Certaines maladies, complications et infections virales, parasitaires et bactériennes peuvent affecter le bon déroulement d'une grossesse et se révéler dangereuses pour la femme enceinte et le fœtus qu'elle porte. Parmi ces complications, la chorioamniotite, une infection du placenta et du liquide amniotique, représente un risque significatif. Cet article explore les causes, les conséquences et la prise en charge de cette infection, ainsi que d'autres complications infectieuses pouvant survenir pendant la grossesse.
Complications courantes de la grossesse
Outre les infections, plusieurs autres complications peuvent survenir pendant la grossesse, nécessitant une surveillance et une prise en charge adéquates.
- Fausse couche : L'interruption spontanée d'une grossesse avant la 24e semaine d'aménorrhée.
- Hyperémèse gravidique : Des nausées et des vomissements importants.
- Pré-éclampsie : Une complication fréquente caractérisée par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines (protéinurie). Un traitement par aspirine pour la femme enceinte et par corticoïdes pour le fœtus sont fréquemment mis en place.
- Diabète gestationnel : Une mauvaise tolérance au sucre qui apparaît au cours de la grossesse, pouvant entraîner une pré-éclampsie, des œdèmes, de l'hypertension et des troubles rénaux.
Infections virales et grossesse
Plusieurs infections virales peuvent avoir des conséquences graves pendant la grossesse.
- Cytomégalovirus (CMV) : Une infection virale très contagieuse qui se transmet par contact avec les sécrétions d'une personne malade.
- Rubéole : Une infection virale transmissible par l'air. La contamination du fœtus entraîne d'importants risques de malformations congénitales, en particulier si elle survient au cours des premiers mois de grossesse (avant la 18e semaine d'aménorrhée). Une sérologie est systématiquement pratiquée en début de grossesse pour vérifier si la femme enceinte présente une immunité contre la rubéole.
- Varicelle : Une maladie virale de l'enfance sans gravité mais qui peut engendrer des risques pour la mère et l'enfant si elle est contractée pendant la grossesse. Selon les estimations de Santé Publique France, plus de 95 % des femmes enceintes sont immunisées contre la varicelle.
- Herpès génital : Peut être transmis au bébé lors de l'accouchement. Un traitement de la femme enceinte par médicaments antiviraux est souvent mis en place.
- Hépatite B (VHB) : La transmission du virus de la mère à l'enfant est aujourd'hui exceptionnelle en France et peut se produire lors de l'accouchement.
- Hépatite C (VHC) : Le risque de transmission du virus de la mère à l'enfant est estimé à 5 %. Il est plus important lorsque la femme enceinte est également porteuse du VIH.
- Virus de l'immunodéficience humaine (VIH) : Peut être transmis au bébé lors de la grossesse, de l'accouchement et de l'allaitement. Aujourd'hui en France, les traitements et le suivi médical permettent d'obtenir un taux très faible de contamination de la mère à l'enfant (0,3 %).
Infections bactériennes et grossesse
Les infections bactériennes représentent également un risque pendant la grossesse.
- Infections urinaires et vaginales : Au cours d'une grossesse, les femmes présentent des risques plus importants de développer des infections urinaires (cystites) ou vaginales (vaginite, mycose, candidose). Pour les infections urinaires, un dépistage par analyse d'urine est systématiquement pratiqué à partir du quatrième mois de grossesse. Les infections vaginales sont quant à elles diagnostiquées par prélèvement vaginal.
- Listériose : Chez les femmes enceintes, la bactérie listeria peut contaminer le placenta et être transmise au fœtus. Des mesures hygiéno-diététiques sont recommandées pour éviter la listeria.
La chorioamniotite : une infection placentaire
La chorioamniotite est une infection ou une inflammation du placenta qui touche l'œuf dans lequel se trouve le fœtus. En effet, le fœtus encoure une infection materno-fœtale avec des conséquences variables, dont un risque vital, surtout en début de grossesse. Le terme "chorio" provient du grec ancien χόριον, khόrion, qui vient lui-même du verbe χωρει̃ν, khόrein (« contenir, renfermer »), ce qui désigne le placenta. Tandis que l'amnios renvoie à l'enveloppe du fœtus. Enfin, le suffixe "-ite" désigne une inflammation, et, en l'occurrence, une infection. La chorioamniotite désigne ainsi une inflammation et une infection du placenta et/ou du liquide amniotique.
