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La Paternité à l'Ère Moderne : Statistiques, Évolutions et Enjeux

Introduction

La figure paternelle a considérablement évolué au cours des dernières décennies. Autrefois cantonnée à un rôle de pourvoyeur économique et d'autorité, elle s'est progressivement transformée, influencée par des facteurs sociodémographiques majeurs tels que l'évolution des droits des femmes, la maîtrise de la fécondité et l'évolution des structures familiales. Cet article se propose d'explorer les différentes facettes de la paternité moderne, en s'appuyant sur des données statistiques récentes et des études approfondies.

Évolution du Congé Paternité : Un Indicateur de l'Engagement Paternel

L'évolution du congé paternité en France témoigne d'une prise de conscience croissante de l'importance de l'implication du père dès les premiers jours de l'enfant. La réforme de juillet 2021, qui a allongé la durée du congé paternité de 11 à 25 jours (auxquels s'ajoutent les trois jours obligatoires depuis 2002), marque une étape importante dans la reconnaissance du rôle du père.

Utilisation du Congé Paternité : Progrès et Disparités

Selon une enquête de la Drees, sur les six derniers mois de l'année 2021, les deux tiers des pères (65%) ont pris la totalité de leurs 25 jours de congé paternité. L'utilisation du congé paternité progresse, mais des inégalités persistent.

Entre 2013 et 2021, la part des pères ayant recours au congé paternité à la naissance de leur enfant est passée de 68% à 71%. De plus en plus de pères font donc valoir ce droit.

Toutefois, 29% des pères éligibles n'ont pas recours au congé paternité. Pour être éligible au congé paternité ou maternité, les parents doivent, au moment de la naissance, être en emploi ou au chômage indemnisé au cours des 12 derniers mois. Ils touchent ainsi des indemnités, sous conditions.

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Ainsi, en 2021, seuls 13% des pères au chômage indemnisé ont pris leur congé paternité, alors que les trois quarts des pères en emploi (76%) y ont eu recours. À titre de comparaison, 75% des mères au chômage indemnisé ont pris un congé de maternité, contre 95% des mères en emploi.

Ce non-recours s'explique en partie par une mauvaise information, selon la Drees. Si certains pères au chômage l’ignorent, ils ont pourtant droit au congé paternité, parce qu’ils perçoivent des indemnités ou parce qu’ils en ont perçues dans l’année précédent la naissance. Il y a aussi un "sentiment d’illégitimité", selon la Dress.

Pour les indépendants ou les professions libérales, le recours au congé paternité progresse aussi. Il est passé de 32% en 2013 à 46% en 2021. Mais ce taux reste très inférieur à celui des pères fonctionnaires ou salariés en CDI. 91% d'entre eux font valoir leur droit. C'est 82% pour les salariés du privé.

L'enquête constate que l’entrée plus fréquente dans le dispositif des pères indépendants ou en contrat court s’est accompagnée d’une hausse des congés de paternité pris partiellement.

En 2021, une majorité de pères (72%) prennent ce congé dans la semaine suivant la naissance de leur enfant. En 2013, ils n'étaient que la moitié dans ce cas (49%). Cela témoigne "de la valorisation croissante du temps d’accueil du nouveau-né", écrivent les auteurs.

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Selon l'enquête, sur les six derniers mois de l'année 2021, les deux tiers de pères (65%) ont pris la totalité de leurs jours en une ou plusieurs fois. La majorité d'entre eux (80%) l'ont pris d'un bloc. Ceux qui fractionnent (20%) en prenant leurs jours en deux fois sont le plus souvent des cadres. Ils le font pour ne pas s’absenter trop longtemps, mettant en avant leurs responsabilités managériales.

Motivations et Contraintes Liées au Congé Paternité

Pour les personnes ciblées par l'enquête, le congé paternité apparaît comme une "évidence", qui répond à un besoin d’être associé à la naissance de leurs enfants. Mais là encore, quelques disparités existent. Certaines contraintes ont été intériorisées par les pères, en particulier les cadres. La précarité du statut professionnel peut également influencer la mise en place du congé paternité.

