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Jules Ferry : Naissance, Lieu et Parcours d'un Républicain Emblématique

Jules Ferry, figure marquante de la Troisième République, est né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, dans le département des Vosges. Son œuvre, souvent associée à l'établissement de l'école laïque, gratuite et obligatoire, ainsi qu'à la politique coloniale française, mérite d'être explorée dans sa globalité. Cet article se propose de retracer son parcours, de sa naissance à ses engagements politiques, en passant par son rôle clé dans la construction de l'école républicaine.

Jeunesse et Formation : Les Racines d'un Républicain

Jules Ferry voit le jour au sein d'une famille bourgeoise et cultivée. Son père, Charles-Édouard Ferry, est avocat au barreau de Saint-Dié. L'atmosphère familiale est empreinte d'une certaine austérité, et Jules grandit entouré de sa sœur aînée, Adèle, née en 1826, et de son frère cadet, Charles, né en 1834. L'éducation qu'il reçoit est marquée par les idées libérales et agnostiques de son père, libre-penseur influencé par la philosophie positiviste d'Auguste Comte.

En 1846, la famille Ferry quitte Saint-Dié pour s'installer à Strasbourg, puis à Paris en 1850. Jules poursuit ses études secondaires dans différents établissements, notamment au collège de Saint-Dié et au lycée de Strasbourg. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1851, il entreprend des études de droit à Paris.

Premiers Pas dans la Vie Publique : Du Barreau à l'Opposition au Second Empire

Initialement destiné à une carrière dans la fonction publique, Jules Ferry s'inscrit finalement au barreau de Paris et devient stagiaire auprès d'un avocat d'affaires. En 1854, il est nommé secrétaire de la Conférence des avocats, une fonction qui lui permet de se faire remarquer. L'année suivante, il est désigné par Pierre Antoine Berryer pour prononcer le discours de rentrée. Cette allocution, intitulée "De l'influence des idées philosophiques sur le barreau au XVIIIème siècle", est l'occasion pour Ferry d'exposer ses convictions politiques. Ses références à la justice sociale, à la liberté de conscience et à la laïcité le positionnent clairement comme un opposant au Second Empire.

Ce discours lui ouvre les portes des salons parisiens, notamment celui d'Émile Ollivier. Parallèlement à son activité d'avocat, Jules Ferry collabore à plusieurs journaux, tels que Le Courrier de Paris, La Presse d'Émile de Girardin et La Revue des Deux Mondes, où il publie des articles sur la politique industrielle et économique.

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En 1861, il publie un Manuel électoral, suivi en 1863 de La Lutte électorale. Dans ce pamphlet, il dénonce la pratique des candidatures officielles aux élections législatives, qu'il considère comme une manipulation du processus électoral. Cette prise de position lui vaut d'être traduit en justice et condamné.

L'Ascension Politique : De Député d'Opposition à Maire de Paris

En 1868, Jules Ferry rédige pour le journal Le Temps une série d'articles intitulée "Les Comptes fantastiques d'Haussmann", dans laquelle il critique avec virulence les transformations du vieux Paris entreprises par le préfet de la Seine. L'année suivante, il participe à la campagne électorale et fonde, avec Jules Favre, L'Électeur libre, un hebdomadaire républicain.

Le 6 mai 1869, Jules Ferry est élu député de la 6ème circonscription de la Seine. À l'Assemblée, il se distingue par ses prises de position contre le gouvernement d'Émile Ollivier. En avril 1870, il prononce un discours sur "le problème de l'éducation du peuple". Quelques mois plus tard, il dénonce le risque de guerre avec la Prusse, mais vote néanmoins les crédits militaires.

La guerre franco-prussienne et la chute du Second Empire propulsent Jules Ferry sur le devant de la scène politique. Le 4 septembre 1870, il proclame la République à l'Hôtel de Ville de Paris, aux côtés de Léon Gambetta et Jules Favre. Il est nommé ministre du gouvernement de la Défense nationale, avec pour mission d'organiser les élections de l'Assemblée constituante.

Le 15 novembre 1870, il devient maire de Paris, alors que la capitale est assiégée par les armées prussiennes. Il doit faire face à d'importantes difficultés d'approvisionnement et met en place un système de rationnement. Cette politique lui vaut le surnom de "Ferry famine".

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La Commune et l'Éloignement : Préfet de la Seine et Ambassadeur

Le 12 février 1871, Jules Ferry est élu député des Vosges. Lors de la Commune de Paris, il quitte la capitale et tente d'organiser la résistance du pouvoir légal. Le 24 mai 1871, il est nommé Préfet de la Seine, mais démissionne quelques semaines plus tard, après la répression sanglante de la Commune.

Afin de l'éloigner de Paris, Adolphe Thiers lui confie le poste d'ambassadeur à Athènes, avec le statut de ministre plénipotentiaire. Après la démission de Thiers en mai 1873, Jules Ferry démissionne de son poste de diplomate et reprend ses activités de parlementaire.

