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Bob Marley : Naissance d'une Légende du Reggae

Vénéré comme le musicien de reggae le plus connu, Bob Marley a permis au mouvement rastafari de se faire connaître au niveau mondial. Robert Nesta Marley est né le 6 février 1945 à Nine Miles, en Jamaïque. Sa vie et sa musique sont indissociables, et l'héritage qu'il a laissé est quasi mystique pour certains.

Jeunesse et Premiers Pas dans la Musique

Robert Nesta Marley est né le 6 février 1945 à Nine Miles, paroisse de Saint Ann, en Jamaïque. Il passe son enfance sur place. Dès son plus jeune âge, il chante des succès soul et prend des cours de chant. Avec son ami Neville Livingston (le futur Bunny Wailer), il se passionne pour le ska, la nouvelle musique syncopée à la mode alors que la Jamaïque proclame son indépendance le 6 août 1962.

En 1957, après avoir tenu une petite échoppe de vendeuse de fruits en bord de route, la mère de Nesta emménage à Kingston et devient femme de ménage. Elle s'installe dans le ghetto urbain très dur, pauvre et violent de Trench Town où elle vit avec Thadeus « Thaddy » Livingston, le père de Neville "Bunny" Livingston dont elle aura bientôt une fille, Pearl. Bunny devient le partenaire de chant de Nesta. Ils s'essayent sur des cantiques et des chants d'église comme « This Train ». C'est Bunny, toujours entreprenant, qui fabrique une première guitare avec des fils électriques sans gaine. Une boîte de sardines sert de caisse de résonnance, et un morceau de bambou de manche. Leurs voix d'adolescents élaborent alors les premières mélodies des futurs Wailers.

En 1962, alors qu'il est en apprentissage pour devenir soudeur, il se blesse dans un accident de travail et échappe de peu à la perte d'un œil. Derrick Morgan, soudeur dans son atelier, vient de subir la même mésaventure. Il a profité de son bref congé de convalescence pour tenter sa chance auprès d'un producteur et a enregistré son premier disque. Il conseille à Nesta d'en faire autant. Issu du rythme « shuffle », du r&b et du jazz, le ska naît en 1960. Il est le symbole de l'indépendance jamaïcaine obtenue en 1962 et le jeune Marley se consacre alors à la musique. Comme Derrick Morgan il va chez les disques Beverley's et enregistre trois titres pour Leslie Kong en 1962. Il y rencontre l'adolescent Jimmy Cliff, avec qui il joue quelque peu. Deux 45 tours de ska sortent chez Beverley's, l'un sous le nom de Robert Marley, « Judge Not » puis « One Cup of Coffee », une reprise d'un succès country de Claude Gray qui sort sous le nom de Bobby Martell imposé par Kong. « Terror », qui parle du terrorisme meurtrier régnant dans les ghettos, ne sortira jamais. Mais déjà avec ces trois titres, les trois thèmes qui reviendront dans son œuvre sont là : spiritualité, amour et lutte sociale. Il a dix-sept ans et les deux 45 tours sortent aussi en Angleterre sur une jeune marque spécialisée en ska, Island, qui appartient au Jamaïcain blanc Chris Blackwell.

En 1963, il forme le groupe The Wailing Wailers, avec Bunny Wailer et Peter « Tosh » McIntosh. Après avoir échoué aux États-Unis, il revient en Jamaïque à la fin des années 1960, et embrasse sous l’impulsion de son nouveau mentor, le producteur Lee « Scratch » Perry, le genre musical alors en pleine ascension : le reggae.

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L'Ascension des Wailers et la Découverte du Reggae

