Introduction
Amina Yamgnane, gynécologue-obstétricienne, est une figure engagée dans la lutte contre la maltraitance obstétricale et gynécologique. Son parcours, marqué par une prise de conscience personnelle et une volonté de transformer les pratiques médicales, la positionne comme une actrice clé pour une approche plus humaine et respectueuse des femmes dans le domaine de la santé. Son expérience à l'Hôpital Américain de Paris, ainsi que son engagement au sein du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, lui permettent d'agir à différents niveaux pour faire évoluer les mentalités et les pratiques.
Parcours et Prise de Conscience
Amina Yamgnane, fondatrice de la Clinique des Femmes, a opéré une transformation radicale dans sa pratique après avoir pris conscience de la maltraitance, parfois involontaire, qui pouvait exister dans les soins obstétriques et gynécologiques. Elle retrace son parcours et sa prise de conscience dans son livre "Prendre soin des femmes" publié chez Flammarion, un témoignage rare et percutant.
Pendant quinze ans, Amina Yamgnane a exercé sans réaliser l'impact potentiellement négatif de certaines de ses actions ou paroles. Elle explique : « sans aucune intention de l’être, et sans jamais comprendre que ce que je disais aux femmes ou faisais subir à leur corps, pouvait renfermer pour elles une grande violence ». La prise de conscience a été un choc : "Quand je me suis soudainement vue reprocher de mal faire mon travail, que je suis allée faire une formation en assistant à des récits des femmes qui nous faisaient ce reproche, j'ai cru chavirer. Il m'a fallu du temps pour prendre conscience que j'avais tout faux alors que je dédiais ma vie à essayer d'aider le mieux possible les femmes."
Cette remise en question l'a conduite à sensibiliser le métier et le public aux violences gynécologiques, en plaidant pour un changement radical des méthodes, guidé non plus par le paternalisme médical, mais par l'empathie.
"Prendre soin des femmes": Un livre pour changer les pratiques
Dans son livre, "Prendre soin des femmes - en finir avec les violences gynécologiques", Amina Yamgnane livre un témoignage poignant et sans détour sur sa pratique. Elle y raconte comment, après avoir pris conscience d’avoir été maltraitante, elle s’efforce de changer les pratiques et de réconcilier les gynécologues-obstétriciens avec les femmes qui se plaignent de violences.
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Elle y défend une approche thérapeutique différente, qui permet de soigner les femmes dans leur entièreté (corps, esprit, utérus), et qui vise à préserver la santé mentale des femmes soignées ainsi que celle des soignants.
La Clinique des Femmes: Une approche holistique
La Clinique des Femmes est née de cette prise de conscience et de la volonté d'offrir une approche thérapeutique différente. Cette clinique s'attache à soigner les femmes dans leur entièreté, en intégrant des psychologues, des pédopsychiatres et des gynécologues-obstétriciens.
Elle s'adresse aussi bien aux femmes qu'aux soignants, qui font face à des conditions de travail de plus en plus compliquées, notamment à l'hôpital public. L'objectif est de créer un espace de réconciliation et de prévenir deux dangers majeurs : la persistance de la maltraitance envers les femmes et la perte de confiance des femmes envers le corps médical. "C'est une mission de réconciliation qui vise à prévenir deux grands dangers, de continuer à maltraiter les femmes en bafouant leurs droits, leurs libertés, et que les femmes prennent l'idée de se dire qu'il est dangereux d'être soigné par des professionnels de santé. Il ne faut pas que les femmes s'éloignent de la médecine et qu'on leur redonne toutes les raisons de reprendre confiance en la médecine."
L'engagement au sein du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF)
En tant que présidente de la commission de labellisation des maternités au sein du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, Amina Yamgnane joue un rôle important dans l'amélioration de la qualité des soins et le respect des droits des patientes au niveau national. Son engagement au sein du CNGOF lui permet d'influencer les politiques de santé et de promouvoir les bonnes pratiques dans les maternités.
L'importance d'un accompagnement complet
Amina Yamgnane insiste sur l'importance d'un accompagnement complet des femmes, avant, pendant et après la naissance. Elle souligne que la première cause de mortalité maternelle en France est le suicide lié à la dépression post-partum. De plus, elle met en évidence les conséquences à long terme de la dépression post-partum sur les enfants, qui ont plus de chances de développer des troubles dépressifs à l'adolescence.
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C'est pourquoi elle a mis en place un centre de soins pour prendre soin des femmes tout au long de leur parcours, grâce à un travail d'équipe multidisciplinaire. "On a gardé le meilleur de ce que la faculté de médecine nous a appris, par exemple les staffs interdisciplinaires qu'on mène dans notre clinique et où chacun peut apporter un regard différent en fonction de son parcours. C'est dans cette espèce de cohérence multidisciplinaire qu'on se veut extrêmement soutenant pour les femmes. Finies les injonctions de soins, fini le jugement, fini la médecine paternaliste, finies les femmes non-éclairées sur leur propre santé, finies les injonctions et le manque d'écoute. Il faut faire en sorte que les femmes soient en autonomie dans leurs choix et qu'elles soient soutenues dans leurs choix."
La maltraitance obstétricale: une réalité préoccupante
Une étude menée dans six pays européens révèle qu'environ 1/5 des femmes a subi de la maltraitance dans les soins. Ce chiffre alarmant souligne l'urgence d'agir pour améliorer les pratiques et sensibiliser les professionnels de santé. Amina Yamgnane est à l'avant-garde de ce combat, en dénonçant les violences gynécologiques et obstétricales et en proposant des solutions concrètes pour y remédier.
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