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Muriel Gilbert : Une Passionnée des Mots et de Leurs Histoires Insolites

Muriel Gilbert est une figure emblématique pour tout amateur de scrabble et amoureux de la langue française. Elle est bien plus qu'une simple arbitre des mots ; elle est une conteuse d'histoires, une exploratrice des méandres linguistiques, et une dénicheuse d'anecdotes savoureuses qui révèlent les caprices et les évolutions du français.

L'Arbitre et le Dictionnaire : Une Relation Complexe

Tout joueur de Scrabble vous le dira : l'arbitre, c'est le dictionnaire. Le dictionnaire ne ment jamais, ne se trompe jamais. Et pourtant… Muriel Gilbert, en tant qu'amoureuse des mots et des dictionnaires, nous dévoile un univers où les erreurs se sont parfois transformées en règles, où les confusions et les malentendus ont façonné la langue que nous parlons et écrivons aujourd'hui.

Les Erreurs Orthographiques Devenues Règles

L'un des exemples les plus frappants de ces anomalies est l'orthographe du mot « événement » avec deux accents aigus. Muriel Gilbert révèle que cette bizarrerie serait due à une pénurie de caractères « è » dans l'imprimerie du dictionnaire de l'Académie française. Un imprimeur, confronté à ce manque, aurait substitué le « è » par un « é », et c'est ainsi qu'une faute d'orthographe est devenue la norme.

Alors que les dictionnaires prescrivaient événement, avec deux accents aigus sur les e, tout le monde (hormis les correcteurs de presse et autres maniaques de l'orthographe, dont, oui, je dois bien avouer que je fais partie) écrivait évènement avec un accent grave sur le deuxième e, et c'était bien naturel, puisque c'est ainsi que la plupart des francophones prononcent ce mot. Mais le plus joli, dans l'histoire, c'est l'origine délicieuse et incroyable de ce deuxième accent aigu qui embêtait tout le monde, que j'ai apprise récemment grâce à un message de l'éminente linguiste Henriette Walter. "Cette aberration graphique, m'explique-t-elle, n'est pas le produit d'une décision mûrement pesée, mais résulte d'un manque momentané de matériel d'imprimerie. L'histoire remonte au début du XVIII ème siècle, époque à laquelle on commençait à adopter l'accent grave è, en le distinguant de l'accent aigu é. L'imprimeur du dictionnaire de l'Académie française n'avait pas fait fondre assez de caractères de plomb è, avec l'accent grave. Lorsqu'il en fallait plusieurs dans une même page, il lui arrivait d'en manquer. C'est ainsi que, dans l'édition du dictionnaire de l'Académie française de 1740, événement comporte deux é (et mére, également avec un accent aigu). Mais, arrivé à la lettre p, l'imprimeur avait sans doute eu le temps de faire fondre de nouveaux caractères, car père a bien son accent grave. Et voilà : près de trois siècles de zéros en dictée à cause d'un imprimeur qui n'avait pas commandé les bons caractères! PP.

Le Mystère des Mots Disparus

À mesure que la réalité change, certains mots disparaissent également. D’ailleurs, sur ce point, il existe un mystère : comment se fait-il que l’on n’évoque jamais les mots qui sortent des dictionnaires ? J’avais essayé de me pencher sur cette énigme voilà un an ou deux, et, chez Larousse comme chez Robert, on répondait que non, on ne retirait jamais de mots. Évidemment, ils nous prenaient pour des jambons, comme dit mon fils, qui aime la charcuterie : physiquement (et financièrement),il est impossible que les dictionnaires grossissent à l’infini Du reste, les éditions Larousse ont fini par avouer ! Elles ont publié une petite merveille qui s’appelle Les Mots disparus de Pierre Larousse. Ce livre répertorie ceux qu’il appelle les « chers disparus », les termes que l’usage a fait sortir du dictionnaire.

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Anecdotes Linguistiques et Culturelles

Muriel Gilbert ne se contente pas de disséquer les erreurs et les curiosités orthographiques. Elle nous offre également un florilège d'anecdotes linguistiques et culturelles qui témoignent de la richesse et de la complexité de la langue française.

  • « Se faire appeler Arthur » : L'expression « se faire appeler Arthur » a un rapport assez étroit avec le confinement imposé par le COVID-19. Selon Clémentine Portier-Kaltenbach, auteure des Secrets de Paris, l’expression remonterait à l’occupation allemande. Le couvre-feu était fixé à 8 heures du soir : « acht Uhr » en allemand. « Ach Uhr ! », c’est ce que les patrouilles criaient aux retardataires qui traînaient dans les rues passé 20 heures.
  • Le sexe des mots : Les Fran­çais ont une passion pour le sexe des mots. Le Fran­çais dit une huître mais un escar­got, une voiture mais un camion.
  • L'influence du français sur l'anglais : Lorsque le Normand Guillaume le Conquérant s’installa sur le trône d’Angleterre, en 1066, le pays ne disposait pas d’une langue unique, mais de plusieurs dialectes locaux. Du coup, le français est devenu, pour plus de trois cents ans, la langue officielle de l’île, et un à deux tiers des mots anglais actuels dérivent directement ou indirectement du français. Bien souvent, ce sont eux qui nous reviennent, parfumés à la sauce anglaise ! Flirter n’est que le retour au bercail de notre conter fleurette, management vient de ménagement et manager de ménager.
  • Les couleurs blagueuses : L’autre soir, j’épluchais des patates en écoutant la radio. Soudain, je saute en l’air, comme si un plaisantin époque Pif le chien venait de me faire exploser un sac en papier au creux de l’oreille. La comédienne qui lisait un roman d’Annie Ernaux venait d’évoquer « le regard de la chatte noire et blanche ». Et alors ? demanderez-vous. Eh bien, c’est très simple : une chatte noire et blanche, ça n’existe pas ! Peut-être croyez-vous en avoir vu des dizaines, peut-être même vous apprêtez-vous à m’envoyer la photo de votre propre matou femelle, et pourtant vous vous trompez. Allez, c’est vrai, les couleurs font partie des sacrées blagueuses de la langue française.
  • Les anagrammes : Certaines anagrammes sont des curiosités, comme celle du chien et de sa niche. Il y a celle de soigneur, qui est guérison, tandis qu’endolori est l’anagramme d’indolore. Et puis il y a des anagrammes célèbres, dont certaines sont particulièrement bien trouvées.
  • La poule et l'œuf : Qu'est-ce qu'Homo Sapiens a dévoré en premier, la poule, ou l'oeuf? Quoi qu'il en soit, du Portugal à la Russie, nombre de peuples sont d'accord, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. "Qui ne risque pas un oeuf n'aura pas de poule", précisent les Espagnols (quien no arriesga un huevo no tiene una gallina), tandis que les Turcs jugent dans le même cas que "qui entre au hammam transpire" (hamama giren terler).
  • Le Pont Neuf : Emma, une jeune Britan­ni­que fraî­che­ment débar­quée à Paris avec qui j’ai travaillé comme inter­prète au BHV, se deman­dait ce qu’étaient deve­nus les ponts un à huit à Paris, puis­que nous avions un « pont neuf ». Quand j’ai expli­qué en rigo­lant que neuf était syno­nyme de nouveau, elle s’est moquée de moi en me montrant dans un guide que c’était le plus vieux pont de Paris.

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