Nesta et Bunny sont alors déjà rejoints par Winston Hubert "Peter Tosh" Mc Intosh, qui possède une vraie guitare et leur apprend à jouer. Avec Nesta Robert "Bob" Marley et Junior Braithwaite (4 avril 1949 - 2 juin 1999), ils forment un quatuor d'harmonies vocales modelé sur un groupe soul, les Impressions de Curtis Mayfield, qu'ils copient. Junior et Bunny chantent le plus souvent les aiguës, Peter les graves, et Bob la voix médium. Joe Higgs, qui a déjà publié plusieurs disques vit lui aussi à Trench Town, et leur enseigne le chant et les harmonies. Ils sont bientôt cinq avec l'addition sporadique de Beverly Kelso et Cherry Green (elles cesseront d’enregistrer avec le groupe en 1965). Ils chantent d’abord des cantiques, des reprises de doo-wop et de soul américaine. Après une audition chez Studio One sous le nom des Teenagers, "Coxsone" Dodd leur demande de composer des chansons. Coxsone préfère Junior Braithwaite, à la voix haute perchée, qui devient le chanteur principal, et le restera jusqu'à ce que Bob s’impose et qu’il parte vivre aux États-Unis fin août 1964. Junior n'est chanteur principal que sur « Habits », « Straight and Narrow Way », « Don't Ever Leave Me » et « It Hurts To Be Alone ». Ils travaillent beaucoup et leur énergique premier simple ska, « Simmer Down », chanté par Bob fin 1963 ou début 1964, apparaît dans les listes des succès dans la presse d’avril 1964. C’est un premier gros succès en Jamaïque. Mais malgré de nombreux succès et un premier album, la compilation de 45 tours « The Wailin' Wailers » (Studio One 1965), très déçus ils ne touchent jamais plus de trois livres sterling par semaine. L'album contient déjà une première version de « Put It On », « Simmer Down », et la délicieuses ballade très soul « I'm Still Waiting » (dont une prise alternative bien différente sera publiée bien plus tard sur le CD de l’album chez Studio One). Accompagnés par les fantastiques Skatalites, ils enregistrent entre 1963 et 1965 une centaine de morceaux splendides dont les créations de Marley « Cry To Me », « One Love », « Love And Affection », mais aussi le « And I Love Her » des Beatles, et des adaptations du « Like a Rolling Stone » de Bob Dylan sous le nom de « Rolling Stone », du « Do You Love Me » des Contours sous le nom de « Playboy », du « I'll Keep On Moving » de Curtis Mayfield sous le nom de Rude Boy (repris sous le nom de « Walk The Proud Land » sur l’album « Talking Blues »), plusieurs autres reprises de soul et beaucoup de ska. « Cry To Me », « Put It On », « I'll Keep On Moving » et « One Love » seront réenregistrés par la suite et compteront parmi ses titres les plus populaires. Bob grave aussi quelques cantiques pour Studio One, comme « Let the Lord Be Seen in You » sous le nom de Bob Marley & the Spiritual Sisters. Peter Tosh enregistre treize titres en tant que chanteur principal des Wailers chez Studio One, dont « The Toughest », « Maga Dog », et le « Don’t Look Back » des Temptations. Quant à Bunny, moins prolifique, il grave néanmoins des merveilles comme le ska « Dreamland », une reprise du « Dream Island » des El Tempos (Vee Jay) et sa sublime ballade doo wop « I Need You So ». Ces morceaux sont disponibles sur différentes compilations de vinyle sorties chez Studio One. On les trouve aussi sur les compilations posthumes en CD : Simmer Down at Studio One (1991), One Love at Studio One (1991), Rare Ska Sides From Studio One (1999), Destiny (Heartbeat 1999), Climb The Ladder (Heartbeat 2000), et Wailers and Friends (Heartbeat 1999) qui en plus d’un duo Bob Marley-Marcia Griffiths contient des morceaux où les Wailers sont simplement choristes d’autres grands artistes, comme Delroy Wilson, Bob Andy, Rita Marley & the Soulettes, Ken Boothe, Lord Brynner, Jackie Opel, Joanne Dennis et Lee « Scratch » Perry. Tous ces albums mélangent indifféremment les titres interprétés par Peter Tosh, Bunny, Bob et Junior : les Wailers.

Repérés par Chris Blackwell et signés sur son label Island, les Wailers rencontrent le succès critique avec les albums studio Catch a fire et Burnin’ en 1973.

Le Succès International et l'Engagement Rastafari

Le 10 février 1966 Nesta se marie avec Alpharita Consticia "Rita" Anderson, du trio des Soulettes que Bob encadre chez Studio One. Rita Marley, qui a adopté Sharon Pendergast Marley, née le 23 novenbre 1965 et fille de sa cousine, est chanteuse de ska comme lui. Rita est enceinte, ils ont besoin d'argent et Nesta quitte l'île rejoindre sa mère, qui s'est remariée aux États-Unis à Wilmington, Delaware, avec un Jamaïcain, Mr Booker. Le fonctionnaire qui lui délivre son passeport n'aime pas son premier prénom Nesta et inscrit le deuxième, Robert, plus sérieux, en tête. Le diminutif de Robert, Bob, est déjà devenu le surnom de Marley à cette époque. Après son départ début 1966 il n’enregistrera plus jamais pour Coxsone Dodd chez Studio One. Pendant son voyage en Amérique, Bob est remplacé temporairement par Constantine "Dream" Walker, un des trois membres des Soulettes, qui enregistre quelques titres avec les deux autres Wailers Bunny et Peter, comme la magnifique ballade doo wop « I Need You ». Peter Tosh gravera encore quelques titres pour Coxsone comme « Rasta Shook Them Up », l’un des tout premiers titres mentionnant le mouvement Rastafari qui se répand en Jamaïque, mais les Wailers quittent Studio One où malgré un succès certain, mais limité aux pistes de danse locales, ils ne gagnent pas leur vie.

