Introduction
La bromocriptine, commercialisée sous le nom de Parlodel® et Bromocriptine Zentiva®, est un dérivé de l'ergot de seigle utilisé pour inhiber la lactation. Bien qu'efficace, son utilisation est de plus en plus remise en question en raison de ses effets secondaires potentiels. Cet article examine en détail les effets secondaires associés à la bromocriptine dans l'inhibition de la lactation, tout en explorant les alternatives thérapeutiques et les recommandations actuelles.
Contexte et Évolution des Recommandations
En France, les autorités sanitaires suivent de près le dossier de la bromocriptine depuis plus de vingt ans. Une enquête de pharmacovigilance menée en 1993 a révélé 115 cas d'effets indésirables, dont 53 cardiovasculaires (thromboses artérielles, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, hypertension artérielle sévère) et 36 neuropsychiatriques (hallucinations, convulsions, tentative de suicide). Une nouvelle enquête en 2011 a recensé 228 cas d'effets indésirables, dont 92 cardiovasculaires et 66 neuropsychiatriques.
Face à ces constats, l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a estimé en 2013 que le rapport bénéfice/risque de la bromocriptine n'était plus favorable dans la prévention ou l'inhibition de la lactation physiologique et souhaite porter ce dossier au niveau européen. L'ANSM, en collaboration avec le Collège National des Gynécologues Obstétriciens (CNGOF) et le Collège National des Sages-Femmes de France (CNSF), a rappelé que l'utilisation d'un médicament inhibant la lactation doit être réservée aux situations où l'inhibition de la lactation est souhaitée pour raison médicale.
Effets Secondaires de la Bromocriptine
Les effets indésirables de la bromocriptine sont classés par ordre décroissant de fréquence :
Affections psychiatriques:
- Peu fréquent : confusion, agitation psychomotrice, hallucinations, délire.
- Rare : troubles psychotiques.
- Troubles du contrôle des impulsions : jeu pathologique, augmentation de la libido, hypersexualité, dépenses ou achats compulsifs, consommation excessive de nourriture (binge eating) et alimentation compulsive.
Ces troubles psychiatriques peuvent être observés plus particulièrement aux fortes posologies et essentiellement chez des patients présentant déjà des signes de détérioration mentale. Ces troubles nécessitent la réduction de la posologie, voire l'arrêt du traitement.
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Affections du système nerveux:
- Fréquent : céphalées, sensation vertigineuse, assoupissement.
- Peu fréquent : dyskinésies.
- Rare : somnolence.
- Très rare : somnolence diurne excessive, accès de sommeil d'apparition soudaine. Des cas de convulsions ont été exceptionnellement observés dans le post-partum chez des femmes traitées par PARLODEL.
Affections cardiaques:
- Rare : péricardite constrictive.
- Très rares : valvulopathie cardiaque (incluant régurgitation) et troubles associés (péricardite et épanchement péricardique). Des cas d'infarctus du myocarde ont été exceptionnellement rapportés dans le post-partum chez des femmes traitées par PARLODEL.
Affections vasculaires:
- Peu fréquent : hypotension, hypotension orthostatique (conduisant à titre exceptionnel à un collapsus nécessitant la réduction de la posologie, voire l'arrêt du traitement). Des cas d'hypertension artérielle et d'accident cérébrovasculaire ont été exceptionnellement rapportés dans le post-partum chez des femmes traitées par PARLODEL.
- Très rare : pâleur réversible des extrémités déclenchée par l'exposition au froid particulièrement chez les patients présentant déjà des antécédents de syndrome de Raynaud.
Affections respiratoires, thoraciques et médiastinales:
- Fréquent : congestion nasale.
- Rare : épanchement pleural et fibrose pleuropulmonaire chez des patients parkinsoniens traités à long terme et à fortes doses, pleurésie, dyspnée.
Affections gastro-intestinales:
- Fréquent : nausée, constipation, vomissement.
- Peu fréquent : sécheresse de la bouche.
- Rare : douleur abdominale, fibrose rétropéritonéale.
Affections de la peau et du tissu sous-cutané:
- Peu fréquent : perte des cheveux, urticaire, eczéma, éruption maculo-papuleuse, éruption érythémateuse.
Affections musculo-squelettiques et systémiques:
- Peu fréquent : crampes au niveau des jambes.
Troubles généraux et anomalies au site d'administration:
- Rare : oedème périphérique.
- Très rare : syndrome ressemblant au syndrome malin des neuroleptiques en cas d'arrêt brutal du traitement.
Il est important de noter que la plupart de ces effets indésirables sont dose-dépendants et peuvent être contrôlés en diminuant la posologie.
Précautions d'Emploi et Mises en Garde
La bromocriptine nécessite une surveillance attentive et des précautions d'emploi spécifiques :
- Facteurs de risque vasculaire: La plupart des incidents ou accidents cardiovasculaires observés sont survenus chez des patients présentant des facteurs de risque vasculaire (hypertension artérielle, tabagisme, obésité), une artériopathie périphérique, ou traités de façon concomitante par des médicaments vasoconstricteurs dont l'association est déconseillée.