Le Retour à la Politique Intérieure : Franc-Maçonnerie et Mariage

Le 9 juillet 1875, Jules Ferry adhère à la franc-maçonnerie, à la loge de la Clémente Amitié. Le 24 octobre de la même année, il épouse civilement Eugénie Risler, petite-fille de Charles Kestner, un riche industriel alsacien et protestant.

Réélu député des Vosges le 5 mars 1876, il devient une figure de l'opposition à l'Ordre moral, aux côtés de Léon Gambetta et Georges Clemenceau. Au sein de la gauche républicaine, il s'attache à tracer une voie médiane, prônant un républicanisme pragmatique et opportuniste.

Ministre de l'Instruction Publique : L'Architecte de l'École Républicaine

Après la démission du maréchal de Mac-Mahon et l'élection de Jules Grévy à la présidence de la République, Jules Ferry est nommé ministre de l'Instruction Publique dans le gouvernement Waddington en 1879. Il occupe ce poste de manière discontinue jusqu'en 1885, marquant durablement le système éducatif français.

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Sous son impulsion, un ensemble de lois est voté, constituant une véritable réforme de l'enseignement. Les lois du 12 juillet 1879, du 27 février et du 18 mars 1880 établissent la liberté de l'enseignement supérieur, tout en conférant à l'État l'attribution exclusive des grades universitaires. Ne pouvant imposer la laïcisation totale des personnels enseignants, Jules Ferry oblige les congrégations religieuses à se faire enregistrer pour obtenir l'autorisation d'enseigner, sous peine de dissolution.

La loi du 28 mars 1882 est la plus emblématique de son œuvre. Elle rend l'école primaire obligatoire et laïque, supprimant l'enseignement religieux au profit de l'instruction morale et civique. Parallèlement, Jules Ferry entreprend de laïciser les manuels et les livres scolaires, diffusant une liste officielle des ouvrages autorisés. L'historien Ernest Lavisse rédige un manuel d'histoire, véritable bible du républicanisme.

Dans une lettre aux instituteurs du 27 novembre 1883, Jules Ferry leur recommande fermeté dans les principes et modération dans leur application. Il crée également une École normale supérieure féminine à Sèvres et une agrégation féminine, favorisant ainsi l'accès des femmes à l'enseignement.

Président du Conseil et Ministre des Affaires Étrangères : La Politique Coloniale

Le 25 septembre 1880, Jules Ferry devient président du Conseil, tout en conservant son portefeuille de ministre de l'Instruction Publique. Il prend également des responsabilités aux Affaires étrangères, imprimant une orientation décisive à la politique extérieure de la Troisième République.

Marquée par la défaite de 1870, la France est alors tiraillée entre le désir de "Revanche" et la nécessité de maintenir la paix. Jules Ferry entend redonner à la France une place dans le concert européen. Il justifie cette ambition dans deux discours prononcés devant les députés les 5 et 9 novembre 1881, affirmant que la France ne peut se résigner à "jouer dans le monde le rôle d'une grande Belgique".

Il prône une politique de conquêtes coloniales, notamment en Afrique et en Indochine. Cette politique suscite de vives critiques de la part des républicains les plus intransigeants, tels que Georges Clemenceau, qui lui reprochent de détourner l'attention des Français de la "ligne bleue des Vosges" et d'abandonner le continent européen à la diplomatie du chancelier Bismarck.

Sous sa direction, la France impose son protectorat à la Tunisie en 1881, soutient les expéditions de Pierre Savorgnan de Brazza au Congo et étend son influence en Extrême-Orient, notamment au Tonkin.

La Chute et le Déclin : "Ferry Tonkin"

L'expédition au Tonkin s'avère désastreuse pour Jules Ferry. L'annonce prématurée de la nouvelle du "désastre de Lang Son" provoque la chute de son gouvernement le 30 mars 1885. Victime du secret de sa diplomatie, il est surnommé "Ferry Tonkin".

En 1887, il se porte candidat à la présidence de la République, mais est battu par Sadi-Carnot. Il s'oppose au boulangisme, surnommant le général Boulanger "César de café-concert". Le 10 décembre 1887, il est victime d'un attentat à la Chambre des députés.

Le Retour au Sénat et la Présidence : Un Crépuscule Politique

Non réélu député des Vosges en 1889, Jules Ferry entre au Sénat en 1891. L'année précédente, il publie un ouvrage intitulé Le Tonkin et la Mère-Patrie, dans lequel il défend sa politique colonialiste.

Président de la commission de l'Algérie, il effectue une longue mission dans ce pays en 1892. Le 24 février 1893, il est élu président du Sénat.

Alors que la Troisième République est secouée par le scandale de Panamá, Jules Ferry appelle à l'apaisement et encourage les catholiques modérés à se rallier à la République.

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