Du 21 au 23 avril, l'empereur d'Ethiopie Haïlé Sélassié Ier, le dieu vivant des rastas jamaïcains, Jah Rastafari, fait une visite officielle qui marque fortement la population et précipite le développement de ce mouvement dans l'île. Bob Marley travaille alors dans l'équipe de nettoyage de l'hôtel Dupont à Wilmington aux États-Unis. Sa femme est présente à l’arrivée du monarque, qu’elle perçoit comme étant Jésus réincarné. Quand Bob rentre à l'automne 1966, il se déclare lui rasta et avec ses économies américaines monte sa marque de disques, Wail'n'Soul'm. Rita Marley a quitté Studio One elle aussi, et le nom Wail'n'Soul'm est un abrégé de Wailers and Soulettes music. Les disques sortiront désormais le plus souvent sous le nom de Bob Marley & the Wailers, et le cas échéant Peter Tosh & the Wailers. Le ska passe de mode et fait place au rocksteady, plus lent et plus axé sur les voix soul que sur les cuivres jazzy. Les deux premiers titres enregistrés en autoproduction par Bob Marley & the Wailers (et écrits par Bob aux États-Unis) sont « Bend Down Low » et « Freedom Time », leur premier single pour le nouveau label. « Freedom Time », à double sens, fête à la fois leur départ de chez Studio One et la fin de l'esclavage. Ils enregistrent nombre d’autres 45 tours avec d'excellents musiciens comme Winston Wright au piano et à l'orgue, le pianiste Gladstone « Gladdy » Anderson, les guitaristes Hux Brown, Lynn Taitt et Ranford "Rannie Bop" Williams, le bassiste Jackie "Sledge" Jackson, le batteur Hugh Malcolm, le percussionistes Alvin "Seeco" Patterson et Constantine "Dream" Walker (sans compter les cuivres et bois des ex-Skatalites). Tous les ingrédients du succès sont déjà là si on compare la qualité de leur travail avec celle des autres grands groupes vocaux de l’époque comme les Techniques, les Heptones ou les Paragons. Mais sans le soutien des soirées dansantes de sound systems importants comme ceux de Coxsone Dodd, ils ne trouvent que rarement preneur. Bob, Rita, Peter et Bunny ouvrent alors une minuscule boutique et y vendent leurs 45 tours de rock steady, le nouveau style. Bob les distribue lui-même en vélo, mais malgré une apparition à la télévision dans l’émission de Neville Willoughby qui passe aussi « Nice Time » dans son émission de radio, les indépendants n’ont presque aucun succès. Avec « Bend Down Low », « Don’t Rock my Boat » (alias « Satisfy my Soul ») et « Stir It Up » (réenregistrés plus tard lors de la carrière internationale de Bob, comme beaucoup de ses meilleures compositions), il chante des paroles salaces à double sens. D'autres réussites s'appellent « Pound Get a Blow », « Hypocrites », « Fire Fire » (Simply Red en fera un tube britannique pur en 1987 sous le nom de « Fire Burning »), « I'm Hurting Inside », « Mellow Mood » (très repris par d'autres). Rita enregistre aussi son « Play Play Play » dérivé du « Turn Turn Turn » de Pete Seeger, un tube américain des Byrds qu’elle a déjà enregistré en version ska chez Studio One. Après Sharon, adoptée quelques mois plus tôt, leur première fille Cedella naît le 23 août 1967. Quand Bob Marley annonce sa prise de conscience rasta à sa mère (elle aussi prénommée Cedella), très chrétienne, elle est choquée, comme le serait tout Jamaïcain, qui considèrent à priori les rastas comme blasphématoires. Mais elle le suivra plus tard dans cette voie. On retrouve la totalité des précieux enregistrements du label Wail’n Soul’m, longtemps introuvables, disséminés sur trois albums : « Selassie Is The Chapel » (JAD 1997) qui inaugure la série The Complete Bob Marley & theWailers 1967-1972 , « Freedom Time » (JAD 2002), et le coffret Songs of Freedom, Tuff Gong/Island 1992). JAD Peter Tosh grave « Dem a Fi Get a Beatin’ », « Funeral » et le « Stepping Razor » de son ancien prof Joe Higgs pour Wail’n Soul’m. Il interprète de plus en plus de morceaux en duo avec Bob (« Fire Fire ») ou avec Bunny et Bob aux harmonies. Mais de juillet 1967 à septembre 1968, Bunny Livingston est en prison pour détention de chanvre, et Rita Marley remplace Bunn…

Ce n’est qu’en 1973 que Bob Marley commence à rencontrer le succès. Ce qui a fait le succès de ses chansons, outre la qualité de la musique, c’est aussi ce que Bob Marley y raconte. Sa musique a touché tous les publics et a participé à l’affirmation et à la valorisation d’une identité Noire. Il reste un symbole d’émancipation et de liberté. Il est devenu une icône de la contestation pacifique et de la légitime défense. Les messages qu’il délivre sont spirituels et culturels, avec des valeurs issues de la culture rastafari.

