur depuis sa mise en place en 2024 : 45 établissements de santé, implantés dans la quasi-totalité des régions métropolitaines, la proposent aujourd’hui ou forment une ou plusieurs sages-femmes pour la proposer à brève échéance.
Parallèlement à ces avancées, la dynamique de simplification des parcours d’IVG se poursuit, à la faveur notamment du développement des téléconsultations dans ce champ, qui peut faciliter dans certains cas l’accès des femmes : en 2023, le nombre d'IVG médicamenteuses réalisées par téléconsultation atteignait 1 262 cas, soit une augmentation de près de 30 % par rapport à l’année précédente.
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Bien que les résultats de ces deux dispositifs (IVG instrumentales par les sages-femmes, et téléconsultation) restent encore modestes à ce jour, ils constituent des leviers prometteurs qu’il convient de continuer à soutenir et à développer.
Les Orientations Stratégiques Nationales pour les Années à Venir
En dépit de ces dynamiques favorables, un faisceau d’éléments témoigne de difficultés persistantes d’accès à l’IVG qui ont justifié l’annonce, le 8 mars dernier, par les ministres en charge de la santé, d’un ensemble de chantiers complémentaires qui structureront le travail à conduire au niveau national comme local, au cours des années à venir.
Plusieurs objectifs sont ainsi poursuivis :
- Progresser dans la connaissance des difficultés d’accès et des parcours d’IVG: Une enquête nationale (enquête avec des patientes « mystère » auprès des différents offreurs de soins, hospitaliers et de ville) va être engagée en 2025 et 2026 afin de cerner les délais nécessaires pour accéder à une consultation de prise en charge de l’IVG et leur évolution, selon différentes caractéristiques de parcours. Les résultats de cette enquête seront communiqués aux ARS.
- Améliorer l’information des femmes et la lisibilité de l’offre d’IVG: Il est essentiel de généraliser la mise à disposition de ces annuaires sur les sites des ARS, d’en diffuser le plus largement possible l’information, et d’organiser l’actualisation régulière de leurs données.
- Soutenir l’offre hospitalière d’IVG, en consolidant une offre minimale par territoire et en mobilisant la diversité des acteurs disponibles: La formation des professionnels sera notamment soutenue dans les années à venir, avec la reconduction de la formation ANFH consacrée à l’IVG instrumentale, notamment tardive, en 2026, ce qui permettra de lever les blocages éventuels liés à la formation pour ces actes. De même, la possibilité désormais ouverte aux sages-femmes de réaliser les IVG instrumentales en établissement de santé est une réponse possible aux défauts d’offre d’IVG instrumentale liés aux tensions s’exerçant sur les professionnels médecins de certains territoires, et doit être déployée le plus largement possible.
Priorités Régionales
En étroit lien avec les acteurs des territoires, les ARS ont vocation à contribuer à la déclinaison de plusieurs des orientations ainsi annoncées par le gouvernement. Leur rôle d’animation territoriale et de mise en réseau des différents acteurs, selon les spécificités de chaque territoire, est essentiel à cette fin.
- Améliorer l’information des femmes et la lisibilité de l’offre: Chaque région doit disposer d’un annuaire des structures et des professionnels qui contribuent à l’offre d’IVG et sont volontaires pour y figurer.
- Soutenir l’offre hospitalière d’IVG, en consolidant une offre minimale par territoire et en mobilisant la diversité des acteurs disponibles: Il s’agit de veiller à la mise en œuvre des évolutions réglementaires et organisationnelles récemment intervenues s’agissant de l’offre hospitalière.
- Consolider la dynamique de l’activité d’IVG en ville: Une politique régionale active de sensibilisation et d’appui à la formation des acteurs de ville sera tout d’abord importante à conduire afin de continuer d’élargir le vivier des professionnels concernés.
Formalisation de ces Objectifs dans le Cadre de Plans d’Action pour l’Accès à l’IVG et Organisation du Suivi au Niveau National
Enfin, pour assurer la déclinaison opérationnelle de ces mesures et mobiliser les acteurs régionaux autour d’objectifs actualisés dans le champ de l’IVG, les ARS actualiseront avant le 31 octobre 2026 leurs plans régionaux d’accès à l’IVG, conformément aux dispositions de l’article L. 1434-7 du code de la santé publique.
Déroulement de l'IVG : Les Étapes Clés
Une femme enceinte, y compris mineure, qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut en demander l'interruption. La pratique de l'avortement est réglementée et plusieurs étapes doivent être respectées, avant et après l'intervention. Lors d’une consultation avec un médecin ou une sage-femme, la femme enceinte doit être informée sur les méthodes abortives et a le droit d'en choisir une librement en fonction du terme de la grossesse. Il existe 2 méthodes d'IVG : L'IVG instrumentale (chirurgicale) et l'IVG médicamenteuse.
Les Étapes Préalables à l'IVG
La demande d’IVG se fait en deux temps :
- La consultation d'information : C’est lors de cette consultation que vous formulez votre demande d’avortement au médecin ou à la sage-femme. Il ou elle vous remet un dossier guide et des informations orales sur les différentes méthodes d’IVG, les lieux de réalisation et les risques et les effets secondaires possibles.
- Le recueil du consentement : Vous remettez votre consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme. Il n'existe plus de délai de réflexion imposé en matière d'avortement.
Les Méthodes d'IVG
- IVG instrumentale (chirurgicale) : La technique instrumentale (chirurgicale) consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. L'hospitalisation dure en général quelques heures, mais l'intervention en elle-même dure une dizaine de minutes.
- IVG médicamenteuse : La technique médicamenteuse consiste à prendre 2 médicaments (le 1er servant à interrompre la grossesse et le 2nd à provoquer l'expulsion de l’œuf). Les 2 médicaments sont délivrés par le médecin ou la sage-femme lors de la consultation ou par le pharmacien dans le cas où vous avez effectué une téléconsultation. Cette méthode ne nécessite donc ni anesthésie, ni intervention chirurgicale. Des médicaments antalgiques vous seront prescrits.
Le Suivi Post-IVG
Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l’IVG. Elle vous permet de parler de votre situation si vous en ressentez le besoin. Une visite de contrôle doit intervenir entre le 14e et le 21e jour après l'IVG instrumentale ou médicamenteuse. Elle permet de s'assurer qu'il n'existe pas de complication et que la grossesse a bien été interrompue. Lors de la consultation de contrôle, le médecin ou la sage-femme s'assure que vous disposez d'un moyen contraceptif adapté à votre situation si nécessaire.
Prise en Charge Financière de l'IVG
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible.
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