Les progrès scientifiques récents dans le domaine de la reproduction humaine, tels que la fécondation in vitro, la congélation d'embryons et la manipulation du patrimoine héréditaire, soulèvent des questions éthiques et juridiques complexes. La biologie remet en question des lois considérées comme intangibles, notamment celles liées à l'origine de la vie, à la procréation et à la transmission des caractères héréditaires. Cet article examine l'avortement sélectif de jumeaux atteints de trisomie en France, en abordant les aspects légaux, médicaux et éthiques de cette pratique.
Contexte Général
La série d'articles dont nous commençons aujourd'hui la publication apporte des exemples du vide juridique et de l'incertitude éthique dans lesquels se déroulent, universellement, des entreprises médicales ou scientifiques touchant à la procréation.La loi de bioéthique du 2 août 2021 encadre l'interruption volontaire partielle de grossesse, également appelée interruption sélective de grossesse. Cette pratique consiste à arrêter le développement d'un ou plusieurs fœtus au sein d'une grossesse multiple. Elle peut être envisagée lorsqu'une anomalie morphologique ou chromosomique grave est diagnostiquée chez l'un des fœtus.
Étude de Cas et Dilemmes Éthiques
Le cas de Mme X…, enceinte de jumeaux après un long traitement contre la stérilité, illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les parents. L'amniocentèse révèle que l'un des jumeaux est atteint de trisomie 21, tandis que l'autre est génétiquement normal. Les parents sont confrontés à un choix difficile : avorter les deux fœtus ou donner naissance aux deux enfants, dont l'un est atteint de trisomie 21. La mère, ne se sentant pas capable d'assumer un enfant handicapé, souhaite connaître la possibilité d'une "élimination sélective" du jumeau anormal, comme cela a été pratiqué en Suède.
L'équipe médicale américaine est confrontée à des difficultés d'ordre éthique et technique. L'élimination sélective d'un jumeau est sans précédent aux États-Unis, et les risques potentiels pour la mère et le jumeau sain sont importants, notamment l'accouchement prématuré, l'avortement des deux fœtus, une erreur lors de l'intervention affectant le jumeau normal, et le déclenchement de thromboses chez la mère.
Cadre Légal en France
En France, l'interruption sélective de grossesse est encadrée par la loi de bioéthique du 2 août 2021. Cette loi distingue deux types d'interventions :
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- La réduction embryonnaire : Elle consiste à diminuer le nombre d'embryons dans les grossesses multiples de haut rang (plus de trois embryons) en raison du risque de prématurité ou de retard de croissance. Cette situation est de moins en moins fréquente grâce à un meilleur encadrement de la procréation médicalement assistée (PMA).
- Le fœticide sélectif (ou interruption médicale de grossesse sélective) : Il est pratiqué plus tard dans la grossesse lorsqu'une anomalie morphologique ou chromosomique grave est diagnostiquée chez l'un des embryons.
L'article L. 2213-1.-I du Code de la santé publique précise que l'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme doit comprendre "au moins un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, un médecin ou une sage-femme choisi par la femme et une personne qualifiée tenue au secret professionnel, qui peut être un assistant social ou un psychologue".
Procédures Médicales
La technique utilisée pour le fœticide sélectif dépend de la chorionicité, c'est-à-dire du nombre de placentas.
- Grossesse bichoriale (deux placentas) : Le médecin réalise une injection intracardiaque de lidocaïne pour arrêter le cœur du fœtus atteint.
- Grossesse monochoriale (un seul placenta) : Le médecin coagule le cordon ombilical du fœtus atteint. Cette technique comporte un risque plus élevé de perte totale de la grossesse.
La réduction embryonnaire s'effectue par une injection intra-thoracique de chlorure de potassium dans le fœtus par voie transabdominale, ce qui arrête le cœur du fœtus.
La loi de bioéthique du 2 août 2021 stipule que la réduction embryonnaire ne peut être réalisée qu'au cours du premier trimestre de grossesse, après avis d'une équipe pluridisciplinaire attestant que les conditions médicales, obstétricales et psychologiques sont réunies. En général, elle est pratiquée autour de 12 semaines d'aménorrhée (SA) pour permettre la réalisation de l'échographie du premier trimestre et la détection d'éventuelles anomalies chez l'un des fœtus.
Risques et Complications
Les réductions embryonnaires comportent un risque de fausse couche d'environ 5 à 10 %, en raison de la perforation de la peau, de l'utérus et du sac gestationnel. Il existe également un risque de rupture prématurée des membranes, pouvant entraîner des complications pour le fœtus sain et déclencher un accouchement prématuré. La fréquence de ces complications varie selon le type de grossesse multiple.
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Un encadrement psychologique est essentiel pour le couple, car il persiste souvent un sentiment de culpabilité, d'autant plus que le fœtus éliminé n'est pas nécessairement atteint d'une pathologie, mais est simplement un "problème de nombre". Il est important d'insister sur le fait que cette intervention vise à préserver la vie des fœtus restants et à augmenter les chances de donner naissance à des enfants viables et en bonne santé.
Dépistage Prénatal Non Invasif (DPNI) et Eugénisme
Le dépistage prénatal non invasif (DPNI) est une technique qui permet de rechercher le chromosome 21 surnuméraire dans l'ADN fœtal circulant dans le sang maternel. Il est proposé à toutes les femmes enceintes dont le niveau de risque est compris entre 1/50 et 1/1000 à l'issue du dépistage par dosage des marqueurs sériques. Cette technique, utilisable dès 10 semaines de grossesse et fiable à 99 %, limite le recours à l'amniocentèse.
Cependant, certains craignent que le DPNI ne conduise à une forme d'eugénisme, en augmentant le nombre d'interruptions de grossesse pour les fœtus atteints de trisomie 21. En France, environ 96 % des enfants trisomiques sont éliminés avant la naissance grâce au dépistage prénatal. Certains dénoncent une "obsession de l'exhaustivité" et une "hantise de rater la cible" dans cette politique de dépistage, conduisant à un "raffinement dans l'eugénisme".
Tests Prénataux et Autisme
La possibilité de développer des tests prénataux fiables pourDiagnostiquer l'autisme soulève également des questions éthiques complexes. Bien que de tels tests n'existent pas actuellement, certains craignent que leur développement n'entraîne une augmentation des interruptions de grossesse pour les fœtus présentant des prédispositions génétiques à l'autisme.
Des chercheurs soulignent que l'autisme est un trouble neurodéveloppemental complexe, impliquant de multiples gènes et des facteurs environnementaux. Il est donc difficile de prédire avec certitude si un fœtus porteur de certains gènes développera effectivement l'autisme. De plus, il existe un large spectre de formes d'autisme, allant de formes légères à des formes plus sévères.
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L'impact des Réseaux Sociaux
Le partage d'expériences de grossesse et d'avortement sur les réseaux sociaux est de plus en plus courant. Certaines personnalités publiques choisissent de partager leur histoire, y compris les aspects les plus difficiles, tels que l'interruption sélective de grossesse. Cependant, cette médiatisation peut entraîner des réactions négatives et des critiques virulentes.
Il est important de rester prudent face aux informations diffusées sur les réseaux sociaux concernant l'avortement. Certains comptes peuvent véhiculer de fausses informations et des récits négatifs pour dissuader les femmes d'y avoir recours. Il est essentiel de se tourner vers des professionnels de santé pour obtenir des informations fiables et un accompagnement adapté.
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