Ton corps change rapidement et tu te poses un tas de questions. Tu entends les grandes dans la cour de l’école ou du collège parler de « règles », et tu n’arrives pas à décrypter ce nom de code ultra-bizarre ? Cet article t’aidera à comprendre le cycle menstruel, un phénomène naturel qui touche toutes les filles quand elles grandissent. Imagine-le comme une danse qui se déroule dans ton corps chaque mois, à l’abri des regards, orchestrée par tes hormones, ces petits messagers invisibles qui circulent dans le sang.
La grande aventure mens(tr)uelle de ton corps
Ton corps se prépare chaque mois à accueillir un futur bébé. Ne t’inquiète pas, il ne vient que si tu lui envoies une invitation, plus tard dans ta vie. En attendant, ton corps s’entraîne déjà à être prêt, comme si tu répétais une pièce de théâtre, encore et encore ! On appelle cette aventure le « cycle menstruel » parce qu’elle se répète tous les mois ("cycle") et commence avec les règles ("menstruel"). Elle va t’accompagner de ta puberté, qui arrive généralement entre 10 et 16 ans, jusqu’à la ménopause, vers 45-50 ans. Imagine un peu : ton corps va vivre environ 450 cycles au cours de ta vie ! C’est comme lire 450 fois ton livre préféré, mais les détails de l’histoire peuvent changer d’une lecture à l’autre.
Les quatre saisons de ton cycle
Ton cycle menstruel est comme une année avec quatre saisons, mais qui se déroule en seulement 28 jours en moyenne (même si ça peut varier entre 21 et 35 jours, chaque fille est unique !). Chaque saison a sa propre ambiance et ses propres sensations.
Le premier jour d’hiver : la phase menstruelle (jours 1 à 5)
Tout commence par les règles, ces quelques jours où du sang s’écoule de ton vagin. Non, inutile d’appeler les pompiers, tu ne vas pas mourir ! C’est comme si ton corps faisait un grand ménage de printemps (même si c’est l’hiver dans notre histoire). Personne n’est venu habiter dans la maison qui avait été construite. Alors bye bye les jolies affiches dans la chambre de bébé : ton corps nettoie tout pour tout recommencer à neuf. Pendant cette période, tu peux te sentir un peu fatiguée, triste ou irritable. Entendre les bruits de bouche de ton grand-frère à table te donnent envie de l’envoyer sur Mars ! Aussi, ton ventre semble s’entraîner pour les Jeux olympiques de gymnastiques : c’est ce qu’on appelle les « crampes menstruelles », ces maux qui se ressentent dans le bas du ventre, plus précisément au niveau de l’utérus.
Le réveil du printemps : la phase folliculaire (jours 6 à 14)
Après l’hiver, le soleil revient ! Tu te sens mieux, plus énergique. Lorsque tu te regardes dans le miroir, tu vois une future astronaute ou une future présidente. Ton corps commence à préparer un ovule dans l’un de tes ovaires. L’ovule, c’est le petit œuf qui doit être fécondé par un spermatozoïde pour que bébé puisse s’installer dans sa chambre. Depuis ta naissance, des petits œufs poussent dans tes ovaires, qui sont comme deux petits jardins. Pendant cette période, tu te sens souvent plus joyeuse et pleine d’énergie. C’est le moment idéal pour faire du sport et passer du bon temps avec tes proches !
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Pour parler un peu des ovules :
L’ovulation commence par l’activation d’un follicule primordial (1), qui mûrit progressivement pour devenir un follicule primaire (2), puis secondaire (3), et enfin un follicule de De Graaf (4) lorsqu’il arrive à maturité. Sous l’influence de la LH (hormone lutéinisante), ce follicule libère l’ovocyte (5) hors de l’ovaire : c’est l’ovulation. Le follicule rompu se transforme ensuite en corps jaune (6), qui sécrète des hormones (notamment la progestérone) pour préparer l’utérus à une éventuelle grossesse. En l’absence de fécondation, le corps jaune dégénère en corps albicans (7), une structure fibreuse inactive, puis se désintègre totalement.
La chaleur de l’été : la phase ovulatoire (vers le jour 14)
Au milieu de ton cycle, c’est l’été ! Un de tes ovaires libère un ovule : le petit œuf part en voyage. C’est ce qu’on appelle l’ovulation. Si cet ovule rencontrait un spermatozoïde (ce qui n’arrive que si tu as des relations sexuelles), il pourrait devenir un bébé. Pendant cette période, tu peux te sentir particulièrement confiante et créative, aussi rayonnante que le soleil de juillet !
La métamorphose de l’automne : la phase lutéale (jours 14 à 28)
Ensuite, l’ovule commence sa randonnée à travers les trompes de Fallope (imagine un toboggan ondulé) pour arriver jusqu’à l’utérus Au début de cette phase, tu te sens sereine, tu contemples les feuilles de l’arbre de ton jardin, qui commencent tout juste à changer de couleur. Mais vers la fin, quand l’hiver approche à nouveau, tu peux ressentir ce qu’on appelle le syndrome prémenstruel (ou SPM). Tu deviens peut-être plus sensible, un peu irritable ou anxieuse, comme quand il pleut et que tes parents te forcent à aller à l’école ou au collège.
