La nicardipine est un inhibiteur calcique utilisé dans le traitement de l'hypertension, notamment dans des situations d'urgence et pour la prééclampsie sévère. Cet article détaille le protocole d'administration en bolus, les indications, les précautions d'emploi et les informations de sécurité concernant l'utilisation de la nicardipine, en particulier dans le contexte de la prééclampsie.
Introduction à la Nicardipine
La nicardipine est un inhibiteur des canaux calciques lents de deuxième génération, appartenant au groupe des phényl-dihydropyridines. Elle possède une sélectivité plus élevée pour les canaux calciques de type L du muscle lisse vasculaire que pour les cardiomyocytes. Elle inhibe à très faibles concentrations la pénétration intracellulaire du calcium, exerçant ainsi son action de façon prépondérante au niveau de la musculature lisse artérielle. Administrée par voie générale, la nicardipine est un vasodilatateur puissant qui diminue les résistances périphériques totales et abaisse la pression artérielle. Chez l'Homme, son action vasodilatatrice s'exerce aussi bien en administration aiguë qu'en chronique sur les petits et gros troncs artériels, augmentant le débit et améliorant la compliance artérielle.
Indications de la Nicardipine
La nicardipine est indiquée dans les cas suivants :
- Encéphalopathie hypertensive
- Hypertension artérielle en cas de dissection aortique (traitement associé de 2e intention)
- Hypertension artérielle en période périopératoire
- Hypertension artérielle maligne
- Prééclampsie sévère (traitement de 2e intention)
- Urgence hypertensive
Protocole d'Administration en Bolus pour la Prééclampsie Sévère
La nicardipine doit être administrée uniquement par des spécialistes dans un environnement médical bien contrôlé, comme les hôpitaux et les unités de soins intensifs, avec une surveillance continue de la pression artérielle. La vitesse d'administration doit être précisément contrôlée à l'aide d'un pousse-seringue électronique ou d'une pompe volumétrique.
Dose Initiale
Dans le traitement de la prééclampsie sévère, la dose initiale recommandée est de 1 à 5 mg/h en perfusion continue pendant 30 minutes. La posologie doit être établie en fonction de l'état clinique de la patiente.
Lire aussi: Tout savoir sur les bolus pour vaches laitières
Dose Ultérieure
Après la dose initiale, la posologie peut être augmentée ou diminuée par paliers de 0,5 mg/h, en fonction de l'état clinique. Les doses supérieures à 4 mg/h ne sont généralement pas dépassées dans le traitement de la prééclampsie. La dose maximale est de 15 mg/h. La nicardipine doit être diluée avant administration et administrée strictement par perfusion IV, en évitant l'administration en bolus.
Adaptation de la Posologie
La posologie de la nicardipine doit être adaptée en fonction de la réponse tensionnelle et de l'état clinique de la patiente. Une surveillance étroite de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque est essentielle, au minimum toutes les 5 minutes pendant la perfusion, puis jusqu'à stabilisation des signes vitaux et au moins pendant 12 heures après la fin de l'administration.
- Insuffisance hépatique : Adapter la posologie en cas d'insuffisance hépatique.
- Insuffisance rénale : Adapter la posologie en cas d'insuffisance rénale. Chez des patients présentant une insuffisance rénale modérée, il a été observé une clairance systémique significativement plus basse et une aire sous la courbe plus élevée (AUC). La nicardipine doit être utilisée avec précautions chez les enfants atteints d'insuffisance rénale.
- Sujet âgé : Les sujets âgés peuvent être plus sensibles aux effets de la nicardipine en raison d'une altération de la fonction rénale et/ou hépatique. Il est donc recommandé d'adapter la posologie.
Transition vers un Traitement Antihypertenseur Oral
Stopper l’administration de nicardipine ou baisser la dose en même temps qu’un traitement oral approprié est instauré. Au cours de l’initiation du traitement antihypertenseur oral, prendre en compte le temps de latence avant l’apparition de l’effet du traitement oral. Poursuivre la surveillance de la pression artérielle jusqu’à l’obtention de l’effet recherché.
