L'histoire de Napoléon Bonaparte est l'une des plus fascinantes et des plus étudiées de l'histoire moderne. Cependant, l'histoire de ses héritiers, en particulier celle de son fils, Napoléon II, est souvent moins connue. Cet article se propose d'explorer les débuts de la dynastie napoléonienne à travers le prisme de la naissance et de l'enfance de Napoléon II, ainsi que l'impact de cet événement sur l'Empire français.
Un Héritier Né dans la Pourpre
Le 20 mars 1811, l'atmosphère aux Tuileries est électrique. L'attente est palpable, et la tension est à son comble. L'empereur Napoléon Ier attend la naissance de son héritier. Le docteur Dubois, conscient des risques, pose une question cruciale à l'Empereur : en cas de danger, qui faut-il sauver, la mère ou l'enfant ? Après 26 minutes d'efforts, l'enfant, Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, voit le jour à 9h15 du matin, « avec les ferrements ».
Dubois, assisté de Corvisart, s'empresse de prodiguer les premiers soins au nouveau-né : frictions, serviettes chaudes, quelques gouttes d'eau-de-vie dans la bouche. L'Empereur, soulagé et fier, s'exclame à son fidèle valet de chambre, Constant : « Eh bien Constant ! Nous avons un gros garçon ! »
La naissance de l'héritier est immédiatement perçue comme un événement politique majeur. Napoléon Ier souhaite que son fils soit honoré dès sa naissance comme le fils de l'Empereur des rois. C'est une façon de s'inscrire dans l'Histoire, dans la succession des Césars, des souverains de l'Occident, mais aussi du Saint Empire germanique. La tradition veut que le successeur désigné porte le titre de « Roi de Rome ».
Le faste et la symbolique qui accompagnent les rites soulignent l'importance de l'événement. La même procédure est exécutée dans les grandes villes et les ports de l'Empire, les flottes doivent être pavoisées. Des feux d'artifice sont tirés un peu partout, et l'Empereur préside l'ondoiement de son fils dès 9 heures du soir au Palais. Il s'agit d'un baptême de précaution, pour le cas où le nourrisson viendrait à mourir prématurément.
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Le cortège traverse les Tuileries jusqu'à la chapelle où le bébé est ondoyé par le Grand Aumônier de l'Empire, le cardinal Fesch, au cours d'une cérémonie somptueuse, en présence de toute la Cour. Après avoir embrassé trois fois son fils, Napoléon Ier le prend et l'élève très haut dans le ciel, tandis que le chef des Hérauts crie par trois fois : « Vive le roi de Rome ! »
Napoléon II : L'Aiglon au Destin Tragique
Si Napoléon Ier est l’une des figures de l’Histoire les plus universellement connues, qu’en est-il de son fils Napoléon II ?«Ma naissance et ma mort, voilà toute mon histoire. Entre mon berceau et ma tombe, il y a un grand zéro. » Ainsi se résumait lui-même Napoléon II, mort à 21 ans de la tuberculose. Fils de Napoléon et Marie-Louise d'Autriche, il était promis à un destin impérial, au sommet du plus grand empire d'Europe. Mais il mourut seul, en Autriche, prisonnier d'une cage dorée.
On dit de lui que son règne n'aura duré que deux semaines. Pourtant, sa naissance était une promesse de grandeur. Victor Hugo, dans son poème Napoléon II (1832), le surnomme l'Aiglon et dépeint l'ironie du sort : « Non, l'avenir n'est à personne ! / Sire, l'avenir est à Dieu ! / À chaque fois que l'heure sonne, / Tout ici-bas nous dit adieu. / L'avenir ! l'avenir ! mystère ! / Toutes les choses de la terre, / Gloire, fortune militaire, / Couronne éclatante des rois, / Victoire aux ailes embrasées, / Ambitions réalisées, / Ne sont jamais sur nous posées / Que comme l'oiseau sur nos toits ! » Dieu, en effet, n'a pas été tendre avec l'Aiglon.
Un Fils pour l'Empire
Napoléon Ier veut un héritier pour asseoir sa dynastie. Il se sépare de Joséphine, qui ne peut lui donner d'enfant, et épouse l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche. Leur fils Napoléon François Charles Joseph naît le 20 mars 1811. « Napoléon remet en place tout le faste et le cérémonial de l'Ancien Régime. Et surtout, il lui donne le titre de roi de Rome, une façon de rappeler qu'il règne sur l'Italie et de se placer en successeur de Charlemagne, empereur et roi des Romains, et ainsi d'asseoir le pouvoir de son fils », raconte Laetitia De Witt, historienne et biographe de Napoléon II (L'Aiglon, Le rêve brisé de Napoléon, Tallandier, réédité en 2024, collection Texto).