- Somnolence et accès de sommeil soudain: Les patients ayant présenté une somnolence ou des accès de sommeil d’apparition soudaine ne doivent pas conduire de véhicules ou utiliser des machines.
- Troubles du contrôle des impulsions: Les patients doivent être surveillés de façon régulière à la recherche de l’apparition de troubles du contrôle des impulsions. Les patients et les soignants doivent être tenus informés de ces risques.
- Fibroses: Chez les patients traités par la bromocriptine, en particulier à long terme et à fortes doses, il a été occasionnellement rapporté des épanchements pleuraux et péricardiques, des fibroses pleuropulmonaires, et des péricardites constrictives. Une fibrose rétropéritonéale a également été rapportée.
- Syndrome malin des neuroleptiques et syndrome de sevrage aux agonistes dopaminergiques (SSAD): Quand une diminution de la dose ou un arrêt du traitement est nécessaire, la dose devra être réduite progressivement. Une réduction brutale de la dose ou du traitement pourrait causer un syndrome malin des neuroleptiques ou un SSAD. Les symptômes de sevrage peuvent inclure l'apathie, l'anxiété, la dépression, la fatigue, la sudation et la douleur et ne répondent pas à la lévodopa.
- Intolérance au galactose: Les patients présentant une intolérance au galactose, un déficit total en lactase ou un syndrome de malabsorption du glucose et du galactose (maladies héréditaires rares) ne doivent pas prendre ce médicament.
- Surveillance de la pression artérielle: Il est recommandé de surveiller la pression artérielle attentivement, en particulier les jours suivants le début du traitement.
- Étiologie de l'hyperprolactinémie: Avant de traiter une hyperprolactinémie par bromocriptine, il faudra tout d’abord en rechercher l’étiologie (médicamenteuse ou hypothyroïde par exemple).
- Grossesse et adénome hypophysaire: En cas de grossesse chez une patiente porteuse d’un adénome hypophysaire, il faudra surveiller avec soin les signes témoignant d’une reprise de la croissance tumorale (céphalées intenses et persistantes ainsi que troubles visuels).
Alternatives à la Bromocriptine
Face aux risques associés à la bromocriptine, il est essentiel d'explorer les alternatives disponibles pour l'inhibition de la lactation :
- Méthodes non pharmacologiques: La lactation étant un processus physiologique, la non-présentation de l’enfant au sein permet en général une interruption de la lactation en une à deux semaines. En cas de douleurs ou d’engorgement, le paracétamol est l’antalgique de choix. L'utilisation d'un support ferme de la poitrine ou l'application de glace peut également soulager. Le bandage des seins n'est pas recommandé car l’inconfort engendré peut être plus important que celui lié à la montée laiteuse.
- Autres agonistes dopaminergiques: Lorsque l'inhibition médicamenteuse de la lactation est souhaitée, d’autres agonistes dopaminergiques sont autorisés : le lisuride (Arolac® 0,2 mg) et la cabergoline. La cabergoline Sandoz® 0,5 mg, comprimé sécable est un médicament déjà indiqué dans l’inhibition de la lactation dans plusieurs pays européens et vient d’être autorisée en France suite à une procédure d’autorisation européenne, mais sa commercialisation n’a pas encore débutée. Pour ces deux produits, les données de pharmacovigilance et de la littérature ne montrent pas d’effets indésirables graves cardiovasculaires ou neuropsychiatriques lors de leur utilisation après un accouchement ou une interruption de grossesse.
- Homéopathie: Certaines maternités, comme la maternité Jeanne de Flandres à Lille, prescrivent des produits homéopathiques en première intention aux femmes qui ne souhaitent pas allaiter.
Étude Comparative de la Bromocriptine et de la Dihydroergocryptine
Une étude descriptive menée à la Maternité Régionale Universitaire de Nancy de mars à juillet 2013 a comparé l'efficacité et les effets indésirables de la bromocriptine et de la dihydroergocryptine dans l'inhibition de la lactation. Les résultats ont montré que 55% des patientes traitées par bromocriptine n'ont présenté aucun écoulement mammaire sur toute la durée du traitement, contre 30% dans le bras dihydroergocryptine. La douleur mammaire a décrit un pic à J14 quel que soit le traitement, de même qu'il existe une recrudescence des effets indésirables à J14. L'étude suggère également que la consommation de tabac favoriserait l'apparition d'écoulements et augmenterait l'inefficacité du traitement. Les résultats de cette étude révèlent donc une efficacité partielle de la bromocriptine, ainsi que des effets indésirables fréquents, ayant parfois nécessité l'arrêt du traitement. En ce qui concerne la dihydroergocryptine, la faible taille de l'échantillon étudié ne permet pas de conclure quant à l'efficacité et la tolérance du traitement.
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