La question de la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes a suscité des débats passionnés en France, rappelant les discussions houleuses autour du mariage pour tous. Bien que les deux sujets touchent aux valeurs familiales et sociétales, les mobilisations et les contextes diffèrent. Cet article explore les points communs et les différences entre ces mouvements, en tenant compte de l'implication des "gilets jaunes" et des enjeux sous-jacents.
Un Contexte Évoluant
Le contexte est moins favorable aux anti-PMA qu’au moment du débat sur le mariage pour tous, où la mobilisation avait été massive. Une majorité de Français soutient l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes. Selon un sondage de l'Ifop, une large majorité de Français se prononce en faveur de l'ouverture de la PMA aux femmes seules (68 %) et aux lesbiennes (65 %), un niveau record.
En 2013, descendre dans la rue, c’était aussi pour dire non à François Hollande et à une politique jugée antifamille. Depuis, le clivage gauche-droite s’est affadi.
Mobilisations: Amplification et Divergences
Lors de la première action contre le mariage pour tous en novembre 2012, 100 000 manifestants avaient défilé en France. Au plus fort de la contestation contre la loi Taubira, jusqu’à 340 000 personnes étaient descendues dans la rue selon la police, 1,4 million selon les organisateurs.
Agitant des drapeaux vert et rouge « Liberté Égalité Paternité », plusieurs dizaines de milliers d’opposants à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ont marché dans le calme. Quelque 74 500 personnes ont marché dans la capitale pour cette mobilisation nationale, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour un collectif de médias. Les organisateurs annoncent avoir comptabilisé de leur côté 600 000 manifestants. La préfecture de police de Paris avance elle le chiffre de 42 000.
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La mobilisation a surtout démarré plus tardivement par rapport à celle contre le mariage pour tous. Les réseaux catholiques opposés à cette loi se sont mobilisés au moment où elle passait à l’Assemblée nationale. Finalement, il n’y a eu qu’une manifestation. D’autres sont prévues parce que l’examen du texte est toujours en cours, il doit passer au Sénat en janvier et il y aura une deuxième lecture.
Il y a une démobilisation d’un certain nombre d’opposants de 2012-2013 qui, soit ont baissé les bras, soit ne se mobilisent pas pour la PMA, parce que le mariage pour tous, c’était quelque chose de plus symbolique, on touchait à l’institution du mariage, alors que la PMA peut apparaître comme quelque chose de plus secondaire. D’autres encore ont changé d’avis.
La Position des "Gilets Jaunes"
Alain, un « gilet jaune » explique sur le rapport qu’il établit entre le mouvement et la PMA ? « On est pour la famille, pour l’identité nationale. C’est le même combat. Il n’y a pas de contradiction. Le cœur du mouvement des ’gilets jaunes’ est provincial, des gens qui subissent les effets de la mondialisation », assure-t-il, avant d’ajouter : « Nous sommes contre le déracinement. Or, la PMA et la GPA font partie des attaques du mondialisme ».
Plusieurs collectifs militants semblent donc avoir tout fait pour inciter leurs partisans à voter en masse pour des propositions qui n'ont pas grand-chose à voir avec les Gilets jaunes et les thèmes annoncés pour le grand débat national des semaines à venir (« inégalités sociales », « justice fiscale », « inégalités territoriales », « pouvoir d'achat », « participation des citoyens » et « transition écologique »). Un rapide coup d'œil sur le site du mouvement anti-loi Taubira dépositaire de la plus populaire des propositions va en ce sens : on y trouve un appel à voter avant le 4 janvier pour ladite proposition.
Arguments et Préoccupations
Dans le cortège, Guillemette est venue de Versailles avec ses amies du lycée. Elle ne veut pas que l’Etat crée « des orphelins de père ». Elle explique : « Il est important de défendre les droits de l’enfant, le droit d’avoir un papa et une maman. Les familles monoparentales, ça peut créer des problèmes, on leur donne des allocations… Evidemment, plein de familles se débrouillent très bien mais ce n’est pas une situation qui est choisie ». Avec ses parents, elle était déjà allée manifester en 2013, elle avait 10 ans, ses parents doivent arriver dans l’après-midi. « Avec la PMA, un enfant sera élevé par deux femmes. Et même s’il y a beaucoup d’amour, ça ne remplacera pas son père ».
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De nombreux manifestants affirment mener un combat « écologique » en s’opposant à la PMA. « On nous dit de respecter la nature, ce qui est biologique, mais pour l’homme, on a l’impression que tout est permis », dit Patrick, 53 ans, cadre dans l’industrie pharmaceutique. Beaucoup redoutent également que l’ouverture de la PMA entraîne la légalisation de la GPA, que le gouvernement a toujours qualifié d’« interdit absolu » et a exclu du projet de loi.
La grande majorité des études, réalisées pour l’essentiel à l’étranger, concluent que les enfants nés par PMA dans des familles homoparentales grandissent dans d’aussi bonnes conditions que les autres, mais les opposants réfutent leur « scientificité ».
Réactions Politiques et Société
La ministre de la santé et des solidarités, Agnès Buzyn, a dit qu’elle n’était pas « surprise » par l’ampleur de la mobilisation, mais n’envisage pas de retrait du projet de loi. « Je trouve ça tout à fait légitime que cette partie de notre société française ait envie de s’exprimer », a-t-elle dit. « Le vote des députés est sans appel. La PMA pour toutes les femmes a été adoptée à une large majorité des voix. »
Les associations LGBT craignent, elles, que cette mobilisation relance les actes homophobes, qui avaient bondi en France en 2013.
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