Pour les travailleurs indépendants, l’arrêt temporaire du travail est parfois perçu comme un risque professionnel, avec la perte de clients ou des pertes financières. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale sont plafonnées en 2023 à environ 95 euros nets par jour pour les salariés, 60 euros pour les indépendants. Les pères dont les revenus baissent doivent donc l’anticiper. Certains vont jusqu'à renoncer à prendre la totalité du congé de paternité.

Objectifs de la Réforme et Répartition des Tâches Domestiques

La réforme de juillet 2021 visait deux objectifs principaux : renforcer la présence du père auprès de l’enfant et le lien père-enfant, et favoriser l’égalité femmes-hommes en rééquilibrant le partage des tâches domestiques (ménagères et parentales) entre le père et la mère.

Les parents interrogés pour l'étude font état d’une répartition inégale du travail domestique entre les conjoints. Malgré un surcroît d’investissement des pères pendant leur congé paternité, les mères en accomplissent globalement davantage. En plus des tâches parentales et de certaines tâches ménagères partagées, les femmes gèrent souvent des tâches supplémentaires, "avec une spécialisation de genre qui affecte la réalisation de certaines tâches", explique l'étude.

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Les réponses des personnes ciblées par l'enquête mettent en évidence une modification du nouvel équilibre familial mis en place pendant le congé paternité au moment de la reprise de l’activité professionnelle du père. Cette reprise intervient dans la plupart des cas avant celle de la mère. "Cela vient généralement (re)créer de l’inégalité dans la prise en charge des tâches domestiques", constate la Drees. Pour les auteurs de l'enquête, le retour à l’emploi de la mère signifie de nouveau un partage des tâches moins inégalitaire.

Paternité et Séparation : Maintien du Lien Père-Enfant

Les séparations sont devenues de plus en plus fréquentes au cours des dernières décennies. Alors que seulement 2 % des unions cohabitantes débutées dans les années 1955-1959 étaient rompues au bout de 10 ans, c’était le cas de 22 % de celles débutées trente ans plus tard. La part des divorces avec enfant(s) mineur(s) est estimée à 57 % en 2007. Cette fragilisation des unions fécondes a conduit les démographes à s’intéresser à l’histoire familiale des enfants, à leur probabilité de connaître la séparation de leurs parents et de ne vivre qu’avec l’un d’eux.

Exercice de l'Autorité Parentale et Résidence des Enfants

La loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale pose comme principe l’exercice commun de celle-ci entre père et mère, en réaffirmant que « chacun des père et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent ».

Dans les faits, l’autorité parentale conjointe est la règle : elle s’applique à l’issue de 98 % des divorces et de 93 % des séparations de parents non mariés, l’autorité parentale revenant dans ce dernier cas à la mère dans 6 % des cas. Cette même loi insiste sur le fait que « l’exercice du droit de visite et d’hébergement ne peut être refusé à l’autre parent que pour des motifs graves » mais n’impose pas de principe relatif à la résidence des enfants.

En 2011, la résidence des enfants reste largement fixée chez la mère (dans un peu plus de 7 cas sur 10) mais la résidence alternée progresse ces dernières années : elle est ainsi passée de 10 % à 17 % entre 2004 et 2011. La part d’enfants en résidence chez leur père est quant à elle relativement stable sur la période, autour de 10 %. Il s’agit dans ce cas le plus souvent d’adolescent(s).

Évolution de la Monoparentalité et Conséquences sur la Paternité

Du point de vue démographique, le nombre de familles monoparentales n’a cessé de croître depuis 40 ans : en 2005, 18 % des enfants de moins de 25 ans vivaient dans une famille monoparentale (soit 2,8 millions d’enfants) contre 8 % en 1968. Du fait de l’organisation dominante de la résidence des enfants chez la mère, les pères à la tête d’une famille monoparentale sont relativement peu nombreux. En cas de séparation, c’est ainsi principalement la paternité qui est mise à l’épreuve par l’absence de quotidienneté dans la relation à l’enfant.