Précautions d'Emploi
Il est recommandé d’administrer la nicardipine avec précaution pour éviter une chute excessive de la pression artérielle. En effet, des réductions pharmacologiques rapides de la pression artérielle peuvent entraîner une hypotension systémique et une tachycardie réflexe. La nicardipine doit être utilisée avec précautions chez les patients pour lesquels une ischémie coronarienne est suspectée.
En raison du risque d’hypotension maternelle sévère et d’hypoxie fœtale potentiellement fatale, la diminution de la pression artérielle doit être progressive et toujours étroitement surveillée. Des cas d’œdèmes pulmonaires aigus ayant été rapportés durant la grossesse, la nicardipine doit être administrée avec précaution chez les femmes enceintes, et celles-ci doivent faire l’objet d’une surveillance étroite afin de déceler l’apparition éventuelle d’un œdème pulmonaire aigu. En cas de survenue d’un œdème pulmonaire aigu, il convient d’arrêter immédiatement le traitement par la nicardipine et d’instaurer un traitement approprié.
Lire aussi: Traitement de la Pré-éclampsie Post-Partum
La nicardipine doit être utilisée avec précaution chez les patients ayant un risque d’augmentation de la pression intracrânienne. La nicardipine doit être utilisée avec précaution chez les patients présentant un infarctus cérébral aigu. L’épisode d’hypertension qui accompagne souvent un accident vasculaire cérébral n’est pas une indication pour un traitement antihypertenseur d’urgence. L’utilisation de médicaments antihypertenseurs n’est pas recommandée en cas d’accident vasculaire cérébral ischémique, sauf si l’accès hypertensif empêche l’administration d’un traitement adéquat (par ex.
Des précautions sont nécessaires lors de l’administration de la nicardipine en association avec un bêta-bloquant chez des patients présentant une diminution de la fonction cardiaque. Des réactions au site de perfusion peuvent survenir, en particulier lors d’administrations prolongées et dans les veines périphériques. Il est conseillé de changer de site de perfusion en cas de suspicion d’une irritation au niveau du site d’injection.
Ce médicament contient du sorbitol.
Contre-Indications
La nicardipine est contre-indiquée dans les situations suivantes :
- Angor instable
- Antécédent récent d'infarctus du myocarde
- Coarctation de l'aorte
- Hypersensibilité à l'un des composants
- Hypersensibilité aux dihydropyridines
- Rétrécissement aortique sévère
- Shunt artérioveineux (excepté celui des hémodialysés)
Interactions Médicamenteuses
Plusieurs interactions médicamenteuses doivent être prises en compte lors de l'administration de nicardipine :
Lire aussi: Risques et Aspirine pendant la grossesse
- Dantrolène (perfusion) : L'association est déconseillée en raison du risque de fibrillations ventriculaires mortelles observées chez l'animal.
- Idélalisib : Majoration des effets indésirables de la nicardipine, à type d'hypotension orthostatique. Surveillance clinique et adaptation de la posologie de la nicardipine pendant le traitement par l'idélalisib et après son arrêt.
- Tizanidine : Majoration du risque d'hypotension, notamment orthostatique.
- Immunosuppresseurs : Augmentation des concentrations sanguines de l'immunosuppresseur, par inhibition de son métabolisme. Dosage des concentrations sanguines de l'immunosuppresseur, contrôle de la fonction rénale et adaptation de sa posologie pendant le traitement et après l'arrêt.
- Inducteurs enzymatiques puissants (carbamazépine, phénobarbital, phénytoïne, fosphénytoïne, primidone, rifampicine) : Diminution des concentrations plasmatiques de la nicardipine par augmentation de son métabolisme hépatique. Surveillance clinique et adaptation éventuelle de la posologie de la nicardipine pendant le traitement par l'inducteur et après son arrêt.
- Inhibiteurs puissants du CYP3A4 (cimétidine, clarithromycine, cobicistat, érythromycine, itraconazole, jus de pamplemousse, kétoconazole, nelfinavir, posaconazole, ritonavir, télaprévir, télithromycine, voriconazole) : Majoration des effets indésirables de la nicardipine, le plus souvent à type d'hypotension. Surveillance clinique et adaptation posologique pendant le traitement par l'inhibiteur enzymatique et après son arrêt.
