Bien que sa vie ne soit pas toujours bien connue, les personnages créés par Molière sont au moins aussi célèbres que leur créateur. Jean-Baptiste Poquelin, connu sous le nom de Molière, est une figure centrale du théâtre et de la culture française.
Naissance et Jeunesse
Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est né à Paris le 15 janvier 1622. En 2022, on a célébré le 400e anniversaire de sa naissance. Il est issu d'une famille de marchands parisiens. Son père, Jean Poquelin, est un riche tapissier ordinaire du roi, mais ce métier n'intéresse pas le jeune Jean-Baptiste. Il partage la passion de son grand-père maternel pour le théâtre, un divertissement accessible uniquement aux classes aisées.
Formation et Premiers Pas dans le Théâtre
Après avoir fait ses humanités au collège des jésuites de Clermont (l'actuel lycée Louis-le-Grand) et obtenu une licence en droit à Orléans, Jean-Baptiste Poquelin renonce au barreau et à la charge de son père. Il se lie avec des comédiens et rencontre Madeleine Béjart, sa future compagne, qui est déjà une actrice célèbre. C'est elle qui va contribuer à la formation théâtrale du futur Molière.
Le 30 juin 1643, à l'âge de vingt-et-un ans, il fonde avec ses amis comédiens L'Illustre-Théâtre. Cependant, la concurrence est rude, le succès se fait attendre, et la faillite survient deux ans plus tard. Molière part en prison à cause de ses dettes, mais son père verse une caution afin qu'il soit libéré.
Avec Madeleine, il quitte Paris et débute des tournées dans toute la France. Il révèle ses dons de comédien, mais aussi pour la direction d'acteurs. Il commence à écrire ses propres pièces, et Molière connaît enfin le succès populaire.
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Retour à Paris et Consécration
À 36 ans, il regagne Paris pour révéler son talent, notamment auprès du jeune roi Louis XIV, dont il devient le bouffon en quelque sorte. Il a le droit de tout dire et de tout jouer. Il triomphe en 1659 avec « Les Précieuses ridicules », une satire des prétentions intellectuelles de l’élite. Il rompt avec Madeleine pour épouser Armande Béjart, pour laquelle il écrira ses plus beaux rôles féminins.
En 1658, Molière et sa troupe sont de retour à Paris, où ils s’établissent à nouveau de manière durable. Ils reçoivent alors la protection de Philippe d'Orléans, le frère du roi, et donnent une représentation devant Louis XIV. Si L'Étourdi et Le Dépit amoureux plaisent au roi, c'est surtout avec Les Précieuses ridicules, en 1659, que le talent de comédien et de dramaturge de Molière éclate au grand jour. Après avoir joué dans la salle du théâtre du Petit-Bourbon, il s'installe au Palais-Royal (l’actuelle Comédie-Française). Il y joue L'École des maris (1661) et L'École des femmes (1662).
En 1664, Molière et le musicien Lully s’associent pour composer la comédie-ballet « Le Mariage forcé ». Ils collaboreront sept ans. Louis XIV, de son côté, accepte d'être le parrain de son premier enfant et lui suggère amicalement de rajouter à sa galerie d'importuns des Fâcheux le portrait du chasseur.
Les Comédies et la Satire Sociale
Dans beaucoup de ces chefs-d’œuvre, derrière le rire, se trouve une dénonciation des rigidités de la société. Il le fait avec talent, avec la vitalité de la langue française. Le théâtre de Molière a pour particularité de s’attaquer aux travers de la société de son temps. Ainsi, la pièce Le Tartuffe se moque de l'hypocrisie et des abus de pouvoir des dévots, représentés par Tartuffe, un personnage qui se fait passer pour un homme de Dieu tout en manipulant et exploitant les croyances des autres.
Renouveler la comédie et le comique permet à Molière de dessiner des portraits ressemblants des ridicules qu’il a observés chez ses contemporains. Mettant en lumière les vices et obsessions de certains personnages, ses comédies de caractères et de mœurs ne déforment pas la réalité pour la rendre grotesque, mais elles font voir que le ridicule est dans la nature. Ses pièces tendent ainsi un miroir aux spectateurs ; elles cherchent à « faire reconnaître les gens du siècle », selon les mots du dramaturge.
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Molière instille donc dans ses spectacles les débats qui animent les salons et la vie mondaine de son temps, sur l’éducation des jeunes filles, l’amour, l’amitié, la vie conjugale ou les règles de la sociabilité. Il met aussi en scène une classe sociale intermédiaire et émergente : la bourgeoisie notamment avec Le Bourgeois Gentilhomme. Les personnages stéréotypes mis en scène dans les pièces de Molière restent malgré tout d’actualité puisque leurs défauts sont trouvables chez l’homme à n’importe quelle époque ; c’est pourquoi les pièces de Molière ont encore aujourd’hui autant de succès.
Les Difficultés et les Controverses
Cependant, malgré son génie et la protection du roi, Le Tartuffe (1664) et Dom Juan (1665) sont interdites de représentation. S'il résiste aux complots, sa santé défaillante a finalement raison de lui.