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Devenu une figure centrale en Jamaïque, il est victime en 1976 d’un attentat qui le blesse lui et sa femme et les contraint à s’exiler à Londres. Marqué par les idéaux tiers-mondistes, le souvenir de l’esclavage omniprésent en Jamaïque et les combats de la décolonisation, Bob Marley s’engage contre l’impérialisme occidental lors qu’en 1979 il chante « Zimbabwe », un soutien à la lutte pour l’indépendance de la Rhodésie, entamée en 1966. Le 17 avril 1980, la dernière colonie européenne en Afrique s’émancipe du Royaume-Uni et devient le Zimbabwe.

La Maladie et la Disparition d'une Légende

En 1977, Bob Marley se voit diagnostiquer un mélanome, mais refuse l'amputation qui lui est ordonnée.

En 1980, le chanteur perd connaissance en faisant son jogging dans Central Park à New York. Après des examens, on lui découvre cinq tumeurs dont trois au cerveau, une à l’estomac et une aux poumons. Le cancer est généralisé. Il préfère ne rien dire à son entourage et continue ses concerts dont celui de Saint-Denis en France qui réunit près de 50 000 personnes. A la fin de cette même année, Bob Marley se fait soigner en Bavière et bénéficie d'un traitement qui prolonge sa vie au prix de dures souffrances.

Bob Marley est décédé le 11 mai 1981 à Miami, aux Etats-Unis. Il est enterré le 21 mai à St Ann, en Jamaïque.

Héritage et Influence Posthume

« Redemption Song », la dernière piste du dernier album de Bob Marley Uprising (1980), est considérée comme l'une de ses plus grandes œuvres. Bob Marley meurt le 11 mai 1981 à Miami (États-Unis), à l'âge de 36 ans d’un cancer généralisé. Sa disparition soulève une émotion mondiale, et ne ralentit â son succès, au contraire.

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Visage du reggae jamaïcain qu’il a installé à l’international en vendant plus de 200 millions de disques, Bob Marley est également une véritable icône de la lutte des peuples du Sud contre l’oppression, en même temps qu’un chantre de l’amour universel. Sa maison natale à Nine Miles a été transformée un musée-mausolée. Bob Marley est la première (et la dernière ?) véritable superstar venue d'un pays pauvre. Sa musique, le reggae jamaïcain, un proche dérivé du rhythm & blues et de la soul américaine, est la voix de tous les peuples opprimés de la terre, au nom desquels il s'exprime. Brillant et prolifique chanteur auteur-compositeur, sa carrière internationale de dure que huit années intenses. Outre ses merveilleuses créations, sa dimension sociale et spirituelle lui donnent vite l'aura d'un exemple et, pour beaucoup, d'un prophète. Il succombe à un cancer (mélanome) en pleine gloire à trente-six ans, mais son mythe lui survit et s'amplifie depuis hors de toutes proportions.

Bob Marley laisse derrière lui onze enfants de sept relations différentes, dont certains font aujourd'hui de la musique. La plupart de ses onze enfants ont repris le flambeau et se placent en dignes héritiers de leur père. Nombreux sont les artistes à reprendre les tubes de Bob Marley, qui a par ailleurs donné son nom à plusieurs lieux, rues ou musées. En France, tout récemment, c'est l'artiste français Dadju, frère du chanteur Gims, qui lui a consacré un titre, "Bob Marley", sorti en 2018 et extrait de son disque Gentleman 2.0.

Depuis 1991, c'est le producteur Chris Blackwell qui gère le patrimoine artistique de Bob Marley, en association avec sa famille (il avait 11 enfants), après dix ans de procédure. La fortune du chanteur, décédé en 1981, était estimée l'an dernier par le magazine Forbes à 14 millions de dollars, le plaçant à la huitième place des célébrités décédées ayant le plus gros héritage (le premier étant Michael Jackson). Bob Marley est l'un des rares artistes à avoir gagné plus d'argent après sa mort que durant son vivant.

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