Les chefs d’orchestre de cette danse : ton cerveau et tes hormones
Toute cette danse est dirigée par ton cerveau et des hormones spéciales. Les hormones, ce sont des messages secrets que ton corps s’envoie à lui-même. Les principales hormones du cycle menstruel sont les œstrogènes et la progestérone. Les œstrogènes sont des fées : leurs pouvoirs aident la muqueuse de ton utérus (appelée endomètre) à s’épaissir. Grâce à elle, l’éventuel bébé aura un oreiller tout doux. La progestérone, elle, est une magicienne. Elle prépare cet oreiller à accueillir un éventuel petit œuf fécondé.
Le syndrome prémenstruel : quand ton corps hausse la voix
Quelques jours avant tes règles, tu pourrais ressentir ce qu’on appelle le syndrome prémenstruel. C’est ton corps qui te parle un peu plus fort que d’habitude ! Tu peux avoir envie de pleurer pour un rien, ou au contraire t’énerver facilement. Les choses du quotidien peuvent devenir difficiles, voire impossibles à effectuer : sortir du lit, tenir debout, discuter avec les autres. Tu pourrais aussi avoir mal au ventre, aux seins, ou te sentir gonflée comme un petit ballon. Ne t’inquiète pas, c’est normal et ça arrive à beaucoup de filles et de femmes (entre 20 et 40% d’entre elles). Ces sensations disparaissent généralement quand les règles commencent. Les scientifiques n’ont pas encore trouvé de remède au SPM. En attendant, pour essayer de te sentir mieux pendant cette période, tu peux essayer de bien dormir, de manger équilibré, de t’entourer des gens que tu aimes. C’est comme prendre soin d’une plante : avec de l’eau, du soleil et de l’amour, elle pousse mieux !
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Les protections périodiques : tes alliées pendant les règles
Quand tu auras tes premières règles, tu utiliseras ce qu’on appelle des « protections périodiques » pour absorber le sang. Il en existe plusieurs types :
- Les serviettes se collent dans ta culotte et recueillent le sang. C’est souvent ce que les filles utilisent au début, car c’est facile à mettre. Il existe des serviettes jetables, à mettre à la poubelle au bout de 3-4h, et des serviettes lavables, à mettre à la machine à laver au bout de 3-4h.
- Les tampons se glissent dans le vagin pour absorber le sang avant qu’il ne sorte. On les utilise généralement un peu plus tard, quand on se sent prête à explorer son corps. Il y a 3 types de tampons : les tampons lavables (comme les serviettes lavables), les tampons jetables sans applicateur et les tampons jetables avec applicateur (qui facilite l’introduction du tampon dans le vagin).
- Les culottes menstruelles ressemblent à des culottes normales mais sont spécialement conçues pour absorber le sang. Si ton flux est léger, c’est-à-dire si tu ne perds pas trop de sang, tu peux la porter toute la journée, la rincer à l’eau froide et la mettre dans le panier à linge, direction la machine à laver. Attention, les culottes menstruelles se lavent à 30°.
- Les cups, ou coupes menstruelles, sont de petites coupes en silicone qu’on place dans le vagin. Elles recueillent le sang et on les vide régulièrement. Il est conseillé d’être à l’aise avec son corps et avec la vue du sang pour utiliser cette protection. Elle est recommandée si ton flux est abondant, c’est-à-dire si tu perds beaucoup de sang.
Tu pourras essayer différentes protections pour trouver celle qui te convient le mieux. C’est comme essayer différentes paires de chaussures pour trouver les plus confortables.
N’aie pas peur de poser des questions !
Les règles ne sont pas sales. Le cycle menstruel est naturel, et parfois inconfortable. Il n’y a pas de questions bêtes : n’hésite jamais à les poser aux gens en qui tu as confiance. Tes parents, tes frères et sœurs, ton cercle proche à l’école… Tous seront ravis de te répondre. Certaines personnes peuvent être gênées de parler des règles : depuis la nuit des temps, on a fait croire aux femmes qu’elles n’étaient pas normales, qu’elles étaient des monstres, des sorcières, parce que leurs culottes étaient tachées de sang tous les mois. Ainsi, les gens pensent que c’est un sujet tabou, un non-sujet. Et pourtant, c’est tout l’inverse ! Les règles sont une partie de la vie de presque toutes les femmes. Sans les règles, il n’y aurait pas de survie possible pour l’espèce humaine ! Chaque fille est unique, et chacun de tes cycles aussi sera unique. Certaines filles ont des règles abondantes, d’autres légères. Certaines ont des cycles très réguliers, d’autres moins. C’est ce qui rend les menstruations (l’autre petit nom des règles) si passionnantes !
Ton corps, ce super-héros !