Ce contexte de développement de la monoparentalité a conduit à s’intéresser aux conséquences de la trajectoire familiale des enfants sur leurs comportements à l’adolescence ou une fois devenus adultes : réussite scolaire, âge au départ du foyer parental, trajectoire conjugale, etc. Il ressort des études que parmi les enfants vivant avec leur mère en famille monoparentale, ceux qui vont « mieux » au sens large sont ceux qui peuvent compter sur un père resté présent.

Fréquence des Rencontres Père-Enfant Après la Séparation

Une étude s’appuie sur l’exploitation statistique des données de l’Étude des relations familiales et intergénérationnelles (Érfi) réalisée en 2005 par l’Ined et l’Insee en France métropolitaine auprès de 10 079 personnes.

Lorsque les parents ne sont pas séparés, la décohabitation des enfants débute à partir de 18 ans et s’accompagne le plus souvent de fréquentes rencontres, tant avec le père qu’avec la mère. Lorsque les parents sont séparés, les choses sont en revanche bien différentes. À quelques rares exceptions, jusque 18 ans, la mère déclare vivre avec ses enfants, que ce soit à temps complet ou en résidence alternée. En revanche, la résidence de l’enfant chez le père est plus rare. Les rencontres père-enfants sont assez nombreuses aux jeunes âges, notamment avant 5 ans, mais deviennent plus rares ensuite.

L’absence de rencontre entre un enfant et son père concerne environ 10 % des enfants avant 18 ans (elle est pour ainsi dire inexistante du côté des mères), proportion qui augmente considérablement passé cet âge : 18 % si l’enfant a entre 18 et 21 ans et près de 30 % s’il a entre 30 et 34 ans (contre à peine 6 % du côté des mères).

Il apparaît que pour 30 % des enfants de 30-34 ans déclarés par un père séparé, ce dernier dit ne jamais les voir. Un net effet d’âge apparaît ainsi, mais celui-ci recouvre différentes situations. Lorsque l’enfant est âgé, il est davantage probable que la séparation de ses parents soit ancienne or le temps écoulé depuis la rupture est étroitement lié à l’intensité des liens.

Ainsi, plus les enfants sont jeunes lorsque leurs parents se séparent et plus la proportion de ceux qui par la suite ne voient jamais leur père est élevée : l’absence de rencontre concerne ainsi plus d’un enfant sur quatre parmi ceux qui avaient moins de 3 ans au moment de la séparation contre un enfant sur sept parmi ceux qui étaient âgés d’au moins 8 ans.

Une cassure se produit au moment du passage à la majorité de l’enfant. En coupe transversale, on observe qu’entre 0 et 17 ans, parmi les enfants ne résidant pas chez leur père, la proportion de ceux qui ne le voient jamais est comprise entre 5 et 10 % mais elle est d’environ 20 % à 18 ans et atteint presque 30 % pour les enfants de plus de trente ans. Ce décrochage à 18 ans, qui vaut à la fois pour les enfants issus d’une union mariée et pour ceux dont les parents n’étaient pas mariés, pourrait tenir au droit de visite et d’hébergement, encadré juridiquement jusqu’à la majorité de l’enfant. Au-delà de cet âge, les parents mais aussi les enfants décident par eux-mêmes de maintenir ou non un lien et les modalités de celui-ci.

Le Rôle du Père : Au-Delà du Modèle Traditionnel

Évolution des Rôles Masculins et Féminins

Plusieurs facteurs environnementaux ont contribué, surtout à partir des années 1970, à ce remue-ménage des identités au sein des familles. Le féminisme et son corollaire obligé, la lutte pour l’accès à l’égalité en emploi pour les femmes, ont eu des conséquences sur la redéfinition des rôles.

La maîtrise de la fécondité, grâce aux progrès fulgurants dans les techniques de contraception, a permis aux couples de décider du nombre d’enfants qu’ils auraient, et la majorité d’entre eux ont choisi de réduire leur fécondité, que la femme soit ou non en emploi. Ce transfert du contrôle de la fécondité aux femmes a constitué une porte d’entrée essentielle pour les femmes qui voudront adopter des comportements jusque là considérés comme masculins et participer davantage au système de pouvoir dominé par les hommes.