De 1811 à 1814, jusqu'à la première abdication de son père, la pression sur ses épaules est immense : « On imagine ce petit bonhomme, habillé d'uniforme militaire sur mesure à peine âgé de 2 ans, soumis à des attentes démesurées. Pourtant, il semble à la hauteur : un enfant beau, vif et intelligent », ajoute Laetitia De Witt.
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Le chef de la Grande Armée s'avère réellement père attentif et aimant : « Napoléon, dès qu'il pouvait, aimait passer du temps avec son fils. Il était proche de lui et assez joueur. » Sauf que « papa Napoléon » rentre souvent tard du travail : pendant ces trois années, il est en campagne militaire presque la moitié du temps.
L'Exil et l'Oubli
En 1814, le jeune Napoléon II voit son destin impérial s'effondrer lorsque Paris tombe aux mains des armées coalisées. Le Sénat écarte le fils de l'empereur déchu, scellant la fin d'un rêve dynastique. L'année suivante, en 1815, après les flamboyants mais brefs Cent-Jours, son père abdique une seconde fois et désigne l'enfant comme successeur, le proclamant Napoléon II. Mais son « règne » ne dure officiellement que deux semaines.
De toute façon, l'aiglon, âgé de 4 ans, est exilé en Autriche, auprès de sa famille maternelle. Chez lui, « tout est paradoxe, estime Laetitia De Witt. À commencer par sa position. Arrivé à Vienne, il est le fils du vaincu et le petit-fils de l'empereur vainqueur, François Ier d'Autriche. Voilà qu'on lui demande alors tout et son contraire : oublier et apprendre. Oublier Paris, la France, son passé de roi et son père. Apprendre que son pays est désormais l'Autriche, que sa langue est l'allemand, que sa famille est celle de sa mère ».
Il lui est interdit de traverser les frontières autrichiennes. Les Cent-Jours changent son statut. Le titre de prince de Parme lui est retiré. Et ce n'est qu'en 1817, deux ans plus tard, qu'il devient duc de Reichstadt par son grand-père. Un titre « presque fictif, se rattachant à de vagues terres en Bohême ». C'est donc dans cette prison dorée que l'Aiglon grandit.
La légende d'un jeune prince martyrisé par les Autrichiens s'est construite en France, mais la réalité est plus nuancée : « Petit à petit, les Français de l'époque vont se construire l'image d'un prince retenu prisonnier des Autrichiens, à qui l'on cache l'histoire de son père, qui est devenu autrichien, qui ne parle plus français. Tout ça est faux. Il connaît tout à fait l'histoire de son père. »
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Des « Ailes qui s'ouvrent » aux « Ailes fermées »
L'Aiglon est loin d'être le portrait craché de l'empereur. « Napoléon était un homme d'action, prêt à forcer le destin. Le duc de Reichstadt, lui, a toujours été docile », explique Laetitia De Witt. L'historienne donne pour preuve que « lorsque sa mère venait le voir à la cour de Vienne, puis qu'elle repartait vers l'Italie, il était fréquent qu'il la raccompagne à la frontière. Il n'a jamais essayé de s'échapper ». Or, on imagine mal le grand Napoléon ne pas tenter une évasion pleine de panache.
De son père lui vient tout de même sa passion pour le métier des armes. Fin 1826, il prend la décision de devenir officier et, par ailleurs, reçoit d'excellentes appréciations de ses instructeurs. Dès le début de l'année 1832, alors qu'il reprend son service militaire, sa carrière s'arrête, car son état de santé se dégrade. Sans alliance ni postérité, il meurt le 22 juillet 1832, à l'âge de 21 ans, de la tuberculose.
Dans la pièce L'Aiglon (1900) d'Edmond Rostand, chaque acte porte un nom : successivement, « Les ailes qui poussent », « Les ailes qui battent », « Les ailes qui s'ouvrent », « Les ailes meurtries », « Les ailes brisées », « Les ailes fermées ».
Les Premières Années de Napoléon Bonaparte
Napoléon Bonaparte, dont le nom sonne mieux à certaines oreilles que celui de Bonaparte, est né le 15 août 1769 à Ajaccio, en Corse. Sa famille, les Buonaparte, a été reconnue comme noble par le Conseil supérieur de Corse en 1771. Le prénom Napoléon, peu répandu en Corse, a été choisi pour le jeune garçon, le second des enfants.