Être capable de sauter, danser, étudier, rire tout en saignant, c’est un super-pouvoir ! Comme expliqué à plusieurs reprises, les règles ne sont pas le signe que tu es enceinte, mais le signal que, plus tard dans la vie, quand tu seras grande et te sentiras prête, tu pourras avoir un enfant. Alors même si parfois tu trouveras tes règles ennuyeuses ou inconfortables, rappelle-toi que c’est un signe que ton corps fonctionne bien et qu’il grandit comme il faut. Et n’oublie pas : tu n’es jamais seule. Des millions de filles et de femmes vivent la même chose que toi chaque jour, partout dans le monde. C’est comme faire partie d’un club secret, mais qui compte des milliards de membres ! Alors, prête pour cette nouvelle aventure ?
Durée et abondance des règles : Ce qu'il faut savoir
Les règles sont des saignements qui surviennent, en théorie, chaque mois et font partie du cycle menstruel. Ce cycle comprend différentes phases où l’ovaire prépare un ovule qui passe ensuite dans l’utérus via les trompes de Fallope. Une fois dans l’utérus, l’ovule attend d’être fécondé. S’il n’y a pas de fécondation, le « matelas » d’endomètre ne sert à rien et doit s’évacuer, entraînant l’expulsion de sang et de tissus.
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La durée « normale » des règles varie considérablement d’une personne à l’autre. Alors que l’on considère souvent qu’un cycle dure 28 jours, il peut en réalité durer de 21 à 36 jours. De même, les règles peuvent durer de 2 à 7 jours, voire davantage. La durée et l’abondance des saignements peuvent également varier en fonction de l’âge, de la contraception hormonale, etc.
On parle de « ménorragies » ou de « règles hémorragiques » lorsque les saignements durent plus de 7 jours et que la perte de sang dépasse 80 ml par jour (plus de 5 tampons super plus, ou plus de 5 serviettes super plus, ou plus de 5 cups de taille moyenne remplies, chaque jour). Environ 1 femme sur 20 âgée de 30 à 49 ans serait concernée.
Si tes cycles sont plutôt courts, avec des menstruations également courtes, on parle de pollakiménorrhées.
Conséquences des règles longues et/ou abondantes
Les règles très longues et/ ou très abondantes peuvent avoir des conséquences sur le confort de vie, et parfois sur la santé. Le principal « risque » lié à une perte de sang longue, abondante et répétée est l’anémie, car les saignements épuisent les réserves en fer du corps.
Que faire en cas de règles très longues ?
Si tes saignements menstruels durent plus de 7 jours et que tu perds beaucoup de sang, il peut être utile d’aller consulter un.e médecin, un.e gynécologue, ou une sage-femme. Il existe des traitements pour limiter les ménorragies, comme la prise d’un contraceptif hormonal qui aidera à réguler le cycle et le flux menstruels.
Au quotidien, essaye dans la mesure du possible de ne pas laisser ta vie quotidienne se détériorer. Essaye de trouver la solution qui te permettra de gérer ton flux très abondant. Par exemple, une Cup grand format alliée à une serviette menstruelle spéciale pour les flux importants.
Noms de code pour les règles : un tabou persistant
Bien qu’elles concernent la moitié de l’humanité, les règles restent encore relativement taboues un peu partout autour du globe. De nombreuses expressions sont utilisées pour les désigner, tantôt prudes, tantôt crues, et bien souvent étonnantes.
Voici quelques exemples de noms de code utilisés en français :
- Avoir ses « ourses »
- Avoir ses « ragnagnas »
- Avoir ses « coquelicots »
- Avoir « l'Armée rouge dans sa culotte »
Expressions dans d'autres langues
- Katamênia (καταμηνια) : en grec ancien, c’est ainsi que l’on appelait les menstrues. Le terme a donné en français le mot “catimini”, qui signifie “en cachette, discrètement”.
- Me cantó el gallo : à Porto Rico, quand une femme a ses règles, on dit que “le coq a chanté”.
- De rode bieten zijn overgekookt : aux Pays-Bas, les “betteraves ont débordé” - une image très parlante.
- Hosti z Tchervonohrada (гості з Червоonohrada) : en ukrainien, cette expression signifie “les invités de Tchervonohrad”, une cité surnommée la “ville rouge”.
- De rode zee is overstroomd : en néerlandais, “la mer Rouge déborde”.
- De dam van de Rode Zee is gebroken : aux Pays-Bas, nation de digues et de polders, c’est “le barrage de la mer Rouge a sauté”.
- Les Anglais ont débarqué : au début du XIXe siècle, Napoléon est vaincu à Waterloo, notamment par les Anglais. Cet épisode douloureux de l’histoire française, ainsi que la couleur rouge de l’habit militaire britannique, marque les esprits au point qu’on y associe un autre épisode de douleur, celui des menstruations.
- The Russians are coming ou The reds are coming : “Les Russes arrivent.” Pendant une bonne moitié du XXe siècle, cet appel met en alerte les populations européennes face au “péril rouge” que constitue la Russie communiste. Et par extension, le sang menstruel.
- O Benfica joga em casa : en portugais, “Benfica joue à domicile”.
- La semaine sanglante : une référence au massacre perpétré par les versaillais dans les derniers jours de la Commune de Paris - et une image très forte pour parler des règles.
- Une scène de crime dans ma culotte : cette expression a-t-elle vraiment besoin d’explications ?
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