En butte à toutes sortes d'ennuis et de tourments, mais fort de la bienveillance royale - en 1665, la troupe devient la Troupe du roi -, Molière va plus loin encore avec Dom Juan ou le Festin de pierre, dont il achève rapidement la rédaction et qu'il fait jouer en 1665, pour remplacer à l'affiche le Tartuffe que la cabale des dévots à réussi à faire interdire. Il crée un protagoniste révolté qui défie toute forme d'autorité ; aucun personnage de notre théâtre n'exerce autant de fascination sur les foules que ce héros complexe et mythique, qui se prête à des interprétations dramatiques sans cesse renouvelées.
Hélas ! l'amitié du roi manque de constance et le conflit avec Lully jette Molière dans une sorte d'oubli, sinon de semi-disgrâce, qui l'afflige. Après cet échec, qui nous étonne aujourd'hui, Molière écrit beaucoup : une farce, le Médecin malgré lui (1666), une comédie mythologique, Amphitryon (1668), une comédie d'inspiration bien sombre, George Dandin (1668), et enfin une franche comédie, l'avare (1668).
La Mort sur Scène et les Funérailles
Le 17 février 1673, le comédien manifeste de violentes douleurs à la poitrine. Il insiste néanmoins auprès d’Armande pour jouer dans l’après-midi la quatrième représentation du « Malade Imaginaire » dans son théâtre du Palais-Royal : « Comment voulez-vous que je fasse ? Il y a cinquante pauvres ouvriers qui n’ont que leur journée pour vivre. Que feront-ils si l’on ne joue pas ? Je me reprocherais d’avoir négligé de leur donner du pain un seul jour, le pouvant faire absolument. Il s’écroule à la toute fin de la représentation. On le transporte aussitôt à son domicile, mais il meurt quelques heures plus tard. Il a seulement 51 ans, mais cet homme génial était usé par le travail d'acteur comme d'écrivain. Il a donné pas moins de 2500 représentations en moins de quinze ans.
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Le surlendemain, à la tombée de la nuit, la dépouille du comédien est inhumée au cimetière Saint-Joseph, près de l’église Saint-Eustache à Paris. Près de huit cents personnes de toutes conditions sociales l’accompagnent à sa dernière demeure. Armande va tout faire pour préserver la mémoire de Molière. Elle contribue à la fusion des deux dernières troupes parisiennes, la troupe de Molière ou troupe de l’hôtel Guénégaud, et la troupe de l’hôtel de Bourgogne.
Molière n’ayant pas signé de renonciation à sa profession de comédien, il ne peut recevoir une sépulture religieuse, car le rituel du diocèse de Paris subordonne l’administration des sacrements à cette renonciation faite par écrit ou devant un prêtre. L’Église est embarrassée. Le curé de Saint-Eustache ne peut, sans faire scandale, l’enterrer en faisant comme s’il n’avait pas été comédien. Et, de l’autre côté, refuser une sépulture chrétienne à un homme aussi connu risquait de choquer le public. La solution était de s’adresser à l’archevêque de Paris, ce que fait Armande le 18 février dans sa requête, où elle affirme que des trois prêtres de la paroisse de Saint-Eustache auxquels elle avait fait appel pour porter l'extrême-onction à Molière, deux avaient refusé de venir et le troisième était arrivé trop tard. Pour plus de sûreté, elle va se jeter aux pieds du roi, qui la « congédie brusquement » tout en faisant écrire à l'archevêque « d'aviser à quelque moyen terme ».
Ce dernier, après enquête, « eu égard aux preuves » recueillies, permet au curé de Saint-Eustache d’enterrer Molière, à condition que cela soit « sans aucune pompe et avec deux prêtres seulement, et hors des heures du jour et qu'il ne sera fait aucun service pour lui, ni dans la dite paroisse, ni ailleurs ». Molière est donc enterré de nuit le 21 février dans le cimetière de la chapelle Saint-Joseph.
L'Héritage de Molière
L'œuvre de Molière, une trentaine de comédies en vers ou en prose, accompagnées ou non d'entrées de ballet et de musique, constitue un des piliers de l'enseignement littéraire en France et continue de remporter un vif succès au théâtre, non seulement en France et à la Comédie-Française, surnommée « la Maison de Molière », mais aussi à l'étranger. Sa vie mouvementée et sa forte personnalité ont inspiré dramaturges et cinéastes.
Signe de la place emblématique qu'il occupe dans la culture nationale, le français est couramment désigné comme « la langue de Molière », au même titre que l'anglais est « la langue de Shakespeare ».
Le 6 juillet 1792, désireuses d’honorer les cendres des grands hommes, les autorités révolutionnaires firent exhumer les restes présumés de Molière, et ceux de La Fontaine qui reposait dans le même lieu. L’enthousiasme étant retombé, les dépouilles restèrent de nombreuses années dans les locaux du cimetière, puis furent transférées en l'an VII au musée des monuments français.
Œuvres Principales
- Sganarelle ou le Cocu imaginaire (1660)
- L'École des maris (1661)
- L'École des femmes (1662)
- Le Tartuffe (1664, version originale)
- Dom Juan (1665)
- Le Misanthrope (1666)
- Le Médecin malgré lui (1666)
- L'Avare (1668)
- Le Bourgeois gentilhomme (1670)
- Les Fourberies de Scapin (1671)
- Les Femmes savantes (1672)
- Le Malade imaginaire (1673)
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