Napoléon est élevé durement par sa mère, Letizia Ramolino, « à la Corse », dira-t-elle. Malgré cela, Napoléon l'aime tendrement. Autour de son berceau, puis pour diriger ses premiers pas, il est entouré de silhouettes féminines, entre autre sa grand-mère, Maria Saveria Bonaparte, très indulgente et dévote, qui l'aime beaucoup.
Dès son plus jeune âge, Napoléon montre un caractère difficile, volontaire, parfois inflexible. Il est attiré par le métier militaire et désire posséder ce qu'ont les soldats qu'il voit défiler devant lui à Ajaccio : chapeau et plumet, épaulettes, sabre, fusil, baïonnette.
Le jeune Napoléon Bonaparte est à l'école, tenue par des religieuses. Il s'y montre studieux, aimant le travail, surtout le calcul. On le surnomme « le Mathématicien ». A l'école des Jésuites, il continue et, à huit ans, il a une telle passion pour les mathématiques qu'on lui construit sur l'arrière de la maison, un petit local en planches, où il peut s'isoler pour travailler.
Au cours tenu par l'Abbé Recco, les élèves sont divisés en Romains et en Carthaginois, et placés en vis à vis les uns des autres pour stimuler les énergies. Napoléon, dépité d'être placé parmi les Carthaginois, obtient, à force d'instances, d'être placé parmi les Romains, les vainqueurs.
L'Éducation et la Formation d'un Futur Empereur
En décembre 1778, Charles Bonaparte, le père de Napoléon, emmène ses deux fils aînés, Joseph et Napoléon, en France, accompagnés de Joseph Fesch, le demi-frère de Letizia, et d'un cousin, l'abbé Varèse. Les chemins de ces jeunes hommes, partis d'Ajaccio, se séparent alors.
À l'école de Brienne, Napoléon se distingue par sa fierté et son attitude qui semble hautaine et dédaigneuse. Il se tient à l'écart, méditatif et taciturne, ce qui ne fait qu'enfoncer plus avant dans sa solitude. Il se montre très vite d'une habileté remarquable dans les matières qui le passionnent. Ses récréations sont consacrées au travail.
Ses camarades, subjugués, subissent son ascendant. Il organise même un siège à coups de boules de neige. Ses études avançaient. Ses idées s'étaient modifiées à la réflexion.
Après Brienne, Napoléon entre à l'école militaire de Paris. En 1784, il perd son père, Charles Bonaparte, décédé à Montpellier. Napoléon se sent alors investi d'une mission : assurer l'avenir de sa famille.
Les Débuts d'une Carrière Militaire
En 1786, Napoléon est nommé lieutenant en second au régiment de la Fère, en garnison à Valence. Il y monte sa première garde d'officier. Mais une autre affection le domine : sa chère Corse. Il y retourne en septembre 1786, après huit ans d'absence.
La situation de sa famille paternelle a achevé de s'enliser, ce qui le plonge dans la nécessité de travailler à son avenir. Il parvient à obtenir un congé de six mois, qu'il consacre à l'étude. Il en ramène son frère Louis.
De retour en Corse, Napoléon se mêle à la vie politique locale. Il se rapproche de Paoli, qu'il admire et considère comme son modèle. Il est nommé chef de bataillon, commandant de l'artillerie.
En 1793, Toulon est livré aux Anglais. Napoléon est chargé de reprendre la ville, abandonnée à des incapables. Il prend la décision d'entrer en scène au moment opportun. Il parvient à convaincre les autorités de l'importance d'enlever au plus vite le fort de l'Éguillette, qui commande la rade.
Grâce à son audace et à son intelligence, Napoléon parvient à reprendre Toulon aux Anglais. Cette victoire, qui lui vaut d'être nommé général de brigade, n'est pas suffisamment mise en lumière. Son nom reste ignoré.
L'Ascension Fulgurante
Après Toulon, Napoléon est nommé commandant de la garnison de Paris à vingt-six ans. Il hésite d'abord à accepter, car il souhaitait la prochaine défaite. Il refuse de verser le sang, mais en soldat ; son arme était l'épée, non le couperet.
Après la chute de Robespierre et la fin de la Terreur, Napoléon est incarcéré, mais il est rapidement libéré. Il se retrouve sans emploi et sans ressources. Il songe même à offrir son épée au Grand Turc.
Cependant, la Révolution traverse une crise. Les mécontents, jacobins et royalistes, s'arment contre le gouvernement. L'instant est critique. Barras, conscient du danger, fait appel à Bonaparte.
