L'avortement au Maroc est un sujet complexe, oscillant entre les interdictions du code pénal, les réalités des pratiques clandestines et les débats sociaux persistants. Bien que le roi Mohammed VI ait ouvert la voie à une réflexion sur l'assouplissement de la législation en 2015, la situation reste précaire pour de nombreuses femmes.
Un Cadre Légal Restrictif
Le code pénal marocain prohibe l'avortement, le considérant comme un délit passible de peines d'emprisonnement. Les femmes qui avortent ou tentent de le faire encourent une peine allant de six mois à deux ans de prison, assortie d'amendes. Les personnes qui pratiquent l'avortement illégalement, y compris les médecins, risquent une peine d'un à cinq ans d'emprisonnement. Ces peines peuvent être doublées si la personne pratique l'avortement de manière habituelle, avec une amende supplémentaire et l'interdiction d'exercer.
Seule exception à cette interdiction : l'avortement thérapeutique, autorisé si la vie de la mère est en danger et avec l'autorisation du conjoint. Dans ce cas, le médecin n'engage pas sa responsabilité pénale s'il respecte les conditions prévues par l'article 453 du Code pénal.
Cette législation restrictive a des conséquences directes sur la santé et la vie des femmes, les poussant à recourir à des avortements clandestins dans des conditions dangereuses.
Les Ravages de l'Avortement Clandestin
Face à l'interdiction légale, de nombreuses femmes au Maroc sont contraintes d'avorter clandestinement, au risque de leur santé et de leur vie. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 22 millions d'avortements non sécurisés sont pratiqués chaque année dans le monde, représentant la troisième cause de mortalité maternelle.
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Au Maroc, l'Association marocaine pour le planning familial (AMPF) estime que 700 à 1000 femmes avortent chaque jour, souvent en recourant à des méthodes artisanales ou à des pilules abortives interdites et dangereuses. L'AMPF estime que 72% des avortements clandestins sont à risque dans le pays.
Ces méthodes clandestines incluent l'utilisation de tisanes dangereuses à base de plantes dont les herboristes ne divulguent pas le nom, l'ingestion de mélanges de produits chimiques dangereux, l'utilisation détournée de médicaments comme l'Artotec ou le Cytotec obtenus sur le marché noir, et même des violences physiques infligées par les femmes elles-mêmes ou par d'autres.
Les conséquences de ces pratiques sont souvent dramatiques : infections, hémorragies, complications graves nécessitant une prise en charge d'urgence à l'hôpital, voire la mort. De nombreuses femmes témoignent également de traumatismes psychologiques, de sentiments de honte et de culpabilité, et de difficultés à accéder à des soins de santé adéquats après un avortement clandestin.
L'histoire de Meriem, une adolescente de 15 ans décédée des suites d'un avortement clandestin, est devenue un symbole de la lutte pour l'assouplissement de la législation sur l'IVG au Maroc.
Les Enjeux Sociaux et les Droits des Femmes
La question de l'avortement au Maroc est étroitement liée aux enjeux sociaux et aux droits des femmes. Les lois interdisant l'avortement restreignent l'accès aux ressources essentielles de santé et privent les femmes de la possibilité de prendre des décisions éclairées quant à leur grossesse.
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Le Code pénal marocain punit également les relations sexuelles hors mariage, ce qui stigmatise les femmes enceintes hors mariage et les expose à des risques d'exclusion sociale et économique. Les enfants nés hors mariage sont privés d'identité juridique et de droits fondamentaux, tels que le droit de porter le nom de leur père biologique ou de recevoir un soutien financier.
Dans ce contexte, de nombreuses organisations marocaines et internationales appellent à la dépénalisation de l'avortement et à la garantie de l'accès à des soins de santé complets, y compris à un avortement sécurisé, pour toutes les femmes et les filles. Elles soulignent que l'avortement est un soin de santé et un droit fondamental pour toutes les femmes, et que l'État a l'obligation de protéger les droits sexuels et reproductifs des femmes et de mettre fin à la loi du silence et à l'inaction qui entourent l'avortement.
Les Débats et les Propositions de Réforme
Depuis 2015, la question de l'avortement au Maroc fait l'objet de débats et de propositions de réforme. Le roi Mohammed VI avait ouvert une réflexion sur l'assouplissement de la législation, et un projet de loi avait été adopté en Conseil du gouvernement en 2016, élargissant les cas de force majeure où l'avortement pouvait être pratiqué aux situations de viol, d'inceste, de malformations et de maladies incurables du fœtus.
Cependant, ce projet de loi est resté bloqué au Parlement, en raison de son intégration dans un projet plus large de révision du code pénal, qui comprend d'autres sujets sensibles.
Certaines voix s'élèvent pour demander la dépénalisation totale de l'avortement, considérant qu'il s'agit d'un droit fondamental pour les femmes de disposer de leur corps et de choisir librement d'avoir ou non des enfants. D'autres plaident pour une approche plus pragmatique, en faisant de l'avortement un sujet de santé publique afin de protéger les femmes et de réduire les risques liés aux avortements clandestins.
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