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Causes de la chorioamniotite
Une chorioamniotite est généralement provoquée des microbes du vagin, le Streptocoque B et le colibacille, qui remontent vers l'oeuf par la voie ascendante. La chorioamniotite découle le plus souvent d'une infection par voie ascendante, c'est-à-dire via le vagin ou la sphère digestive. Des touchers vaginaux répétés peuvent ainsi être une cause indirecte de chorioamniotite, du fait de l'introduction de germes pathogènes dans la sphère vaginale, notamment en cas de rupture prématurée des membranes. "On ne sait pas trop pourquoi, mais il arrive que le col ne joue pas son rôle de barrière de protection", conduisant à une chorioamniotite. Bien plus rarement, l'infection survient par voie hématogène, via la circulation sanguine : par exemple, à la suite d'une otite où le germe est passé dans le sang, puis au niveau du placenta, ou suite à une infection par la bactérie Listeria monocytogenes, responsable de la listériose.
Diagnostic et symptômes de la chorioamniotite
Dans les faits, la chorioamniotite clinique, c'est-à-dire symptomatique, qui se déclare en cours de grossesse, est plutôt rare. Le plus souvent, la chorioamniotite est diagnostiquée pendant ou après un accouchement, ou lors d'une échographie de contrôle, révélant le décès du fœtus in utero (les médecins parlent de MFIU, pour mort fœtale in utero).
Lorsqu'elle survient en cours de grossesse, la chorioamniotite peut entraîner les symptômes suivants : une fièvre, des saignements, des pertes vaginales pathologiques ou anormales, une perte de liquide amniotique, une tité utérine accrue, des douleurs pelviennes et une tachycardie. Face à ces symptômes, l'équipe médicale procède généralement à des analyses sanguines (numération formule sanguine, ou NFS), lesquelles révèlent alors une hausse du nombre de globules blancs, ce qui pose le diagnostic d'une infection.
Lorsqu'une femme enceinte ressent de la fièvre, elle doit aller consulter immédiatement un.e professionnel.le de santé. Si elle arrive à terme, les médecins vérifient s'il y a d'autres signes de chorioamniotite, grâce à l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal (s'il est trop élevé cela est mauvais signe). Puis, ils veillent à ce qu'il n'y ait pas d'augmentation des globules blancs au-delà de 15 000 (on appelle cela l'hyperleucocytose). Enfin, ils observent s'il y a une augmentation de la CRP, protéine de l'inflammation. En cas de rupture de la poche des eaux, les médecins analysent le liquide afin de déterminer s'il est alcalin ou non. Lorsque c'est le cas, cela signifie que le liquide provient du liquide amniotique et non du vagin.
Traitement de la chorioamniotite
Quand la chorioamniotite est diagnostiquée, il faut agir sans attendre. La naissance est provoquée. Une fois le bébé né, l'équipe médicale effectue des prélèvements du liquide gastrique, de l'oreille (tous deux composés de liquide amniotique) et de l'anus. Cela permet d'identifier la potentielle présence des microbes streptocoque B et colibacille.
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Une antibiothérapie est alors nécessaire, avec un antibiotique à large spectre (par exemple l'amoxicilline), ainsi que des antipyrétiques, pour faire baisser la fièvre. Cette approche va permettre de gagner du temps si la grossesse n'est pas assez avancée et que le fœtus n'est pas encore viable. "Nous n'avons pas la même attitude selon le stade de grossesse et la gravité de l'infection", souligne Philippe Deruelle. Par ailleurs, une rupture prématurée des membranes, qui peut être la cause ou la conséquence d'une chorioamniotite, pousse généralement les médecins à soupçonner une infection.
En cas de chorioamniotite en fin de grossesse, les membranes se rompent avant le travail. Il y a alors 8 à 9 chances sur 10 que le bébé se mette en route dans les 24 heures. Si après 2 heures le travail n'a pas commencé, les recommandations sont de mettre la future mère sous antibiotiques, pour éliminer le streptocoque B et 75 % des colibacilles.
Conséquences de la chorioamniotite
Parmi les risques, pour le bébé à naître, d'une chorioamniotite, le premier est celui de la prématurité, avec toutes les conséquences d'une naissance prématurée (immaturité du système respiratoire et du système digestif, problèmes cognitifs ou moteurs selon le stade de prématurité…). Une infection néonatale peut aussi survenir. A noter : lorsque la chorioamniotite survient en début de grossesse (à 3 mois et demi ou 4 mois), le pronostic vital du bébé est extrêmement mauvais.
Prévention et suivi de la grossesse
Les femmes ayant souffert d'une maladie ou d'une complication lors d'une grossesse précédente présentent un risque plus élevé d'en rencontrer lors d'une nouvelle grossesse. Le suivi de grossesse du premier trimestre a généralement lieu en cabinet de ville, puis en maternité pour les deux trimestres suivants. Les maladies, complications et infections de la grossesse doivent être suivies avec la plus grande attention. Un deuxième avis médical permet aux femmes enceintes de faire le choix du traitement et des mesures les plus adaptées au bon déroulement de la grossesse et à la santé de la mère et de l'enfant.
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