- Anesthésiques par inhalation : Risque d'effet hypotenseur additif ou synergique.
- Bêta-bloquants : La nicardipine peut augmenter l’effet inotrope négatif des bêta-bloquants et entraîner une hypotension, une défaillance cardiaque chez les patients présentant une insuffisance cardiaque latente ou non contrôlée.
- Digoxine: Des études pharmacocinétiques ont montré que la nicardipine augmente les taux plasmatiques de digoxine.
- Vécuronium: Des données limitées suggèrent que la nicardipine, comme d’autres inhibiteurs des canaux calciques, augmente le bloc neuromusculaire probablement en agissant sur la région post-synaptique. L’utilisation concomitante de nicardipine pourrait réduire la dose de vécuronium à perfuser. L’antagonisation du bloc neuromusculaire par la néostigmine ne semble pas affectée par la perfusion de nicardipine.
- Alphabloquants : Majoration de l'effet hypotenseur. Risque majoré d'hypotension orthostatique.
Grossesse et Allaitement
Les études chez l'animal n'ont pas mis en évidence d'effet tératogène. Cependant, des œdèmes pulmonaires aigus ont été observés lors de l'utilisation de nicardipine comme tocolytique pendant la grossesse, particulièrement en cas de grossesse multiple (jumeaux ou plus), par voie intraveineuse et/ou avec utilisation concomitante de bêta-2-agonistes.
Chez l’animal, il a été montré que la nicardipine passe dans le lait des femelles allaitantes. Par conséquent, l'allaitement est déconseillé pendant le traitement par nicardipine.
Effets Indésirables Possibles
La majorité des effets indésirables de la nicardipine sont la conséquence de ses effets vasodilatateurs. Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés incluent :
- Hypotension
- Tachycardie
- Céphalées
- Bouffées de chaleur
- Œdèmes périphériques
- Nausées
- Vertiges
Des réactions au site de perfusion peuvent survenir, en particulier lors d’administrations prolongées et dans les veines périphériques. Il est conseillé de changer de site de perfusion en cas de suspicion d’une irritation au niveau du site d’injection.
Surdosage
Un surdosage avec le chlorhydrate de nicardipine peut potentiellement entraîner les symptômes suivants: hypotension marquée, bradycardie, palpitations, bouffées congestives, somnolence, collapsus, œdèmes périphériques, confusion, troubles de l’élocution et hyperglycémie. En cas de surdosage, il est recommandé de prendre les mesures de routine, notamment une surveillance des fonctions cardiaque et respiratoire. En plus des mesures générales, les solutions intraveineuses de calcium et les vasopresseurs sont cliniquement indiqués pour les patients exprimant les effets du bloc de l’entrée calcique. L’hypotension grave peut être traitée par une perfusion intraveineuse d’une solution de remplissage et la position allongée avec élévation des jambes.
Propriétés Pharmacologiques
La nicardipine est métabolisée par le cytochrome P450 3A4. Des études chez l’homme en dose unique, ou en administrations répétées 3 fois par jour pendant 3 jours, ont montré que moins de 0,03% de nicardipine inchangée est retrouvée dans l’urine après administration orale ou intraveineuse. Dans les 96 heures après administration simultanée d’une dose intraveineuse de nicardipine marquée et d’une dose orale de 30 mg toutes les 8 heures, 49% de la radioactivité a été retrouvée dans l’urine et 43% dans les fèces. Aucun des produits administrés n’a été retrouvé dans l’urine sous forme de nicardipine inchangée.
La pharmacocinétique de la nicardipine administrée par voie intraveineuse a été étudiée chez des sujets atteints d’insuffisance rénale sévère nécessitant une hémodialyse (clairance de la créatinine < 10 mL/min), insuffisance rénale légère/modérée (clairance de la créatinine 10 - 50 mL/min) et fonction rénale normale (clairance de la créatinine >50 mL/min). A l’état d’équilibre, la Cmax et l’AUC étaient significativement supérieurs et la clairance significativement inférieure chez les sujets atteints d’insuffisance rénale légère/modérée par rapport aux sujets avec une fonction rénale normale.
tags: #nicardipine #bolus #prééclampsie #protocole