Impact de l'Implication du Père sur le Développement de l'Enfant

Une étude menée par Varghese et Wachen synthétise les conclusions des études publiées sur l'impact de la participation des pères à l'alphabétisation des enfants. Elle passe en revue les facteurs qui influencent les niveaux de participation des pères aux activités d'alphabétisation et leur niveau de contribution au développement du langage. Il en ressort que le niveau de scolarité ou le niveau de revenu du père, le statut de la résidence des enfants, la relation avec la mère de l'enfant sont des facteurs impactant directement l'alphabétisation et les résultats linguistiques des enfants. Il en ressort que les pères apportent une contribution unique et directe à l'alphabétisation et aux résultats linguistiques de leurs enfants grâce à l'utilisation d'un langage complexe, à la participation à des activités de lecture et d'écriture et à des comportements parentaux réactifs.

Une méta-analyse de 66 études, pour déterminer la relation entre la participation du père et les résultats scolaires des écoliers a été menée par le professeur William H. Jeynes de l'université de Californie. Les résultats indiquent que l'association entre la participation du père et les résultats scolaires des jeunes dans leur ensemble est statistiquement significative.

Une étude menée par E. Duursma, a examiné la fréquence de lecture paternelle et maternelle de livres chez 430 familles à faible revenu et a examiné si la lecture paternelle de livres et la lecture maternelle prédisaient le développement linguistique et cognitif précoce des enfants et les compétences émergentes en littératie. Les résultats ont montré que les mères lisent plus fréquemment à leurs tout-petits que les pères, mais qu'environ 55 % des pères ont déclaré lire au moins une fois par semaine à leurs enfants. La lecture paternelle de livres à 24 et 36 mois prédisait de manière significative le langage et les compétences cognitives des enfants à l'âge de 36 mois ainsi que leurs compréhension des histoires à la maternelle. La lecture de livres par les mères n'est qu'un prédicteur significatif des compétences cognitives des enfants à 36 mois.

Une méta-analyse de 2007 de littérature scientifique a montré que l'engagement du père a des effets significatifs sur la cognition et le langage des enfants à 24 et 36 mois et sur leur développement social et émotionnel à 24, 36 mois et avant la maternelle. Elle met en évidence que le soutien des pères est important pour le développement du langage, cognitif et du langage des enfants à travers les âges et la régulation émotionnelle à 24 mois. Selon les chercheurs ces résultats suggèrent que les programmes qui visent à accroître l'éducation des pères et qui promeuvent et encouragent le rôle parental positif des pères produiront de grands avantages pour les enfants.

Une étude longitudinale de 2020 sur 1 258 enfant destinée a étudier l'influence des niveaux de stimulation cognitive des mères, des pères et des prestataires de gardes (assistantes maternelles, crèches) a montré des effets positifs directement observables de la stimulation cognitive précoce des pères sur les compétences précoces en lecture et en mathématiques des enfants âgés de 48 et 60 mois. Les conclusions postulent pour améliorer l'inclusion des pères dans les études de stimulation cognitive à domicile.

Une étude a montré que le rôle parental des pères était significativement inversement lié aux fonctions exécutives des enfants, indépendamment du revenu familial et des capacité d'élocution des enfants.

Une étude longitudinale a testé l'effet des relations père-enfant et mère-enfant sur l'anxiété mathématique des enfants. Les modèles croisés ont indiqué que la relation père-enfant, plutôt que la relation mère-enfant, prédisait l'anxiété mathématique des enfants, même après avoir pris en compte le sexe des enfants, l'âge des enfants, l'anxiété d'apprentissage des enfants, l'anxiété sociale des enfants, la motivation d'apprentissage des enfants, la performance mathématique des enfants.

Une étude a examiné les relations prospectives entre la présence et le rôle parental des pères, et le fonctionnement cognitif et comportemental ultérieur des enfants. Les résultats ont indiqué que pour les filles uniquement, la présence des pères au milieu de l'enfance prédisait moins de problèmes d'intériorisation avant l'adolescence. Tant pour les garçons que pour les filles, le contrôle parental positif des pères prédisait un QI de performance plus élevé et moins de problèmes d'intériorisation plus de six ans plus tard.

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