Dans la nuit du 12 au 13 vendémiaire (4-5 octobre 1795), Napoléon écrase l'insurrection royaliste à Paris. Ce succès lui vaut d'être nommé général en chef de l'armée de l'intérieur. Il passe de l'ombre à la pleine lumière.
Napoléon rencontre alors Joséphine de Beauharnais, une veuve de six ans son aînée. Ils se marient le 9 mars 1796. Deux jours plus tard, Napoléon prend le commandement de l'armée d'Italie.
La Campagne d'Italie et la Gloire
Napoléon galvanise ses troupes et les lance à l'assaut de l'Italie. Il remporte victoire sur victoire : Mondovi, Lodi, Arcole, Rivoli. Il bat les Autrichiens et les Piémontais. Il conquiert la Lombardie et le Piémont.
La campagne d'Italie est un triomphe pour Napoléon. Il devient le héros de la France. Il signe le traité de Campo-Formio avec l'Autriche, qui met fin à la guerre.
L'Expédition en Égypte
Après la campagne d'Italie, Napoléon médite une expédition en Égypte. Il veut frapper l'Angleterre au cœur de son empire colonial. Il met à la voile à Toulon, le 19 mai 1798.
L'expédition en Égypte est d'abord un succès. Napoléon remporte la bataille des Pyramides et entre au Caire. Mais la flotte française est détruite par Nelson à Aboukir. Napoléon se retrouve prisonnier en Égypte.
Malgré les difficultés, Napoléon continue à se battre. Il mène une expédition en Syrie, mais il échoue devant Saint-Jean-d'Acre. Il décide alors de rentrer en France.
Le Coup d'État du 18 Brumaire
En octobre 1799, Napoléon débarque à Fréjus. Il est accueilli en héros. La France est en crise. Le Directoire est impopulaire et corrompu. Napoléon profite de la situation pour organiser un coup d'État.
Le 18 Brumaire (9 novembre 1799), Napoléon renverse le Directoire. Il instaure un nouveau régime, le Consulat. Il devient Premier Consul, puis Consul à vie.
L'Empire et la Postérité
En 1804, Napoléon se fait proclamer Empereur des Français. Il règne sur la France et sur une grande partie de l'Europe. Il réforme l'État, crée le Code civil, développe l'économie et l'industrie.
Napoléon est un grand conquérant. Il remporte de nombreuses victoires : Austerlitz, Iéna, Friedland. Mais il finit par être vaincu à Waterloo en 1815. Il est exilé à Sainte-Hélène, où il meurt en 1821.
L'histoire de Napoléon est une histoire extraordinaire. C'est l'histoire d'un homme qui, parti de rien, est devenu le maître de l'Europe. C'est l'histoire d'un génie militaire et politique, d'un réformateur et d'un conquérant. C'est une histoire qui continue de fasciner et d'inspirer.
Le Faste et la Propagande Autour de la Naissance du Fils de Napoléon III
La naissance d'un héritier est toujours un événement important pour un régime politique, surtout s'il est en quête de légitimité et de stabilité. C'est le cas de Napoléon III, qui, après avoir consolidé son pouvoir par un coup d'État, cherche à assurer la pérennité de sa dynastie. La naissance de son fils, le prince impérial, en 1856, est donc une occasion en or pour mettre en scène la puissance et la continuité du régime.
Une Naissance Attendue et Célébrée
Le début de l'année 1856 est marqué par l'attente fébrile de la naissance d'un héritier pour Napoléon III et son épouse, l'impératrice Eugénie de Montijo. L'événement est d'une importance capitale pour l'avenir du Second Empire, car il s'agit d'assurer la succession et de consolider le régime.
La presse belge, suivie par les journaux français tels que La Presse et Le Constitutionnel, divulgue les détails de la naissance et de l'ondoiement à venir, réglés à l'avance par le grand-maître des cérémonies, Cambacérès. Sont notamment prévus « le cérémonial pour la naissance des princes et princesses, enfans de l’empereur », les « cérémonies qui doivent avoir lieu dans les jours qui suivent celui de la naissance » et « le cérémonial pour l’ondoiement d’un prince impérial ».
Le 16 mars 1856, après une longue nuit d'attente, le prince impérial voit le jour. La foule amassée devant les Tuileries, si l'on en croit les récits hagiographiques, compte fiévreusement les coups de canon et explose de joie au 22e bruit : « c'est un garçon ! ». Répercutée aussitôt jusqu'en province par le télégraphe, la nouvelle suscite selon la presse une grande ferveur.
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